«Un-deux», l'âme du compas
Par Byrnès (YouYou) BESSON Ex-guitariste des Fantaisistes de Carrefour
Publié dans Le Nouvelliste
2 février 2007
À la pêche comme d'habitude, je suis tombé sur un texte éclairant, un vrai abécédaire du compas. Pour ceux-là qui aspirent à comprendre les fondements de ce rythme qui nous distingue, cet article consiste en un nécessaire de départ.

Le compas, à travers ses étapes évolutives, s'exprime très souvent à partir de variantes accidentellement transformées en tendances dominantes.
Konpa Mélasse, konpa manba, konpa roussi.. Konpa love. Passant par l'analyse, on les différencie au style ou dans leurs spécificités harmoniques. Mais qu'ils soient Manba, Roussi, Mélasse, tous s'appliquent sur un dénominateur commun: Le principe « UN- DEUX ».
Pour définir « UN-DEUX » il faut écarter les données relatives aux temps et mesures conventionnels, au rythme ou à la mélodie, pour ne considérer que celles ayant trait à l'harmonie.
En termes de compas, « UN-DEUX » signifie construction harmonique sur deux accords parfaits: la tonique et la dominante.
Alors pourquoi principe au lieu de formule? Parce que tout simplement au culte compas direct «Un -Deux» prend valeur de dogme qu'attestent d'ailleurs plus de cent créations au répertoire de Nemours JEAN BAPTISTE et autres arrangées, orchestrées au champ des relations tonique-dominante.
En réalité, le fait même par le créateur su compas direct, d'asseoir la plus grande partie de son oeuvre sur une base harmonique aussi réduite est,
d'après nous, la preuve d'une profonde expérience en matière de musique populaire haïtienne.
L'Haïtien de culture afro-créole, la majorité, perçoit mieux le rythme que l'harmonie. Or si le compas est avant tout un genre rythmique identifiable à partir du tambour comme les rythmes IBO-PETRO-KONGO, la symbiose peut donc aisément s'opérer entre Compas et peuple haïtien.
Pour preuve, la passion des millions de fans du compas lors de la polémique opposant le Jazz des jeunes et l'ensemble de Nemours JEAN BAPTISTE à la fin des années cinquante.
Après une première période de succès sans conteste allant de 1955 à 1965, le compas tel que conçu par son créateur allait, faute de créativité et d'imagination, connaître une baisse d'autant plus remarquable que la musique populaire haïtienne subissait déjà l'influence des musiques françaises (Yéyé) américaines (Rock) et antillaises (Zouk, Calypso). Alors en plein dans la problématique, les mini-jazz contemporains, notamment les Shleu-Shleu, Les Ambassadeurs, Les Fantaisistes de Carrefour, Les Difficiles et Tabou-Combo de Pétion-Ville, durent innover pour éviter une chute définitive du compas direct. Introduisant des éléments rythmo-harmoniques tels: progression, modulation, transposition, break, bridge, des accords de seconde, de tierce, de sixte, de septième majeur, de neuvième...
Et voilà le compas rhabillé, retravaillé, restructuré, rénové...un compas qui en terme de musicalité n'aura plus rien à envier au zouk, à la meringue etc...
« Et Quid de Un-Deux? »
Son application stricte à la manière de Nemours Jean Baptiste étant aujourd'hui dépassée, arrangeurs et compositeurs s'entendent pour qu'ils performent aux parties médianes (chorus, riff, solo) en support au «groove»
Konpa ! Konpa ! Konpa ! Konpa ! Kite Konpa-a mache ! Fait le chanteur dans la chaleur du groove;c' est la partie chaude, bouillonnante, exaltante d'où vient le« feeling» .
L'âme du Compas
Naturellement, circonscrit dans un espace harmonique aussi réduit « Un- Deux», le compas serait dans l'impossibilité de répondre à tout caprice et exigence mélodique à l'instar d'autres formes harmoniques faites de suites d'accords et de progressions. Mais une fois appliqué au sein du compas, il n'apporte que chaleur, vigueur, énergie et amplifie le groove.
Si pour des raisons de style et de conception, il est systématiquement rejeté par des formations comme Caribean Sextet, Magnum Band, Carimi et autres. Des formations telles que Tabou Combo, Ska-Shah, Système Band, Zenglen, Nu-Look, Djakout en ont fait, par contre, un élément de style fondamental.
Concurrence donc entre deux tendances suprêmes du compas direct : Konpa traditionnel avec « Un-deux » et konpa love s'exprimant dans un espace harmonique plus large.
Laquelle fait vibrer plus de fanatiques? Nous sommes loin, n'est-ce-pas, du temps où Nemours Jean Baptiste eut à déclarer que: Compas sans « un- Deux» n'est pas compas.
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