11.10.2008
Pyram tire sa révérence
Roland Dorfeuille, plus connu sous le nom de Pyram s'éteint à 62 ans suite à une crise d'hémorroïde aiguë ce vendredi 10 ocotbre 2008 en sa résidence de Carrefour, banlieue sud de Port-au-Prince.
Comédien, publiciste, diseur, acteur de théâtre et de cinéma, Pyram, professeur de théâtre dans les années 70-80, a porté ces différentes casquettes avec un égal talent. Il s'est illustré sur les planches dans diverses pièces dont le premier effort de Frankétienne Twoufoban et aussi dans celle qui restera l'oeuvre la plus populaire de ce dramaturge et de laquelle il héritera de son nom, Pelen tèt dans laquelle il donnera la réplique à son compère Polydor personnifié par le légendaire acteur et publiciste François Latour, tragiquement décédé en mai 2007 suite à son enlèvement dans la capitale haitïenne.
Entre autres collaborations, on verra également Pyram dans la célèbre pièce de Franck Foucher Bouki nan paradi plus tard porté à l'écran par Raphaël Stines, lui aussi disparu en août 2007, film dans lequel il jouera le rôle principal.
Sa dernière apparition au grand écran remonte à environ deux ans dans Cousines réalisé par Richard Sénécal et dont les rôles principaux sont entre autres tenus par Jessica Généus et Jimmy Jean-Louis.
En plus d'être un personnage culte de la publicité à la radio et la télé haitienne, Pyram a aussi connu une brève carrière d'acteur à la télé avec la série Monsieur Pyram, agent secret 812, réalisée à la fin des années 80 par l'animateur et cinéaste Bob Lemoine.
Père de trois enfants dont le jeune comédien et cinéaste Haendel Dorfeuille, révélé dans Barikad aux côtés de Fabienne Colas, Handy Thibert et Jessica Généus, Pyram souffrait également de glaucome. Son décès s'ajoute à la longue liste des artistes et personnalités haitiennes décédés ces dernières années sans obtenir la garantie de laisser une relève digne de ce nom. Son corps sera sera incinéré dans les prochains jours selon ses dernières volontés, ainsi que le confirme l'un de ses fils.
VL
Sources combinées
16:10 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pyram, roland dorfeuille, polydor, françois latour, raphaël stines, haendel dorfeuille, jessica geneus
23.10.2007
Sacha Parisot: Première manche pour le rebelle contre les pirates
Suite à la plainte déposée devant un tribunal floridien en septembre dernier contre Cinevision Production of Miami, inc., Carine Delerme, Lionel Productions, inc., Caminito Fond-Rose alias Lionel Beeper, Mizik Depot, Bazile Berthole, Wilton Narcisse de Kompa City, le coproducteur et réalisateur du film La Rebelle Sacha Parisot, a obtenu une injonction contre les pirates qui ont été sommés de rendre les copies illégales à son avocat au plus tard le 26 septembre 2007.
Le juge a par ailleurs ordonné une saisie de toutes les copies actuellement disponibles et des mesures pour protéger la preuve de l'infraction contre toute destruction de la part des défendeurs. Ce qui inclut notamment le rappel de toutes les copies déjà distribuées à des revendeurs ainsi que l'annulation des commandes actuellement en cours.
Dans une entrevue accordée à Levypiano et publiée sur le forum de Opamizik, Sacha Parisot qui présente ce procès comme un avertissement, annonce son intention de demander que des dommages-intérêts lui soient payés pour le préjudice subi dans cette affaire:
- Nous sommes en train d'évaluer l'étendue des dommages causés afin de réclamer le montant correspondant.
C'est un dossier à suivre.
08:12 Publié dans Film, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sacha parisot, la rebelle, Cinevision Production of Miami, inc., Carine Delerme, Lionel Productions, Caminito Fond-Rose alias Lionel Beeper
25.05.2007
Haïti : la folie du téléphone portable
Haiti, la société de consommation en guise de baume contre la misère. Voici un article intéressant qui illustre bien ce phénomène.
Publié dans le Nouvelliste du 25 mai 2007
Par Jean Pierre Arisma (Syfia Haïti)
Symbole de modernité et quasiment seule distraction des paysans, le téléphone cellulaire récemment arrivé dans les campagnes haïtiennes coûte cher. Certains, devenus accros au portable, ruinent même leur famille. D'autres y voient le moyen de gagner plus facilement des dollars.
Lucienne Félicien est mère de six enfants et habite une masure près de Morne Mingo, une localité isolée du département des Nippes, au sud-ouest d'Haïti. Malgré ses conditions de vie précaires, elle achète
régulièrement une carte d'appel téléphonique de 115 gourdes - 3 dollars US, soit plus que le salaire quotidien moyen d'un paysan - pour bavarder avec ses connaissances des Cayes, chef-lieu du département du Sud.
Pourtant, au moins deux de ses enfants n'ont pas mis les pieds à l'école depuis trois ans. Sa fille aînée, Jacqueline, pour qui le portable est l'affaire des gens aisés, ne la comprend pas : "Ma mère veut faire comme les autres, soupire-t-elle. Mais nous sommes trop pauvres pour cela."
Beaucoup de jeunes critiquent ainsi l'attitude de leurs parents, en dépit de leur propre passion pour le téléphone cellulaire récemment arrivé dans les campagnes haïtiennes où il est paradoxalement en passe d'augmenter la misère déjà très grande. Ils leur reprochent de dépenser leurs maigres ressources en cartes d'appel plutôt qu'en nourriture. "Moi, je n'ai aucune responsabilité familiale, dit Mérité Ledan, un jeune paysan de 20 ans. Je
peux donc flamber une carte d'appel si ça me chante. Mais pas mon père qui n'a souvent rien à nous offrir..."
Distraction et dépendance
Le portable, très rare ici il y a encore un an, est aujourd'hui d'usage courant. Dans ce monde sans électricité, sans télévision et sans cinéma, le portable représente en effet quasiment la seule distraction des paysans. L'engouement qu'il suscite est tel que certains en sont désormais dépendants. "Je peux passer une journée sans manger mais pas sans une carte d'appel", confesse Jonel
Alexandre, qui se vante d'être le premier à avoir possédé un téléphone portable dans la zone de Plaisance du Sud, où la communication, en raison du relief montagneux, est facile à établir.
Dans cette région longtemps isolée, l'arrivée du portable a l'effet d'une drogue sur certains, littéralement accros au petit bidule. "Je n'ai rien à faire de la journée ; mon téléphone me fait oublier mes problèmes" avoue
Maude, 28 ans. "Depuis trois mois, mon cellulaire fait partie intégrante de ma vie ; je me vois même en rêve en train de communiquer", se vante Joséphine Pierre, une adolescente de 17 ans.
La nuit, des groupes de jeunes quittent les zones basses et grimpent les pentes jusqu'à ce qu'ils parviennent à capter le signal de la compagnie Comcel/Voilà qui, de minuit à six heures du matin, offre tous les appels gratuits. "Hier soir, je n'ai pu communiquer avec ma mère à cause de l'encombrement de la ligne", ronchonne Selhomme, un jeune cultivateur.
À Petite-Rivière-de-l'Artibonite, près de la chaîne des Cahos, les paysans accrochent leur téléphone aux arbres afin de pouvoir capter les appels. "À chaque fois que le portable du prêtre sonne, je dois grimper sur cet
oranger", confesse Sorel Chérilus, sacristain de l'église catholique de la zone. Le curé tire profit de l'absence d'électricité pour recharger les batteries des portables grâce à ses panneaux solaires. "Je recharge les
téléphones à 60 gourdes pour les paysans. Cet argent me permet d'acheter d'autres équipements", explique-t-il, l'oil malicieux.
Une marque de distinction sociale
Le portable est une marque de distinction sociale en milieu paysan, leurs propriétaires - encore minoritaires - ne se privant pas pour l'afficher ostensiblement, même dans les zones où il n'a pas grande utilité.
Plusieurs préfèrent même se passer de nourriture plutôt que d'être privés de leur précieux joujou, quitte à acheter leurs cartes d'appel à crédit. Une grande partie des plaintes jugées par les tribunaux de paix concerne
des dettes contractées pour l'achat de cartes d'appel. "Certains vont jusqu'à vendre leur bétail pour pouvoir téléphoner chaque jour à leurs parents qui habitent Port-au-Prince ou à l'étranger et payer leurs dettes de téléphone", explique Moïse Denard, juge de paix de la commune de Plaisance du Sud.
En raison de la rareté et de l'inefficacité du téléphone fixe, l'arrivée en force du portable a néanmoins des avantages. Beaucoup l'appellent même "le pain de vie", parce qu'il leur permet de joindre rapidement un parent
à l'étranger et de le convaincre d'envoyer les quelques dollars qui leur permettront de manger et de payer l'écolage des enfants. En 2006, les quelque deux millions d'Haïtiens de la diaspora ont ainsi fait parvenir
pas moins de 1,6 milliard de dollars US en Haïti. "Mon oncle qui vit aux USA fait souvent des transferts d'argent quand je lui téléphone, se réjouit Ephésien Jean Louis. Avec le cellulaire, c'est facile pour moi de
trouver le dollar."
08:08 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : comcel, voila, digicel, haitel, teleco, haiti, cellulaire
15.05.2007
Festival de musique de Jacmel
Pour ceux qui avaient encore des doutes, voici une preuve irréfutable de la volonté de Jacmel de se positionner comme l'une des villes les plus dynamiques du pays d'Haiti. Cette ville que d'aucuns considèrent déjà comme la ville touristique par excellence, détrônant ainsi la ville historique du Cap-Haitien, n'a pas cessé de s'affirmer depuis quelques années. Son carnaval créatif, haut en couleurs lui avait déjà frayé un passage dans l'estime des mordus d'événements culturels. Puis depuis trois ans, un festival de films qui a montré une nette progression depuis sa première édition de par la variété des activités offertes, la provenance des films et la qualité des films programmés.
Cette année, Jacmel inaugure un festival international de musique et ce festival n'est pas international que de nom car des noms connus de la musique mondiale débarqueront dans la ville d'Alcibiade Pomeyrac. Trois jours, du 25 au 27 mai, pour célébrer les musiques du monde.
On peut lire dans le communiqué officiel du festival «La mer des Caraïbes servira de toile de fond parce que la scène où les musiciens joueront est située dans une baie dans cette ville coloniale au Sud Est d'Haïti. En plus des frères Marley, plusieurs autres artistes de réputations internationales seront sur la scène, tels que Les Nubians du Cameroun, Simbi de la Suède, les Reggae Cowboys de la Dominique, Muta Baruka de la Jamaïque, Bruce ‘SunPie’ Barnes de la Nouvelle Orléans, MC Red1 du Canada...»
Haiti sera représentée par de grosses pointures telles Emeline Michel, Boulo Valcourt & Azor, James Germain, Tabou Combo, Boukman Eksperyans, Mizik Mizik, Turgot Théodat et par la jeune génération, Belo & Tifane, JahNesta, Barikad Crew.
Bravo Jacmel et succès au festival.
Source:Festival de musique de Jacmel
08:13 Publié dans Musique, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : JahNesta, Boukman, Emeline michel, Belo, Tifane, Tabou combo, Jacmel
24.01.2007
2006, bilan d'une année étonnante
Par Vallès Latry
2006 aura finalement été une année surprenante. Déjà, dans le domaine politico-social, nous avons eu notre dose de misères et de calamités. En fait si l'on y pense bien, on s'est surpassés. Jamais on n'aurait pensé que la bêtise humaine, des Haïtiens en l'occurrence, pourrait atteindre de tels sommets. Mais on en est là et il faut apprendre à vivre avec.
En dépit de tout, si l'on sait prendre les choses du bon côté, on serait étonné de constater que 2006 n'aura pas été une année perdue.
De nombreux textes chantés ou non ont loué la vaillance de ce peuple, mais les plus illustres poètes, écrivains et paroliers ne pourront jamais rendre vivant, palpable ce sentiment indicible qui l'anime. Comment peut-on croire que des rêves soient encore possible dans un milieu aussi aride? Comment peut-on encore garder la foi lorsqu'on n'a que la souille pour seul décor? Et pourtant, ce peuple n'abdique pas, il se bat encore, il s'active, il créé et tel le phénix, il renaît sans cesse de ses cendres.
2006 s'achève donc sur note d'espoir. Ce fut d'abord une année-anniversaire. 1986, deux décennies qui nous rappellent que nous avons eu l'occasion de faire du neuf, mais qu'encore une fois nous avons raté la cible, mais aussi que de grandes choses sont nées de cette période: un Konpa nouveau genre qui en a bavé avant de se redresser et faire désormais du sur place, une musique racine plus incisive, plus engagée, libérée mais qui n'a pas tenu ses promesses de transcender les frontières et s'imposer comme la musique nationale haïtienne. 1986 nous a aussi donné le konkou mizik American Airlines et les grands talents qui en ont résulté: Mizik Mizik, Beethova Obas, Boukman Eksperyans. Mais 1986, c'est surtout les premiers pas d'Emeline Michel sur la scène. Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.
2006 est donc cette année-bilan qui remet en mémoire nos erreurs, nos fantaisies, nos entêtements et notre échec en tant que nation. Fort heureusement, ce ne fut pas une année perdue, si on sait capter les bons signaux, on peut encore espérer sauver au moins les meubles.
L'année de l'Internet et ses dérivés
2006, c'est l'explosion des forums, des sites Internet dédiés à la culture (musique et cinéma en particulier). Cette communauté comme toute communauté abrite de tout, des fantaisistes, des amateurs… mais aussi des idéalistes qui ne souffrent d'aucune limite et qui croient encore dans la richesse d'une culture haïtienne bafouée et vilipendée. Ceux-ci, dans la mesure de leurs moyens s'acharnent à livrer un produit de qualité. Nos préférences vont à:
Lenouvelliste.com pour la justesse et la qualité avec lesquelles il couvre les événements culturels. Les artisans de ce site ne se contentent pas, comme c'est le plus souvent le cas, de rapporter l'information, mais ils la commentent, ce qui est rare dans le milieu des médias haïtiens en général.
Lematinhaiti.com et Spotlight pour leur couverture très diversifiée et complète de l'actualité culturelle, mais surtout pour la grande qualité de leurs photographies. C'est comme si on y était.
Roroli.com, l'un des rares sites spécialisés du showbiz haïtien édité en français. Malgré une interface peu conviviale, ce qui est le défaut de la plupart des sites de ce genre, et une couverture plutôt superficielle de l'actualité, ils ont su avec d'autres, donner une dynamique nouvelle au showbiz haïtien qui avait besoin d'un bon coup de fouet pour se débarrasser de cette image vieillotte dont elle s'est vêtue depuis des lustres, c'est-à-dire depuis 1991, au moment où rêver est devenu en soi un acte dangereux.
Opamizik pour la variété des discussions inscrites sur son forum, bien que la plupart ne vaille pas le coup et cette façon bien peu haïtienne d'aborder les entrevues. On a en mémoire d'excellentes entrevues avec Fafan Ti Bòt de Tabou Combo, Daniel Beaubrun de Lataye et Joël Widmaier de Zèklè que nous vous invitons à lire sur le site.
Kompamagazine avec Patrick Desvarieux pour sa constance et son sérieux. Sa plateforme de membre est sans doute la mieux avertie. En dépit de son aspect peu convivial, ce site, essentiellement dévoué à la promotion du konpa est une mine d'informations pour qui veut se tenir au courant de l'actualité du konpa.
Deux autres sites que nous avons découvert récemment sont également dignes de mention: soukompa pour sa convivialité, ses liens bien définis, mais surtout pour sa section Jazz. Je vous le recommande vivement. Mais aussi antillescompas.com qui présente l'actualité de la musique antillaise en français. Le site est plus convivial que Roroli et surtout plus complet. On a également accès à des informations intéressantes sur la carrière des artistes qui disposent de leur propre section avec un jukebox qui reste cependant à être développé.
Sans diminuer le travail des autres, moins connus ou peut-être même de bien meilleure qualité, nous devons lever notre chapeau à ces sites pour leur contribution à la construction d'un showbiz haïtien qui, n'en déplaise à certains, n'a jamais vraiment existé et encore moins une industrie de la musique haïtienne (HMI en anglais).
En revanche, chez nos artistes, médias, personnalités, organismes ou entreprises qui œuvrent dans le domaine culturel ou artistique, l'outil Internet est toujours aussi sous-exploité. Même la venue des blogues n’a pu les porter à adopter de meilleures attitudes. Quant à la proximité avec les fans, avec ceux qui consomment leurs œuvres, ils ne connaissent pas. Une exception pourtant, faute de pouvoir en citer davantage, Fabienne Colas et sa fondation. Et les résultats sont assez parlants…
Une musique haïtienne émergente
2006, c'est l'émergence d'une nouvelle musique en Haiti, nous précisons au pays, ailleurs, aux USA en particulier, le konpa a toujours cours et cette nouvelle forme de musique a très peu franchi les frontières. Si l'initiative, essentiellement des producteurs de Solèy Sound - au rang desquels nous retrouvons encore Fabrice Rouzier, Clément Bélizaire, Carel Pèdre…-, est bonne dans son essence, elle est pour le moins hasardeuse. Elle est bonne parce qu'elle crée une dynamique de relève dans un milieu musical peu créatif. Elle est hasardeuse de par sa définition, sa portée et ses caractéristiques:
- composite de sons – ragga, zouk, house, wave, techno…- qui consistent au final en un a-rythme, plutôt qu'en des rythmes proprement définis dont la maîtrise échappe aux jeunes auxquels ils sont destinés. Faut-il rappeler l'expérience rap/ragga créole, musique factice qui n’était que de la poudre aux yeux, mais qui pourtant avait son public, son marché … A vous de tirer vos conclusions.
- dérive musicale dont découle l'abandon des instruments musicaux pour l'intégration de sons et programmes électroniques qu'encore une fois, les jeunes «talents» sont encore loin de maîtriser. Est-il besoin de rappeler les débuts du konpa new wave…, voyez ce qui arrive aujourd'hui, la plupart des groupes aspirent à jouer en full band… Conclusion s'il vous plait.
- Plus délicat encore, cette musique s'adresse à tout le monde et à personne. On pourrait penser que le public-cible reste les jeunes du terroir, grands consommateurs de shows live, de journées récréatives comme ce fut le cas dans les illustres années du rap/ragga créole (années 90), - ça doit être effectivement le cas -, mais il parait qu'en Haiti, cette stratégie ne paie pas, en tout cas pas assez, le marché est beaucoup trop étroit. A moins que ce soit juste pour la gloire et pour l'honneur. Il faut vivre cependant, ça nous parait logique qu'un musicien veuille vivre de son métier ou de sa passion. Mais, cette musique n'a pas le potentiel suffisant pour s'exporter, pas avec la concurrence féroce qu'on connaît aujourd'hui au niveau international (Jamaïque, USA…), pas non plus avec la configuration incertaine de cette nouvelle musique calquée justement sur ce qu'elle est appelée à concurrencer.
Même les morceaux musicaux les mieux réussis – Oh no! (Armstrong Jeune)
Ayiti leve (Bélo), Se kòm si (TiFane), Ayiti (Jean Bernard Thomas)
– en tout cas sur l'album alo Haiti que l'on peut considérer comme le véritable acte de naissance de cette nouvelle musique, ne parviennent à lui donner cette authenticité et cette originalité qui feraient sa singularité. La musique haïtienne pour s'expatrier, doit être une musique équitable par opposition à la musique manufacturée telle qu'elle est conçue actuellement dans le monde.
2006, c'est aussi un regain de popularité du Konpa, surtout dans la diaspora, même si les projets majeurs ne sont sortis que vers la fin de l'année. Je pense aux albums de Djakout, de T-Vice, Krezi, Richie/Gracia et j'en passe. On dénote une certaine discipline de la part des groupes et des producteurs qui pensent davantage stratégie, qui investissent davantage également au niveau de la promotion, ne serait-ce que par le biais de l'Internet (publicité gratuite des forums et des chroniqueurs aidant). Les collaborations entre artistes sont désormais chose acquise bien que ceux-ci rechignent encore à confier leurs textes aux paroliers aguerris et faire réviser leurs projets par des musiciens et producteurs dont le talent est confirmé. Cet effort mérite néanmoins d'être applaudi.
Mais, en dépit de tout, musicalement, on n'avance pas. D'un album à l'autre, les projets se ressemblent. Aucune véritable identité, aucune véritable innovation, un éclair de génie ça et là qui sauve un album, un hit comme on dit, allez savoir en quoi constitue ce hit, voilà à quoi nous sommes réduits. Et pourtant, jamais, les gens n'étaient aussi disposés à consommer haïtien. Dans la diaspora en particulier, le secteur du disque et des vidéos est en pleine expansion, bien que le piratage en occupe une large part, mais c'est en partie la faute des artisans de musique et de films haïtiens qui se refusent à adopter certaines stratégies de lutte contre ce fléau: reconstitution de l'ANACIM, enregistrements légaux de leurs projets (afin de se soustraire aux taxes, on le devine), revalorisation de la qualité des projets...
Parallèlement, se précise une mouvance de jazz haïtien. Thurgot Theodat, Lakansyel de Mushi Widmaier, Réginald Policard, pour ne citer que ceux-là en avaient donné le ton voilà quelques années. Récemment dans la diaspora, des jazzmen comme Harold Faustin, Bémol Telfort ont donné davantage de substance au mouvement. Mais depuis les années 2000, celui-ci s’est davantage précisé avec les travaux de vétérans tels Réginald Policard (Tradition, Sérénité et maintenant Détour), Mushi Widmaier (My world), Turgot Theodat (Badji), Eddy Prophète (katso) et l’inoubliable album éponyme de Culture choc (2000), mais aussi de nouveaux venus comme Mozayik (1er album en 2000), Buyu Ambroise (premier album en 2004) et maintenant Jowee Omicil et Jean Caze. Trois éditions du Festival annuel de jazz haïtien plus tard, New York et Miami confondues, le jazz haïtien semble prendre pour de bon son envol, la qualité, l’arrivée sur la scène de jeunes talents haïtiens – Jowee Omicil, Jean Caze, Dener Céide…- la fréquence des projets publiés récemment nous autorisent à nous exprimer en ce sens.
Le cinéma populaire se confirme
2006, c'est également la confirmation que le cinéma populaire haïtien est là pour durer. Les coups d'éclat cohabitent avec la complaisance des pseudo-cinéphiles face à un cinéma-poubelle qui est le fait d'une majorité de faiseurs de films. Eux ont compris que les consommateurs ont soif de productions locales. En face, les cinéastes qui ne peuvent offrir que quelques bonnes productions par année dans tout l'espace haïtien, ne peuvent que s'incliner devant l'audace de leurs concurrents. Ils cèdent le marché à ces vautours qui l'envahissent de leurs produits innommables et polluent toute une génération de gens honnêtes qui acceptent tels des zombis qu'on leur donne zanana pou sizan.
Mais heureusement, il y a Fabienne Colas, sa fondation et le festival du film haïtien de Montréal, le festival du film de Jacmel, Bruxelles, nous avons eu Cousines honoré au Festival international du film Brooklyn – encore Bravo Jessica - et sélectionné au Festival des films du monde de Montréal, La Rebelle primé au Festival du film international de Boston, La couleur de la croix de Jean-Claude Lamarre, présenté à Cannes, Pluie d'espoir – belle qualité de la photographie et grande leçon de courage - qui nous rappelle que nous avons eu dans le temps un cinéma de combat que perpétue heureusement Raoul Peck dans Sometimes in April, même si l'histoire ne porte pas sur Haiti, mais sur le Rwanda…En somme, des hommes et des femmes qui essaient le mieux dans un contexte où le pire aurait été mieux accueilli.
Le combat pour la vie
2006, c'est aussi le refus des port-au-princiens de se terrer dans une ville-prison. Si les deux premiers tiers de l'année – à quelques exceptions près - doivent être relégués aux quartiers des oubliettes de nos mémoires, le dernier tiers a regorgé d'événements culturels notables qui dénotent un regain de vie dans cette ville-fantôme délaissée par tout germe de vie.
Il y a eu d'abord la 7ème édition de musique en folie dans le cadre enchanteur du Musée historique de la canne-à-sucre à Tabarre (banlieue Nord de Port-au-Prince), succès immense, grosse couverture médiatique, l'événement que les gens attendaient pour se libérer, se défouler et dire tout haut qu'en dépit de tout, la vie doit continuer.
Le parc historique de la canne-à-sucre a également accueilli Mozayik pour la première fois en Haiti. 1500 personnes exaltées, venues écouter et surtout vivre ce délicieux mélange de rythmes africains, cubains, brésiliens et bien sûr haïtiens qui donne à Mozayik son unicité. Ayisyen konn gou bouch yo toujou. Belle soirée de musique retransmise en partie par la télévision nationale. (Lire un récit dans Le Nouvelliste sur ce sujet et voir les photos dans le Centre culturel de la photo de Nation soleil).
Le spectacle des 20 ans de Radio Super Star fut également un autre grand événement hébergé par le musée de la Canne-à-Sucre qui à l'instar de la Henfrasa dans les années 90, est en train d'écrire une intéressante page d'histoire culturelle. Tabou Combo qui célèbre l'année prochaine quatre décennies de Konpa était de service ce soir-là. Les promoteurs de cette soirée ont eu la brillante idée de réunir sur une même scène toutes les générations de Tabou Combo. Imaginez Albert Chancy, Sergo Guerrier, le premier chanteur du groupe, Adolphe Chancy, Herman Nau, Dadou Pasquet, Ralph Condé…partageant un podium avec les actuels musiciens de Tabou. Juste, imaginez…
20 semble être un chiffre magique cette année car c'est aussi le nombre d'années depuis que notre Emeline nationale, celle que l'on considère comme la reine de chanson créole, la plus belle voix depuis Lumane Casimir (dixit Fanfan Ti Bòt) abreuve de son talent, de sa grâce et de son énergie des foules assoiffées de bonne musique, de sons nouveaux et réinventés à travers le monde. A l'exception de l'Océanie, tous les continents du monde y ont goûté, mais c'est au pays qu'elle a choisi de ramener sa cour pour célébrer, même dans la tourmente, deux décennies de musique ininterrompue. Qui dit mieux!
Emeline, ta passion de la musique et ta foi dans l'héritage culturel haïtien, ta capacité de faire du neuf d'une œuvre à l'autre, de te réinventer, ton refus de baisser les bras malgré la tourmente et les grosses barres de nuages noirs qui s'accumulent sur nos têtes, nous inspirent une fierté indicible qui nous incite à afficher nos couleurs, à prendre position pour demain et à le dire tout haut, nous sommes HAITIENS et nous le resterons.
Et pour couronner l'année, le troubadour international Beethova Obas a dompté le parc historique le 29 décembre dernier. Après avoir tourné pour la paix en 2006 à travers les différentes villes d'Haiti, accompagné notamment de Joël Widmaier et de l'infatigable Fabrice Rouzier, le public port-au-princien
Mais, 2006 ne serait pas ce qu'il fut sans Bélo – Lauréat de découvertes RFI 2006, juste récompense pour un artiste flamboyant et deux années de dur labeur -, Jean Métellus - Grand Prix International de Poésie Léopold Sédar Senghor (France, mars 2006) -, Dany Laferrière – Prix du gouverneur général (Canada) pour Je suis fou de Vava -, Frankétienne, - lauréat du Prix Prince Claus (Hollande) -, Georges Castera - Prix Carbet 2006 (Antilles françaises) pour son recueil de poésies Le trou du souffleur -, Emeline Michel – Lauréate du Chorus Award (France) et célébrant 20 ans de chansons -…et d'autres encore. Grâce à eux, nos échecs, que nous traînons comme des boulets, nous paraissent plus supportables. Grâce à eux, l'Haïtien où qu'il soit, retrouve une partie de sa fierté perdue. C'est à force d'efforts soutenus, d'un labeur constant qu'ils sont parvenus à captiver l'attention des «autres». A nous, on n'a jamais fait de cadeaux, aussi sommes-nous d'autant plus fier de célébrer cette génération Nation soleil qui présente une Haiti différente où le rêve reste encore possible.
Par ailleurs, 2006, ce fut aussi l'année de Tifane. Elle était de toutes les scènes, de tous les événements. On l'a retrouvé sur l'album du film La rebelle et également sur celui de Alo Haiti, son duo avec Bélo de la chanson Se kòm si a fait sensation jusqu'à faire courir toutes sortes de rumeurs et pour couronner le tout, elle a sorti son propre album appuyé d'un vidéoclip, juste avant les fêtes, un peu pour remercier ses fans de leur soutien tout au long de l'année. Tiendra-t-elle ses promesses? L'écoute de son album qui n'est toujours pas disponible à Montréal, devrait nous donner au moins une idée de ce à quoi on peut s'attendre de cette jeune femme, véritable accroc de la scène - un plus pour elle - qui nous laisse espérer qu'une seconde vie est encore possible pour la chanson haïtienne.
Pour 2007, Affichons nos couleurs
19:20 Publié dans Film, Livre, Musique, Société, Web | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Bilan 2006, musique haiti, cinema haiti, litterature haiti
17.01.2007
Haïti, à l'heure des conglomérats de presse. Un paysage médiatique
Intéressant, jugez-en par vous-mêmes.
Par Donald Jean - InfoHaiti.net (Montreal, Canada)
Le phénomène de la concentration des médias, quoique à ses débuts, devient de plus en plus à la mode dans le paysage médiatique haïtien, selon ce qu’a appris InfoHaiti.
Ils sont désormais plusieurs hommes d’affaires haïtiens à avoir déjà fait l’acquisition de plusieurs entreprises de presse en Haïti au cours de la dernière décennie. La tendance se maintient à l’orée du nouveau millénaire.
Patrick Moussignac, un véritable magnat de la presse
Le cas le plus connu, quasiment de tous au pays, est justement celui du propriétaire de Radio Caraïbes, Patrick Moussignac, qui détient, à lui seul, au moins 4 stations de radio dans la capitale haïtienne. À part Radio Caraïbes (94.5FM), qui est actuellement l’une des radios les plus écoutées de Port-au-Prince, Patrick Moussignac est également le propriétaire de Énergie FM(101.7 FM stéréo), Sky FM (96.5 FM), Univers FM(101.3 FM).
Ces stations mises à part, nos sources indiquent que ce magnat haïtien de la presse, Patrick Moussignac, possède aussi à Port-au-Prince une station de télévision (Télé Caraïbes) et serait associé ou partenaire dans au moins quatre autres stations de radio.
Le cas Max Chauvet
Parallèlement, un autre pôle, un autre conglomérat de presse se développe et appartiendrait au propriétaire du plus ancien quotidien d’Haïti, Le Nouvelliste, en l’occurrence, Max Chauvet. Outre «Le Nouvelliste», Max Chauvet possède l’hebdomadaire très prisé «Ticket». Chauvet aurait acheté tout récemment «Magik 9», connue par le passé sous le nom de «Magik Sétéréo». Il serait également le propriétaire de «Radio Podium», avions-nous appris.
Max Chauvet semble être pour l’instant le seul à avoir ou être en voie d’obtenir le contrôle d’un support dans les divers types de médias. Car, il vise non seulement la presse écrite, parlée, mais également télévisée et électronique (Internet). Nos informations laissent croire que l’héritier du quotidien plus que centenaire de la rue du Centre, Max Chauvet s’activerait en vue d’avoir également sa propre chaîne de télévision dans la capitale haïtienne.
Dans sa volonté d’apprivoiser tous les types de supports, le groupe de presse Chauvet a mis sur pied «Lenouvelliste.com». Après maintes hésitations, craignant sans doute une érosion de son lectorat traditionnel, il a cédé en offrant tardivement son pendant Web.
Un paysage médiatique favorable au regroupement?
Dans le milieu médiatique haïtien, la tendance actuelle serait au regroupement. Économiquement, c’est mieux de se regrouper, estime-t-on, vu que la manne publicitaire se réduit de plus en plus ces derniers temps. Vu les difficultés auxquelles font face le secteur privé et le pays en général, le pôle médiatique qui est à même d’offrir
la plus vaste gamme de choix publicitaires au client se retrouve donc en meilleure position comparativement à un diffuseur dont l’offre se borne à un seul média.
Par ailleurs, on apprend que Robert Denis, ex-propriétaire de la chaîne privée Télémax, achetée récemment par la star hatiano-américaine Wyclef Jean, dirige actuellement sa propre chaîne de télévision connue sous le nom de «Canal Bleu».
À noter que le phénomène du regroupement prend forme en dehors d'une législation en bonne et due forme, selon nos sources. Le CONATEL, qui est l'organe régulateur, est-il bien imbu de cette mutation? Se prépare-t-il à baliser tout ça? Le Parlement, est-il également au courant des revers de la concentration des médias, tel que le problème se pose en Occident?
Rothschild François n’est plus à «Métropole», il va fonder «RFM»
D’un autre côté, nous avons appris qu’une nouvelle station aura droit de cité à Port-au-Prince. Cette radio, dont la fréquence est déjà acquise, est la propriété de l’ex-directeur de l’information de la station privée Radio Métropole, Rotschild François Junior.
Les informations obtenues par InfoHaiti.net auprès de gens dignes de confiance, laissent entendre que la séparation entre le journaliste et la direction générale de cette station s’est mal terminée, disons plutôt contrairement aux souhaits de M. François.
Après 19 ans de service à cette station, ce dernier a été contraint de démissionner, il y a quelques semaines, sur demande répétée de ses patrons, avions-nous appris, de sources crédibles, pour éviter, dit-on, des «conflits d’intérêts».
Entre-temps, la nouvelle station de radio du désormais transfuge de Métropole se dénomme déjà «RFM». Rotschild François Junior serait t actuellement en train de
réunir le staff, le matériel et les moyens financiers adéquats pour lancer ses émissions d’essais dans les prochains mois.
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01.08.2006
Choucoune ou le vol qualifié d'un joyau national
Titre original: THE STORY OF CHOUCOUNE STOLEN LEGACY: THE ORDEAL PF CHOUCOUNE
Par Louis J. Auguste, MD
Chers amis, je suis tombé sur un délicieux article qui illustre bien l'état de torpeur dans lequel nous sommes plongé depuis un certain temps, depuis trop longtemps. Sous notre nez, notre richesse culturelle, pour ne parler que de celle-ci, est en train d'être spoliée, mais peu, trop peu de gens s'en formalisent. De toute façon, c'est pas comme si c'était vraiment à nous. Notre sentiment d'appartenance a foutu le camp depuis longtemps et tant pis si Juan Luis Guerra nous vole Mal d'amour de Nemours Jean-Baptiste pour faire mal de amor en revendiquant sans pudeur paroles et musique, tant pis si les Dominicains s'approprient la Citadelle et tant pis si Labadie devient Labadee et n'est plus située en Haïti. Tant pis, tant pis, tant pis, se pa mwen k pou ranje peyi a.
Louis J. Auguste sur www.pikliz.com nous raconte sa frustration face au vol d'un de nos plus beaux joyaux, la chanson Choucoune et tout ce qu'elle charrie. Imaginez, Choucoune, manquait plus que ça.
Je me fais le plaisir de vous présenter l'article légèrement modifié et mis à jour. J'ai pris la liberté de le traduire car la version originale est en anglais.
Régalez-vous.
Voici le lien pour consulter la version anglaise originale de l'article:
http://www.pikliz.com/absolutenm/templates/testtemplate.asp?arti...
V.L.
Traduction
Les 500 dernières années, Haiti a largement contribué à l'histoire du monde. En tant que membre de la grande communauté des nations, Haiti et les haïtiens ont réalisé des choses extraordinaires qui mériteraient d'être rapportées, mais qui le sont rarement. Pour ceux qui connaissent l'histoire, Savannah – guerre de l'indépendance américaine - est un exemple patent. On peut également mentionner la fondation de la ville de Chicago par Jean-Baptiste Point-du-Sable, un vendeur de fourrures. Et également l'aide inestimable de Pétion à Simon Bolivar pour la libération de l'Amérique latine. Mais encore, la contribution de professeurs haïtiens à l'éducation de centaines de milliers d'africains fraîchement affranchis du joug colonial français dans les années 60/70 ou encore à l'instruction de milliers de canadiens qui faisaient face à un manque flagrant de ressources. (ndt)
La liste est longue.
Dans la communauté francophone, il ne fait aucun doute dans les esprits qu'Haiti est l'une des nations les plus productives et créatives en matière de littérature. Un écrivain tel que Dany Laferrière représente souvent le Canada dans les salons internationaux du livre dont celui de Paris et ses romans sont lus et étudiés par des milliers de jeunes québécois tant au secondaire qu'au cégep (niveau collégial)(ndt). Un nouvelliste comme Jacques Roumain a été traduit dans plus de 20 langues et lu dans le monde entier.
Quant au domaine de la musique, la contribution et l'influence des rythmes haitiens sont incommensurables. A travers l'histoire du nouveau monde, les rythmes et créations haitiens ont eu un impact plus ou moins égal autant dans l'Amérique latine que dans les Caraibes, en particulier à Cuba, les Antilles francophones, la République dominicaine pour ne citer que quelques pays. Mais la contribution d'Haiti a rarement été reconnue.
La pièce Ma brune de Guy Durosier et Raoul Guillaume en est une belle illustration. Elle a été traduite en espagnol pour devenir Morena et est interprétée par de nombreux artistes latino-américains. Ce qui denote la qualité de nos musiciens qui nous rendent une fierté qu'on a souvent tendance à occulter.
Cependant, il est tout aussi douloureux de constater le vol de notre heritage sans qu'aucun credit ne soit donné aux compositeurs originels.
peinture Jacques Richard Chéry, Cap-Haïtien, 1929.
Enfant, je me faisais bercer par ma mère sous la délicieuse mélodie de Choucoune. Cette douce meringue, peut-être plus qu'aucun autre, a été interprétée par de nombreux orchestres, choeurs, ensembles et groupes. Je ne croirais pas qu'aucun haïtien douterait jamais que cette pièce fut la nôtre. Cependant, cette chanson est aujourd'hui mieux connue sous le titre de 'yellow bird'
version des Mills Brothers
que sous celui de Choucoune. Si vous demandez à un Jamaïcain, il vous dira sans hésiter que Choucoune est une chanson jamaïcaine.
De jeunes haitiens-américains sondés dernièrement n'étaient pas certains s'il s'agissait d'une chanson jamaicaine traduite en créole ou une chanson haitienne traduite en anglais. Même la troubadour haitiano-allemande Cornelia Schutt, mieux connue sous le nom de Ti Corn, sur son CD «Caribbean Ballads» (1991-Gema) chante Yellow Bird et la crédite comme une chanson 'traditionnelle'.
De plus en plus frustré, j'ai été sur l'Internet afin de verifier le nom du compositeur de Choucoune, mais ni Google ni AskJeeves.com n'avait de réponse. J'ai contacté de nombreux disquaires dans l'espoir de trouver une copie de Choucoune, mais peine perdue. A ce moment là, j'ai decide de faire une recherche sur Yellow bird et devinez, au premier essai, j'ai eu la réponse suivante: Yellow bird a été compose en 1960 par Norman Luboff sur les paroles de Alan et Marilyn Keith Bergman.
Il ne fait aucun doute dans mon esprit qu'il s'agisse d'un vol d'héritage, pour utilise rune exception rendue populaire par James Richardson qui a décrit la façon dont la glorieuse tradition égyptienne a été faussement attribuée aux Grecs par les écoles eurocentiques. Est-ce arrive parce que nous Haitiens ne connaissons pas notre histoire ou ont «oublié» de la transmettre à nos enfants?
QUELLE EST LA VRAIE HISTOIRE DE CHOUCOUNE?
Croyez-le ou non, Choucoune a vraiment existé. Son vrai nom était Marie-Noël Bélizaire. Elle est née à la Plaine-du-Nord en 1853. Bien que ses parents ne soient pas connus, on rapporte qu'elle avait deux sœurs. Contrairement à ses soeurs, elle était d,Une beauté éclatante et ainsi, elle a été surnommée Choucoune. Elle avait la peau noire avec de longs cheuveux, ce qui définit le type marabou, communément utilisé dans le langage vernaculaire haitien.
Avant de completer ses etudes primaires, elle tomba amoureuse d'un jeune home du nom de Pierre Théodore. Ils se sont mis en ménage. Afin de subvenir aux besoins de sa famille, elle démarra un petit commerce de détails. Mais vite, elle se rendit compte que son compagnon est infidèle. Elle laissa alors le village et s'installa au Cap-Haitien, la capitale du département du Nord. Elle habitatit au 14, rue Simon dans la zone de Petite-Guinée. Elle ouvrit un petit restaurant près de la chapelle St-Joseph situé à la rue 19. L'un de ses clients était Oswald Durand, le célèbre poète dans sa période capoise. Il était de 13 ans l'ainé de Choucoune, mais une relation romantique ne tarda pas à s'installer entre eux. Bien qu'ils s'aimeaient énormément, il semble que cette relation fût de courte durée, la réputation de coureur de jupes de Durant l'ayant précédé. Lui-même disait qu'il était le jardinière qui arrose toutes les fleurs.
Quelques temps après, Durand fut jeté en prison à cause de ses opinions politiques. Alors qu'il était assis dans sa cellule, un oiseau se posa à sa fenêtre et inspira à Durand l'un de ses plus beaux poèmes, écrits en créole, titré Choucoune. On était en 1883. (ndt, certains diront 1884)
Dans ce poème, le poète parle de la beauté de Choucoune, des beaux moments passes en sa compagnie et de leur douloureuse rupture quand Choucune confia son coeur à un jeune français.
Choucune ne renoua jamais avec Durand en dépit du fait qu'il l'a immortalise à travers ce poème. Elle continua d'espérer l'asmour parfait qui ne vint jamais. Elle connut des moments très durs dans cette phase de sa vie et un jour, décida de retourner dans son patelin natal.
On rapporte qu'elle devint folle et dut mendier pour suirvivre.
Ma mère qui, enfant, participait souvent aux célébrations de la Saint-Paul à la Plaine-du-Nord, me raconta que les gens la désignaient du doit et murmuraient: «voici Choucoune».
Choucoune mourra en 1924.
Le poème de Durant fut considéré comme le meilleur poème écrit en créole et 10 ans plus tard, il attire l'attention d'un jeune musicien nommé Michel Mauleart Monton. Celui-ci naquit en Nouvelle-Orléans, Louisianne d'un père Haitien et d'une mère américaine. Son père s'appelait Milien Monton et était tailleur. Pour des raisons inconnues, Mauléart grandit en Haiti avec sa grande sœur, Odila Monron qui était propriétaire d'une boutique à la rue du Magasin de l'État, à Port-au-Prince. Toureau Lechaud lui enseigna la musique et il choisit le piano.
Sous le charme d'une riche nature tropicale, du monde magique et surréaliste des religions haitiennes et de la tradition musicale des classiques européens, Mauléart combina ses influences pour composer de nombreuses pièces qui connurent un grand succès à l'époque de même qu'aujourd'hui. On peut citer: la polka des tailleurs, l'amour et l'argent, P'tit Pierre, les p'tits siye pye du jeudi et tant d'autres.
Cependant, son plus grand success reste Choucoune, l'adaptation musicale du poème d'Oswald Durand. Il l'a joué pour la première fois devant public le 14 mai 1893. Ce fut un success instantané en Haiti comme à l'étranger.
Plus tard, Durant les celebrations ayant marqué le bicentenaire de Port-au-Prince en 1949, la pièce fut remise au goût du jour. A cette époque, Haiti était l'attraction touristique des Caraibes. Les prestigieux visiteurs de l'île incluaient Marian Anderson, Harry Belafonte, Elizabeth Taylor et beaucoup d'autres. Qui a eu le coup de foudre pour cette chanson? On ne le saura peut-être jamais. Tout compte fait, dans les années 50, le compositeur Norman Luboff a entendu la chanson et a adapté la mélodie aux nouvelles paroles des deux auteurs, Alan et Marilyn Keith Bergman.
Les paroles elles-mêmes sont inspirées du poème de Durand. Ti Zwezo devint Yellow Bird. La chanson parut sur l'album de Luboff – Choir's calypso Holiday - sorti en 1957 et est décrit sur la pochette comme «une serenade d'un amoureux solitaire à un oiseau solitaire».
La nouvelle version de la chanson acquit une immense popularité à travers les Etats-Unis. Beaucoup d'artistes l'ont repris et les Mills Brothers, Roger Williams et Lawrence Welf en firentl la chanson titre de leurs albums. Aujourd'hui, elle est de toutes les croisières dans les Caraibes et même dans les films américains à gros budget. Les touristes qui le réclament sans arrêt ne savent même pas que tout a démarré dans une prison haitienne en 1883. la prochaine fois que vous écouterez Yellow Bird, ayez une petite pensée pour Choucoune et pour Oswald Durand et dites fièrement à tout le monde qu'il s'agit d'une chanson haïtienne.
19:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Choucoune, heritage national
29.04.2006
Internet et showbiz haitien
L'Internet, ce merveilleux outil révolutionnaire, ce trait d'union entre les cultures du monde n'est qu'un instrument comme un autre dans le showbiz haitien. Bien que les .com made in Haiti foisonnent, leur contribution à la visibilité de la culture haitienne reste encore à prouver. L'information culturelle de bonne facture provenant d'Haïti ou de sa diaspora est une denrée rare. Seul un nombre très limité de sites parmi les plus populaires propose de l'information traitée et une analyse rigoureuse des faits et événements culturels et artistiques, les autres se contentent de rapporter le plus souvent textuellement les articles parus sur les sites majeurs. Conséquence, l'information est souvent tronquée, placée hors contexte et reprise davantage pour remplir un espace que par souci de combler un besoin. La culture, notre ultime richesse, la dernière carte qu'il nous reste à jouer après que toutes les forces maléfiques se soient liguées contre nous, en pâtit. La médiocratie est louée, les critères de qualité ayant été réduits à leur plus simple expression. Les forums de discussion crachent sur tout ce qui n'est pas à la portée de ces critiques d'un autre âge, ils sont confortés dans leur point de vue par la diffusion à outrance de tout ce qui, à une autre époque, aurait fait pâlir le plus raté des artistes. L'Internet, cet espace ouvert a bon dos, au nom d'une liberté d'expression qui nous est souvent refusée au niveau socio-politique, les webmestres font dans une permissivité indécente en ne se donnnant aucunement la peine de filtrer les opinions des internautes.
Par ailleurs, alors que l'Internet devrait donner une plus grande visibilité à notre culture et nous aider à mieux nous distinguer dans ce monde de plus en plus mondialisé et uniforme, ce qu'on offre au final est un ramassis de produits fantaisistes qui révèlent notre incompétence et notre immaturité dans un domaine où nous devrions exceller et prospérer. Que ce soit au niveau du cinéma, de la musique, des arts de scène ou des arts en général, notre échec retentit tel un tocsin à la face du monde au point que lorsque l'un de nous réussit à imposer son talent, il est jalousé, haï mais rarement apprécié à sa juste valeur.
Cet outil n'est à ce titre valorisé ni par par nos chroniqueurs culturels, ni par nos médias et encore moins par nos artistes et personnalités artistiques. Très peu en saisissent l'intérêt réel. Un rapide tour sur les sites en question nous montre d'abord que très peu de nos groupes, artistes et personnalités culturels en disposent et ensuite ceux de ces sites qui présentent un certain attrait sont l'exception. Et même lorsque c'est le cas, ils sont rarement mis à jour. On dirait des objets figés dans le temps et l'espace. Même l'artiste haitien le mieux représenté sur le net, en l'occurrence Emeline Michel, n'a su tirer parti de ce formidable instrument. Son site n'affiche que ses prochains spectacles, le reste du contenu a été mis à jour pour la dernière fois en 2004. Il en va de même pour Tabou Combo, le groupe le plus représentatif de notre konpa, quelques rares informations sont ajoutées de temps à autre rythment la vie de ce site moribond qui ne nécessite qu'une visite avant qu'on n'oublie tout bonnement l'adresse.
Ne parlons même pas d'entrer en contact avec un artiste ou une personnalité du showbiz, cela relèverait du miracle. Rares sont ceux qui répondent de façon systématique à leur courriels, à titre d'exemple le groupe de Jazz Mozayik, la grande majorité ignore même jusqu'aux manifestations de gratitude de leurs fans.
Alors, à quand une meilleure utilisation des outils que met la technologie à notre disposition? Rappelons-nous les drums-machine, le tort que son usage a causé à notre musique qui se relève à peine des flagellations subies. Considérons l'ère de la vidéo (analogique et numérique) relativement à notre cinéma et maintenant l'Internet. Quand cesserons-nous d'être le jouet de nos impulsions et commencerons-nous à penser stratégie et non plus fantaisie? Peut-être lorsqu'il sera trop tard, lorsqu'il n'aura plus aucune place à prendre, lorsqu'on nous aura volé tout ce qui fait notre identité. Oui, peut-être.
Vallès Latry
18:25 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Haiti culture et societe
12.03.2006
Génération Nation soleil
Les années 90 signent littéralement la mort de la société haitienne. Dans bien des domaines, sinon dans tous, les valeurs qui autrefois faisaient notre singularité (on parle de solidarité, de respect d'autrui, de réussite par l'effort, de joie de vivre, du sens créatif...) se sont vues bafouées, décriées au profit du "sauve-qui-peut", le pito n lèd nou la, l'individualisme a pris le pas sur notre sens légendaire du collectivisme et avec ça, la vie a foutu le camp de ce coin de terre et dans le coeur de tous ceux qui le portent comme symbole.
Certes, différents facteurs sont à incriminer, le contexte socio-économique précaire, les déceptions politiques et aussi sans doute la mondialisation dans ses aspects les plus négatifs. On parle ici d'acculturisme, une sorte de bouillon de culture qui s'apparente à un macedoine dans lequel il n'est plus possible de reconnaitre les différents éléments. Il ne s'agit plus de cohabition mais de fusion à outrance. Tout se mélange dans l'arc-en-ciel de nos vies, l'essentiel a pris la fuite en laissant émerger l'inévitable sauve-qui-peut, le degaje pa peche.
En dehors de la survie quotidienne d'un peuple moribond - et ceci, force nous est de l'admettre, est une prouesse en soi - le secteur le plus affecté par ce cyclone permanent est notre culture, disons mieux, notre identité culturelle. Qui sommes-nous? Que sommes-nous devenus? Qu'adviendra-t-il de nous dans les décennies à venir?
Voici mes préoccupations premières au moment de livrer mes premières pensées sur ce blog. L'haitien, celui que j'ai connu, petit être insouciant que j'étais dans la campagne roche-à-Batelaise (Roche-à-Bateau, ville de la Côte sud d'Haïti dans l'Arrondissement des Côteaux), celui qui portait fièrement sa souffrance tel un étendard, est-il las de se battre? Peut-être a-t-il disparu, honni qu'il était de voir tant de laideurs s'abattre sur cette terre qu'il a arrosée de sa sueur et de son sang. Et les autres, ceux qui ont décidé de ne pas céder leur place, se sont tus ou on les a fait taire. Et les autres encore, comme moi, sont partis, parce qu'ils n'avaient pas le choix - c'est ce qu'on dit toujours - en se promettant d'y retourner. Mais les nouvelles qui leur parviennent ne sont guère réjouissantes, alors ils maudissent ces autres, les méchants, ceux qui se refusent à comprendre ou ceux qui se refusent à changer, leur rejetant la responsabilité de cette descente aux enfers.
Mais heureusement, certains n'ont jamais oublié, l'haitien-fier-de-l'être subsiste en eux, il s'est réincarné en eux et ils le traînent partout, le long de leur chemin de croix, le portant loin, dans les confins du monde, à des milliers de kilomètres de l'alma mater, mais ils n'ont pas oublié. Et aujourd'hui, ils ont un nom, ils s'appellent génération nation soleil, et leur hymne nasyon soley
d'Emeline Michel. Cliquer sur le lien pour écouter la musique.
Ce blog leur est dédié.
Notre but se situe à des milliers d'années lumière de cette habitude morbide de l'haitien de commenter tout même en l'absence de la moindre parcelle d'information. En effet, l'haitien surtout celui de la Diaspora s'est fait un point d'honneur de fourrer son nez partout au risque d'être ridicule. Non, notre but serait plutôt, autant que possible, de raviver des souvenirs de nos époques glorieuses, car il y en a eu plusieurs - difficile à croire - de dénoncer ce qui nous parait néfaste et à attirer l'attention sur ce qui nous semble réellement digne d'intérêt.
Rarement nous nagerons dans les eaux troubles de la politique haitienne, mais souvent nous ferons référence à ce vaste marécage que représente ce juteux marché des pauvres qu'est Haiti. Ce sera certainement une forme de masochisme, mais si c'est le prix à payer pour cesser de nous ridiculiser à la face du monde, peut-être que ça en vaille la peine.
Et les enfants de cette nation soleil trouveront une juste rémunération dans les mots que nous mettrons bout à bout le long de notre quête de l'haitien nouveau, celui par qui Haïti revivra.
Vallès Latry
20:12 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

























