02.06.2008
En tête à tête avec Emeline Michel
EXCLUSIVITÉ

Nous avons eu le plaisir de rencontrer cette semaine la reine de la chanson créole, Emeline Michel, à la vielle du lancement officiel de son nouvel album dont la sortie internationale s’est effectuée entre novembre et décembre 2007 entre Haïti (Musique en folie) et les États-Unis (New York, Miami). La présentation de Montréal, on se le rappelle, initialement prévue en décembre dernier, a dû être reportée à cause des mauvaises conditions météorologiques.
Dans cette entrevue exclusive, Emeline nous parle amplement de ses débuts depuis les jams improvisés avec les Beetov et Loulou sous le manguier de chez Manmie Miche , à la rencontre avec Ralph Boncy et de la façon dont s’est décidée la collaboration avec celui qui allait s’occuper de sa carrière sur une décennie ou presque.
Elle nous donne avec moult détails sa définition de la musique, du choix de ses musiciens et du traitement qu'elle leur réserve, du choix de ses titres sur scène et aussi de sa fierté de pouvoir vivre de son art.
Elle nous parle de création musicale, de production et de contrats de disques et aussi de ses futurs vingt cinq ans de scène.
Une entrevue exclusive où on découvre peu à peu une dame, oui c'est le mot, d'une grande générosité, toute simple, qui ne se prend pas au sérieux, qui s’ouvre tranquillement comme seuls savent le faire les gens doués d’une grande humilité.
VL
Première partie
Deuxième partie
Troisième partie
08:40 Publié dans Entrevues, Musique, Section Emeline Michel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Emeline michel, total ambiance productions, reine de coeur, youtube, entrevue, interview
28.05.2008
Étonnante Emeline

VOIR TOUTES LES PHOTOS
Elle n'aura de cesse de nous étonner. On a beau la voir des dizaines de fois, on en redemande encore et chaque fois, c’est différent.
Après avoir fait le tour de l'espace haïtien avec son nouvel album (Haiti, Miami, New York), Montréal a reçu cette fin de semaine de la grande visite. La reine et sa cour ont fait escale dans la métropole québécoise le temps d'une vente-signature-perfo à la Boutique Archambault de la rue Sainte-Catherine, vendredi 23 mai et d'un concert à la belle salle Marie Gérin-Lajoie (capacité 730 spectateurs) de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) le 24 mai au soir.
Au menu, une pincée d'Ekspresyon, la troupe de danse montréalaise (désolé, j'ai raté leur représentation), un zeste de Daniel Bernard Roumain (DBR), le violoniste new-yorkais et de l'Emeline à profusion.
Un peu plus de trois heures de spectacle où les perles succèdent aux joyaux et où des tourbillons de rythmes se composent et se décomposent sur la scène au gré des intonations et des pas de danse de la magicienne supportée par des musiciens survoltés et bourrés de talents.
Le show
Emeline entame son spectacle avec Bèl kongo, la chanson d'ouverture de son précédent album et de sa tournée Rasin kreyòl. S'ensuivra un voyage rythmique et émotionnel où elle le reconnaît elle-même, «les larmes succèdent aux rires» en référence à Haiti. Elle fera ainsi valser son public d'émotions en émotions, elle le fera chanter en chœur l'odeur de ma terre; le fera danser dans Banda, émerveillé par la troupe Ekspresyon qui offre un numéro mémorable haut en couleur et en déhanchements; elle l'invitera au recueillement dans Jodia tandis qu'Emeline lui gratifie d'une version acoustique (voix et guitare) où Toto Laraque (guitare également sur l'album) donne toute la mesure de son talent; elle fera voler son cœur en éclats dans Maricela… Enfin, un public qui se pliera aux moindres caprices de l'artiste tels des sujets en dévotion devant leur reine.
Sujets et reine, dans le même train pour un voyage inoubliable à travers des titres essentiellement centrés sur ses trois derniers opus, tels Beni yo, Pè letènel, l'odeur de ma terre. Emeline fera aussi cinq des 14 chansons de Reine de cœur, Mwen pa ka lage w, son nouvel hymne après l'odeur de ma terre et nasyon solèy, Gade papi, le premier hit de l'album qu'elle a chanté pour Emeraude, sa sœur designer, femme-courage à laquelle elle a rendu un hommage public. Et aussi Banda, Jodia et Maricela, trois des moments forts du spectacle.

Mes moments forts
Banda évoque sur disque comme sur scène les vastes plaines de l'Arcahaie ou les guildives de Léogane. Ce soir-là, le Rara pur et dur trempé dans une ambiance festive à mi-parcours entre guédé et carnaval, s'est emparé de la salle Marie Gérin-Lajoie. La troupe de danse Ekspresyon met le feu sur la scène à grands coups de déhanchements et de figures qui rappellent ces scènes de rue de notre enfance. Emeline elle, est en extase tandis qu'Adrien Legagneur fait résonner la basse comme le bambou de notre rara. Il confirme là tout le bien que je pensais déjà de lui.
Jodia a donné des frissons, une voix percutante qui charrie des tonnes d'émotions et une guitare, celle de Toto Laraque (également sur le disque) qui ajoute à l'intensité de l'instant. Une version mémorable que vous pourrez visionner sur Nationsoleil. J'ai tendance à préférer cette version à celle qui est sur le disque, en dépit de la basse de Yves Abel qui donne du tonus à la musique.
Vidéo
Maricela fut aussi un autre grand moment. Bien appuyée par les choristes, May-lissa Dauphin et Maguy Volant, l'artiste parvient à transposer dans la salle, le temps d'une chanson, toute la souffrance, toute la misère des bracéros et de leur progéniture qui se meuvent dans les infâmes bateys de la République dominicaine. Un réalisateur italien vient justement de sortir le film «Haiti chérie» sur lequel vous pouvez lire un article sur Nationsoleil.
Et aussi, cette atmosphère indicible créée par DBR dans sa version de The sky. Une musique planante, enveloppante, du cru de l'artiste appuyé par les 6 autres musiciens du groupe d'Emeline, Carol Hodge, le talentueux Anguillais à la batterie, Dominique Kanza, le Congolais à la guitare, époustouflant dans le désormais incontournable Nonm sa, Milot Eliacin aux claviers, magnifique sur fò m ale et Emedin Rivera (histoire d'eau sur le disque), cet incroyable percussionniste, complet et versatile qui colore la musique d'Emeline de mille teintes joyeuses. Une belle découverte et un moment magique avec DBR.
J'ai aussi aimé
Cette aisance avec laquelle Emeline communique avec son public. Un mot pour faire rire, un autre pour conscientiser, un autre pour encourager. Rien de neutre chez cette artiste passionnée qui force l'admiration. La femme-flamme a fait place à une femme mature qui chante, danse et compose avec un naturel désarmant qui lui fait mériter sa place parmi les grands artistes contemporains.
Et la finale avec le désormais classique A.K.I.K.O exécuté avec panache par les musiciens tandis que la scène est de nouveau envahie par les danseuses de la troupe Ekspresyon.
Traitement royal pour un public princier. Étonnante Emeline!
Vallès Latry
22:20 Publié dans Événements, Musique, Section Emeline Michel | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Emeline michel, maguy metellus, reine de coeur, daniel bernard roumain, montreal, uqam, gerin-lajoie
13.05.2008
Emeline Michel en concert à Montréal
La Reine de la chanson haïtienne, Émeline Michel, sera en spectacle à Montréal le samedi 24 mai prochain, pour fêter les mamans et nous présenter son dernier album, Reine de cœur. Lancé en décembre 2007, ce neuvième album était attendu avec impatience : le dernier, Rasin kreyòl, remontant à l’automne 2004.
Une soirée qui promet d’être mémorable, avec en lever de rideau des prestations de la troupe Ekspresyon et du violoniste Daniel Bernard Roumain à la salle Marie-Gérin-Lajoie de l’UQÀM.
Billets : 30 $ à l’avance. En vente sur le Réseau admission, à l’UQÀM et dans les commerces haïtiens.
La Reine sera par ailleurs en vente-signature/performance le vendredi 23 mai à 12 h chez Archambault – 500, rue Sainte-Catherine Est.
Infos : 514 229 8539 / 514 987 3456
Infos artistes et entrevues : Maguy Métellus 514 757 2775 – magluvcommunications@yahoo.ca
22:31 Publié dans Section Emeline Michel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Emeline michel, maguy metellus, reine de coeur, daniel bernard roumain
17.01.2008
Emeline Michel - Reine de cœur, un recueil de joyaux
Par Vallès Latry
Nasyonsoley
En résumé (pour les paresseux et pour ceux qui ne donnent pas du temps au temps)
Dans Reine de cœur, Emeline opte pour la simplicité, rien de superflu, juste l'essentiel jusqu'au choix des instruments, accordéon, flûte, violon, des instruments de moins en moins utilisés dans la musique haïtienne. Mais Reine de cœur confirme aussi la constance de l'artiste d'un point de vue lyrique aussi bien que rythmique. Qui connaît un tant soit peu sa carrière et est attentif à sa démarche peut aisément faire des liens entre ses différents projets.
Emeline c'est aussi ce don rare de façonner une musique accessible sans pourtant jamais céder aux compromis. Ce qui fait de cet album une collection de perles mélodieuses, de rythmiques mais aussi de véritables joyaux poétiques créoles. De par son approche plurielle et homogène, Emeline transcende la musique caribéenne. En un peu plus de 20 ans de carrière et en dépit des mutations que l'industrie de la musique connaît, notamment la numérisation de l'œuvre musicale, la musique manufacturée, Emeline est parvenue a insuffler un air intemporel à la musique créole et aux musiques du monde au point de réussir à ressusciter note par note une espèce sans cesse moribonde.
Avec Reine de cœur, Emeline joue avec nos émotions en nous transmettant très habilement les siennes. Éclat de rire dans histoire d'eau, tristesse profonde dans Maricela, extase dans banda, questionnement dans Awa, humour, enjouement dans Fè van pou mwen, gravité, promesse dans Jodiya, désir, passion dans Yon ti mo…on aura passé en revue tous les sentiments et on en sort tout confus, mais une confusion salutaire comme lorsqu'on se réveille d'un bon rêve dans lequel on a été errer dans des pays lointains.
Reine de cœur, c'est l'histoire d'une vie, c'est peut-être aussi la nôtre, qui sait.
Petit bémol: Une pochette inspirante, mais peu de photos dans le livret, mais surtout la qualité douteuse de l'orthographe créole en rupture avec ses albums précédents.
Reine de coeur, pièce par pièce, note par note
REINE DE COEUR s’ouvre avec le pétulant Gade papi, un hymne au rêve, à l’espoir et au succès, mais également une pièce autobiographique. Les cordes, les percus avec entre autres le remarquable Azor, les chœurs et la voix d’Emeline s’entremêlent à la perfection. Une symbiose musicale au parfum de célébration qui évoque la danse autour d’un feu dont le crépitement des flammes serait les tambours et les paroles inspirantes, gorgées de sagesse d’une griot(te) qui se nommerait Emeline, seraient le vent qui maintient et revigore les flammes.
« Pa janm doute sa w ap swete jodi - Demen pwal tounen reyalite w… »
Carol Hodge, le batteur anguillais ainsi que Dominique Kanza, le guitariste congolais sont absolument époustouflants sur cette pièce.
Trois autres pièces s’inscrivent dans la même veine, un rythme péchu, vivant, aisément classables dans le genre world, musiques du monde:
Banda (7) basée essentiellement sur une ligne rythmique absolument démente dont les refrains sont empruntés de la musique traditionnelle. Sur un arrangement plutôt rustique signé Emeline, le ton est donné par le maître incontestable du rara haitien, Dadi Beaubrun à la basse, l’un des rares capables de la faire sonner comme un bambou. Les percussions et les chœurs qui reproduisent les chaudes sonorités vocales des paysannes engagées dans les konbit réveillent des souvenirs de Léogane. On s'imagine le major jonc qui fait tournoyer son instrument avec une dextérité peu commune tandis que la foule se laisse entraîner par les tambours qui résonnent comme des battements de cœur.
Twa fèy (11) au même titre que Banda est un hommage à la tradition. Nous constatons avec bonheur que c'est une tendance qui se répète de plus en plus chez nos artistes qui maintiennent ainsi en vie des airs traditionnels. Et en dépit du fait que les choix portent souvent sur les mêmes titres – twa fèy, Latibonit, kouzen… - cette démarche est loin d'être futile car chacun y va de couleurs et saveurs différentes tout en rendant actuels des airs qui sinon seraient condamnés à errer tels des fantômes dans les ruelles des oubliettes.
La version que nous offre Emeline est rafraichissante, elle met en valeur des chœurs splendides sur un rythme syncopé qui donnent du tonus et de la profondeur à la pièce. Encore une fois, la ligne rythmique est à surveiller: le percussionniste Markus Schwartz (Mozayik), Adrian Legagneur (basse) et Carol Hodge apportent une contribution non-négligeable à la musique tandis que Makarios nous fait un solo timide, peu créatif et particulièrement décevant, bien loin du talent qu'il a démontré au SOB'S le 2 décembre 2007.
Le quatrième morceau de la série, Chans (9), est l'un des plus aboutis de l'album. C'est un euphémisme. En fait, cette pièce est absolument époustouflante. Un percutant yanvalou qui s’inscrit avec énormément de verve dans la mouvance jazz créole. Emeline bénéficie ici de la complicité du bassiste Adrien Legagneur qui la co-compose avec elle. Cette pièce inspirante qui parle de chance, de lutte, d’espoir et de réveil met en exergue une pléiade de talents dont Makarios Césaire et Dominique Kanza (guitares), Sergo Décius (percussions), Frédéric Las Fargas (piano), l’Anguillais Carol Hodge (batterie) et le talentueux jeune violoniste Daniel Bernard Roumain (DBR).
« …Pa kite yo mache sou pye w bouje bouje bouje - Kanpe trase chimen w… »
Un message-force répété tel un leitmotiv par les choristes dont Myriam Barthellus pour insuffler un peu d'énergie à un peuple qui trop souvent ces temps-ci, tend à courber le dos.
Puis les chansons soleil macérées dans les rythmes tropicaux ou néo-tropicaux comme Maricela (10), l'une de ces chansons qui se laissent aimer, simplement, naturellement. Un twoubakonpa léger qui laisse planer une voix intense, pétrie d'émotions, qui égrène ces mots fatalistes sonnant comme un glas. Mais aussi, un récit poignant, tragique mettant tristement en vedette cette petite fille dont le sort nous rappelle notre impuissance devant certaines réalités, mais aussi nos chances et nos bénédictions
«Si ou la fò n ka sonje kijan lavi gate n - Pou limyè pou la sante - Fò n remesye la pwovidans…»
Un refrain lancinant qui nous trotte dans la tête dans les moments les plus inattendus.
« Maricela koubaba - Se la lavi poze w - Ou pa t mande pou w te la - Zetwal ou klere konsa
Maricela mi bella - Li twò bonè e li twò ta - Querida si ou la - Gen yon bon rezon pou sa»
Ou Awa (4) du nom d'Awa Sissao, jeune chanteuse Burkinabé qui chante en duo avec
Emeline sur cette pièce. Tout en subtilité, deux voix sublimes qui apaisent telle une berceuse créole, un murmure dans nos oreilles. Le violon de DBR, entertainer de classe et la guitare du jeune David Douada ajoutent encore à la souplesse et à la profondeur de ce morceau qui fait dans l'universel. C'est un dialogue entre deux femmes sur la sempiternelle et insoluble énigme de l'homme et de la femme, un questionnement:
«Est-ce l'histoire de la pomme qui a tout déréglé…» et plus loin …«La plus terrible des guerres se passent dans nos maisons…»
Rythmiquement proche de Mwen bezwen (Ban m pase), Awa fut mon premier coup de cœur sur Reine de cœur. Un petit bijou accessible et exportable.
Également, Yon ti mo, un konpa sensuel, plus love que love qui tape en plein cœur, une ambiance lascive, mélancolique, deux voix qui se mêlent pour réinventer un genre en toute simplicité, sans chichi ni fioritures, une recette qui fait mouche. L’ingénieux Daniel Beaubrun, pourtant peu connu pour être un arrangeur konpa, est passé par là. Il chante et signe aussi la musique avec Emeline qui écrit les paroles. Poétesse parmi les poètes, celle-ci manie les mots avec une aisance rare qui fait honneur aux grands auteurs créoles. Comme quoi, on peut encore parler d’amour et de désir sans les Ti cheri vini jwenn mwen ou cheri w ale kilè w ap retounen…
« …Kon w lodè bougenvilye - Nan fon kè m ou ret tache - Menm lè m pa bat kò m m pa chache w
Kankou savann sèch anba lapli - Kè n ap bwè tout myèl tandrès ki te sere… »
Et aussi, Mwen pa ka lage w (2). Un autre hommage à Haiti, nostalgique et revendicatif qui traduit les sentiments confus, ambivalents d'une diaspora en mal d'identité, qui se cherche une niche où laisser éclore ses rêves. Le drame perpétuel d'un peuple à l'âme d'éternel exilé:
« Ou ka w ete m andedan peyi mwen – ou pa ka wete peyi a anndan mwen…»
Gaguy Depestre (Caribbean Sextet) qui a notamment orchestré le classique Mawoule de Carole Demesmin, est à la flûte et Alain Juste à l'accordéon.
Mwen pa ka lage w est un twoubadou qui s'inscrit dans la lignée de nasyon solèy (Rasin kreyòl) aussi bien d'un point de vue thématique que rythmique. La voix d'Emeline est vraie, son émotion authentique, ce qui donne un cachet particulier à ce morceau.
In cha' Allah est la pièce la moins inspirée de Reine de cœur. Ce n'est pas tant que le
message ne soit pas utile, mais il est débité sur un ton quasi-monocorde qui contraste avec le reste de l'album où sur chaque pièce ou presque, l'émotion peut être découpée au couteau tant elle est palpable. Pourtant sur le plateau de l'émission Belle et Bum sur Télé Québec en décembre dernier, son interprétation a été bien meilleure.
In cha'Allah est un message universel sur la paix, la tolérance avec des effets sonores assez réussis. Cependant Emeline rate ici une belle occasion d'introduire dans sa musique des sonorités plus orientales comme le raï ou puiser dans le riche héritage rythmique des peuples de ces régions. Ça lui avait tellement bien réussi lors de son passage en novembre 2005 au Festival du monde arabe où elle avait accueilli un percussionniste arabe très en verve ainsi qu'une danseuse de Baladi qui avait fait les délices du public présent au Corona (Montréal) cette soirée-là.
Jodiya est une déclaration d'amour, une berceuse mélancolique qui s'ouvre au son de
l'accordéon de Lelo Niko, bientôt rejoint par une voix empreinte de tendresse et la guitare de Toto Laraque. L'ensemble est simplement renversant. Emeline l'a composée pour son fils Julien à un moment où elle traversait une mauvaise passe dans son foyer, confie-t-elle à CPAM, la radio de la communauté haïtienne de Montréal. Mais, j'aime à penser que c'est le genre de discours que l'on voudrait tenir à tout être que l'on chérit.
« Ou se yon koub ki chanje wout lavi m - M pa pè di m konn sa k pi fò ke renmen - tout moun ka fè move zafè, - ou rete pi bèl bagay mwen fè ».
L'impayable Sergo Décius aux percussions est magique sur cette pièce et le génial Yves Albert Abel complète la fiche de cette pièce.
Les acoustiques, les passe-partout
Fè van pou mwen (5) – Syto Cavé/Boulo Valcourt - est une de ces nombreuses pièces acoustiques dont Emeline raffole. Et ça lui a toujours réussi. En 20 ans de carrière, la liste est longue. Songeons par exemple à Viejo (Jean-Claude Martineau – Koralen), Matelo (Beetov), Foli damou (Syto Cavé), et aussi à celle qui a lancé sa carrière Peyi mwen cheri (Loulou Dadaille à la guitare dans la version originale).
La version d'Emeline est simplement succulente. Elle épouse la chanson à la perfection. Qui connaît un peu Port-au-Prince peut aisément imaginer la scène: «Pandan m ap di w sa – Maringwen debake – ak yon dividal mouch k ap kwense m k ap mode m… Fè van pou mwen cheri…»
Si le chéri en question ne s'exécute pas, c'est qu'il n'est pas un homme. Junior Dorcelus est à la guitare tout comme dans mwen pa ka lage w.
Histoire d’eau (6), Histoire d’eau « fraîche » devrait-on dire, tant cette succulente Bossa nova évoque les sources d’eau cristallines qui s’écoulent par centaines de milliers de nos campagnes haïtiennes. Histoire d'eau ressemble à un gros éclat de rire. Souvenirs, souvenirs, mille images qui explosent en kaléidoscope, la canicule, les sources d’eau en cascade, de braves paysannes esquintées posant leurs lourds paniers gorgés de fruits et autres victuailles, des enfants qui chahutent…
Histoire d'eau ou comment une image citadine faite de vitres, de rideaux… peut être aisément transposée ailleurs. Faites votre choix. Tout en subtilité, Emeline joue de sensualité sur ce morceau aussi bien avec le texte qu’avec sa voix. Beethova avait raison de dire que celle-la, c'est moi qui la joue. Sa guitare associée aux percussions de Emedin Rivera font simplement planer, planer sur l'eau, pourquoi pas, tout est possible avec Emeline.
Jazz et rythmes latins
Sa m pa wè yo (12) et Jounen (14), des incursions franches dans des avenues jusque-là timidement explorées.
Emeline a en effet rarement fait dans les rythmes latins proprement dit, sa version de Pòs Machan est une petite exception, mais souvent elle a été piocher dans les rythmes africains et afro-caribéens tels que l'attestent Na rive (Rhum et flamme) ou kote w moun (Ban m pase).
Sa m pa wè yo exprime le mépris et la tristesse d'une femme amère, bafouée et en panne d'affection.
«Gen yon moun ki chita nan chèz mwen - Lè m al monte loto w mwen ka di lite la
Kilè m te wo konsa - Menm yon talon m p ap rive la - … Viktò pa makiye men l rive bliye wouj a lèv li….»
Humour et cynisme cohabitent dans ces mots que l'artiste crache avec une indignation à peine feinte. Les arrangements signés Toto et Pascal Laraque, également au piano sont nickel tandis que Patrick «Andy» Adriantsialonina à la basse – également dans Awa, Gade papi et Jounen –, simplement somptueux, fait grimper d'un cran l'intensité de la chanson.
Quant au jazz, on lui connaît quelques pièces jazzy/mid konpa genre Caribbean Sextet (tankou melodi, pa gen manti nan sa, san ou), mais jusque-là, pran lavi (Rythmic reflections, Mozayik) composé par
Gashford Guillaume, batteur du groupe, sur un texte d'Emeline, était le seul véritable voyage de l'artiste au pays du jazz. Avec jounen, composée par Boulo Valcourt, Emeline confirme sa grande versatilité et apporte une contribution non-négligeable à la mouvance jazz créole à laquelle elle a plus souvent adhéré sur scène que sur disque. Bon Boulot.
Ce sont également les pièces les moins accessibles de l'album, mais il ne fait aucun doute que les connaisseurs s'y reconnaitront tant les exécutions sont limpides, les arrangements un peu plus complexes que ce à quoi l'artiste nous a habitué jusqu'ici. Résultat, deux perles rares.
Cet opus est un must, se le procurer au plus vite.
Ecouter des extraits de toutes les pièces ou le commander sur CDbaby.
Pour aller plus loin le site officiel d'Emeline Michel où vous trouverez sa biographie, des photos, les dates de concerts mais également le clip de Gade papi.
Toutes les photos sont de nasyonsoley sauf celles hors-spectacle et Emeline/Beethova/DBR (Flickr DBR).
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16.12.2007
Emeline à SOB'S - Reine de coeur & Reine des scènes
Voyage, voyage… S’il y a une musique qui voyage ces temps-ci c’est bien la musique haïtienne. Voyage dans le temps avec Zèklè samedi 1er décembre au soir au Parc historique de la canne-à-sucre, fusion des générations, la musique à son paroxysme. Pour une fois, l’unanimité; la musique à rabais est démasquée, un défi est lancé, qui saura le relever?
Puis, autre voyage, sous d’autres cieux, ceux de Manhattan, New York, Afrique-Haïti à la croisée des chemins. Ils sont tous là, les duchesses, vicomtes, princes et princesses de New York, et les autres, ils se reconnaîtront, tous de la cour de la reine de la chanson créole qui lançait ce soir-là en première mondiale son dernier opus intitulé comme par hasard Reine de cœur.
«Ce soir, en lieu et place d’un «release party», vous aurez droit à un «relief party»», annonce-t-elle après avoir fendu la foule au son de l’accordéon de Lelo Niko. Carpe diem, a-t-on envie de dire, tant pour l’instant que pour la chanson. Jodia, mélancolique à souhait. Les tambours d’ouverture de la tournée Rasin kreyòl ont fait place au son mélodieux de l’accordéon. Bientôt la guitare de Dominique Kanza fait monter d’un cran le degré de fébrilité. Les flashs crépitent et la voix de la femme en jaune, dans toute sa splendeur s’élève dans la salle, une voix puissante, surprenante qui charrie toute l’émotion contenue dans cette chanson dédiée à son fils Julian, mais aussi à tous ceux qui chérissent quelqu’un,
« Ou se yon koub ki chanje wout lavi m
M pa pè di m konn sa k pi fò ke renmen
tout moun ka fè move zafè,
ou rete pi bèl bagay mwen fè ».
Pour un relief party, c’en était tout un, elle nous en a mis plein la vue. Emeline nous a fait six autres titres sur quatorze de son nouvel album : voyage vers le terroir dans M pa ka lage w, deuxième
sélection de la soirée, un hymne à Haïti trempé à la sauce twoubadou que l’artiste avait offert à ses fans d’Haïti lors de sa prestation à la dernière édition de Musique en Folie. Myriam Barthélus et Madafi supportées par Sergo (percussions) et Frédéric Las Fargas (claviers) livrent des chœurs sublimes sur cette pièce.
Voyage vers l’alma mater dans Gade papi, quatrième sélection, le single de présentation de Reine de cœur, a définitivement électrisé le public du SOB’S. Le tempo dynamique de cette pièce a été l’occasion pour les percussionnistes Sergo Décius (Meyè ve) & Jean-Marie (congas) ainsi que Carol Hodge (batterie) de laisser libre cours à leur talent tandis qu’Emeline y allait de ses danses endiablées dans un foisonnement de tissu jaune qui virevolte sur la petite scène telles des flammèches qui évoquent la danse du soleil.
Voyage dans les bateys dominicains avec Maricela, l’histoire poignante de cette petite fille orpheline, séropositive qui dans la chanson d’Emeline prend des allures de petite ange dont le malheur donne un sens à notre propre existence.
« Li twò bonè e li twò ta
Querida si ou la
Gen yon bon rezon pou sa »
L’émotion est à son comble. Personne n’a envie de danser sur ce twoubadou entrainant. La voix de la chanteuse envoûte et submerge d’émotions l’assistance qui se retient pour ne pas pousser des plaintes de douleurs tels les esclaves dans les plantations de coton du sud des États-Unis. Et comme si ce n’était pas suffisant, Frédéric Las Fargas y va d’un solo qui fait monter d’un cran le drame de l’instant...
Un temps de pause pour reprendre son souffle et le spectacle redémarre cette fois-ci avec AKIKO réclamé à cor et à cri par le public. Chanson d’espoir qui raconte encore une fois, s’il en est besoin, qu’en dépit de tout, le rêve doit rester intact. Une chanson intemporelle, un petit tour au pays de
l’espérance au son de l’accordéon de Lelo Niko et du violon de Daniel Bernard Roumain, un entertainer hors-pair, qui à eux deux recréent l’ambiance festive des campagnes françaises sur la scène du SOB’S.
Sur la même thématique, Chans, une autre pièce du nouvel album, un beau yanvalou qui rappelle le groupe de jazz afro-haïtien Mozayik. Des chœurs tout à fait splendides qui résonnent en écho dans la petite salle. Kanpe trase chimen w énoncé avec force et conviction à travers les voix de Myriam et Madafi. Dommage qu’Emeline ne joue pas plus souvent avec des choristes.
Banda est un autre morceau de Reine de cœur présenté au public avant la pause d’une demi-heure. Makarios (guitare) fait son petit numéro sur celle-là comme sur bien d’autres pièces du spectacle. Il plane littéralement. Et on voit clair dans le jeu d’Emeline, un beau petit prétexte pour se déhancher au son des tambours désormais incontournables dans ses spectacles. Haïti et l’Afrique entrent à nouveau en fusion, la salle est en délire, certains entrent littéralement en transe tandis que la reine quitte tranquillement la scène sous les ovations d’un public définitivement conquis.
2ème partie
Retour sur scène avec Beni yo, succulent reggae assaisonné de rythmes africains. Dominique Kanza prend un plaisir évident à l'exécution de cette pièce qui est un prélude à une plage de konpa en rafales.
Bientôt la salle est transformée en piste de danse où toutes les nationalités se côtoient à l'image de la Big apple. Certains y vont de pas excentriques, d'autres se font plus discrets et profitent de l'occasion pour serrer un peu plus près leur bouboute. Dòmi kole, flanm et la karidad, un petit voyage aussi à travers deux décennies de carrière pour cette machine à tubes qu'est Emeline Michel.
Puis deux autres pièces en rappel, Pè letènel, magique, une pièce d’anthologie, il n'y a pas d'autres mots et enfin un twa fèy (chanson traditionnelle figurant sur Reine de cœur) endiablé qui claque comme un coup de tonnerre, les tambours résonnent pour une dernière fois sous le ciel pluvieux de la cité de Manhattan. Une soirée remplie de souvenirs et d'émotions dont seul un petit cercle d'artistes haïtiens dont Emeline a le secret.
Nos observations
Emeline a révélé une autre facette de sa personnalité, peut-être devrait-on mettre ça sur le compte de l'ambiance intimiste du SOB'S. Elle avait tout bonnement le contrôle de la scène, jouant tour à tour le rôle d'artiste et d'entertainer en usant de sa voix, de ses déhanchements et voltiges acrobatiques, mais encore le rôle de maestro, de chef d'orchestre qui dicte le tempo, qui distribue les solos, une véritable régisseuse qui crée l'ambiance et la change, la module à sa guise.
On notera également une parfaite symbiose non seulement avec son public qu'elle soigne comme un invité de marque, elle prend le temps de lui parler, de lui transmettre ses émotions, mais aussi d'être à l'écoute de ses désirs. Symbiose aussi avec ses musiciens qui suivent à la lettre ses consignes, sauf Carol Hodge, le batteur, qui à au moins deux occasions, s'est laissé emporté par la musique et n'a pas compris qu'il fallait laisser la vedette aux tambourineurs.
Emeline est aussi un message ambulant pour les jeunes artistes ou les autres, ceux qui ont laissé filé leur chance pour n'avoir pas compris: la musique, c'est la scène. Tifane l'a compris elle, c'est pourquoi elle ira loin.
Vallès Latry
15:25 Publié dans Événements, Section Emeline Michel | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Emeline michel, daniel bernard roumain, myriam Barthelus, Frederic Las Fargas, Makarios, adrien legagneur, dominique kanza
26.11.2007
Emeline en vidéo
Voir Emeline en vidéo
A l'approche de la sortie internationale de son nouvel album Reine de cœur le 2 décembre prochain au SOB'S à New York, la promotion bat son plein. En effet, on peut voir Emeline sur Youtube accorder une entrevue à Barbara St-Louis de Télé image dans laquelle elle reprend essentiellement les mêmes infos que vous pouvez lire dans notre plus récent article. Voir la vidéo.
Elle présente également son calendrier 2008 agrémenté de superbes photos prises dans des sites enchanteurs de notre petit coin de pays. Sur chaque calendrier acheté, deux dollars iront à des organismes soutenus par l'artiste dont une fondation qui vient en aide aux enfants dans les bateys dominicains.
L'autre vidéo que l'on peut visualiser sur Opamizik est une prestation live à la plus récente édition de la foire musique en Haiti qui s'est terminée en Haiti le 18 novembre dernier. Accompagnée à la guitare par Richard Augustin, un collaborateur de longue date, Emeline a interprété Mwen pa ka bliye w, une chanson dédiée à Haiti et qui figure sur Reine de cœur dont la sortie haïtienne s'est effectuée à l'occasion de la 8ème édition de cette foire. Appréciez la vidéo.
Site Internet et nouvelle collabo
Deux autres petites nouvelles qui intéresseront certainement les fans d'Emeline.
Le site Internet de l'artiste a été entièrement relooké. Une interface plus conviviale et de beaux graphismes, mais malheureusement moins complet que l'ancienne version avec moins de photos et le retrait de la plupart des articles publiés sur Emeline dans différents médias à travers le globe. Je vous recommande notamment la section vidéo où vous pourrez voir ou revoir le clip de la chanson Fò m ale (Cordes et âme, 2000) et une prestation Live d'Emeline à Belle et bum, la populaire émission de télévision animée par Normand Brathwaite et Claudine Prévost qui passe sur Télé-Québec.
Collabo avec Kali sur Racines 5
Enfin, Kali, je cite RFI, «le chef de file de la tradition martiniquaise vient de présenter son dernier opus Racines Caraïbes volume 5. Un disque sur lequel l'artiste s'ouvre à tout le patrimoine musical caribéen, en conviant les grands noms de cette région qui est un authentique carrefour culturel.». Sur ce cinquième volume de la collection Racines, Kali a invité et je cite encore RFI «les plus belles voix de la Caraïbe, comme Jocelyne Beroard, Tanya Saint-Val, Emeline Michel ou Ralph Thamar.»
Emeline chante sur cet opus Haiti chérie en duo avec Kali. Voici les propos de Kali au sujet de la chanson et d'Emeline Michel: « C’est une des perles du disque. Emeline Michel a une voix incomparable. Quand elle chante, on a l’impression d’entendre un instrument. C’est toute l’âme haïtienne qui est en elle et ressort dans chacune de ses chansons. Elle a fait près de 400 km pour venir enregistrer et repartir tout de suite. Je tiens à la remercier et je le répète, c’est l’une des meilleurs artistes d’Haïti.»
21:29 Publié dans Mon espace vidéo, Section Emeline Michel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Kali, emeline michel, sob's haiti, reine de coeur, richard augustin, musique en folie, belle et bum
03.10.2007
Emeline Michel, Reine de coeur (prochain album)
Dans une entrevue accordée à Opamizik, la reine de la chanson créole qui avait fait le déplacement au SOB’S le 28 septembre dernier pour supporter la nouvelle sensation de la chanson créole, je jeune Bélo, a révélé pour la première fois des détails relatifs à son prochain album intitulé Reine de cœur (Queen of heart) dont la vente-signature aura lieu le dimanche 2 décembre dans l’antre de Papa Jube qui accueille de plus en plus de grands événements musicaux haïtiens.
Emeline définit son album qui contiendra 14 pièces comme une connexion Afrique-Haïti. La collaboration d’Emeline avec les musiciens Africains remonte au début des années 90, au plus fort de sa période européenne où elle faisait les festivals les plus prestigieux du vieux continent. Elle a tourné notamment avec Manu Dibango à Paris comme en province, elle a aussi enregistré une chanson avec Mory Kanté sur la bande originale d'un film et partagé également la scène du Zénith avec lui. Elle expliquera plus tard comment elle a été fascinée par les rythmes, la force et la vitalité des musiques africaines.
En novembre dernier, elle a été au Burkina Faso comme artiste en résidence, cette expérience a été renversante confiera t-elle plus tard
et là elle décide d’aller plus loin dans son exploration des rythmes africains.
Notons que sur son dernier album, Rasin Kreyòl, Emeline a marié sa voix à celle du génial vocaliste camerounais Gino Sitson sur la chanson accapela lòm kanpe et tourne régulièrement et littéralement sans discontinuer avec le guitariste congolais Dominique Kanza qu’on a récemment retrouvé sur l’album Djin Djin d’Angélique Kidjo et qui a également contribué à la carrière d’artistes de renom tels Myriam Makéba et JP-Buse.
Bref, Emeline parle de cet album comme d’un voyage qui lui donne l'occasion de mieux se livrer. Sa sempiternelle démarche, superbement résumée par Ralph Boncy «célébrer son pays, évoquer souvenirs d'enfance et tentations d'adulte, entonner des comptines», trouve ici toute sa place. Aussi, chaque chanson a une histoire, un vécu, est reliée à une expérience.
Prenons par exemple Marisela, fruit de sa visite dans les bateys dominicains en mars 2007.
Marisela est une de ces enfants mal nés, qui à 12 ans, est atteinte du sida sans espoir de rémission. Son combat
pour la vie et sa rencontre avec Emeline lui doivent de faire son entrée dans la postérité tout comme Magalie (la chanson yon fi kon Magali) l’a été sur l’album Tout mon temps (1991). Ce sont des personnes de chair et de sang qui ont croisé la route d'Emeline le long de son pèlerinage, ces inconnus, ces oubliés que l'artiste s'oblige à porter à nos regards et nos esprits.
Awa, en duo avec la jeune chanteuse burkinabè Awa Sissao, est encore une de ces chansons nées d'échanges avec des êtres réels. L'histoire de relations inextricables entre deux femmes. Dans cette pièce, Emeline fait un lien avec la pomme dans la Genèse pour tenter d'expliquer la complexité des rapports homme/femme.
Il y a encore Gade papi qui lui donne l'occasion, à l'instar de La Karidad (Rasin kreyòl, 2004), de raconter une tranche de sa vie. Le rêve, rêver son rêve, mais aussi le vivre. Tel est le message qui transpire de cette pièce ou elle se réfère à son enfance aux Gonaïves avec sa sœur Emeraude, une styliste qui vit depuis quelques années avec ses enfants à Montréal. Ce sera le premier extrait de l'album.
On y retrouvera également une dédicace à Haiti, Mwen pa ka Lage'w dans laquelle Emeline chante son amour indéfectible pour son petit coin de terre.
Voilà pour les chansons. Elle n'en dira pas plus, elle veut garder des surprises pour la soirée vente-signature-spectacle au SOB'S le 2 décembre prochain au cours de laquelle participeront notamment le violoniste haïtien Daniel Bernard Roumain qui collabore à l'album et aussi l'inimitable Daniel «Dadi» Beaubrun de Lataye qui nous a gratifié de superbes arrangements sur Nonm sa a (Rasin Kreyòl). Sur cet album, on retrouvera Dadi (voix et basse) sur la pièce Yon ti mo, une chanson d'amour qui fera semble t-il grimper aux rideaux.
L'artiste révèle également quelques infos bien utiles sur Reine de cœur notamment la participation de deux grands paroliers et musiciens haïtiens, Boulo Valcourt qu'elle chantera pour la première fois et Syto Cavé, le père de l'autre, de qui elle a eu le magnifique Foli damou sur Cordes et âme (2000). Elle reprendra donc le magnifique morceau Fè van pou mwen publié sur l'album Batala réalisé par Boulo avec son groupe Djanm au début des années 90.
Autre nouveauté, après les critiques essuyées en 2004-2005 sur la distribution de Rasin Kreyòl dans l'espace haïtien, pour se défaire de certaines restrictions contractuelles, Emeline rectifie le tir en agissant comme productrice sur la majorité des pièces de cet opus dont la première édition sortira d'abord sous l'étiquette Cheval de feu, le label de l'artiste.
Rappelons qu'Emeline est sous contrat avec Times Square Records, basé à New York, pour au moins trois albums, Reine de cœur étant le deuxième. Cette compagnie ainsi que sa division World Connection s'étaient chargées de la distribution du précédent album de l'artiste qui a été rendu disponible très tardivement dans les bacs haïtiens.
Enfin, sur Bélo, Emeline n'a pas tari d'éloges sur ce jeune artiste, lauréat en 2006 du Prix découvertes RFI, qu'elle juge vrai et authentique. Elle lui rappelle dit-elle, un jeune Bob Marley. Ce qui n'est pas peu dire.
Visitez régulièrement Nation Soleil pour davantage de détails sur Reine de cœur, le prochain album d'Emeline Michel.
Écouter l'entrevue de 20 minutes sur OpaMizik.
Vallès Latry (NS)
Photos Lenouvelliste, Haitipressnetwork (batey)
Kompamagazine pour le cover
12:30 Publié dans Section Emeline Michel | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Emeline michel, reine de coeur, syto cave, boulo valcourt, times square records, world connection
14.08.2007
Emeline Michel aux FrancoFolies - Comme un jet de lumière!
Par Yves Bernard
Publié dans le devoir du 3 août 2007
Elle commande avec le sourire, chante avec tout son corps, danse africain, danse haïtien. Car avec elle, tous les ponts sont reconstruits. Elle serpente, ondule, tournoie sur elle-même, fait le chimi, toujours avec très grande classe. De son pays, elle parle positivement, à travers ces tambours qui n’arrêtent jamais et non pas la misère des gens.
La voix profonde, ample, souple, vibrante, plaintive, sensuelle ou simplement légère, Emeline Michel, peut-être la plus grande chanteuse d’Haïti et assurément la meilleure interprète, a accédé directement au soleil de plomb du ciel montréalais, livrant hier soir un concert lumineux empreint de plusieurs nouvelles chansons à l’enseigne d’une pop inspirée, chaloupée, syncopée. Quelques passages racines, mais pour l’essentiel, des pièces à la fois plus proche d’un konpa sans âge et de celles que l’on chanterait le plus spontanément du monde sous la tonnelle. Elle dit l’amour et la liberté, transmet l’espoir. Elle évoque ces femmes «qui élèvent le futur de nos pays», demande d’arrêter le racisme. Sans lourdeur. Respectueusement. Fièrement. Pour le concert, la «femme flanm» avait sorti ses airs des grands soirs, sa plus belle robe, son plus beau châle et son sourire flamboyant. Comme d’habitude!
Seul bémol, le première partie n’a duré que quarante-cinq minutes. Qu’importe, qu’attend-on pour l’inviter en salle la prochaine fois.
Collaborateur du Devoir
13:00 Publié dans Musique, Section Emeline Michel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Emeline Michel, francofolies Montréal
04.02.2007
Emeline Michel d'hier et d'aujourd'hui... (vidéo)
18:05 Publié dans Mon espace vidéo, Section Emeline Michel | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Emeline michel, ministère condition féminine, Haiti, 20 ans de carrière
14.12.2006
Spectacle de la belle... et des bêtes de scène
Vingt ans, dirait-on, pour vite retracer le parcours atypique d'Emeline Michel. Vingt, c'est aussi le nombre symbolique de chansons interprétées dans la soirée du 9 décembre par la petite sirène des Gonaïves. C'était sous le ciel dénudé du Parc historique de la Canne à Sucre, sous la menace de la pluie. Le spectacle de la belle... et des bêtes de scène.
La pluie a toutefois failli nous voler un beau spectacle, point culminant de la tournée des vingt ans sur scène de l'interprète de « Pè Letènèl » organisée par les productions Yole Derose. « Cette tournée placée dans une conjoncture difficile est une réussite », s'est réjoui d'entrée de jeu Clarens Renois, le maître de cérémonie. Emeline, vraie boule d'émotion, avait emballé plus tôt sa ville natale, Gonaïves, les 5 et 6 décembre. C'était pour la fête du Collège de l'Immaculée-Conception. Samedi, cette même émotion traversait le Parc Historique de la Canne à Sucre paré de ses atours naturels (vieux moulins, arbres dominant la scène, etc.)
Vingt ans d'émotions, mais la passion est toujours là, a noté Clarens Renois dans un mini documentaire projeté dans la salle. « La petite des Gonaïves est aujourd'hui notre diva créole », a introduit M. Renois A 8h45, une voix sèche, séduisante, tonitruante perça la salle. Emeline arriva avec sa longue jupe, caressant comme d'habitude, le plancher avec ses orteils. Sur scène, c'est en effet la femme aux pieds nus. « La voix, dit-elle, c'est le seul instrument qui passe par le corps. » Ses tours de reins en témoignent bien. A chaque chanson, une introduction. A chaque note, une danse. C'est aussi ça Emeline Michel, la chanson passe par tout son être. A travers ses yeux clos, ses mimiques, sa complicité avec les musiciens, ses échanges avec le public... Elle a trouvé en Makarios Césaire, coauteur de « Nation Soleil », le guitariste vedette de la soirée, un bon complice. « Kote-m moun? », la chanson considérée comme le passeport ou la carte d'identité de l'artiste en dit long.
« La chanson de Jocelyne », pas aussi populaire que « Pè Letènèl » ou « A-K-I-K-O », me traverse particulièrement. Un texte poignant chantant la misère d'une jeune provinciale, Jocelyne, et le côté implacable de Port-au-Prince, souvent en ébullition dans cette transition démocratique qui n'en finit pas. Emeline, révélée en 1986 au spectacle hommage à la jeunesse organisé par Yole et Ansy Dérose au stade Sylvio Cator, est de la génération consciente de Sidon Joseph, feu George Lys Hérard... et Beethova Obas. Elle porte comme un deuil l'espoir d'une Haïti meilleure.

Le temps du spectacle, le désespoir disparaît. James Germain et Beethova Obas ont, à la perfection, interprété « 3 fèy, 3 rasin » et « Viejo », chacun en duo avec Emeline Michel. Tantôt au milieu du podium, tantôt dans l'assistance, Emeline était « la fiancée de tout le monde ». Pour les vingt ans de carrière de la diva de la chanson créole, rien n'a été laissé au hasard. Jean-René Delsoin a montré tout son talent de chorégraphe avec sept de ses danseurs donnant du punch à ce spectacle aussi envoûtant que romantique. Le corps sait aussi exprimer.
Derrière chaque diva se cachent un ou des paroliers, de talentueux musiciens et des imprésarios. Yole Dérose a joué sa partition. « Célébrer vingt années de carrière est un défi. Nous ne pouvons pas oublier Emeline a avoué la belle veuve. » La jeune quarantenaire, elle, ne voit pas passer le temps : « je me sens encore une petite fille », dit-elle en souriant tout en enchaînant avec une autre chanson.
Claude Gilles
gonaibo@yahoo.com
20:15 Publié dans Section Emeline Michel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emeline michel, 20 ans, parc historique canne-a-sucre


























