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Génération Nation Soleil
Les années 90 signent littéralement la mort de la société haitienne. Dans bien des domaines, sinon dans tous, les valeurs qui autrefois faisaient notre singularité (on parle de solidarité, de respect d'autrui, de réussite par l'effort, de joie de vivre, du sens créatif...) se sont vues bafouées, décriées au profit du "sauve-qui-peut", le pito n lèd nou la, l'individualisme a pris le pas sur notre sens légendaire du collectivisme et avec ça, la vie a foutu le camp de ce coin de terre et dans le coeur de tous ceux qui le portent comme symbole.
Certes, différents facteurs sont à incriminer, le contexte socio-économique précaire, les déceptions politiques et aussi sans doute la mondialisation dans ses aspects les plus négatifs. On parle ici d'acculturisme, une sorte de bouillon de culture qui s'apparente à un macedoine dans lequel il n'est plus possible de reconnaitre les différents éléments. Il ne s'agit plus de cohabition mais de fusion à outrance. Tout se mélange dans l'arc-en-ciel de nos vies, l'essentiel a pris la fuite en laissant émerger l'inévitable sauve-qui-peut, le degaje pa peche.
En dehors de la survie quotidienne d'un peuple moribond - et ceci, force nous est de l'admettre, est une prouesse en soi - le secteur le plus affecté par ce cyclone permanent est notre culture, disons mieux, notre identité culturelle. Qui sommes-nous? Que sommes-nous devenus? Qu'adviendra-t-il de nous dans les décennies à venir?
Voici mes préoccupations premières au moment de livrer mes premières pensées sur ce blog. L'haitien, celui que j'ai connu, petit être insouciant que j'étais dans la campagne roche-à-Batelaise (Roche-à-Bateau, ville de la Côte sud d'Haïti dans l'Arrondissement des Côteaux), celui qui portait fièrement sa souffrance tel un étendard, est-il las de se battre? Peut-être a-t-il disparu, honni qu'il était de voir tant de laideurs s'abattre sur cette terre qu'il a arrosée de sa sueur et de son sang. Et les autres, ceux qui ont décidé de ne pas céder leur place, se sont tus ou on les a fait taire. Et les autres encore, comme moi, sont partis, parce qu'ils n'avaient pas le choix - c'est ce qu'on dit toujours - en se promettant d'y retourner. Mais les nouvelles qui leur parviennent ne sont guère réjouissantes, alors ils maudissent ces autres, les méchants, ceux qui se refusent à comprendre ou ceux qui se refusent à changer, leur rejetant la responsabilité de cette descente aux enfers.
Mais heureusement, certains n'ont jamais oublié, l'haitien-fier-de-l'être subsiste en eux, il s'est réincarné en eux et ils le traînent partout, le long de leur chemin de croix, le portant loin, dans les confins du monde, à des milliers de kilomètres de l'alma mater, mais ils n'ont pas oublié. Et aujourd'hui, ils ont un nom, ils s'appellent génération nation soleil, et leur hymne nasyon soley d'Emeline Michel.
Ce blog leur est dédié.
Notre but se situe à des milliers d'années lumière de cette habitude morbide de l'haitien de commenter tout même en l'absence de la moindre parcelle d'information. En effet, l'haitien surtout celui de la Diaspora s'est fait un point d'honneur de fourrer son nez partout au risque d'être ridicule. Non, notre but serait plutôt, autant que possible, de raviver des souvenirs de nos époques glorieuses, car il y en a eu plusieurs - difficile à croire - de dénoncer ce qui nous parait néfaste et à attirer l'attention sur ce qui nous semble réellement digne d'intérêt.
Rarement nous nagerons dans les eaux troubles de la politique haitienne, mais souvent nous ferons référence à ce vaste marécage que représente ce juteux marché des pauvres qu'est Haiti. Ce sera certainement une forme de masochisme, mais si c'est le prix à payer pour cesser de nous ridiculiser à la face du monde, peut-être que ça en vaille la peine.
Et les enfants de cette nation soleil trouveront une juste rémunération dans les mots que nous mettrons bout à bout le long de notre quête de l'haitien nouveau, celui par qui Haïti revivra.
Vallès Latry
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