10.11.2008

Miriam Makeba - La voix de l’Afrique, s’est éteinte

La légende de la chanson sud-africaine Miriam Makeba, décédée à l’âge de 76 ans après une ultime apparition sur scène en Italie, a été l’une des grandes voix de la lutte contre l’apartheid, engagement qu’elle a payé de plus de trente ans d’exil.

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Celle qui n’a "jamais chanté la politique, seulement la vérité" avait été bannie de son pays pour n’y revenir que trente ans plus tard, après la libération de Nelson Mandela qui allait devenir le premier président noir d’Afrique du Sud.

Née le 4 mars 1932 à Johannesburg d’une mère swazi et d’un père xhosa, Zenzi --diminutif de son vrai prénom zoulou Uzenzile qui signifie "Tu ne dois t’en prendre qu’à toi-même"-- chante très tôt dans les mariages et autres cérémonies.

Sa carrière professionnelle s’envole lorsqu’à 20 ans elle intègre les Manhattan Brothers, qui lui donneront son nom de scène, Miriam, puis les Skylarks, groupe exclusivement féminin.

Partie en tournée en 1959, elle apprend au festival de Venise qu’elle est indésirable dans son pays en raison de sa participation à un documentaire anti-apartheid, "Come Back Africa".

Réfugiée à Londres, elle gagne les Etats-Unis où elle devient célèbre grâce à son tube "Pata, pata", écrit dès 1956, qui fera vibrer plusieurs générations. Mêlant blues, gospels, jazz et rythmes traditionnels africains, elle enchaîne les succès avec en particulier "The Click Song" et "Malaïka", publiant au total plus d’une trentaine d’albums.

Mais elle a payé de 31 ans d’exil son combat contre le régime raciste qu’elle dénonce jusque devant l’Onu en 1963, ce qui lui vaut le retrait de sa nationalité et l’interdiction de ses chansons en Afrique du Sud.
Lorsque, persuadée par Mandela, elle reviendra en 1990 pour la première fois sur sa terre natale, quatre ans avant la fin de l’apartheid, ce sera avec un court visa de six jours sur son passeport français, l’un parmi tant d’autres accordés par ses pays d’accueil ou de coeur.

La voix de Makeba a célébré toutes les indépendances du continent, d’où son surnom affectueux de "Mama Afrika". Elle a aussi chanté, avec son mentor des débuts Harry Belafonte, pour l’anniversaire de John F. Kennedy en 1962, salué aussi par le "Happy Birthday Mr President" de Marilyn Monroe.

En 1966, elle reçoit un Grammy Award pour son disque "An evening with Harry Belafonte and Miriam Makeba".
Aux Etats-Unis, elle est proche de Nina Simone, Dizzy Gillepsie, vit avec le trompettiste de jazz sud-africain Hugh Masekela, puis avec Stokely Carmichael, leader du mouvement Black Power. Jugé indésirable par Washington, le couple se réfugie en Guinée, mais s’y sépare en 1973.

La fille unique de Makeba, Bongi, qu’elle a eu à 17 ans d’une première union, mourra dans ce pays des suites d’une fausse couche en 1985. Makeba part alors s’installer à Bruxelles.

Durant les années 70 et 80, elle chante aux quatre coins de la planète, participant à de prestigieux festivals de jazz. En 1987, elle se joint à la tournée Graceland du chanteur Paul Simon. Peu après, elle publie son autobiographie "Makeba: My Story".

Enfin rentrée au pays en 1992, elle s’installe dans la banlieue nord de Johannesburg où, dans la rue, les gens la saluent en zoulou d’un "Umama wethu, kunjani, Umama wethu?" (Mère, comment allez-vous?).
Là, cette combattante de toutes les injustices fonde un centre de réhabilitation d’adolescentes sauvées de la rue.

En 2005, fatiguée de voyager, Makeba entame sa dernière tournée. "Je dois aller autour du monde dire merci et adieu", explique-t-elle lors d’un entretien avec l’AFP.

"Après je resterai chez moi comme l’arrière-grand-mère que je suis (...) Puis je veux que mes cendres soient dispersées dans l’océan Indien. Ainsi je pourrai naviguer à nouveau vers tous ces pays."

Source AFP

03.11.2008

Diffusion de la musique haitienne

97ae2993a7bcece99eb517b8cd631e85.jpgLa diffusion de la musique dans l'espace haïtien est entièrement démocratisée. En effet, les stations de radio ou de télévision – ne compliquons pas la chose en incluant l'Internet – n'ont aucune obligation envers les auteurs, compositeurs ou interprètes de musique. Même ceux qui ont eu la présence d'esprit d'inscrire leurs œuvres dans des organismes comme la SACEM (France), SOCAN (Canada), ASCAP (USA) ne reçoivent aucune redevance de la part des diffuseurs.

Droits d'auteur et législation locale
En dépit de l'existence d'un certain nombre d'instruments législatifs tant locaux qu'internationaux tels le décret de 1968 sur la propriété littéraire et artistique, la Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques de 1886 (révisée en 1979) et la Convention universelle sur le droit d'auteur révisée à Paris le 24 juillet 1971… les droits d'auteur, dans le domaine de la musique, restent une notion méconnue, du moins au sens pratique du terme.
Plusieurs initiatives ont été prises du côté de la société civile pour tenter de régulariser la situation, mais jusqu'ici les résultats sont plutôt maigres. On peut citer notamment la création de l'ANACIM (Association nationale des auteurs, compositeurs et interprètes de musique) vers la fin des années 80 à laquelle on peut associer entre autres les noms d'Ansy et Yole Dérose, Lionel Benjamin, Carole Demesmin, Raoul Denis Jr. Mais, tous les espoirs mis dans cet organisme sont partis en fumée avec le contexte d'instabilité instauré à partir du coup d'État de 1991.
Plus récemment, du côté de l’État, en dehors du travail de sensibilisation effectué par Wilhems Édouard, actuel directeur des Presses nationales, a été créé un bureau du droit d'auteur au sein du Ministère de la culture. Le travail de ce bureau dont M. Édouard fut le premier directeur est rendu difficile par un manque flagrant de ressources tant humaines que financières, mais aussi sans doute par le manque d'une vision claire du colossal enjeu que représente la protection des droits d'auteur dans un pays où l'anarchie est la règle.
Harmoniser les règles existantes, les refondre afin de les adapter aux réalités actuelles, réguler la diffusion et/ou l'utilisation des œuvres musicales… participeraient en effet d'un chambardement total d'un système confortablement établi et de pratiques s trop profondément enracinées dans les esprits.

Des quotas peut-être...
On ne verra pas de sitôt par exemple un CONATEL (Conseil national des télécommunications) imposer des quotas aux stations de radio quant à la diffusion de la musique locale versus la musique internationale, histoire de préserver les productions du terroir. Aussi, les pseudo-directeurs musicaux, là où ça existe, et plus généralement les animateurs / Djs ont les coudées franches pour occulter tout un pan de notre héritage culturel et favoriser, sans le savoir le plus souvent, des valeurs importées qui finissent par annihiler l'identité nationale. Les jeunes de moins de vingt ans, dans le meilleur des cas, ne savent rien du répertoire folklorique haïtien et de la musique traditionnelle. Pire encore, ils sont très peu, sinon pas du tout renseignés sur le compas pré-86. Les médias, censés susciter leur intérêt et contribuer à la vitalité de la chose artistique sont inscrits aux abonnés absents.

Nous, les acculturés...
Rappelons en revanche vers le milieu des années 80, à l'époque où Jacob Desvarieux, pour imposer le Zouk aux Antilles et déloger le compas qui régnait en maître, orchestrait une campagne contre le rythme-roi, les stations haïtiennes réalisaient régulièrement des émissions spéciales de 2-3 heures où elles jouaient exclusivement le groupe Kassav'. Aujourd'hui encore, il n'est pas rare que dans une émission de variétés caraïbes, la part consacrée aux productions locales soit nettement et indécemment inférieure à celle des autres genres musicaux, généralement d'origine étrangère. Notre petit côté d'acculturé qui nous joue encore des tours. Enfin...!

...Stratégie de diffusion
Au final, la diffusion de la musique en Haïti doit conjuguer avec une carence avérée de critiques non-partisanes, une absence de ligne directrice quant à la promotion de la musique, un manque flagrant de chroniqueurs avertis qui, non contents de soustraire aux artistes et auteurs une source de revenus, en l’occurrence les royalties auxquels ils auraient droit, monnayent dans bien des cas, dans trop de cas, leurs services.
Ajoutons à cela, une absence de stratégie de diffusion. Dans certains pays, un album sera diffusé extrait par extrait selon les consignes du producteur, comme du temps de Top Compas avec Giorgio sur les ondes de Radio Métropole, mais là c’était l’initiative d’un animateur. En Haiti, la règle demeure que les morceaux d'un album soient diffusés de façon anarchique au gré de l'animateur et selon la demande des fans. Les producteurs , aussi bien les musiciens n'interviennent pas et s’en remettent presqu’à la fatalité. Résultat, un bon album peut être mal connu, mal exploité, certains durent sur les ondes l'espace d'un cillement. Les musiciens, pour garder une présence sur les ondes, étaient obligés, à une autre époque de produire au plus vite….sans jamais prendre le temps d'innover. Aujourd’hui, la réalité est bien différente, il n’est pas aisé de se trouver un producteur, mais le problème demeure entier.

À cela, faudrait-il ajouter l’utilisation abusive des œuvres musicales dans les films, dans les messages publicitaires tant des commerces que des médias eux-mêmes ou encore dans les prestations publiques de groupes ou d'artistes qui n'ont jamais obtenu le droit d'utiliser ces œuvres.
L'ironie là-dedans, c'est que tout le monde se fait de l'argent, sauf le créateur ou l'intreprète.

Vallès Latry

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Lire aussi sur Nationsoleil:
- Industrie de la musique haïtienne, rêve ou réalité (1ère partie)
- Musique haitienne: Studios d'enregistrement et techniciens du son

29.10.2008

Mélissa Laveaux - La nouvelle voix du soul

Extrait de son Myspace

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En perdant le chèque pour payer ses cours de piano, la toute jeune Mélissa Laveaux s’est forgée un destin. Elle apprendra la musique en autodidacte. A l’oreille et dans les livres. Heureusement, sa mère écoute de la chanson à texte et du jazz haïtien en la coiffant, et son père, musicien à ses heures, a l’idée de lui offrir une guitare d’occasion à 13 ans.

Métissée la musique de Mélissa Laveaux ? Sans doute, comment pourrait-il en être autrement ? Née à Montréal en 1985 de parents haïtiens fraîchement immigrés, elle grandit à Ottawa, Ontario, dans un univers majoritairement anglophone, et doit tenter de s’intégrer à ce nouvel environnement, sans rien abandonner pour autant de sa culture d’origine, créole et francophone.

Au carrefour de ces multiples identités, Mélissa prend très vite conscience de son « décalage » avec le monde alentour. Elle dénote. Adolescente créative, elle se réfugie dans la musique et passe son temps à préparer des mixtapes de chansons à la radio, au grand dam de ses parents, tous deux professeurs, qui la rêvent médecin. Elle découvre pêle-mêle, et dans une sorte de boulimie, le folk indépendant canadien (Joni Mitchell, Feist), le trip hop britannique (Martina Topley-Bird), la musique brésilienne alternative (Adriana Calcanhotto, Os Mutantes), les stars du hip hop et de la nu-soul (Erikah Badu, Common, The Roots, The Fugees…), les grandes voix de la tradition afro-américaine (Billie Holiday, Nina Simone, Aretha Franklin) et les étoiles lointaines de la World Music (Rokia Traoré, Lhasa…).

Brassant toutes ces influences en un mélange de naïveté et d’instinct, travaillant quotidiennement sur sa guitare, Mélissa s’invente très tôt un style d’accompagnement personnel, très rythmique, et se met à écrire ses premiers textes, composer ses premières chansons. De là ce songwriting résolument contemporain, qui intègre tous ses croisements identitaires, mais au lieu de les afficher en un geste militant, choisit la voie de l’intime, de la confidence - l’aventure d’une parole définitivement libre.

Mais la musique n’est pas tout. Comme ses frères et sœurs, elle veut faire des études, avec l’ambition de travailler dans le domaine social, tout en ressentant l’extrême nécessité de s’exprimer artistiquement. « L’un ne va pas sans l’autre. J’ai besoin de musique pour vivre et de vivre pour inspirer ma musique », affirme-t-elle volontiers, avec une sacrée détermination. Etudiante à l’Université d’Ottawa, elle passe et obtient son diplôme de Bachelor en Éthique et Société.

Parallèlement elle participe aux soirées « open mic » organisées dans le pub du campus. Un jeune percussionniste, Rob Reid, la repère, l’encourage à persévérer. Assidue à l’université durant la semaine, elle part sur la route avec Rob chaque week-end et sillonne le Canada pour jouer dans les clubs. A 21 ans, elle autoproduit un album qu’elle diffuse sur myspace. Début 2007, le label No Format! la rencontre à Montréal et la prend aussitôt sous contrat. La même année, elle obtient la bourse Lagardère Jeunes Talents. Elle enregistre dans la foulée son véritable premier album, “Camphor & Copper”, construit sur les fondations de l’album autoproduit deux ans auparavant.

Exceptées deux reprises magistralement réinventées (« Needle in the hay » d’Elliott Smith et « I Wanna be Evil » d’Eartha Kitt) qui posent en quelque sorte les bornes imaginaires de son univers musical, le répertoire de cet album n’est composé que d’œuvres originales, impressionnantes de ce mélange de maturité et de fraîcheur qui n’appartient qu’aux plus grands. Dans cet album, Mélissa libère d’un coup toute l’énergie créatrice accumulée au long de ces années d’apprentissage et trouve d’emblée le ton juste. Les arrangements minimalistes privilégient l’énergie et l’impact poétique de ses mots. Sa voix surtout se déploie, majestueuse et fragile, profonde, sensuelle et délicieusement juvénile, creusée de remous intérieurs sous la séduction immédiate, comme travaillée par ce trilinguisme qui marque sa vie, la fluidité rythmique de la langue anglaise, la syncope nonchalante du Créole, la sophistication harmonique du Français.

Nul doute qu’avec un tel album, cette jeune canadienne d’origine haïtienne de 23 ans, fait une entrée fracassante dans le petit cercle des auteurs compositeurs interprètes les plus prometteurs de notre époque.

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Sortie prévue en France le 3 novembre 2008.
Photos extraites de son Myspace.

13.08.2008

Décès d'Éval Manigat, père de la musique du monde québécoise

Philippe Renaud
La Presse

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Bassiste, vibraphoniste, chef d'orchestre, compositeur, arrangeur et pilier de la musique du monde au Québec depuis plus de 30 ans, Éval Manigat a marqué plusieurs générations de musiciens d'ici, à qui il offrait un appui indéfectible. L'influent musicien, que ses pairs surnommaient parfois le «Maestro», est mort hier, à 69 ans, dans son pays d'origine, Haïti, où il se consacrait depuis deux ans à l'enseignement de la musique auprès des jeunes.

La nouvelle de sa mort, survenue dans la matinée à l'hôpital de la ville de Saint-Marc, a commencé à circuler hier après-midi auprès de ses camarades. «Je ne m'attendais pas à cette nouvelle. C'était un homme plein d'énergie, un grand homme, confie son ami Harold Faustin, guitariste jazz. La musique était toute sa vie.»

Il était venu passer ses vacances à Montréal, en 1974, mais il n'a presque plus jamais quitté la ville, sinon pour aller donner des concerts. Musicien professionnel depuis son adolescence, Éval Manigat avait joué en Martinique, à Saint-Martin, en Guadeloupe, touchant ainsi aux rythmes latins, au rock, au jazz. Cette ouverture d'esprit, cette curiosité propre aux «métisseurs» de cultures, il l'a transmise à la scène musicale montréalaise qui, au milieu des années 70, ne connaissait pas encore la signification du mot worldbeat.

Un précurseur
Son amie, impresario et ancienne flamme Louise Matte témoigne: «C'est un précurseur de la musique du monde au Québec. Sa principale qualité a été de pouvoir traverser les générations. Il a toujours su rester moderne», depuis le début de sa carrière professionnelle au sein du grand orchestre kompa du légendaire saxophoniste haïtien Weber Sicot, en passant par le jazz, les rythmes afro-latins, le rock, souvent tout ça en même temps, notamment au sein de ses formations Tchaka et Many Ways, des groupes qu'il a dirigés en tournée aux États-Unis, en Europe (au festival WOMEX de Berlin, en 1999) et jusqu'au Japon .

Durant les années 80, Éval Manigat a aussi nourri sa passion pour le jazz en travaillant notamment avec Karen Young - le projet Young Latins, avec le percussionniste Lazaro René, qui l'a suivi dans ses explorations musicales de Tchaka et Many Ways.

C'est d'ailleurs cette oreille allumée pour les fusions de jazz, de musique antillaise et de rythmes afro-latins qui lui a valu en 1993 un prix Juno pour le meilleur enregistrement de musique du monde, avec le disque Africa+, de Tchaka. Il s'agira de l'une des trop rares reconnaissances que lui accordera l'industrie de la musique.

En plus de l'excellent musicien qu'il était, ses collègues et ses proches se souviendront d'Éval Manigat pour son immense générosité, lui qui avait toujours les bons mots et les bons conseils pour les jeunes musiciens. Depuis deux ans, Manigat travaillait à l'Académie musicale de Saint-Marc, en Haïti, histoire de transmettre sa passion à une nouvelle génération de musiciens.

02.06.2008

En tête à tête avec Emeline Michel

EXCLUSIVITÉ

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Nous avons eu le plaisir de rencontrer cette semaine la reine de la chanson créole, Emeline Michel, à la vielle du lancement officiel de son nouvel album dont la sortie internationale s’est effectuée entre novembre et décembre 2007 entre Haïti (Musique en folie) et les États-Unis (New York, Miami). La présentation de Montréal, on se le rappelle, initialement prévue en décembre dernier, a dû être reportée à cause des mauvaises conditions météorologiques.
Dans cette entrevue exclusive, Emeline nous parle amplement de ses débuts depuis les jams improvisés avec les Beetov et Loulou sous le manguier de chez Manmie Miche , à la rencontre avec Ralph Boncy et de la façon dont s’est décidée la collaboration avec celui qui allait s’occuper de sa carrière sur une décennie ou presque.
Elle nous donne avec moult détails sa définition de la musique, du choix de ses musiciens et du traitement qu'elle leur réserve, du choix de ses titres sur scène et aussi de sa fierté de pouvoir vivre de son art.
Elle nous parle de création musicale, de production et de contrats de disques et aussi de ses futurs vingt cinq ans de scène.
Une entrevue exclusive où on découvre peu à peu une dame, oui c'est le mot, d'une grande générosité, toute simple, qui ne se prend pas au sérieux, qui s’ouvre tranquillement comme seuls savent le faire les gens doués d’une grande humilité.

VL

Première partie


Deuxième partie


Troisième partie




28.05.2008

Étonnante Emeline

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VOIR TOUTES LES PHOTOS

Elle n'aura de cesse de nous étonner. On a beau la voir des dizaines de fois, on en redemande encore et chaque fois, c’est différent.
Après avoir fait le tour de l'espace haïtien avec son nouvel album (Haiti, Miami, New York), Montréal a reçu cette fin de semaine de la grande visite. La reine et sa cour ont fait escale dans la métropole québécoise le temps d'une vente-signature-perfo à la Boutique Archambault de la rue Sainte-Catherine, vendredi 23 mai et d'un concert à la belle salle Marie Gérin-Lajoie (capacité 730 spectateurs) de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) le 24 mai au soir.

Au menu, une pincée d'Ekspresyon, la troupe de danse montréalaise (désolé, j'ai raté leur représentation), un zeste de Daniel Bernard Roumain (DBR), le violoniste new-yorkais et de l'Emeline à profusion.

Un peu plus de trois heures de spectacle où les perles succèdent aux joyaux et où des tourbillons de rythmes se composent et se décomposent sur la scène au gré des intonations et des pas de danse de la magicienne supportée par des musiciens survoltés et bourrés de talents.

Le show
Emeline entame son spectacle avec Bèl kongo, la chanson d'ouverture de son précédent album et de sa tournée Rasin kreyòl. S'ensuivra un voyage rythmique et émotionnel où elle le reconnaît elle-même, «les larmes succèdent aux rires» en référence à Haiti. Elle fera ainsi valser son public d'émotions en émotions, elle le fera chanter en chœur l'odeur de ma terre; le fera danser dans Banda, émerveillé par la troupe Ekspresyon qui offre un numéro mémorable haut en couleur et en déhanchements; elle l'invitera au recueillement dans Jodia tandis qu'Emeline lui gratifie d'une version acoustique (voix et guitare) où Toto Laraque (guitare également sur l'album) donne toute la mesure de son talent; elle fera voler son cœur en éclats dans Maricela… Enfin, un public qui se pliera aux moindres caprices de l'artiste tels des sujets en dévotion devant leur reine.
Sujets et reine, dans le même train pour un voyage inoubliable à travers des titres essentiellement centrés sur ses trois derniers opus, tels Beni yo, Pè letènel, l'odeur de ma terre. Emeline fera aussi cinq des 14 chansons de Reine de cœur, Mwen pa ka lage w, son nouvel hymne après l'odeur de ma terre et nasyon solèy, Gade papi, le premier hit de l'album qu'elle a chanté pour Emeraude, sa sœur designer, femme-courage à laquelle elle a rendu un hommage public. Et aussi Banda, Jodia et Maricela, trois des moments forts du spectacle.
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Mes moments forts
Banda évoque sur disque comme sur scène les vastes plaines de l'Arcahaie ou les guildives de Léogane. Ce soir-là, le Rara pur et dur trempé dans une ambiance festive à mi-parcours entre guédé et carnaval, s'est emparé de la salle Marie Gérin-Lajoie. La troupe de danse Ekspresyon met le feu sur la scène à grands coups de déhanchements et de figures qui rappellent ces scènes de rue de notre enfance. Emeline elle, est en extase tandis qu'Adrien Legagneur fait résonner la basse comme le bambou de notre rara. Il confirme là tout le bien que je pensais déjà de lui.
Jodia a donné des frissons, une voix percutante qui charrie des tonnes d'émotions et une guitare, celle de Toto Laraque (également sur le disque) qui ajoute à l'intensité de l'instant. Une version mémorable que vous pourrez visionner sur Nationsoleil. J'ai tendance à préférer cette version à celle qui est sur le disque, en dépit de la basse de Yves Abel qui donne du tonus à la musique.
Vidéo

Maricela fut aussi un autre grand moment. Bien appuyée par les choristes, May-lissa Dauphin et Maguy Volant, l'artiste parvient à transposer dans la salle, le temps d'une chanson, toute la souffrance, toute la misère des bracéros et de leur progéniture qui se meuvent dans les infâmes bateys de la République dominicaine. Un réalisateur italien vient justement de sortir le film «Haiti chérie» sur lequel vous pouvez lire un article sur Nationsoleil.

Et aussi, cette atmosphère indicible créée par DBR dans sa version de The sky. Une musique planante, enveloppante, du cru de l'artiste appuyé par les 6 autres musiciens du groupe d'Emeline, Carol Hodge, le talentueux Anguillais à la batterie, Dominique Kanza, le Congolais à la guitare, époustouflant dans le désormais incontournable Nonm sa, Milot Eliacin aux claviers, magnifique sur fò m ale et Emedin Rivera (histoire d'eau sur le disque), cet incroyable percussionniste, complet et versatile qui colore la musique d'Emeline de mille teintes joyeuses. Une belle découverte et un moment magique avec DBR.

J'ai aussi aimé
Cette aisance avec laquelle Emeline communique avec son public. Un mot pour faire rire, un autre pour conscientiser, un autre pour encourager. Rien de neutre chez cette artiste passionnée qui force l'admiration. La femme-flamme a fait place à une femme mature qui chante, danse et compose avec un naturel désarmant qui lui fait mériter sa place parmi les grands artistes contemporains.
Et la finale avec le désormais classique A.K.I.K.O exécuté avec panache par les musiciens tandis que la scène est de nouveau envahie par les danseuses de la troupe Ekspresyon.

Traitement royal pour un public princier. Étonnante Emeline!

Vallès Latry


20.05.2008

BélO-Mizik Mizik : une double vente-signature et une affiche exceptionnelle!

Roméro Latry
Nationsoleil - Depuis Port-au-Prince

TOUTES LES PHOTOS, COMME SI VOUS Y ÉTIEZ

c6ecf03b602166125e8a78d8730b4e66.jpgÀ l’image d’une ville qui reprend goût à la vie en passant la tête par une porte entrebâillée, les fans de musique et les aficionados arrivent en ce samedi soir du 10 mai 2008 sur la pointe des pieds, se demandant sûrement comment reprendre les choses là ils les ont laissées. Comment se remettre dans l’ambiance pour ne pas se laisser bouffer par cette conjoncture étouffante?
Ils se sont pointés au Parc historique de la Canne-à-sucre pétris d’angoisse et d’anxiété espérant exorciser par l’ambiance et la musique la peur qui les cisaille depuis près d’un mois. Tel un époux cocu qui se fait violence pour ne plus retomber amoureux, ils sont arrivés avec le sentiment de faire une infidélité à cette monotonie torve dans laquelle on les a forcés depuis quelques semaines. Mais ne voulant pas croire que la vie artistique a repris pour de bon, ils se pinçaient mutuellement pour se rendre compte qu’ils ne rêvaient pas tandis qu’à l’approche du parc, la file de voitures laissait augurer d’une soirée réussie. Et, il y avait de quoi, car une affiche de la sorte ne pouvait qu’être extraordinaire même si l'on craignait qu’elle ne soit à la hauteur des espérances tant les sentiments contradictoires flottaient dans l’air jusqu’à donner le tournis. Cela promettait!

LA PROMO ET LA VENTE-SIGNATURE
462c8c46372f1151580480d7dc803d8d.jpgAprès que la vente-signature de l’album de Jean Belony MURAT « Référence » reportée le 12 avril dernier à cause des événements malheureux qui ont secoué le pays, il fallait trouver une parade pour donner plus d’envergure à ce lancement. Ce fut fait avec quel brio et quelle ingéniosité! Penser à programmer BélO qui personnifie la fougue et le talent et MIZIK MIZIK dont la réputation n’est plus à faire tant ces gars n’ont jamais déçu depuis environ deux décennies, il fallait le faire et pourquoi cela devrait être le cas avec « Paradi nan lanfè »? La jeunesse et l’expérience. Le Konpa pur et un mélange de Funk, jazz, Raggae, Rasin, yanvalou… Le pari est d’autant plus réussi que dès 18 heures, des dizaines de gens se pressaient déjà pour recevoir leurs Cds et les faire autographier (le coût d’entrée était de 1000.00 gourdes, avec un CD au choix et un poster. Si on se dit qu’un CD coûte environ 500.00 gourdes, le cout réel pour assister au spectacle est de 500.00 gourdes.). Pari réussi aussi, car cette façon de procéder constitue un formidable moyen de vendre des disques, ce que n’auraient probablement pas fait beaucoup de ceux qui ont fait le déplacement.
De plus, les tables des artistes étaient côte à côte, comme pour signifier la symbiose et la complicité entre Fabrice Rouzier qui l’a découvert et BélO. Vers 20 heures, la foule des fans était immense et héroïque, les artistes n’ont jamais laissé tomber leurs stylos, trouvant pour chacun et chaque couple un petit mot qui fera plaisir. C’était agréable à voir, agréable aussi de constater que certaines choses peuvent se réaliser dans ce pays dans l’ordre, la discipline et le respect. La séance de dédicace a été une réussite et on ne cessera jamais de le répéter «dans le cadre agréable du Parc historique de la Canne-à-Sucre», qui à lui tout seul est un superbe décor naturel.

LE SPECTACLE
Jean Belony Murat alias BélO, tout feu tout flamme s’est métamorphosé après la séance de dédicace où on a pu apprécier sa gentillesse, sa disponibilité et son entregent. Il attaque son show avec « Lakou trankil » version remaniée avec un rythme plus funky jazz, de nouveaux arrangements qui mettent en valeur le texte dans toute sa portée symbolique et sociale, le succès qui l’a fait connaître au monde entier après avoir gagné le concours « Prix Découvertes RFI ». Comme pour nous dire que le premier n’était qu’un avant-gout tant dans les compositions que dans les mélodies, comme pour nous signifier que celui-ci n’avait pas donné toute la mesure du chanteur-musicien-parolier, comme pour nous révéler que BélO est là pour rester.
Dès les premières notes, les spectateurs, même les moins avertis pouvaient sentir la différence de rythme sur une chanson du premier album qui faisait place nette au raggae et raggamuffin. Ce BélO-là a mûri et sa musique avec. Ce BélO-là te rend fier d’être haïtien et d’être traversé par tous ces courants culturels et musicaux qui nous permettent d’accoucher des chefs-d’œuvre de ce calibre. Ce BélO-là a transporté l’immense public du parc canne-à-sucre dans un univers de mélange kaléidoscopique de funk, de jazz, de raggae, de rasin dans ses différentes facettes, de tout ce que le monde afro-latin compte de rythmes pour nous offrir la plus belle des musiques, celle qui fait oublier les dernières semaines de turbulences sociopolitiques dans le pays, celle qui te fait oublier que tes enfants t’attendent à la maison avant d’aller au lit, celle qui n’a aucune frontière, celle qui te fait dire que Dadou PASQUET, le Tabou Combo, Zèklè et tous les musiciens talentueux haïtiens n’ont pas à craindre pour la relève, car elle est bien là et répond à l’appel de la manière la plus sublime qui soit.
L’enchainement se fait sans hésitation et avec parfois un petit message social de Jean Belony MURAT pour sensibiliser l’assistance sur la nécessité d’aider le pays à se relever et les enfants défavorisés de trouver leur voie, car ce sont eux qui le plus souvent deviennent les violents, les kidnappeurs, les tueurs à gages. Les transitions sont toujours faites à propos et il a bien raison BélO de n’avoir pas voulu perdre son temps en fioritures, avec de formidables musiciens qui l’accompagnaient, on avait surtout envie de les entendre. Car, comment ne pas être conquis quant on a un guitariste comme Andy Barrow, réalisateur de l’album par ailleurs qui avec ses solos rock fait chavirer le Parc, un Ron Félix que je viens de découvrir à la basse, Fabrice Rouzier aux claviers, Tom Mitchel qui a été introduit au public grâce à l’aventure de Magnum Band en Haïti de 1982, à 1984 à la clarinette et au saxophone, Emmanuel BLAIN à la batterie, Camille et Stanley GEORGES aux chœurs, Stanley JAMESON au Piano et Jean Belony MURAT à la guitare acoustique. En fallait-il plus pour rendre heureux les centaines de fans et de curieux surtout que les morceaux qui s’enchainaient ont donné l’occasion à ces merveilleux musiciens d’étaler leur talent. De Ayiti leve qui est un cri du cœur pour la renaissance d’Haïti et la prise en main de notre destin, Fanm Kreyol qui glorifie le courage et l’abnégation des femmes haïtiennes qui constituent le pilier de la famille et de l’économie haïtiennes, Deblozay qui est une satire sociale (l’une des chansons vidéoclipées avec Pap Negosye). Presque tous les titres de ce nouveau disque y sont passés et aussi certains de l’album précédent notamment Jasmine jusqu’à l’excellentissime Pari nan Malè m qui s’il en était besoin constituerait la preuve irréfutable du talent de ce jeune homme et de la pureté de ce disque. En tout cas, pour seulement un deuxième album, BélO a atteint une dimension que peu d’artistes haïtiens peuvent se targuer d’avoir touché même après quarante ans de carrière. (Une analyse critique du disque REFERENCE de BélO vous sera présentée ultérieurement).
Rappelons que BélO incarne avec Tifane et quelques autres, le renouveau de la musique haïtienne. Après s'être fait connaitre en Haïti, d'abord par la scène puis à travers son album Lakou trankil (2006) dans un contexte où les voix s'étaient tues, il part à la conquête du marché international marchant ainsi dans les pas de Master Dji et de Beethova Obas qui, eux aussi, ont été sélectionnés dans le prestigieux Découvertes RFI.
L'aventure BélO a été franche, incisive et rapide. À l'édition 2006 de musique en folie, Lakou trankil de Bélo se classe 3ème dans le palmarès des meilleures ventes. En Été 2006, il entame une tournée nationale qui le conduit dans une dizaine de villes d'Haiti - Seul Beethova a fait autant dans la dernière décennie - quelques mois plus tard, il décroche la 7ème place sur 150 artistes internationaux au concours radiophonique organisé par Franco diffusions.30cbf06ae1941303d7feeefa0aee02fc.jpg
BélO parti, sous les applaudissements nourris et un standing ovation du public, il fallait que les gars de Mizik Mizik se montrent à la hauteur. S’il y a une certitude, c’est que ce groupe ne décevra jamais. Après plusieurs années de disette depuis l’album blackout (2001), il y a eu bien les disques de TWOUBADOU 1, 2 et 3 qui ont eu un franc succès, mais un label signé purement Mizik Mizik se faisait attendre. Eh bien! Comme dit l’adage « pito n mize men nou pote bon komisyon ».
On connaissait de ces gars leur facilité et le désir de faire le show et personne ne pouvait être déçu. Animés par la même énergie qu’il y a près de 20 ans, ils ont insufflé au Parc de la Canne-à-Sucre une certaine sérénité telle une mère qui calme les angoisses de son enfant. On prend un réel plaisir à les regarder jouer, adoubés par un disque « Paradi nan lanfè » qui perpétue le style de Konpa mi-chaloupé, mi-konpa classique, à mi-chemin entre le DP Express et le konpa Twoubadou. Il faut dire qu’ils ont encore de l’énergie à revendre, car ils ont passé en revue tous les grands succès du groupe de Angelika à Caroline, en passant par Ayizan et Lè n ap fè lanmou et aussi la plupart des nouveaux titres du nouvel opus : Paradi nan lanfè, Pagen moun ki gen moun, Chavire, Ranmase konpa , etc.
Les malades de Mizik Mizik étaient aux anges et les couples commençaient à esquisser quelques pas de danse. Les anciens du Steak Inn revivent ces moments avec une délectation teintée de nostalgie, même si « Paradi nan lanfè » recèle des relents de ce qui fait la marque de fabrique de ce groupe. Mizik Mizik est pratiquement entré dans le patrimoine de la musique haïtienne à l’instar du Tabou Combo, du Magnum Band, du Skah Shah, de Zèklè, du Mini All Stars pour ne citer que ceux-là tant le groove est familier, tant les paroles sont reprises avec une facilité désarmante, même la chanson titre de l’album qui ne tournait que depuis une semaine sur les ondes de la Capitale a été entonnée à gorge déployée par les spectateurs. La réplique de la soirée n’était pas « est-que tu aimes Mizik Mizik? », c’était plutôt « depuis quand es-tu fan de Mizik Mizik? » Ce nouveau disque de 9 pistes dont vous aurez une revue ultérieurement, doit être inscrite aussi dans le patrimoine de la musique haïtienne au même titre que l’album de GM Connection, celui de Cubano avec le Mini All Stars et quelques rares autres.
Il était minuit et les spectateurs ne voulaient pas quitter le Parc canne-à-sucre tant l’ambiance était encore électrique avec Fabrice Rouzier toujours aussi efficace aux claviers, Kéké égal à lui-même à la guitare, un revenant pour la soirée Rolls Lainé à la batterie, Moise Thermitus à la basse, Choupite toujours aussi démonstratif aux percussions, Ti Wes au tam-tam et nouveau venu Jacquet qui chante aussi « Pa gen rezon » sur l’album. Espérons que toute la diaspora haïtienne aura le loisir non seulement d’écouter ces chefs-d’œuvre, mais aussi et surtout de vivre ce spectacle de BélO et Mizik Mizik. C’était la classe, c’était l’extase, c’était exquis, c’était professionnel, c’était … j’en perds mon latin.e6d84b03494af4518c70cbd4b0bc398e.jpg
Mizik Mizik a été introduit sur la scène avec l'album Farinay (1989) chanté en grande partie par Gary D. Perez, un album multi-rythmique aux saveurs métissées, témoin de l'époque du world beat. Les jeunes musiciens qui constituaient le groupe à l'époque (les éternels compères Kéké et Fabrice, Fendy Piquion, Christophe Lafontant) ont dû peu après suspendre leurs activités pour poursuivre pour la plupart leurs études à l'étranger. Vers 1993, c'est le début d'une nouvelle aventure avec des ajouts comme Vardy Pharel, Emmanuel Obas, Choupite, Yvon Jérôme et ça a donné De Ger sorti sous le label antillais Hibiscus Records. Avec cet opus Mizik Mizik annonçait le renouveau du konpa et imprimait le son Mizik Mizik encore présent dans Paradi nan lanfè.
Bon retour Mizik Mizik.

Les photos de la vente-signature-spectacle sont de Roméro Latry (nationsoleil.com)


28.04.2008

Revue Starmania créole à Montréal

Par Vallès Latry

TOUTES LES PHOTOS DE STARMANIA CRÉOLE

b12b05a517986fb6dec46a81008a79d4.jpgLe décor
En pénétrant dans la salle, on s'extasie devant la configuration et les dimensions de la scène, ni intimiste ni gigantesque, la Tohu avec sa salle de spectacle circulaire d'une capacité de 800 places est l'endroit parfait pour un show pour lequel l'interaction avec le public est essentielle. Puis, un petit pincement désagréable au cœur, la scène est nue ou presque, à part les instruments tassés dans le coin gauche, seul un petit bar métallique posé du côté droit scintille dans la pénombre. Pour une comédie musicale dont le théâtre est une ville futuriste, disons que le décor est assez minimaliste. Décidément, ces Haïtiens feront toujours les choses à moitié. Tout ce vacarme pour ça. Enfin!
Puis quelques minutes plus tard, les lumières s’éteignent, les danseurs, 8 en tout, énergiques, hargneux, déferlent sur la scène, des coulisses, de toutes les allées, dans leurs beaux costumes, dessinés par David André, la musique multi-rythmique (pop-rock-konpa-rap) et des jeux de lumières parfaitement synchro. On oublie le décor simpliste, le quartier St-Michel à Montréal dans lequel est planté la TOHU, nous sommes littéralement téléportés en d’autres lieux, tous se questionnent, quelque chose se passe-t-il à Métropolis?

La musique
Deux heures de spectacle sans interruption allaient suivre, véritable voyage à travers les rythmes, des rythmes soleil, métissés, qui réchauffent, ragaillardissent et relèvent du dur hiverff13ba71e2a66d9d5df3c201cffd7706.jpg québécois. Du konpa, incontournable dans un show revisité par des Haïtiens; du Rarabòday, normal pour la touche populaire, la plupart des personnages, ces étoiles noires, viennent du peuple des bas-fonds, ce sont des marginaux qui mettent le grabuge partout et le Rara en Haïti est associé à la paysannerie tandis que son pendant urbain est le Rabòday; du Zouk, c’est plus surprenant, mais c’est dans l’ordre des choses, une petite dose caraïbe ne peut pas faire de mal; du rap (Rhythm and Poetry), quoi de plus naturel dans une comédie musicale où se côtoient le terrorisme, le totalitarisme, la dénonciation, la dissidence; et bien sûr, du Rock, de la Pop, du classique à la base des compositions originales de Michel Berger (1978).
Une représentation fidèle donc de la légendaire diversité musicale haïtienne fort bien rendue par un groupe de musiciens dont la réputation n’est plus à faire. Joël Widmaïer (percussions, batterie) et Raoul Denis Jr (synthétiseur), deux compères qui récemment ont effectué un comeback avec le mythique groupe Zèklè, assurent la direction musicale. Ils sont épaulés par le jeune bassiste Marck Richard Mirand dont on a pu apprécier le talent sur le premier album solo de Thurgot Théodat (Badji) et qui vient d’entamer lui-même une carrière solo et aussi par l’expérimenté percussionniste Arus Joseph (tambour) qui a collaboré à de nombreux projets dont les plus illustres restent Zèklè, Emeline Michel, Strings et Mizik Mizik. Bien moins connus, mais tout aussi talentueux, au vu de leur performance samedi après-midi, Jean-Elie Didis (guitare), Caleb François (piano) et Rodrigue Jean-Baptiste (tambour).

Les textes créoles
Si dans l'ensemble les adaptations musicales sont réussies, il n'en va pas toujours de même des textes créoles. Le désir de préservation de l'essence du texte original l'a emporté sur la beauté d'une poésie créole rafraichissante qui aurait certainement rajouté une dose d'innovation à cette version revisitée. C'est le cas de certaines des pièces les plus populaires du spectacle telles «un garçon pas comme les autres» ou «Les uns contre les autres» où les rimes sont un peu forcées, rendant ainsi difficilement les états d'âme, les émotions. En revanche, le résultat est formidable dans «Le monde est stone» où tout s'est bien emboité, paroles et musique.

Les monologues de transition
3187f4e92a859c6d5b56ce88a8f475ac.jpgMi-chantés, mi-slammés, les monologues sont d'inégale qualité, parfois un peu trop récitatifs, mais assez réussis dans l'ensemble. Confiés à Marie-Jeanne, la serveuse automate (Sophonie Louisius) et à Roger Roger, le lecteur de nouvelles (Lenz Chéry), quasi-omniprésents sur la scène, la première, le plus souvent derrière son bar et le second, perché au-dessus de la scène sur une espèce de monte-charge, ils ont réussi à rythmer le spectacle, donnant constamment le pouls de Métropolis et réussissant à transmettre des émotions tantôt graves, tantôt légères avec des accents d'humour ça et là.

Les voix
Même si le public a été impressionné par cette percutante entrée en scène, ce déferlement tel un rouleau compresseur (les Haïtiens savent de quoi je parle), les costumes plus osés et atypiques les uns que les autres, les jeux de lumière et la musique très captivante, la performance des solistes en revanche a été assez ordinaire jusqu'à l'interview de Zéro Janvier personnifié par Evency Dorzelma. C'est sur un reggae plutôt langoureux que le businessman converti en politicien a débité ses promesses vides de contenu. Ça s'est enchainé avec le Blues du businessman où Dorzelma a été mi-figue mi-raison au début pour littéralement exploser avec le «j'aurais voulu être un artiste». A partir de là, le show allait réellement prendre sa vitesse de croisière.

Les meilleures voix
Johnny Rockfort (Ralph Jean-Baptiste) a sans doute été la meilleure voix masculine du spectacle. À chacune de ses apparitions, il donne du tonus et de l'entrain par son jeu brillant, son 02fa2f3914438e3ae8235250e6ce1c0e.jpgassurance et sa bonne tenue. Son entrevue avec Cristal (Wilène Guérismé), l'animatrice de l'émission Starmania, ainsi que son S.O.S d'un terrien en détresse, demeurent deux des moments forts du spectacle.
Dans l'autre versant, Stella Spotlight (Élisabeth Pierre) a été non seulement la voix féminine, mais la meilleure voix de tout le show. Chaque note, chaque geste est pour elle une occasion d'illuminer la scène. Ce rôle de star déchue semble avoir été fait sur mesure pour elle tant la diva qu'elle joue lui colle à la peau. Habituée à jouer de ses charmes et des médias, elle livre des performances époustouflantes dans toutes les scènes où elle apparaît.
Mention spéciale aux chœurs, impeccables, toujours au point tout le long des deux heures de spectacle. Chapeau!

Mes moments forts
La version créole de «un garçon pas comme les autres» livrée par Sophonie a porté le show vers son premier pic. En dépit de la faiblesse de la version créole, l'intensité de la voix et du jeu de la jeune artiste a donné à cette version une saveur particulière et au spectacle, son véritable envol.
La brève scène 8 également mérite d'être mentionnée. Zéro livre son discours électoral sur fond de manifestations populaires. Chorégraphie dynamique, bèl gouyad, beaux costumes, rara (vaksin, banbou), pancartes. L'espace d'un instant, les meeting électoraux haïtiens sont reproduits sous nos yeux sur la scène de la Tohu.
Et aussi, toute la scène 10 qui regroupe entre autres le «trio de la jalousie», le «jingle de Stella Spotlight» et la «scène de ménage». Tout est parfait dans cette scène, depuis le super jeu de lumières, les jeux d'ombres, la chorégraphie bien huilée, la belle synchronisation des artistes, tant au niveau des voix que des gestuels et la superbe Sadia (Nadège Dugravil), sans doute la meilleure actrice de cette comédie musicale. Contrôle absolu de la scène et de son personnage, excellente dans son rôle de meneuse et de méchante, joue bien l'indifférente ou la jalouse selon le cas. On n'a pas pu cependant apprécier le naturel de sa voix à cause de la nature de son rôle.

Dernier temps fort, la scène 12 dans son ensemble. La tension est à son comble, on revient à l'interrogation du début de spectacle. Quelque chose se passe à Métropolis, relents de trahison ici, chuchotements et panique là. La ville est en ébullition, la tension est à trancher au couteau, le dénouement est proche.
Grâce à la justesse du jeu des artistes, toutes ces émotions planent, tels des fantômes, dans la salle de la Tohu, le public retient son souffle, se fait complice des acteurs et s'apprête à vivre l'un des instants les plus aigus du spectacle. Toutes les conditions sont réunies pour une finale de toute beauté.
D’abord un beau contraste, d’un côté, cette soirée au Club Naziland où l’on festoie sans retenue et de l’autre ce terrien qui crie sa détresse, Johnny Rockfort en l’occurrence, homme fort des étoiles noires, vaincu par l’amour d’une animatrice de télé.
Puis, deux points d’orgue coup sur coup. Un quatuor (Zéro Janvier, Stella Spotlight, Marie-Jeanne & Johnny Rockfort) renversant qui donne des frissons. Ils ont chanté avec cœurs et tripes, leurs malheurs, leurs espoirs, leurs vies de désœuvrés…
Le show atteint son paroxysme, et pourtant le meilleur était encore à venir.
Sophonie qui a porté le spectacle à bout de bras, offrira LA performance de cette fin d’après-midi, un «le monde est stone» à couper le souffle, absolument magique. Le public est conquis. Oubliés les baisses de régime ça et là comme dans le duo d'adieu (Ziggy et Marie-Jeanne), le manque de fluidité de certaines chorégraphies et la nonchalance des danseurs par moments.
dd25488997d91970467bfb95ba614b7c.jpgEt comme si ce n'était pas assez, cette finale où les 24 artistes possèdent la scène, des dragons ou des pyromanes, au choix, en tout cas, ils pètent le feu, la musique et les chœurs, résonnent dans la salle et arrive l'ovation, applaudissements à tout rompre pendant que ces jeunes amateurs saluent le public de façon très artistique sur fond de konpa.

Starmania créole, une belle réussite!

Photos Smith & Vallès Latry


03.04.2008

Festival de jazz de Port-au-Prince, de l'élitisme au populaire

Par Guy Roméro Latry
Port-au-Prince

Un soir de Mars 2008, alors que la nuit tombait sur Port-au-Prince, prenait place dans le cadre agréable du Parc historique de la Canne-à-Sucre un des événements qu’on aimerait voir plus souvent dans cette ville qui essaie tant bien que mal de sortir la tête de l’eau : la deuxième édition du Festival International de Jazz de Port-au-Prince, du 2 au 9 mars 2008. Les sites choisis en disent long sur les intentions des organisateurs, rendre le jazz accessible à tout le monde : Champs-de-Mars, Institut Français d’Haïti et Parc de la Canne-à-Sucre.
N’ayant pas été présent pour la première édition, je voulais découvrir à quoi pouvait ressembler ce genre d’initiative dans le pays du konpa et des musiques traditionnelles, dans le pays de la musique qui se danse plutôt que d’être écoutée, dans le pays où certains genres musicaux sont considérés très exotiques ou tout simplement … d’un autre temps. Et pourtant, le Jazz, tout comme le blues, a pris naissance dans les plantations de coton du sud des États-Unis durant l’esclavage. De code entre les esclaves qui ne pouvaient communiquer entre eux soit par incompatibilité de langage soit par interdiction des maitres, il est devenu le genre musical le plus répandu qui avec la musique classique a traversé les temps, les modes, les soubresauts de l’industrie musicale pour être transformé ces derniers temps par des jeunes en quête de renouveau. Je disais que le jazz de par ses origines et son histoire devrait être très proche du public haïtien, mais certaines réalités socioculturelles et géographiques ont voulu que nous nous0872466c74786f1cbf813b8d89c55c4d.jpg rapprochions davantage des rythmes afro-latins. Toutefois, des irréductibles ont continué sans se lasser, à l’instar de Turgot Théodat et Herby Widmaïer, récompensé durant la soirée de clôture, à faire connaître cette musique qui touche notre âme, qui nous embrase et qui nous renverse.
Avec une programmation regroupant des gens aussi talentueux que Miriam Sullivan des États-Unis (The Mimi Jones Band), Jowee Omicil, saxophoniste smooth jazz de génie, Mushy Widmaïer, pianiste émérite à l’aise aussi dans le Konpa, les rythmes traditionnels que le jazz aux couleurs tropicales, les frères Courtois d’Haïti, l’excellent contrebassiste français Henri Texier et le strada Trio, Annie Poulain du Québec sans oublier le formidable trio chilien Siroco Trio, cette deuxième édition s’est positionnée comme un rendez-vous incontournable dans l’univers des festivals de la caraïbe.

Élitiste, vous avez dit?
Si ce terme signifie une discipline vouée à une certaine minorité dans une société, il ne revêt peut-être pas le même sens en Haïti, car des hordes d’haïtiens se sont amassés lors des soirées gratuites au Champs-de-Mars, applaudissant chaque solo de piano, de saxophone ou de guitare, des gens de tous âges ont pris d’assaut la cour du parc de la canne-à-sucre pour vibrer aux sons des accords de ce jazz qui sort de l’ordinaire.
En effet, si des participants comme Henri Texier, Annie Poulain, le trio Sacbé du Mexique et certains autres ont joué du jazz classique, les Haïtiens, comme Turgot Théodat, l’un des pionniers du jazz créole, ont réussi une formidable mélange avec des sonorités locales, ce qui eut pour bienfait d’amener un nouveau souffle dans chacune des soirées de ce festival. Décryptons les performances de quelques uns des invités :

Annie Poulain (Canada) : Le principal problème chez un amateur de jazz, c’este3d19c366faafcf6125e82f8bbe276eb.jpg qu’on fait des comparaisons même de manière inconsciente quand on entend une pièce chantée ou les notes d’un instrument. De ce fait, Annie Poulain a fait du mieux qu’elle a pu avec une voix qui ne cadre pas toujours avec le talent de ses musiciens. Si vous cherchez du Ella Fitzgerald, du Sarah Vaughan ou même plus près de nous du Dee Dee Brightwater, vous vous égarez complètement. Si vous prenez cette chanteuse à sa juste mesure, c’est-à-dire quelqu’un qui chante du jazz pour des amateurs pas trop aguerris, vous allez lui trouver quelque talent, en dépit du fait qu’elle soit desservie par une langue française qui ne sied pas très bien à ce genre musical. C’est là un débat qui dure depuis des décennies : devrait-on massacrer le jazz avec une langue dont les rimes ne permettent pas de mettre en valeur les textes, qui ne coule pas sur les mélodies et ne rend hommage à la composition musicale? Le seul crédit qu’on puisse faire à la chanteuse est une composition de Ralph Boncy (qui l’a emmenée en Haïti d’ailleurs) qu’elle a chantée en créole intitulée « gran chimen », le public chauvin du parc canne-à-sucre l’a redemandée, pas pour la qualité de l’interprétation, mais pour le plaisir d’entendre une étrangère apprendre un texte en créole et l’interpréter sans trop d’hésitation.

Jowee Omicil (Haïti) : J’en avais entendu parler depuis longtemps, mais je ne c66ff3ec12838ce63b9dbc08f3af89f9.jpgl’avais jamais vu jouer « en live », mais ce fut un moment de pur bonheur. Débutant avec des airs du folklore haïtien comme « Latibonit » pour chauffer le public, le talentueux saxophoniste alto, doué d’un don unique d’improvisation, a ébloui l’assistance par sa dextérité et sa maitrise de l’instrument. Jouant principalement du Smooth jazz, incluant à certains moments des airs de la musique traditionnelle haïtienne, donnant une dimension particulière à ses pièces où s’entremêlent afro-jazz, carribbean songs, sonorités latines; bref, un kaléidoscope exaltant qui a fait chavirer le parc canne-à-sucre entièrement. Et quand il intervient dans le trio formé de Mushy et Joël Widmaïer et Richard Barbot, la magie est à son comble et les photographes ne savent plus où donner de la tête.

Jeune saxophoniste diplômé de Berkeley, la musique de Jowee a déjà énormément voyagé abreuvant de ses notes mélodieuses et ses surprenantes improvisations les heureux qui ont assisté à ses spectacles ou à ses apparitions. Son style expressif et diversifié est très recherché autant dans l'espace haïtien - Beethova Obas sur l'album Kè m poze, une tour du monde avec Tabou Combo, le festival du monde arabe (Montréal) avec Emeline Michel en 2005 et récemment sur l'album de Bélo avec qui il donnera une série de concerts à partir du mois d'avril dont Montréal et Paris - que dans le monde du jazz (Roy Hargrove, le bassiste camerounais Richard Bona, également présent sur le nouvel album de Bélo, Marcus Miller, Grant Green Jr…) dont une participation au prestigieux Festival de jazz de Montréal en 2006 en compagnie de Pocket Patty.
Jowee a un album à son actif, Let's do this publié en 2006 sous son propre label.

Siroco Trio (Chili) : Un contrebassiste, un pianiste, un batteur, tous des 49eab98ab45ab183e9b68577654d594e.jpgjeunes ne dépassant pas les vingt cinq ans, mais quel talent! C’est vrai qu’on dit que la valeur n’attend point le nombre des années. Introduits par l’ambassadeur chilien (promoteur du festival comme l’ambassade du Canada, des USA, du Brésil, de la France, de la Suisse, du Mexique), il nous a fait la genèse de l’arrivée du jazz au Chili par le port de Valparaiso. Ils ont ensuite interprété quatre pièces de toute beauté sans grande originalité, mais c’est la maitrise des instruments et les accords qui ont impressionné la foule réunie en grand nombre pour la soirée de clôture.

Mushy Widmaïer : Il se passe de présentation, mais on ne se lasse pas de le présenter. Pianiste touchant à tous les genres, il agrémente le jazz de certains aspects dese20b3679f6fa47f9c2ecc3bb73849b7e.jpg rythmes afro-caribéens qu’il expérimente depuis très longtemps. Le public du Champs-de-Mars sachant vibrer au son de ce qui touche à son âme, à son vécu lui a réservé un formidable accueil et montrer que le jazz n’est pas si éloigné de son schéma musical.

Mushy n’était pas de la première édition du Festival de jazz de Port-au-Prince, il demeure cependant que depuis la sortie de son album pur jazz «My world» en 2006, il est de tous les grands événements jazz de l’espace haïtien. Désormais installé en Floride, Mushy est sans conteste avec Mozayik et Buyu Ambroise, ceux qui portent la mouvance jazz créole à bout de bras en lui conservant sa vitalité, ne serait-ce que par la fréquence et la qualité de leurs prestations.
Déjà reconnu par un groupe très sélect d’adeptes du jazz pour sa grande versatilité et son don inné de l’improvisation, Mushy a pu lors de ce festival faire profiter un plus large public de son immense talent et de sa vaste expérience de la musique.

En guise de conclusion
On parle constamment de la culture musicale des haïtiens qui est à faire, car s’accrochant à tout ce qu’on lui offre, mais il a su démontrer durant cette semaine de jazz qu’il a soif de bonnes choses, qu’il nourrit un désir d’élévation de son esprit, qu’il est à la recherche du beau, du vrai tout en n’oubliant pas ses racines. C’est ce qui d’ailleurs fait la particularité de l’haïtien : un peuple mélangé, qui parfois se mélange les pinceaux, mais qui arrive toujours à se retrouver pour nous émouvoir et nous étonner.
Enfin, comme pour signifier que ce festival de jazz n’est pas un festival de variétés musicales à l’instar du festival international de jazz de Montréal (toute proportion gardée), des ateliers ont été organisés à l’Institut Français d’Haïti, à l’école de musique de Sainte-Trinité et des « after hours » ont eu lieu tous les soirs au « Quartier Latin », un nouveau club situé à Pétion-Ville. L’occasion pour tous les musiciens de donner libre cours à leur talent et leur imagination, tel un footballeur qui à l’entrainement réalise des prouesses qu’il n’oserait jamais tenter au cours d’un match. Sans inhibition, sans retenue, d’une générosité débridante, ils ont démontré que ce qui fait l’essence du jazz par-delà le temps et les velléités d’embrigadement, c’est : l’improvisation.

Toutes les photos de Roméro Latry
pour Nationsoleil