26.06.2009

Adieu Michael

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15.04.2009

3ème édition Fanmi se Fanmi

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Pour diffusion immédiate
Les PRODUCTIONS PASA MUSIK présentent la 3e édition des soirées "FANMI SE FANMI " (la famille, c'est la famille)!

AVEC
MIKEY DANGEROUS, JAHNICE+, SOCALLED
ET DJ YÉZA à l’animation
SAMEDI 25 AVRIL 2009 à 21h
(Ouverture des portes à 20h30)
Club Lambi, 4465 boul. St-Laurent,
Billets : 10$ en prévente, 15$ à l’entrée

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Montréal, le 26 mars 2009 – Dans une ambiance chaleureuse et familiale, Jahnice le Sonneur, épaulé par les Productions PASA Musik, vous invitent à la troisième édition de « Fanmi se Fanmi », le samedi 25 avril prochain, à 21 h, au Club Lambi. Lors de cette soirée, les contrastes seront à l’honneur. Comme le dit si bien le dicton : « Les opposés s’attirent » et la musique unit les gens au-delà des différences.
« Fanmi se Fanmi » est une soirée unique qui rassemble des musiciens montréalais aussi talentueux qu'exceptionnels. C’est l’occasion de réunir des artistes issus d’horizons différents qui font beaucoup parler d’eux autant sur la scène locale qu’internationale. Cette fois-ci, les artistes invités seront SOCALLED, MIKEY DANGEROUS et bien sûr, le groupe JAHNICE+.
Membre du vibrant Kalmunity Vibe Collective, Jahnice s'est illustré entre autres sur la scène du Festival International de Jazz de Montréal en 2007 ainsi qu’au Festival International Nuits d'Afrique en juillet 2008. Accompagné de son groupe, Jahnice+, notre hôte nous introduira à son univers hybride aux sonorités multicolores, qu’il a élaboré avec le réalisateur Patrice Agbokou, bassiste de la formation Islands.

Pour sa part, le chanteur d’origine jamaïcaine Mikey Dangerous viendra enflammer l’audience avec sa voix puissante et son flow dynamique. Maîtrisant aussi bien le roots reggae que le dancehall, Mikey nous présentera entre autres des morceaux de son prochain album ainsi que son tube « Don’t Go Pretending », gagnant d’un prix Juno en 2008.

Musicien, magicien, photographe et auteur, Socalled n’a pas peur de l’expérimentation. À la manière d’un savant fou, il concocte une solution musicale explosive alliant influences klezmer et hip-hop déjanté. Il a notamment collaboré avec Killah Priest, Frank London et Irving Fields. En attendant la sortie prochaine de son album avec Fred Wesley, Socalled viendra hypnotiser l’auditoire du Lambi avec sa musique éclectique et audacieuse.

« Fanmi se Fanmi » se veut être un rassemblement musical où règne la bonne humeur et une atmosphère conviviale. Venez célébrer la différence le samedi 25 avril 2009, dès 21h, au Club Lambi (4465, boulevard Saint-Laurent).

Renseignements :
Patrice Agbokou
Productions PASA Musik
Tél : (514) 836-7802
sonneurmusic@gmail.com

25.02.2009

Jahnice+ aux Syli d'or 2009

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Une juste récompense pour l’artiste, très actif sur la scène musicale montréalaise. Jahnice et sa bande se produiront le 3 mars prochain au Balattou dans le cadre de la troisième édition des Syli d’or, présentée par les Productions Nuits d’Afrique. Les Syli d’or s’intéressent à la relève des musiques du monde. Ceci revêt une importance particulière à Montréal, ville cosmopolite par excellence, mais dans laquelle peu de place est faite aux musiques du monde dans les médias traditionnels.

Cette participation de Jahnice+ aux Syli d'or survient deux ans après que Makaya Jazz, quintette caribéen de jazz fusion et de musiques traditionnelles dont fait partie le jeune Haïtien David Bontemps, ait reçu les honneurs de ce concours en raflant la médaille de bronze.

Les gagnants du concours recevront des prix prestigieux remis par Guitares Godin tandis que les productions Nuits d’Afrique offrent aux gagnants une participation officielle au disque live de la finale, une invitation au Festival Nuits d'Afrique, au Festival Musique du bout du monde (Gaspé) et au Festival Musiqu'en Nous (Saint-André-Avellin).

JAHNICE+ Live au Balattou
4374 boul. St Laurent, Montréal, Québec
Entrée gratuite


Pour toutes les infos et la musique de Jahnice+, Fanmi se fanmi et les Sonneurs, visitez son Myspace.

Vallès Latry

09.02.2009

Musique haitienne - ... Et les chanteurs se sont tus...

Chanter est un élément cardinal dans la vie des Haïtiens. Chanter pour le plaisir, dire sa joie, porter un message, noyer un chagrin, tromper le temps ou endurer la souffrance, toutes les raisons sont bonnes pour laisser filtrer quelques notes. Mais plus que pour exprimer divers états d'âme, chanter est aussi un métier pour certains, un commerce pour d'autres, un art pour une petite minorité.

Tout compte fait, commerce, métier ou art, la musique populaire haïtienne regorge de ces gens qui, au fil des décennies ont marqué et marquent encore de leur timbre de voix, un phrasé, une tonalité et un lyrisme particuliers, la mémoire intime des mélomanes de tous poils.

guydurosier.jpgGuy Durosier, Gary French, Eddy François, Lumane Casimir, Toto Bissainthe, Gérard Dupervil, Roger Colas, Jordany Joseph, Joe Trouillot, Emeline Michel, Carole Demesmin, Ansy Dérose, Ti Manno, Joël Widmaïer… sont certes d'horizons distincts et de générations variées, mais en eux nous reconnaissons une identité aux musiques haïtiennes auxquelles ils ont donné forme, au gré des époques et des tendances. Eux aussi, à l'instar des événements actuels, ont dû composer avec les influences étrangères et à la puissance des médias qui les relaient, eux aussi ont dû faire des compromis intégrant aux sons locaux des sons importés en s'appropriant de nouvelles techniques… C'est ainsi que sont nés de nouveaux rythmes, que ces derniers ont évolué et que des techniques vocales et des tonalités se sont substituées au fil des ans. De nombreux exemples peuvent être recensés dans la musique haïtienne. Nous n'avons qu'à nous reporter aux multiples mutations connues par le rythme-roi, le compas*, pour nous en convaincre.

Il demeure que depuis les débuts d'une musique proprement haïtienne, les chanteurs ont toujours eu à cœur de séduire un auditoire, d'imprimer dans l'esprit un son, un mot qui trotte et flotte dans la tête tel un mantra. Les uns étaient des talents nés, réussissant avec un minimum d'effort à ravir le cœur de leur public, d'autres sont parvenus au même résultat au prix d'un travail acharné. Mais dans tous les cas, chanter professionnellement – prenons ce terme pour ce qu'il est dans le contexte haïtien - n'a jamais été une sinécure.

Cette conception semble n'avoir plus cours. Ces magiciens de la voix, vivants ou décédés, qu'ils aient eu une carrière prospère ou non appartiennent désormais à une époque lointaine où chanter était presqu'un sacerdoce.

Quelles en sont les raisons?

daudier.pngPendant presque deux décennies, la chanson haïtienne, principal vivier de chanteurs, a connu une longue traversée du désert. L’éclosion de nouvelles voix connue vers le milieu des années 80 a été littéralement annihilée par l’instabilité conjoncturelle qui sévissait au pays. Rappelons-nous Kata et la kyrielle de jeunes issus du concours Mwen renmen Ayiti d’American Airlines. Tous, envolés comme des fétus de paille nous laissant chagrin et nostalgie. Seuls une poignée a survécu à la tempête, Beethova Obas, Emeline Michel, Eddy François… Ce n’est que très récemment que quelques-uns ont commencé timidement à sortir la tête de l’eau, Bélo, Tifane et dans une moindre mesure, Renette Désir, Nadège Dugravil et quelques autres qui devront faire la preuve de leur talent.

Le konpa qui a lui-même connu ses déboires avant de vivre ces instants de relative stabilité, n’est pas à proprement parler un genre qui favorise l’épanouissement et la maturité chez nos interprètes. La faute incombe aux limites du rythme de base, plus précisément, à celles qu’on lui a imposées. Car à ses origines, le compas n’avait d’autre prétention que de divertir et faire danser. Si le rythme a été plus tard enrichi par quelques visionnaires, Caribbean Sextet, Zèklè, Magnum Band, Tabou Combo, pour ne citer que quelques-uns, qui ont introduit suite à leurs aînés des mini-jazz des éléments rythmo-harmoniques tels: progression, modulation, transposition, break, bridge, des accords de seconde, de tierce, de sixte, de septième majeur, de neuvième... (extrait de Un, deux, l'âme du compas de Byrnès (YouYou) BESSON Ex-guitariste des Fantaisistes de Carrefour
paru dans Le Noucvelliste il n’a jamais perdu sa vocation première. Aussi, même si le compas nous a donné quelques-uns de nos meilleurs interprètes, Boulo Valcourt, Dadou Pasquet, Shoubou, Cubano, Ti Manno, Raymond Cajuste… - la liste est longue – ce ne fut jamais réellement une école de formation des interprètes.

Ce qui en revanche faisait la différence, c’était l’éclectisme de ces interprètes qui étaient ouverts à d’autres styles de musique et qui les intégraient aisément dans leurs propres compositions ou leurs interprétations. Et aussi, et c’est important, chanter n’est pas uniquement une activité qui fait appel à des fonctions organiques. Chanter, c’est aussi jouer, interpréter, communiquer, transformer des mots contenus dans un texte en une tranche de vie, une histoire qui se tient. Le chanteur, le vrai, entre en symbiose avec son public lui volant l’espace d’une chanson des instants de pur partage. C’est un jeu interactif ininterrompu entre l’interprète et le mélomane qu’il fidélise.

melissa dauphin.jpgAussi, lorsque Mélissa Dauphin reprend le classique Lumane Casimir (Carole Demesmin/Jean-Claude Martineau) avec Strings, elle n’interprète pas à mon sens, elle exécute; elle ne joue pas, elle récite. L’absence d’émotion est flagrante. Elle a beau avoir une voix feutrée à faire pâlir d’envie, elle ne me touche pas car elle n’habite pas le texte, elle ne le vit pas. Et c’est le cas de la plupart de ses autres exécutions.
En revanche, lorsque Bélo chante «M bouke / Santi m pa kapab ankò…» dans Mwen bouke (Référence), on le croit, parce qu’il parvient à nous communiquer sa lassitude. De même lorsque Beetov nous raconte son désarroi dans Sa cho (Planèt la) «Mwen wè non w ekri nan dènye kwen lari / sou boulva, tout mi / sou gran ri…», on ne doute pas une seule seconde de sa sincérité. Il en est de même pour Tifane dans Mironda (Anprent) ou Emeline Michel dans Maricella (Reine de cœur) ou encore Joël Widmaier dans M ap fè w ti bi bo pou ou (Vin avè m de Réginald Policard). On pourrait multiplier les exemples.

Contrairement à la tendance courante dans la musique populaire haitienne, une chanson n’est pas juste des mots mis bout à bout, attrapés ça et là, sans aucune logique, sans thème particulier, une pure singerie.

Malheureusement, nous en sommes rendus là dans la musique haïtienne. La qualité des textes tue l’émotion, l’absence de celle-ci rend la musique insipide. Vu que peu d’efforts est mis pour habiller le rythme désormais affreusement répétitif, les chanteurs s’annulent l’un après l’autre.
Gracia Delva a perdu son aura depuis qu’il n’est plus membre de Zenglen. Il n’y a qu’à écouter certaines de ses collaborations pour s’en convaincre ( Gracia et Richie, New York All Stars (NYAS), Nickenson Prudhomme). Seul, il ne vaut rien, c’est un interprète né, ce n’est pas un musicien.
Alan Cavé, l’un de nos meilleurs artistes, n’a plus le cœur à chanter avec Zin, c’est évident, depuis qu’il a ses propres projets. Pi rèd, le dernier bébé de Zin est un vrai désastre alors que Se pa pou dat fut un master piece. Saisissez la différence. Heureusement, il lui reste encore ses prestations scéniques.

Armstrong Jeune est un excellent chanteur, il l’a prouvé avec NYAS, Tabou Combo et sur son album de smooth jazz, Dial J for Jazz. Mais la magie ne s’opère pas avec Dola parce que la musique, trop light, n’est pas adaptée à sa voix. Pour exceller, il lui faut du groove et du bon.

Dener.jpgÀ l’opposé, Dener Céïde représente la relève à condition qu’il ne s’enlise pas dans le genre ô combien étroit du konpa. Mais c’est un artiste qui chante avec ses tripes et qui sait aller chercher les nuances nécessaires pour embellir sa musique. Stanley Toussaint a déjà été un chanteur de cette race-là également. Mais le feu qui l’habitait s’est éteint peu à peu.

En revanche, Nickenson Prudhomme a beau disposer d’une voix peu avantageuse, mais il force l’admiration parce qu’il parvient à établir une connexion avec l’auditeur. Sa qualité de musicien-compositeur est un atout majeur de ce point de vue-là. Au moins, deux autres sont passés avant lui, Claude Marcellin et Raoul Denis Junior, doués eux aussi de voix peu flatteuses, mais ce sont de courageux bonhommes qui au moins compensent avec leur immense talent de compositeur et d’instrumentiste. Arly Larivière lui, a la voix, le sens de la mélodie, mais un instrumentiste moyen. Cependant, il tire bien son épingle du jeu.

La chose est simple, du moins elle devrait : ne chante pas qui veut. Une belle voix ne garantit pas pour autant des talents d’interprète. Pouchon Duverger (Djakout) en est l’exemple le plus patent. Et ce n’est pas parce que vous vendez 250 copies (les attentes sont dérisoires dans la musique haïtienne), que votre groupe fait salle comble (pour les même raisons) que vous devez avoir la grosse tête et arrêter de travailler. Alan Cavé ne serait pas ce magnifique et polyvalent, chanteur qu’il est aujourd’hui. Cependant, jamais, au grand jamais, Roberto Martineau ne doit être un exemple à suivre.

En résumé, ceci nous dit que ce qu’on chante est important. Mais, ce n’est pas tout, l’interprète est comme l’acteur. Certains rôles lui vont, d’autres pas. Certains textes et certaines voix ne marchent pas avec certains rythmes. Le génie du producteur, du réalisateur de musique est de trouver la bonne combinaison. Si au hasard de la vie, vous croisez Réginald Policard, demandez-lui.

Vallès Latry

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* Compas est orthographié ici comme à l'origine. Nous utilisons konpa pour marquer le rythme tel qu'il est joué présentement.

24.01.2009

Festival International de Jazz de Port-au-Prince - 3ème édition

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Port-au-Prince accueille aujourd’hui 24 janvier jusqu’au 31 de ce mois la troisième édition de son festival de jazz qui est de nouveau le fruit d’un partenariat de différents secteurs public et privé, locaux et internationaux.

La fondation Haïti Jazz a dévoilé la programmation de cette édition la semaine passée. Encore une fois, le caractère international du festival est préservé grâce à la participation de représentants du Brésil (Tira Poeira), du Canada (Brandi Disterheft Trio), du Chili (Como asesinar a Felipes), de l'Espagne (Nono Garcia Jazz y Flamenco Quintet), des Etats-Unis (Alvin Atkinson), de la France/Réunion (Meddy Gerville), du Mexique (Tino Contreras) et de la Suisse (Tre).

Le jazz haïtien n’est pas en reste puisqu’il est représenté par trois de ses meilleurs éléments à savoir Réginald Policard, le plus prolifique des musiciens contemporains haïtiens qui a confirmé l’été passé le détour pris par son œuvre avec la publication de son changing moods, Buyu Ambroise et son Blues in Red Band qui en est à sa deuxième visite à ce festival et qui conclura la journée de lancement au Parc de la Canne-à-sucre et Beethova Obas dont le prochain album dont le titre gad devan est connu depuis longtemps mais se fait encore attendre.

Les acteurs évolueront sur trois principaux sites l’Institut Français d’Haïti pour les prestations plus intimistes pour les amateurs de jazz, le désormais incontournable Parc historique de la Canne-à-Sucre pour un public plus éclectique et diversifié et le Champ de Mars pour les grandes messes populaires.

Les organisateurs expliquent sur leur page Myspace que «ces sites n’ont pas été choisis au hasard par les organisateurs désireux de sensibiliser le public haïtien à un genre assez peu écouté en Haïti. Le prix d’entrée selon le site est soit symbolique, soit gratuit.»

Nationsoleil surveille l’événement pour vous et vous reviendra avec des détails.

Vallès Latry

18.01.2009

Pour Ansy Dérose

Par Magloire Demesmin
Collaboration spéciale

À l'occasion des onze ans de la disparition de l'artiste Ansy Dérose.

ansy.jpgIl a le râble fin, une mâchoire de viking, un sourire envoûtant, des dents blanches comme du lait de brebis, les yeux gris et sous la chevelure blonde, un front taurin cherchant inlassablement l’inspiration. L’homme est de grande taille, musclé et plein de sève. Un mètre quatre vingt de muscles tendus vers l’absolu comme le sont d’ailleurs la plupart de ses chansons. De toute manière, M. Ansy Dérose fut un maître de l’absolu au sens poétique et pictural du terme. Rappelons-nous ce 17 Janvier 1998 : 11 ans… qu’Ansy est passé à l’orient éternel. Par exemple, cette chanson pourrait servir d’épitaphe à ce grand patriote qui ne cessait de dire qu’il passait tout son temps :

Á chercher, à créer
Puisque c’est ça ma vie
Je lutte de mon mieux, etc.
Car je veux être utile à ma communauté
Il aurait pu faire sienne aussi cette phrase de Jean Ferrat « Je ne chante pas pour passer le temps »
En effet, M. Ansy Dérose ne chantait pas pour passer le temps dont il savait justement qu’il était compté. Quarante ans pour faire une œuvre et autant pour donner sens à sa vie. Écrire plus de 200 chansons en abordant les thèmes les plus variés pour un artiste haïtien est un record absolu compte tenu du peu de considération que l’on a en général pour les artistes dans ce pays. Chez l’auteur de « Thérèse » la vie est avant tout une philosophie, bref une façon de vivre, qu’il appliqua avec brio. Aller vite, aimer vite, créer vite, penser vite, écrire vite sans rêvasser, s’occuper de mille choses à la fois, ainsi agissait M. Ansy Dérose. Décorateur, professeur de mécanique, peintre, compositeur, chanteur, on peut ajouter metteur en scène car la plupart de ses clips sont désormais disponibles sur Internet. Cet éclectisme prouve, si besoin est, qu’Ansy Dérose savait choisir avec beaucoup de finesse et de précision les images, donc les messages qu’il comptait faire passer dans la société haïtienne. Les artistes sont des fonceurs dont la vie claque l’éclair : il annonce la foudre. Celle d’Ansy fut parfois subversive, tapageuse, mais toujours source de créations sublimes. Au grand rendez-vous de l’histoire heureuse ou malheureuse, surtout celle de son pays, il a toujours su répondre présent avec fracas. Parfois c’est à son corps défendant qu’il se lance, dans la mêlée. Ainsi quand les autorités américaines nous accusèrent d’être les porteurs du virus du sida, le sang de notre patriote ne fit qu’un tour. Avec la foi du charbonnier, il défendait, envers et contre tous, une certaine dignité nationale. À chaque fois que notre malheureux pays était indignement attaqué, nous pouvions compter sur lui pour nous défendre. Connaissant l’histoire, la grandeur de son pays et surtout le rôle joué dans les relations internationales, il fut facile pour lui de renvoyer les autorités américaines devant leur haine farouche de la première nation noire au monde. Nous dirions même leur obsession à toujours mettre sur le dos des haïtiens, ce qui ne va pas chez eux. Une vision simpliste et réductrice de la société protestante américaine fait de la possession des richesses, un critère d’évaluation. Or les haïtiens, non détenteurs de richesses, sont pauvres, donc sans valeur : cette attitude est précisément dénoncée en filigrane par Ansy Dérose :
se vre peyi nou pa gen kòb o
se vre peyi nou chaje pòv o
ou konn trè byen se ou k la kòz o
En dénonçant ce racisme exacerbé, Ansy Dérose, a déserté le champ artistique pour entrer en plein dans une bataille, dont il savait qu’il était question de défendre non seulement, l’honneur des haïtiens mais au-delà le peuple noir tout entier. En faisant allusion à l’Afrique par la voix de Yole, il a démontré avoir compris les enjeux et surtout les arrières pensées racistes des autorités américaines :
W invente sida
Pou touye tout nèg nwè
Pou w ka kenbe pouvwa
Fè tout nasyon la lwa
Dans cette sublime composition où il a interpellé avec véhémence l’organisme américain « FDA* », notre patriote fait flèche de tout bois. Il convoque l’histoire pour mieux étayer ses arguments. Quand il fait allusion à « Savanah » et met en jeu la rime du mot « ingrat » le chanteur est artistiquement et patriotiquement au sommet de son art. Les jeunes à l’époque étaient offusqués par cette bêtise des autorités américaines - alors le message de M. Ansy Derose tomba à pic dans leurs oreilles et malgré la dictature, des manifestations eurent lieu en Haïti. De l’acte de chanter à celui de défiler, il n’y a qu’un pas que le chanteur franchit sans l’ombre d’un doute. En 1990, il défilait avec ses compatriotes à la tête d’une manifestation grandiose à Washington pour dénoncer cette « déclaration criminelle ».
W ingra ou san memwa
Ou bliye savanah
se nou menm ayisyen
ki te vin bò w lanmen
Ou pa ta fè nou sa
En fait, il reproche aux autorités américaines, leur arrogance et leur amnésie quant à la générosité de nos illustres ancêtres qui se sont battus à Savannah pour leur indépendance. Au-delà de méconnaître l’histoire, il leur reproche de commettre l’irréparable contre le seul peuple dont ils ont reçu de l’aide afin d’être libres et ce, de manière désintéressée. La force d’Ansy Dérose est qu’il ne jouait pas à l’artiste engagé, il sortait de son mutisme au moment précis où l’histoire lui exigeait d’intervenir. Cette chanson écrite dans la foulée de cette indignation est un chef d’œuvre d’un grand lyrisme mêlant patriotisme, héroïsme et ce qu’il y a de plus valeureux chez nos ancêtres. La majorité des chansons de M. Ansy Dérose sont d’ailleurs des appels à la fraternité et exalte ce qu’il y a de plus beau chez ses compatriotes. Cette chanson « FDA w aranje » est le cri indigné d’un chanteur issu d’une nation pauvre qui s’élève contre la plus grande puissance mondiale pour dénoncer ses implacables injustices qu’elle n’hésite pas à infliger à un peuple pauvre presque sans défense. Chaque fois que nous l’écoutons, cette très belle chanson nous donne encore et toujours la chair de poule tellement est profond le sentiment de patriotisme et de dignité. Dignité ou une certaine idée de l’haïtien qu’il est bon de souligner surtout par les temps qui courent. En renvoyant les autorités américaines devant leur inhumanité, il rétablit par là même la dignité de son peuple injustement bafoué. Il faut se rappeler qu’à l’époque, nos dirigeants faisaient pâle figure, du moins se portaient-ils aux abonnés absents dans la défense de leurs compatriotes. Tout simplement ils ne disaient rien pour des raisons géopolitiques qui ne nous concernaient pas, - guerre froide oblige. Oui ! Monsieur Ansy Dérose prenait tout seul, la défense d’une nation bafouée en interpellant le « FDA », l’organisme américain. Et ce, avec d’autant de panache qu’il se plaçait d’emblée dans la grande tradition haïtienne qui consiste à dénoncer et à défendre la faiblesse du petit contre l’injustice du plus fort. C’est ainsi qu’il crée ce refrain avec une musique plus qu’envoûtante au rythme de l’Afrique. La panoplie de la réprobation vise non seulement à défendre les Haïtiens mais aussi les Africains bien que ces derniers n’étaient pas montrés du doigt. D’entrée de jeu, il dénonce, l’interpellation est totale et l’indignation est à son comble avec ses doigts inquisiteurs, il accuse :
Peche sida nou pa p potel
Fado sida nou pap pote l o
FDA w aranje o
w aranje
Ou vle krase nou w vle touye nou
FDA apa w deraye...
Comme toujours chez Ansy, d’un trait, l’essentiel est restitué. En rassemblant toute sa rage dans ce refrain, le moins qui puisse être dit, est que sa réponse fut à la hauteur de la calomnie officielle américaine. Mais grâce à Ansy, l’honneur d’Haïti et ses citoyens est sain et sauf. Comment ne pas penser à lui quand d’autres chercheurs dans ce même institut, vingt cinq années plus tard, faisaient leur mea-culpa. Nous sommes persuadés que si Ansy Dérose était là, il aurait demandé des excuses publiques et officielles. Mais les intellectuels de gauche haïtiens brillent à méditer sans fin sur les errements de Duvalier père et fils ou encore sur la veulerie d’Aristide. Nous ne savons pas qu’ils fassent le bon choix car Ansy Dérose incarne en quelque sorte tout ce qu’ils prônent. Il erre comme un lémure dans la mémoire de ses compatriotes car ses chansons étaient ses rêves. Et ceux-ci étaient par-dessus tout d’exprimer leurs craintes, leurs peurs, leurs bonheurs et leurs joies. Du moins, a-t-il composé et chanté jusqu’au bout dans cet espoir et peut être illusion de forger une Haïti nouvelle.
L’humanisme dérosien dont chaque chanson réécoutée est une illustration et bouleversante confirmation est un alliage précieux de patriotisme et de préoccupation sociale dans une société en proie à toutes sortes de problèmes. En condamnant l’attitude des autorités américaines, il n’est pas guidé par une idéologie rance, mais par un pur sentiment patriotique. Il mettait la défense de ses compatriotes, leur dignité au-dessus des contingences idéologiques, d’où la pureté de certaines de ses chansons.
Ce n’est pas, on l’a compris, du lyrisme, ni du militantisme de pacotille à deux sous, mais une philosophie posée en prédicat consistant à prôner la fierté et le respect de chaque peuple comme gage de l’humanisme. Quant à la jeune génération qui a manqué Ansy Dérose, comme un train, pour les vacances, impossible à prendre, nous les invitons à le découvrir par la magie d’Internet*, il vaut largement le détour.

*Food And Drug Administration
* youtube.com/emmanuel2008read.com


28.11.2008

Hommage à Ansy Dérose

Les Productions Yole Dérose organisent ce samedi 29 novembre au Parc historique de la Canne-à-sucre, Ansy Dérose... l'immortel. Cette soirée sera l'occasion pour toute une kyrielle d'artistes haitiens de disciplines variées de chanter, danser et mimer les plus belles chansons de l'artiste. Ce Spectacle fait partie d'une série d'activités commémorant sa disparition voilà maintenant une décennie.

Tous les détails concernant le spectacle sur Haiti Press Network.

A cette occasion, Nationsoleil publie le témoignage de l'un des grands fans de l'artiste, Magloire Demesmin, qui depuis Paris, nous livre ses sentiments en cette année de commémoration.


Collaboration spéciale

Par Magloire Demesmin, Paris
magloiredemesmin@live.fr

ansydesroses11.jpgDans les années 80, la voix d’Ansy Dérose s’imposa sans coup férir sur les stations de radios de la capitale. Par moments, nous n’entendions que celle-ci. Nos amis et moi, nous nous régalions de cette voix de baryton qui chantait soit l’amour soit des paroles engagées. Et, bien que c’était l’époque de la dictature de Baby Doc et qu’il fallait faire attention, ses chansons étaient très engagées.

Nos amis les Eveillard, les Boucicaut, les Michaux, les Fabius, les Cinéas, les Coicou, les Dorsainville, les Joseph, les Pierre Louis étaient tous des fans d’Ansy Dérose. Dans les petites coccinelles de Coicou, et de Cinéas, nous passions, de maison en maison, récupérer les amis et leurs sœurs respectives au Canapé Vert, à l’Avenue Poupelard, au Bois Verna, au Bel Air, à la ruelle chrétien, et bien d’autres encore... En ces temps-là, le Canapé Vert sentait les fleurs de jasmin et nous pouvions nous promener à des heures indues sans être inquiétés. Nous guettions, évidemment, le moindre spectacle du chanteur dans la capitale pour aller respirer un grand bol d’air culturel. Ce fut tantôt au ciné Triomphe, au Rex théâtre, au Colisée, en tout cas, nous nous arrangions pour être là. Partout où le chanteur se produisait, nous étions toujours, aux premières loges quitte à économiser nos maigres ressources. L’essentiel était d’être là, de le voir en chair et en os.

À l’époque, la solidarité n’était pas un vain mot, nous mettions en commun le moindre sou que nous possédions pour qu’il ne manque personne. Un jour où il jouait à guichet fermé, c’était au Ciné Paramount, nous étions arrivés en bande. Un homme au regard sévère nous lança à brûle-pourpoint qu’il n’y avait plus de place, et que de toute manière nous dit-il dans un français impeccable « le prix des billets a augmenté, je ne crois pas que vous puissiez payer l’entrée. » Pour ce soir-là, il avait anéanti notre raison de vivre. Nous étions déboussolés, littéralement désarçonnés. Était-ce une bénédiction du ciel ou encore un jour béni des dieux? nous l’ignorions, mais ce que nous savions est que monsieur Ansy Dérose, en tenue de gala, passait par là. Il dut voir notre désappointement et est spontanément venu nous dire « mesyé ki problèm ».

Ce jour-là, nous pouvions admirer de près notre idole, et d’autant plus qu’il donna l’ordre formel qu’on nous laisse entrer sans payer le prix des tickets. Nous voilà donc marchant devant monsieur Ansy Dérose. Nous nous sommes assis au premier rang et pour les collégiens pauvres, sans le sou, que nous étions, c’était notre jour de gloire. Le costaud mulâtre n’était plus dans son assiette et s’était fâché tout rouge de nous voir au premier rang.

Voir monsieur Ansy Dérose sur scène était toujours un spectacle grandiose, nous étions là non pas pour les textes, mais d’abord pour le spectacle. Cette voix charnelle qui envahissait la salle, nous commencions en premier à l’entendre, et ensuite à méditer sur les textes. C’est quelques années plus tard que nous avons pris l’habitude de les analyser. Analyser en toute sérénité la poésie d’Ansy Dérose nous pousse non seulement à découvrir d’autres facettes de l’auteur « d’Anacaona », mais aussi les richesses artistiques de cette poésie sortie tout droit des entrailles. Les vers de monsieur Dérose font appel à des images métaphoriques déversées comme un torrent dans une embouchure de l’Artibonite. Avec ses habits clinquants, son nœud de papillon placé à la perfection, il chantait, dansait, mimait. Bref, il était un artiste complet.

Sur scène, il gesticulait, les bras en l’air largement ouverts comme une offrande à son public. Sa voix donnait le ton à ses chansons : tantôt mélancolique, tantôt fiévreuse, parfois mélodieuse, ce qui faisait d’Ansy Dérose un chanteur aux talents exceptionnels. Une beauté époustouflante se dégageait de ce corps musclé qui bougeait tout le temps d’un bout à l’autre de la scène. On décelait de prime abord un front large, de beaux yeux gris clair comme des canaux où coule de l’eau pure. Il chantait comme personne, sa femme Yole fut à la bonne école, comme elle, face au public, il faisait don de son corps. À chaque fois, ses gestes sont précis, ses grandes mains s’ouvrant et se refermant dans une harmonie musicale traduisant un travail acharné de précision. Par la magie de l’Internet et singulièrement sur You tube, nous avons découvert avec enchantement une vidéo de concert où l’on voit M. Dérose debout, micro à la main, oui ces deux bras partant dans tous les sens, ses mains racontant les beautés des femmes de chez nous, ceux qui ont des monopoles mais ne travaillant point, ceux qui s’aiment en donnant rendez-vous aux messes « de quatre heures » et puis tout à coup la chanson, celle que des milliers de femmes haïtiennes ont reçue comme déclaration d’amour de la part des lycéens que nous étions. Thérèse, oui Thérèse ce sont vos deux yeux… etc.

Mwen wè solèy san fwa
mil fwa nan vi m
Mwen wè lalin k ap benyen nan lanmè
Poutan « Thérèse »
se de zye ou ki limyè m
Lontan, lontan m ap chèche ou

Ce poème ésotérique associe dans un même mouvement la lumière qui est un langage universel et l’œil qui voit tout et qui percute. Qui ose dire après ça que le créole n’est pas une langue chantante. Sa voix puissante que l’on écouta volontiers sur des cassettes achetées trois sous en bas de la ville nous a permis de connaître par cœur la plupart de ses chansons. Lors des kermesses de l’école, nos amis jouaient à l’imiter en fredonnant quelques morceaux comme « Merci, Courage, Message, Mon existence, et sans oublier Thérèse et bien d’autres.

Ce chanteur populaire, au sens qu’il composa et chanta ce qui tourmentait la multitude du plus grand nombre, nous a légué des chansons sublimes qui dénoncèrent pêle-mêle les conditions de la femme, des paysans, de la jeunesse, etc. En vérité, ce poète de l’observation fut une conscience nationale dont chaque refrain est une merveille de l’intelligence. Ses vers taillés dans la réalité populaire décrivent nos montagnes, nos fleuves, les beautés de nos femmes et illustrent à quel point ce fils du peuple érige le travail, le sérieux, comme étant des valeurs suprêmes.

On ne peut être d’accord qu’à moitié avec Serge Gainsbourg lorsqu’il déclare sans aucune précaution que “la chanson est un art mineur”. Il sera difficile pour un Haïtien d’adhérer à une telle assertion tant nos chanteurs poètes nous ont habitué à des chansons de grande qualité évoquant parfois un pan entier de notre histoire. En dépit de tout, nous tenons la poésie, en particulier la chanson, pour un art majeur, car comme disait le regretté Aimé Césaire, elle exprime ce qui a de plus profond en nous. “Anacaona” est à elle seule une épopée où se dégage un lyrisme débordant. “Thérèse” est une description minutieuse de la beauté de la nature, de la femme haïtienne. Justement, Ansy Dérose fut le défenseur le plus acharné et constant de cette dernière à qui il rendait souvent hommage “Merci” est sans aucun doute l’une des plus belles chansons du patrimoine musical haïtien.
Mèsi pou lanmou ke w ban mwen
Kase fèy kouvri sa pou koze'n pa vante.»
Agenou m’ap mandé/ yon tibo
Yon tibo...

Dans ce refrain se dégagent des souvenirs d’enfance qui rappellent le bon vieux temps où en Haïti pour faire la cour à une jeune fille il fallait se débrouiller pour lui envoyer un bon poème. Grâce à ses chansons, notre génération apprenait à apprécier les femmes de chez nous et surtout à les respecter. Sur les ondes de Radio Métropole et de Radio Haïti inter le refrain devient tout à coup incandescent et nous baignions dans la magie pure :
« Tout fanm nan peyim / kel marabou, kel milatrès/ kel se nèges/ tout se bel fanm.»

En une phrase, les différences sociales sont gommées. Dès qu’il s’agissait de femmes haïtiennes, il poussait loin la générosité en nous invitant à respecter les “prostituées” parce que disait-t-il ce sont des Haïtiennes. L’argument ne manque pas de sel et traduit les préoccupations sociales de l’artiste.

Inutile de dire ici que les catastrophes des années 80 qui ont frappé notre pays ont laissé notre patriote sans voix. Ses complaintes, son désespoir, sa désespérance devant les déchéances de son pays se transforment en chansons, disons plutôt en poésie engagée. Son dernier album a fermé un cycle qui a commencé dans les années 50. Pour ceux qui, dans ces années-là, ont vécu dans ce pays et écouté “Haïti une mélodie d’amour”, le dernier album du maître constitue un voyage peuplé de cauchemars et édifiant à plus d’un titre. Comme dit Ansy, notre Haïti est “desakodé”

Paris le 25/11/2008






10.11.2008

Miriam Makeba - La voix de l’Afrique, s’est éteinte

La légende de la chanson sud-africaine Miriam Makeba, décédée à l’âge de 76 ans après une ultime apparition sur scène en Italie, a été l’une des grandes voix de la lutte contre l’apartheid, engagement qu’elle a payé de plus de trente ans d’exil.

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Celle qui n’a "jamais chanté la politique, seulement la vérité" avait été bannie de son pays pour n’y revenir que trente ans plus tard, après la libération de Nelson Mandela qui allait devenir le premier président noir d’Afrique du Sud.

Née le 4 mars 1932 à Johannesburg d’une mère swazi et d’un père xhosa, Zenzi --diminutif de son vrai prénom zoulou Uzenzile qui signifie "Tu ne dois t’en prendre qu’à toi-même"-- chante très tôt dans les mariages et autres cérémonies.

Sa carrière professionnelle s’envole lorsqu’à 20 ans elle intègre les Manhattan Brothers, qui lui donneront son nom de scène, Miriam, puis les Skylarks, groupe exclusivement féminin.

Partie en tournée en 1959, elle apprend au festival de Venise qu’elle est indésirable dans son pays en raison de sa participation à un documentaire anti-apartheid, "Come Back Africa".

Réfugiée à Londres, elle gagne les Etats-Unis où elle devient célèbre grâce à son tube "Pata, pata", écrit dès 1956, qui fera vibrer plusieurs générations. Mêlant blues, gospels, jazz et rythmes traditionnels africains, elle enchaîne les succès avec en particulier "The Click Song" et "Malaïka", publiant au total plus d’une trentaine d’albums.

Mais elle a payé de 31 ans d’exil son combat contre le régime raciste qu’elle dénonce jusque devant l’Onu en 1963, ce qui lui vaut le retrait de sa nationalité et l’interdiction de ses chansons en Afrique du Sud.
Lorsque, persuadée par Mandela, elle reviendra en 1990 pour la première fois sur sa terre natale, quatre ans avant la fin de l’apartheid, ce sera avec un court visa de six jours sur son passeport français, l’un parmi tant d’autres accordés par ses pays d’accueil ou de coeur.

La voix de Makeba a célébré toutes les indépendances du continent, d’où son surnom affectueux de "Mama Afrika". Elle a aussi chanté, avec son mentor des débuts Harry Belafonte, pour l’anniversaire de John F. Kennedy en 1962, salué aussi par le "Happy Birthday Mr President" de Marilyn Monroe.

En 1966, elle reçoit un Grammy Award pour son disque "An evening with Harry Belafonte and Miriam Makeba".
Aux Etats-Unis, elle est proche de Nina Simone, Dizzy Gillepsie, vit avec le trompettiste de jazz sud-africain Hugh Masekela, puis avec Stokely Carmichael, leader du mouvement Black Power. Jugé indésirable par Washington, le couple se réfugie en Guinée, mais s’y sépare en 1973.

La fille unique de Makeba, Bongi, qu’elle a eu à 17 ans d’une première union, mourra dans ce pays des suites d’une fausse couche en 1985. Makeba part alors s’installer à Bruxelles.

Durant les années 70 et 80, elle chante aux quatre coins de la planète, participant à de prestigieux festivals de jazz. En 1987, elle se joint à la tournée Graceland du chanteur Paul Simon. Peu après, elle publie son autobiographie "Makeba: My Story".

Enfin rentrée au pays en 1992, elle s’installe dans la banlieue nord de Johannesburg où, dans la rue, les gens la saluent en zoulou d’un "Umama wethu, kunjani, Umama wethu?" (Mère, comment allez-vous?).
Là, cette combattante de toutes les injustices fonde un centre de réhabilitation d’adolescentes sauvées de la rue.

En 2005, fatiguée de voyager, Makeba entame sa dernière tournée. "Je dois aller autour du monde dire merci et adieu", explique-t-elle lors d’un entretien avec l’AFP.

"Après je resterai chez moi comme l’arrière-grand-mère que je suis (...) Puis je veux que mes cendres soient dispersées dans l’océan Indien. Ainsi je pourrai naviguer à nouveau vers tous ces pays."

Source AFP

03.11.2008

Diffusion de la musique haitienne

97ae2993a7bcece99eb517b8cd631e85.jpgLa diffusion de la musique dans l'espace haïtien est entièrement démocratisée. En effet, les stations de radio ou de télévision – ne compliquons pas la chose en incluant l'Internet – n'ont aucune obligation envers les auteurs, compositeurs ou interprètes de musique. Même ceux qui ont eu la présence d'esprit d'inscrire leurs œuvres dans des organismes comme la SACEM (France), SOCAN (Canada), ASCAP (USA) ne reçoivent aucune redevance de la part des diffuseurs.

Droits d'auteur et législation locale
En dépit de l'existence d'un certain nombre d'instruments législatifs tant locaux qu'internationaux tels le décret de 1968 sur la propriété littéraire et artistique, la Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques de 1886 (révisée en 1979) et la Convention universelle sur le droit d'auteur révisée à Paris le 24 juillet 1971… les droits d'auteur, dans le domaine de la musique, restent une notion méconnue, du moins au sens pratique du terme.
Plusieurs initiatives ont été prises du côté de la société civile pour tenter de régulariser la situation, mais jusqu'ici les résultats sont plutôt maigres. On peut citer notamment la création de l'ANACIM (Association nationale des auteurs, compositeurs et interprètes de musique) vers la fin des années 80 à laquelle on peut associer entre autres les noms d'Ansy et Yole Dérose, Lionel Benjamin, Carole Demesmin, Raoul Denis Jr. Mais, tous les espoirs mis dans cet organisme sont partis en fumée avec le contexte d'instabilité instauré à partir du coup d'État de 1991.
Plus récemment, du côté de l’État, en dehors du travail de sensibilisation effectué par Wilhems Édouard, actuel directeur des Presses nationales, a été créé un bureau du droit d'auteur au sein du Ministère de la culture. Le travail de ce bureau dont M. Édouard fut le premier directeur est rendu difficile par un manque flagrant de ressources tant humaines que financières, mais aussi sans doute par le manque d'une vision claire du colossal enjeu que représente la protection des droits d'auteur dans un pays où l'anarchie est la règle.
Harmoniser les règles existantes, les refondre afin de les adapter aux réalités actuelles, réguler la diffusion et/ou l'utilisation des œuvres musicales… participeraient en effet d'un chambardement total d'un système confortablement établi et de pratiques s trop profondément enracinées dans les esprits.

Des quotas peut-être...
On ne verra pas de sitôt par exemple un CONATEL (Conseil national des télécommunications) imposer des quotas aux stations de radio quant à la diffusion de la musique locale versus la musique internationale, histoire de préserver les productions du terroir. Aussi, les pseudo-directeurs musicaux, là où ça existe, et plus généralement les animateurs / Djs ont les coudées franches pour occulter tout un pan de notre héritage culturel et favoriser, sans le savoir le plus souvent, des valeurs importées qui finissent par annihiler l'identité nationale. Les jeunes de moins de vingt ans, dans le meilleur des cas, ne savent rien du répertoire folklorique haïtien et de la musique traditionnelle. Pire encore, ils sont très peu, sinon pas du tout renseignés sur le compas pré-86. Les médias, censés susciter leur intérêt et contribuer à la vitalité de la chose artistique sont inscrits aux abonnés absents.

Nous, les acculturés...
Rappelons en revanche vers le milieu des années 80, à l'époque où Jacob Desvarieux, pour imposer le Zouk aux Antilles et déloger le compas qui régnait en maître, orchestrait une campagne contre le rythme-roi, les stations haïtiennes réalisaient régulièrement des émissions spéciales de 2-3 heures où elles jouaient exclusivement le groupe Kassav'. Aujourd'hui encore, il n'est pas rare que dans une émission de variétés caraïbes, la part consacrée aux productions locales soit nettement et indécemment inférieure à celle des autres genres musicaux, généralement d'origine étrangère. Notre petit côté d'acculturé qui nous joue encore des tours. Enfin...!

...Stratégie de diffusion
Au final, la diffusion de la musique en Haïti doit conjuguer avec une carence avérée de critiques non-partisanes, une absence de ligne directrice quant à la promotion de la musique, un manque flagrant de chroniqueurs avertis qui, non contents de soustraire aux artistes et auteurs une source de revenus, en l’occurrence les royalties auxquels ils auraient droit, monnayent dans bien des cas, dans trop de cas, leurs services.
Ajoutons à cela, une absence de stratégie de diffusion. Dans certains pays, un album sera diffusé extrait par extrait selon les consignes du producteur, comme du temps de Top Compas avec Giorgio sur les ondes de Radio Métropole, mais là c’était l’initiative d’un animateur. En Haiti, la règle demeure que les morceaux d'un album soient diffusés de façon anarchique au gré de l'animateur et selon la demande des fans. Les producteurs , aussi bien les musiciens n'interviennent pas et s’en remettent presqu’à la fatalité. Résultat, un bon album peut être mal connu, mal exploité, certains durent sur les ondes l'espace d'un cillement. Les musiciens, pour garder une présence sur les ondes, étaient obligés, à une autre époque de produire au plus vite….sans jamais prendre le temps d'innover. Aujourd’hui, la réalité est bien différente, il n’est pas aisé de se trouver un producteur, mais le problème demeure entier.

À cela, faudrait-il ajouter l’utilisation abusive des œuvres musicales dans les films, dans les messages publicitaires tant des commerces que des médias eux-mêmes ou encore dans les prestations publiques de groupes ou d'artistes qui n'ont jamais obtenu le droit d'utiliser ces œuvres.
L'ironie là-dedans, c'est que tout le monde se fait de l'argent, sauf le créateur ou l'intreprète.

Vallès Latry

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Lire aussi sur Nationsoleil:
- Industrie de la musique haïtienne, rêve ou réalité (1ère partie)
- Musique haitienne: Studios d'enregistrement et techniciens du son

29.10.2008

Mélissa Laveaux - La nouvelle voix du soul

Extrait de son Myspace

Melissa Laveaux.jpg
En perdant le chèque pour payer ses cours de piano, la toute jeune Mélissa Laveaux s’est forgée un destin. Elle apprendra la musique en autodidacte. A l’oreille et dans les livres. Heureusement, sa mère écoute de la chanson à texte et du jazz haïtien en la coiffant, et son père, musicien à ses heures, a l’idée de lui offrir une guitare d’occasion à 13 ans.

Métissée la musique de Mélissa Laveaux ? Sans doute, comment pourrait-il en être autrement ? Née à Montréal en 1985 de parents haïtiens fraîchement immigrés, elle grandit à Ottawa, Ontario, dans un univers majoritairement anglophone, et doit tenter de s’intégrer à ce nouvel environnement, sans rien abandonner pour autant de sa culture d’origine, créole et francophone.

Au carrefour de ces multiples identités, Mélissa prend très vite conscience de son « décalage » avec le monde alentour. Elle dénote. Adolescente créative, elle se réfugie dans la musique et passe son temps à préparer des mixtapes de chansons à la radio, au grand dam de ses parents, tous deux professeurs, qui la rêvent médecin. Elle découvre pêle-mêle, et dans une sorte de boulimie, le folk indépendant canadien (Joni Mitchell, Feist), le trip hop britannique (Martina Topley-Bird), la musique brésilienne alternative (Adriana Calcanhotto, Os Mutantes), les stars du hip hop et de la nu-soul (Erikah Badu, Common, The Roots, The Fugees…), les grandes voix de la tradition afro-américaine (Billie Holiday, Nina Simone, Aretha Franklin) et les étoiles lointaines de la World Music (Rokia Traoré, Lhasa…).

Brassant toutes ces influences en un mélange de naïveté et d’instinct, travaillant quotidiennement sur sa guitare, Mélissa s’invente très tôt un style d’accompagnement personnel, très rythmique, et se met à écrire ses premiers textes, composer ses premières chansons. De là ce songwriting résolument contemporain, qui intègre tous ses croisements identitaires, mais au lieu de les afficher en un geste militant, choisit la voie de l’intime, de la confidence - l’aventure d’une parole définitivement libre.

Mais la musique n’est pas tout. Comme ses frères et sœurs, elle veut faire des études, avec l’ambition de travailler dans le domaine social, tout en ressentant l’extrême nécessité de s’exprimer artistiquement. « L’un ne va pas sans l’autre. J’ai besoin de musique pour vivre et de vivre pour inspirer ma musique », affirme-t-elle volontiers, avec une sacrée détermination. Etudiante à l’Université d’Ottawa, elle passe et obtient son diplôme de Bachelor en Éthique et Société.

Parallèlement elle participe aux soirées « open mic » organisées dans le pub du campus. Un jeune percussionniste, Rob Reid, la repère, l’encourage à persévérer. Assidue à l’université durant la semaine, elle part sur la route avec Rob chaque week-end et sillonne le Canada pour jouer dans les clubs. A 21 ans, elle autoproduit un album qu’elle diffuse sur myspace. Début 2007, le label No Format! la rencontre à Montréal et la prend aussitôt sous contrat. La même année, elle obtient la bourse Lagardère Jeunes Talents. Elle enregistre dans la foulée son véritable premier album, “Camphor & Copper”, construit sur les fondations de l’album autoproduit deux ans auparavant.

Exceptées deux reprises magistralement réinventées (« Needle in the hay » d’Elliott Smith et « I Wanna be Evil » d’Eartha Kitt) qui posent en quelque sorte les bornes imaginaires de son univers musical, le répertoire de cet album n’est composé que d’œuvres originales, impressionnantes de ce mélange de maturité et de fraîcheur qui n’appartient qu’aux plus grands. Dans cet album, Mélissa libère d’un coup toute l’énergie créatrice accumulée au long de ces années d’apprentissage et trouve d’emblée le ton juste. Les arrangements minimalistes privilégient l’énergie et l’impact poétique de ses mots. Sa voix surtout se déploie, majestueuse et fragile, profonde, sensuelle et délicieusement juvénile, creusée de remous intérieurs sous la séduction immédiate, comme travaillée par ce trilinguisme qui marque sa vie, la fluidité rythmique de la langue anglaise, la syncope nonchalante du Créole, la sophistication harmonique du Français.

Nul doute qu’avec un tel album, cette jeune canadienne d’origine haïtienne de 23 ans, fait une entrée fracassante dans le petit cercle des auteurs compositeurs interprètes les plus prometteurs de notre époque.

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Sortie prévue en France le 3 novembre 2008.
Photos extraites de son Myspace.

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