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Musique | En vedette 19 mars 2006


Makarios Césaire, un guitariste versatile

 

La popularité de la guitare

La guitare est l’un des instruments les plus populaires à travers le monde. Elle participe d’un phénomène social unique dans l’histoire des instruments de musique. S’il était encore besoin de le prouver, on estime entre 250 à 300 millions de guitare actuellement en circulation et en service dans le monde. C’est que la guitare est un instrument particulier et sa particularité lui confère une position privilégiée parmi ses instruments pairs. Sa facture même semble être un avantage, de même que ses dimensions qui rendent aisé son transport. Mais, c’est loin d’être ses atouts majeurs. Les praticiens de la guitare et les musiciens accomplis s’entendent à dire que ses possibilités expressives la destinent aux motifs rythmiques, à l'écriture harmonique, et sous les doigts d’artistes habiles elle se révèle également très adaptée à la mélodie. Mais c’est sans compter avec son élégance, la nature de son timbre et le volume modéré de sa sonorité. Toutes ces qualités lui permettent de soutenir la voix humaine sans jamais la masquer.

L’écoute d’une note de guitare fait naître des sentiments de bien-être chez tout amant de la musique. Et les musiciens comme les ingénieurs du son s’accordent pour dire que la forme du son de la guitare est si forte, si solide qu’elle s’accommode à tous traitements de l’enregistrement et de la reproduction acoustiques et sa qualité « phonogénique » constitue un must à une époque où la quasi-totalité de la musique consommée utilise des supports de plus en plus numériques.

La guitare dans la tradition musicale haïtienne


La musique haïtienne est avant tout une musique de troubadours dont l’instrument privilégié est la guitare pour toutes les raisons évoquées précédemment et auxquelles on ajoutera le fait que certains modèles de guitare, notamment l’acoustique, n’a pas besoin de prise électrique pour fonctionner. Introduite par les colons en Haïti, la guitare est contemporaine d’autres instruments tels le ogan, la clochette, l'asson, l'assotor, le manman, et la boulah amenés eux par les esclaves. Aussi, la retrouve-t-on parmi les instruments de base lors de la création des ensembles, des orchestres et des jazz (groupes musicaux). Depuis, son importance dans les œuvres locales ne s’est jamais démentie. De l’époque des rythmes empruntés comme la meringue, la valse, la marche, etc. jusqu’à la création de rythmes proprement haïtiens comme le compas direct, la guitare a été un instrument de premier choix. Elle a été au cœur de la reformulation du compas dans les années 1970 communément appelée Mini-Jazz qui a révélé des groupes comme Tabou Combo, Shleu-Shleu, Gypsies, Difficiles de Pétion-Ville, etc. Elle a même survécu vers le milieu des années 80 à la tempête qui a secoué la musique populaire haïtienne dénommée familièrement nouvelle génération et qui a provoqué la disparition pour un temps de toute une génération de musiciens et d’instruments notamment les instruments à vent.

L’omniprésence de la guitare dans la musique haïtienne n’est cependant pas un gage de grande qualité des musiciens. Toute une kyrielle de guitaristes ont défilé depuis le temps dans les ensembles, orchestres et groupes musicaux, toutes tendances confondues. Une bonne majorité est restée dans le quasi-anonymat, quelques-uns furent de piètres musiciens, d’autres furent incompris ou n’ont pas eu la reconnaissance qu’ils méritaient. Une autre catégorie regroupe ceux qui ont joui d’une grande notoriété, grâce pour certains à la grande visibilité et à la renommée des groupes auxquels ils ont appartenu et pour d’autres du fait de leur immense talent et de l’excellence de leurs œuvres.

Tout compte fait, à l’ère des communications, un extraordinaire concours de circonstances – les nouveaux médias, une nouvelle génération de chroniqueurs, d’animateurs et de promoteurs - a valu aux musiciens haïtiens une visibilité comme jamais ils n’ont connu et comme c’est le cas dans de nombreux domaines, on assiste à une invasion de la scène de musiciens de tous poils et de tout acabit qui, dans bien des cas, volent la vedette à ceux qui mériteraient réellement d’être connus et reconnus pour leur travail. Conséquence, les musiciens de carrière crèvent de faim et la musique haïtienne reste confinée dans les limites du pays et des communautés haïtiennes de la diaspora. L’époque glorieuse du compas devenu Konpa (ou kompa) et de la musique racine est longtemps révolue.

Pourtant, les quelques rares musiciens qui se démènent pour donner un nouveau souffle à ce précieux héritage, sans doute le seul qui soit resté plus ou moins intact, sont mal connus. C’est le cas de Makarios Césaire.

Portrait de l’artiste


Makarios est un natif de Carrefour (quartier sud de Port-au-Prince) où il vécut jusqu’à l’âge de 16 ans lorsqu’il émigre aux États-Unis. Dès l’âge de 5 ans, son initiation à la guitare commence alors que son père lui offre cet instrument en guise de cadeau de noël. C’est au Séminaire adventiste de Diquini (carrefour), au foyer musical précisément, qu’il apprend les premiers rudiments de solfège. Plus tard, vers l’adolescence, il poursuit sa formation musicale avec des professeurs particuliers qui impriment en lui la marque indélébile du musicien talentueux qu’il deviendra plus tard.

Aux États-Unis, il fréquente l’Université de New York où il décroche un Baccalauréat en sciences économiques, mais le feu de la musique ne l’a pas quitté. Plus tard, il entre à Berkeley où il vient de compléter une maîtrise en composition musicale.

Vers la fin des années 80, on retrouve Makarios en Floride où il va pour de bon configurer son propre univers musical qui se constitue de rythmes et de genres variés : Blues, Jazz, konpa, RnB, de rythmes latins et africains qu’il marie avec bonheur. Ce qui donne à son jeu un cachet particulier très recherché par les artistes et producteurs tant locaux qu’étrangers. Son jeu d’improvisation ainsi que sa grande maîtrise des boîtes rythmiques font le délice des artistes qu’il accompagne ainsi que du public qui assiste aux spectacles auxquels il participe. Il fait lui-même un show dans le show avec les effets sonores qu’il est capable de produire ainsi que sa dextérité dans ses phrasés mélodiques. D’aucuns le comparent à ce titre à Carlos Santana à cause de ses colorations sonores et sa capacité de faire exulter une foule.

Ses influences viennent de guitaristes divers tels Dadou Pasquet, George Benson, West Montgomery, Joe Satriani, Jimmy Hendrix. Combinées à ses talents, ces influences lui confèrent un style particulier qui lui fait mériter le titre de guitariste le plus versatile de la musique haïtienne contemporaine.

Dans le milieu musical, son talent n’est loin d’être méconnu comme l’attestent ses multiples collaborations avec des artistes tant locaux qu’internationaux : Dozz, Skah Shah - dans lesquels il a laissé sa marque - Lakòl, Phantoms, Zin, Papa Jube et New York All Stars - sans doute l’une des étapes les plus notables de sa carrière Konpa – sans compter ses tournées avec des stars mondialement connues comme la légendaire Diana Ross, l’inimitable Mary J. Blige dans sa tournée jamaïcaine de 2001 et plus récemment Pras Michel (Fugees) auquel il a prêté ses services dans la réalisation de son album Win, lose or draw (2005). A cette occasion, il a côtoyé d’autres méga-stars tels Sean Paul, Sharli McQueen pour ne citer que ceux-là. On ne peut non plus passer sous silence sa longue et fructueuse collaboration qui dure depuis au moins 5 ans avec la perle noire, la reine de la chanson créole Emeline Michel.

De plus, il fait office de producteur auprès de nombreux jeunes artistes africains et asiatiques de Tokyo, de Dakar entre autres, en même temps qu’il compose des thèmes musicaux pour le cinéma notamment celui du film du réalisateur Dan Lohaus « When I came home » (2004) qui est un film documentaire qui raconte comment plus de 150 000 vétérans américains de la Guerre du Vietnam et même de l’Irak se retrouvent à la rue après avoir combattu pour leur pays.

Certains chroniqueurs prétendent que Makarios serait à la recherche d’un producteur afin de livrer son premier projet personnel. Si cela se confirmait, on est certain que ce serait une vraie boite à surprises.

Vallès Latry

Montréal | 19 mars 2006

                                



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