13.05.2009

Quand le voile se lève sur Gary Victor

Collaboration spéciale

Je dois le confesser. Je suis de ceux qui ont commencé très tard à lire les auteurs haitiens, du moins ceux qu'on n'était pas obligé de lire à l'école. Je suis un lecteur boulimique, je l'ai toujours été.  Et aussi curieux que cela puisse paraitre, j'ai lu mon premier roman de Gary Victor grâce à un Québécois voilà à peu près cinq ans. La piste des sortilèges reste depuis lors l'un de mes romans préférés, toutes catégories confondues. Le diable dans un thé à la citronnelle est aussi l'un de ces romans dont la lecture m'a laissé une sensation de plénitude. Mais mieux encore, une étrange curiosité m'a fébrilement poussé vers les auteurs haitiens et aussi vers une forme de littérature que j'ai longtemps négligée, celle des auteurs noirs de ce monde, les Maryse Condé, Toni Morrisson, Edwidge Danticat,  Ousmane Sembène, Dany Laferrière et tant d'autres.

La Grande Bibliothèque de Montréal regorge de cette littérature qui fait mes délices depuis quelques années et me renseigne sur une autre facette de ce pays qui est le mien et de cette race à laquelle j'appartiens.

J'éprouve un immense plaisir à publier avec l'autorisation du staff de Roroli, cette entrevue de Gary Victor.

Vallès

 

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Romancier et auteur prolifique de plus d'une douzaine de romans et recueils de nouvelles, Gary Victor se démarque de la plupart des auteurs de sa génération en embrassant un style d'écriture tourné vers les jeunes et les enfants, un lectorat souvent négligé en Haïti. Nombreux des personnages qu'il a créés font maintenant partie de notre folklore national. En effet, qui ne connait pas Albert Buron, ce politicien exotique qui ressemble comme deux gouttes d'eau à plusieurs de nos dirigeants actuels et passés? Qui n'a pas entendu parler de Piwouli, cet élément de la classe moyenne dont les agissements constituent un reflet fidèle des mœurs et tares de notre société machiste? Et que dire de Sonson Pipirit, ce délinquant dont la ruse et la débrouillardise n'ont d'égale que la misère crasseuse dans laquelle il évolue. Sa série de contes pour enfants ''Djamina'' a également connu un succès incontestable. En Haïti où il représente un véritable phénomène éditorial, ses livres s'écoulent comme des petits pains et certaines de ses œuvres ont fait l'objet d'adaptation pour la télévision, le cinéma et le théâtre.

Gary Victor a accepté de nous rencontrer pour une entrevue-fleuve dans laquelle il nous raconte son cheminement. De sa plus tendre enfance à l'écriture de son dernier roman. Il nous raconte tout, sans rien omettre. C'est à la découverte de cet auteur extraordinaire que nous vous invitons à partir aujourd'hui...

Jean-Robert Duprat


Roroli - Monsieur Victor, pouvez-vous vous présenter et nous parler un peu de l’homme que vous êtes?

Gary Victor:
Eh bien, avant tout je suis écrivain, mais j'aime plutôt me dire artiste. Je suis né et j'ai grandi à Port-au-Prince, tout ce que j'aime se trouve ici dans cette ville. J'ai fait des études classiques au Collège Canado Haïtien et après le secondaire, j'ai entrepris des études en agronomie ici en Haïti. Pendant un certain temps, j'ai travaillé comme fonctionnaire au Ministère de la Planification, mais je dois mentionner que j'étais encore étudiant en agronomie quand j'ai publié mes premiers textes dans un journal de l'époque qui s'appelait "Le Nouveau Monde''. Au fil du temps le métier d'écrivain a pris le dessus sur celui d'agronome et depuis quelques temps je ne suis qu'écrivain.

Il faut dire que je suis journaliste aussi. J'ai publié pas mal de chroniques dans les colonnes de journaux et aussi sur les ondes de radios de la place. "La politique de Buron", une de mes chroniques, a eu beaucoup de succès à Radio Métropole, tout comme ''Piwouli'', un feuilleton télévisé que j'ai eu en ondes, sans parler des romans, textes, contes et nouvelles que j'ai publiés. Donc avant tout, je suis un créateur.


Roroli – Quel type d’enfance avez-vous eue? Dans quel environnement avez-vous grandi?

G.V:
J'ai grandi à la frontière, dans un quartier qui était entre le bidonville et la classe moyenne. Je jouais même au foot avec les jeunes du bidonville et je peux dire que cet environnement dans lequel j'ai grandi m'a beaucoup marqué.


Roroli – Comment s’est effectuée votre entrée dans le monde littéraire? Avez-vous eu des membres de votre famille à avoir exercé le métier d’écrivain?

G.V:
Pour ça oui! Mon père était instituteur et sociologue et il a publié pas mal de Journaux de sociologie et ma mère elle, était une lectrice extraordinaire. En fait j'ai grandi dans un environnement où le livre était très présent. Il y avait une bibliothèque chez moi, je me suis donc familiarisé très tôt avec les livres. A force d'être dans l'univers des autres, j'ai eu envie d'écrire mes propres histoires. La suite a donc été naturelle.


Roroli – Quels sont les auteurs qui vous ont influencé dans votre jeunesse?

G.V:
Ici, il est important que je mentionne que dans ma famille, il y avait toujours un conflit de lecture. Mon père était le type même de l'haïtien traditionnel qui ne lisait que les romans très sérieux, tandis que ma mère lisait de tout, même si elle avait une préférence pour les romans populaires. Ceci dit, je crois qu'à ce niveau ma mère m'a beaucoup influencé. Très tôt j'ai commencé à lire les romans populaires français. J'ai lu Paul Féval, Notre Dame de Paris de Victor Hugo, j'ai lu Alexandre Dumas, les grands romanciers anglo-saxons, pour ne citer que ceux-là. Ce sont donc ces auteurs qui, tout jeune, m'ont influencé et les types de lecture de mon père un peu plus tard ont amélioré ma production.


Roroli – Vous n’avez cité aucun auteur haïtien ? Pourquoi?

G.V:
C'est tout simplement parce que pour moi il n'y a pas d'auteurs haïtiens à lire quand on est jeune. C'est seulement maintenant qu'on constate un certain progrès dans le sens de la littérature de jeunesse. Un jeune de 13 ou 14 ans ne trouve aucun plaisir à lire Jacques Stephen Alexis ou Jacques Roumain puisqu'à cet âge on ne lit que pour en tirer du plaisir. Il y a une littérature pour chaque âge, mais en Haïti il fut un temps où un écrivain qui se risquait à écrire pour les jeunes voyait son œuvre disqualifiée. Heureusement que ça tend à changer aujourd'hui, et qu'il y a des auteurs comme Danny Laferrière qui prennent cette voie. Les jeunes de mon temps n'ont pas eu cette chance et malgré l'insistance de mon père, je n'ai commencé à lire Jacques Stephen Alexis qu'en Rhéto, vers l'âge de 17 ans.

Roroli – Quel texte considérez-vous comme votre première œuvre? A quel âge l’avez-vous publié?

G.V: A mon avis, mes premiers textes sérieux sont ceux que j'ai publiés dans Le Nouvelliste et que je considère jusqu'à présent comme extraordinaires. Parmi eux, il y a cette nouvelle que j'ai écrite dans les années 1979-1980 et que j'aime particulièrement : "Quand la planète t'appartiendra''. Je compte d'ailleurs publier un recueil où je reprends tous mes premiers textes, les meilleurs et mes préférés jusqu'à présent.


Roroli – Vous avez créé beaucoup de personnages qui font maintenant partie du folklore haïtien : Albert Buron, Sonson Pipirit, Piwouli, pour ne citer que ceux-là. Parlez-nous un peu de ces personnages?

G.V:
Le premier texte d'Albert Buron que j'ai publié, c'était au ''Nouveau Monde'', bien avant Le Nouvelliste. Ce personnage est tiré du texte ''l'Art d'être intellectuel'' et c'est le portrait d'un intellectuel qui se dit communiste mais n'accepte pas d'écouter de la musique haïtienne sur le F.M. Stéréo. Il débitait des absurdités du genre : ''La musique de Coupé Cloué est trop populaire pour qu'il l'écoute'' etc.

La fréquentation de ce type d'intellectuel et celle de hauts fonctionnaires de l'administration publique où je travaillais sous la présidence de Duvalier m'a fourni des pistes pour camper ce personnage avec plus de réalisme encore.
Pour Piwouli, ça a été un petit peu plus compliqué car il s'agissait en fait de créer un couple, un homme et une femme de la classe moyenne avec toutes leurs lubies, la folie de pouvoir, la folie de réussite, les problèmes de couleur etc. L'idée en somme était de parler des problèmes de la société haïtienne à travers leurs éternelles discussions.


Roroli – Dans vos textes sur Albert Buron, vous présentez beaucoup de satire sociale. Les tares de nos hommes politiques et de nos aspirants dirigeants y sont décrites avec beaucoup de verve et de réalisme. Cette description sans fard d’une certaine classe politique de notre pays ne vous a jamais causé d’ennuis avec des hommes au pouvoir ou aux abords du pouvoir qui se sentaient visés par vos flèches?

G.V:
A franchement parler, je me suis souvent posé des questions à ce sujet car si l'on considère ce que j'ai fait avec Albert Buron dans ce texte que j'ai écrit sous Duvalier et qui s'intitulait ''Une bibliothèque pour Albert Buron'', c'était assez pour me causer de gros ennuis et peut-être même m'envoyer en prison. Ce texte qui parle d'un fonctionnaire de l'État, un ministre nommé à l'Éducation Nationale, qui détruisit une bibliothèque pour en faire son bureau, a provoqué d'énormes scandales. Et je dois avouer que quelque part ça m'a desservi puisque dans le milieu professionnel on ne voulait pas de mes services par crainte d'avoir des ennuis politiques à cause de moi, et ceci quand bien même je fus compétent. Je me rappelle m'être fait refuser un emploi trois jours après l'avoir obtenu, tout simplement parce que les supérieurs ne voulaient pas avoir à faire à moi. C'est les retombées du métier quoi! Y'a des gens qui vous aiment et d'autres qui ne vous aiment pas.

Il me reste tout de même une satisfaction de taille, c'est que mon travail a été jugé par tout le monde comme un travail indépendant puisque n'ayant été basé sur aucune ambition politique et ne défendant aucun parti. Pour un écrivain, je vous assure que ce n'est pas peu.


Roroli – Vous avez à une certaine époque intégré le gouvernement du Président Jean-Bertrand Aristide. N’avez-vous pas craint, à cette époque, d’être étiqueté et de ressembler aux personnages que vous dénonciez?

G.V:
Pour moi, ce fut une expérience enrichissante, j'ai appris beaucoup de choses, même si ce fut par moments un peu difficile. Je m'en rappelle encore, c'était en 1991, sous le premier mandat du président Aristide. J'étais nommé directeur général du Ministère de la Culture et tout le monde s'attendait à ce qu'on réalise de grandes choses, à ce que le pays change, c'était l'euphorie totale en fait. Mais j'ai su pendant les 5 ou 6 mois que j'ai passés au poste, garder mon indépendance, sachant que le poste était technique et non politique, même si dans la pratique, les deux avaient tendance à se confondre. Donc tout ceci c'est pour dire que je l'ai bien vécu.


Roroli – Le métier d’écrivain est-il rentable en Haïti?

G.V:
Rentable en Haïti, non. Mais il y a tout de même un grand intérêt pour la lecture. De part mon expérience avec les clubs littéraires, j'ai pu constater que le problème réside dans le fait que les jeunes ne disposent pas d'argent pour se procurer des livres de lecture, même si l'engouement est là. De plus, dans un pays comme le nôtre, le maximum d'exemplaires que l'on peut vendre est de mille (1000), et là encore, c'est dans des conditions difficiles. Donc si l'on se borne à n'écrire que des romans, ce sera un peu compliqué car le métier ne devient rentable qu'à condition de connaitre sa diversité et d'en profiter. Un écrivain par exemple peut travailler à la télé, à la radio ou au cinéma. Tous les grands scénarios de films ont été rédigés par des écrivains et en ce qui me concerne, j'écris des feuilletons d'éducation civique pour des ONG, entr'autres choses. Notre métier est de concevoir, d'inventer, donc à nous de chercher les moyens de le rentabiliser, ce, malgré les difficultés du pays.


Roroli – Vous animez actuellement une chronique dans les colonnes du Nouvelliste, parlez-nous-en un peu.

G. V:
En effet, sur demande de Max Chauvet, le directeur du journal Le Nouvelliste, j'ai une rubrique (''Sur la corde raide'') dans ce même journal, et je dois dire que ce qui me plait dans cette chronique, c'est la liberté d'expression qui s'en dégage et les discussions diverses qu'elle soulève. Cela prouve que la chronique est intéressante. Toutefois, j'essaie toujours de garder cette indépendance qui me caractérise, quoique je sois quelque part engagé aussi. A mon avis, à la minute où l'on énonce clairement son opinion, on s'engage. Je me considère donc comme engagé, même si je ne le suis que par rapport aux choses courantes et non à la politique.


Roroli – De toutes les œuvres que vous avez écrites, laquelle vous a le plus marqué? Laquelle avez-vous pris le plus plaisir à écrire? Et combien d'ouvrages avez-vous jusque-là publié?

G.V:
Wow! Là c'est difficile de répondre! Je suis à une centaine de nouvelles déjà et une huitaine de romans, donc vraiment ça va dépendre de ce qui est dégagé dans le texte.

Le roman auquel j'ai pris délibérément du plaisir à l'écriture, c'est ''La piste des sortilèges''. Au niveau des difficultés créatrices, je citerais ''Banal Oubli''. L'autre texte qui m'a marqué pour m'avoir donné des sueurs froides en ce qui a trait à ma sécurité, vu la conjoncture du pays à l'époque de sa sortie, c'est ''A l'angle des rues parallèles''. Au niveau personnel maintenant, c'est ''Le cercle des époux fidèles'', qui traite de ma vie privée et est un texte rempli d'émotions. Le tout dernier sur lequel je travaille, ''Saison de porcs'', mon 9e roman, me marque particulièrement pour la difficulté que je rencontre dans son écriture et sa conception. Donc d'une certaine manière, chacun de mes textes m'a marqué.


Roroli – Dans la plupart de vos romans, vous accordez une part importante au vodou? Quelle est la raison de ce choix ?

G.V:
Moi je ne parlerais pas de Vodou en soi parce que dans mes écrits il n'est en aucun cas question de rituel. D'ailleurs je suis anti-religieux. Je travaille plutôt avec l'imaginaire vodou pour nous rappeler notre réalité et notre mentalité afin que nous ne nous en éloignions pas. Certaines personnes se disent protestantes ou catholiques, mais vivent avec cette mentalité Vodou que nous avons en Haïti. Elles sont interpellées sans s'en rendre compte et moi je veux juste chercher un moyen à travers mes textes de nous enlever cette mauvaise habitude de nier quelque chose à laquelle nous appartenons. Je n'ai pas d'autres prétentions.

Roroli – Quelle est la recette, le cheminement à suivre pour l’écriture d’un roman à succès?

G.V: L'artiste dans l'âme que je suis, quand il écrit, il ne pense pas au succès, ni même au public. Pour reprendre la première personne, je pense qu'en tant que grand lecteur moi-même, pour que mes histoires plaisent, il faut d'abord que moi j'y prenne plaisir. Donc à mon avis, la clé du succès pour l'écriture, c'est de prendre plaisir dans ce que j'écris, tout en étant vrai. Toute imposture se remarque et l'écrivain en ce sens se doit de faire ressortir le vrai afin de plaire. La force d'un romancier se trouve dans sa capacité à traiter de ce qui est vraisemblable.


Roroli - Quand et comment trouvez-vous votre inspiration?

G.V:
Je n'écris pas la nuit, c'est là ma grande difficulté. Il y a des fois où je m'enferme toute une journée pour écrire et si je suis en milieu urbain, il est une condition sine qua non que je m'enferme quelque part. Quant à ma source d'inspiration, elle découle de ce que je vois, ce que j'entends, ce qui me fait mal, n'importe quoi qui me capte, mais tout dépend aussi des moments et de leur intensité.


Roroli - Êtes-vous proche d'un mouvement littéraire ou d'un écrivain haïtien en particulier?

G.V:
Je ne suis proche d'aucun mouvement de la littérature haïtienne et je dois avouer que je n'ai aucun modèle non plus, quoique Jacques Stephen Alexis et Justin Lhérisson furent deux auteurs que j'ai beaucoup aimés. Je suis plutôt penché vers les textes pourvus de fantaisies, or, dans notre littérature il y en a très peu. Il n'y a que dans les textes de Dany Laferrière que cette touche de fantaisie est présente. Il y en a même beaucoup et je crois que c'est la raison pour laquelle très peu de gens le lisent. Mais moi c'est exactement pour ça que ses écrits ne me laissent pas indifférent.


Roroli- Avez-vous des textes, des projets d'écriture en cours ? (à part ''Saison de Porcs'' bien sûr).

G.V:
J'ai beaucoup de textes que j'aimerais terminer. Par exemple un roman d'anticipation traitant d’une crise entre Haïti et la République Dominicaine dans une trentaine d'années. Ma foi, cela fait au moins 4 ans que j'essaie, mais ce que je projette est tellement cauchemardesque que je ne me résigne pas encore à finir le roman en question. Je n'ai jamais écrit de roman qui décrive une Haïti meilleure parce que je préfère rester dans la réalité et faire comprendre aux haïtiens que si rien n'est fait, nous nous enfoncerons davantage.


Roroli- Et vous diriez que l'écriture prend du temps?

G.V:
Pour ça, oui. Concevoir l'idée dans sa tête, ensuite transcrire cette idée première, sans correction et même sans aucune structure, pour finalement tout reprendre, cela prend énormément de temps. Comme a dit l'autre, vingt fois sur le métier, il faut remettre et remettre encore son ouvrage, le polir et le repolir sans cesse.


Roroli- Bien! Mais que faites-vous en dehors de l'écriture? Parlez-nous un peu de l'homme qui se cache derrière les œuvres que nous connaissons.

G.V:
Quand je n'écris pas, je m'adonne à la lecture, évidemment. Mais à part ça, je m'entretiens avec des amis. Je me sens quand même un peu vide car en Haïti, il n'y a pas grand-chose à faire. En matière de nourriture, je suis très éclectique et je n'aime que ce qui est bon, les pâtes par exemple. Je viens d'avoir un 5e enfant et je me suis remarié il y a tout juste un an. Je suis à mon 3e mariage.


Roroli - Roroli vous remercie Mr.Victor.

G.V :
Merci à vous également, ce fut un plaisir.


Le voilà, notre Gary Victor, l'illustre écrivain contemporain dont l'œuvre abondante et diversifiée nourrit et amuse tant d'esprits amants des belles lettres.  En 19 questions, il nous a fait le bilan de son œuvre, de sa philosophie, bref, de sa vie en vrac.

"Action devra être prise", avance cet homme dont le talent n'a d'égal que la gentillesse, pour pouvoir palier l'inactivité de toute une association d'écrivains actuellement existante.

Vous n'avez pas encore lu Gary Victor? Il est encore temps de vous rattraper!


Propos recueillis par Jean-Robert Duprat et Yves-Marie Duprat le 7 mars 2009

 

17.04.2008

Le poète martiniquais Aimé Césaire, chantre de la négritude, est mort

PARIS (AFP) - Le poète martiniquais Aimé Césaire est mort jeudi matin à l'âge de 94 ans au CHU de Fort-de-France (Martinique), a indiqué jeudi une source gouvernementale
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Chantre, avec le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, du concept de "Négritude", l'auteur du "Cahier d'un retour au pays natal" a consacré sa vie à la poésie et à la politique. Il avait été depuis les années 1930 de tous les combats contre le colonialisme et le racisme.
Depuis son hospitalisation le 9 avril, pour des affections "de nature cardiologique", à l'hôpital Pierre Zobda-Quitman de Fort-de-France, des rumeurs alarmistes circulaient sur son état de santé, qualifié de "préoccupant" par ses médecins.
Aimé Césaire fut, avec le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas, l'un des chantres du courant de la "Négritude".
Les Martiniquais attendaient ces derniers jours avec sérénité et dans la discrétion l'évolution de l'état de santé d'Aimé Césaire, notamment à Fort-de-France, la ville dont il fut le maire pendant 56 ans, de 1945 à 2001.
Le président Nicolas Sarkozy avait salué le 26 juin dernier en Aimé Césaire le poète et "homme d'action", "porteur d'un message de paix, de tolérance et d'ouverture", à l'occasion du 94e anniversaire de l'écrivain, dans une lettre rendue publique par l'Élysée.
Après avoir refusé de rencontrer M. Sarkozy lors d'un voyage prévu, puis annulé, aux Antilles en 2005, le poète martiniquais avait finalement reçu en mars 2006 celui qui était alors ministre de l'Intérieur.

Source: Yahoo France

27.11.2007

Festival Etonnants voyageurs se pose en Haiti

Toute écriture est une île qui marche.
44203f7607308cb4f8442dbc4113eeac.jpgQuoi de plus tumultueux qu’une île pour secouer les torpeurs, réveiller les passions, ouvrir la littérature au vent du large.
Quoi de plus ouvert qu’une île pour accueillir des voyageurs de tous lieux, de toutes parts!
Le Festival Etonnants Voyageurs Haïti entend s’ouvrir à tous les lieux du monde. À cette zone voisine, l’archipel caraïbe, composé d’îles sœurs, véritable espace polyglotte et palpitant. Quoi de plus disponible qu’une île pour accueillir tous les continents : l’Europe, l’Afrique, l’Asie, l’Amérique ! En un mot, le souffle du monde : des paroles à tous vents, libres, différentes et uniques. Des langues confondues dans lesquelles chaque écrivain se crée la sienne. Sans hégémonie ni interdit, sans remparts ni dictionnaires contre les idées et les rêves.
Quoi de plus beau qu’une île qui marche pour aller vers le monde ! Quoi de plus grand qu’une île qui donne pour recevoir en retour, une île qui se confond avec l’océan pour dissoudre les frontières.
« De nos coeurs à d’autres cœurs
De nos montagnes à d’autres montagnes »
Quelles questions se posent à la littérature ? Quelles questions peut-elle encore poser ? Que reste-t-il de l’autonomie du discours et de la fiction par rapport au référent, au réel ? Qu’est-ce que le réel de la littérature ? Quelles questions spécifiques se posent aux littératures de langue française ? Comment habiter le bilinguisme ou le multilinguisme qui caractérise la plupart des écrivains dits « francophones » ? Comment évoluent les genres littéraires ? Existe-t-il des genres en crise et des genres dominants ? Comment se construit l’identité individuelle de l’écrivain dans la résistance soit à l’idéologie, soit à l’enfermement, soit au marché ? C’est autour de ces thèmes et d’autres aussi fondamentaux qu’une soixantaine d’écrivains se réuniront à Port-au-Prince du 2 au 5 décembre 2007. Pour discuter d’une littérature où le pouvoir des mots ne s’associe à aucune équation numérique, où l’univers ne se définit pas simplement par des réalités économiques et des conditions historiques assommantes mais par le souffle des hommes et des femmes qui lui donnent vie.

Chaque écriture porte en soi le monde et son rêve de fraternité.
L’écriture porte en elle le monde et son rêve de fraternité.
Toute écriture est une île qui marche.

ça se passe du 1er au 4 décembre 2007. Près d'une cinquantaine d'écrivains venus de tous les continents,99085669cc755cd0ebb3b5811d6d5846.jpg d'étonnants voyageurs. Les grands noms de la littérature haitienne seront présents à ce événement de portée internationale présidé par l'écrivain français Michel Lebris: Lyonel Trouillot, Frankétienne, Dany Laferrière, Gary Victor, Claude Pierre, Anthony Phelps... L'Afrique n'est pas en reste: Abdourahman A Waberi, Moussa Konaté, Alain Mabanckou, Wilfried N’Sondé. Et aussi les Français Jean Marie Drot, Alain Sanceni.

Source: Festival Etonnants Voyageurs Haïti

24.01.2007

2006, bilan d'une année étonnante

Par Vallès Latry

2006 aura finalement été une année surprenante. Déjà, dans le domaine politico-social, nous avons eu notre dose de misères et de calamités. En fait si l'on y pense bien, on s'est surpassés. Jamais on n'aurait pensé que la bêtise humaine, des Haïtiens en l'occurrence, pourrait atteindre de tels sommets. Mais on en est là et il faut apprendre à vivre avec.
En dépit de tout, si l'on sait prendre les choses du bon côté, on serait étonné de constater que 2006 n'aura pas été une année perdue.
De nombreux textes chantés ou non ont loué la vaillance de ce peuple, mais les plus illustres poètes, écrivains et paroliers ne pourront jamais rendre vivant, palpable ce sentiment indicible qui l'anime. Comment peut-on croire que des rêves soient encore possible dans un milieu aussi aride? Comment peut-on encore garder la foi lorsqu'on n'a que la souille pour seul décor? Et pourtant, ce peuple n'abdique pas, il se bat encore, il s'active, il créé et tel le phénix, il renaît sans cesse de ses cendres.

2006 s'achève donc sur note d'espoir. Ce fut d'abord une année-anniversaire. 1986, deux décennies qui nous rappellent que nous avons eu l'occasion de faire du neuf, mais qu'encore une fois nous avons raté la cible, mais aussi que de grandes choses sont nées de cette période: un Konpa nouveau genre qui en a bavé avant de se redresser et faire désormais du sur place, une musique racine plus incisive, plus engagée, libérée mais qui n'a pas tenu ses promesses de transcender les frontières et s'imposer comme la musique nationale haïtienne. 1986 nous a aussi donné le konkou mizik American Airlines et les grands talents qui en ont résulté: Mizik Mizik, Beethova Obas, Boukman Eksperyans. Mais 1986, c'est surtout les premiers pas d'Emeline Michel sur la scène. Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.
2006 est donc cette année-bilan qui remet en mémoire nos erreurs, nos fantaisies, nos entêtements et notre échec en tant que nation. Fort heureusement, ce ne fut pas une année perdue, si on sait capter les bons signaux, on peut encore espérer sauver au moins les meubles.

L'année de l'Internet et ses dérivés
2006, c'est l'explosion des forums, des sites Internet dédiés à la culture (musique et cinéma en particulier). Cette communauté comme toute communauté abrite de tout, des fantaisistes, des amateurs… mais aussi des idéalistes qui ne souffrent d'aucune limite et qui croient encore dans la richesse d'une culture haïtienne bafouée et vilipendée. Ceux-ci, dans la mesure de leurs moyens s'acharnent à livrer un produit de qualité. Nos préférences vont à:
medium_lenouvelliste.gifLenouvelliste.com pour la justesse et la qualité avec lesquelles il couvre les événements culturels. Les artisans de ce site ne se contentent pas, comme c'est le plus souvent le cas, de rapporter l'information, mais ils la commentent, ce qui est rare dans le milieu des médias haïtiens en général.
Lematinhaiti.com et Spotlight pour leur couverture très diversifiée et complète de l'actualité culturelle, mais surtout pour la grande qualité de leurs photographies. C'est comme si on y était.
Roroli.com, l'un des rares sites spécialisés du showbiz haïtien édité en français. Malgré une interface peu conviviale, ce qui est le défaut de la plupart des sites de ce genre, et une couverture plutôt superficielle de l'actualité, ils ont su avec d'autres, donner une dynamique nouvelle au showbiz haïtien qui avait besoin d'un bon coup de fouet pour se débarrasser de cette image vieillotte dont elle s'est vêtue depuis des lustres, c'est-à-dire depuis 1991, au moment où rêver est devenu en soi un acte dangereux.
Opamizik pour la variété des discussions inscrites sur son forum, bien que la plupart ne vaille pas le coup et cette façon bien peu haïtienne d'aborder les entrevues. On a en mémoire d'excellentes entrevues avec Fafan Ti Bòt de Tabou Combo, Daniel Beaubrun de Lataye et Joël Widmaier de Zèklè que nous vous invitons à lire sur le site.
medium_kmboard1.jpgKompamagazine avec Patrick Desvarieux pour sa constance et son sérieux. Sa plateforme de membre est sans doute la mieux avertie. En dépit de son aspect peu convivial, ce site, essentiellement dévoué à la promotion du konpa est une mine d'informations pour qui veut se tenir au courant de l'actualité du konpa.
Deux autres sites que nous avons découvert récemment sont également dignes de mention: soukompa pour sa convivialité, ses liens bien définis, mais surtout pour sa section Jazz. Je vous le recommande vivement. Mais aussi antillescompas.com qui présente l'actualité de la musique antillaise en français. Le site est plus convivial que Roroli et surtout plus complet. On a également accès à des informations intéressantes sur la carrière des artistes qui disposent de leur propre section avec un jukebox qui reste cependant à être développé.

Sans diminuer le travail des autres, moins connus ou peut-être même de bien meilleure qualité, nous devons lever notre chapeau à ces sites pour leur contribution à la construction d'un showbiz haïtien qui, n'en déplaise à certains, n'a jamais vraiment existé et encore moins une industrie de la musique haïtienne (HMI en anglais).
En revanche, chez nos artistes, médias, personnalités, organismes ou entreprises qui œuvrent dans le domaine culturel ou artistique, l'outil Internet est toujours aussi sous-exploité. Même la venue des blogues n’a pu les porter à adopter de meilleures attitudes. Quant à la proximité avec les fans, avec ceux qui consomment leurs œuvres, ils ne connaissent pas. Une exception pourtant, faute de pouvoir en citer davantage, Fabienne Colas et sa fondation. Et les résultats sont assez parlants…

Une musique haïtienne émergente
2006, c'est l'émergence d'une nouvelle musique en Haiti, nous précisons au pays, ailleurs, aux USA en particulier, le konpa a toujours cours et cette nouvelle forme de musique a très peu franchi les frontières. Si l'initiative, essentiellement des producteurs de Solèy Sound - au rang desquels nous retrouvons encore Fabrice Rouzier, Clément Bélizaire, Carel Pèdre…-, est bonne dans son essence, elle est pour le moins hasardeuse. Elle est bonne parce qu'elle crée une dynamique de relève dans un milieu musical peu créatif. Elle est hasardeuse de par sa définition, sa portée et ses caractéristiques:
- composite de sons – ragga, zouk, house, wave, techno…- qui consistent au final en un a-rythme, plutôt qu'en des rythmes proprement définis dont la maîtrise échappe aux jeunes auxquels ils sont destinés. Faut-il rappeler l'expérience rap/ragga créole, musique factice qui n’était que de la poudre aux yeux, mais qui pourtant avait son public, son marché … A vous de tirer vos conclusions.
- dérive musicale dont découle l'abandon des instruments musicaux pour l'intégration de sons et programmes électroniques qu'encore une fois, les jeunes «talents» sont encore loin de maîtriser. Est-il besoin de rappeler les débuts du konpa new wave…, voyez ce qui arrive aujourd'hui, la plupart des groupes aspirent à jouer en full band… Conclusion s'il vous plait.
- Plus délicat encore, cette musique s'adresse à tout le monde et à personne. On pourrait penser que le public-cible reste les jeunes du terroir, grands consommateurs de shows live, de journées récréatives comme ce fut le cas dans les illustres années du rap/ragga créole (années 90), - ça doit être effectivement le cas -, mais il parait qu'en Haiti, cette stratégie ne paie pas, en tout cas pas assez, le marché est beaucoup trop étroit. A moins que ce soit juste pour la gloire et pour l'honneur. Il faut vivre cependant, ça nous parait logique qu'un musicien veuille vivre de son métier ou de sa passion. Mais, cette musique n'a pas le potentiel suffisant pour s'exporter, pas avec la concurrence féroce qu'on connaît aujourd'hui au niveau international (Jamaïque, USA…), pas non plus avec la configuration incertaine de cette nouvelle musique calquée justement sur ce qu'elle est appelée à concurrencer.
medium_armstrongjeune.jpgMême les morceaux musicaux les mieux réussis – Oh no! (Armstrong Jeune)
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Ayiti leve (Bélo), Se kòm si (TiFane), Ayiti (Jean Bernard Thomas)
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– en tout cas sur l'album alo Haiti que l'on peut considérer comme le véritable acte de naissance de cette nouvelle musique, ne parviennent à lui donner cette authenticité et cette originalité qui feraient sa singularité. La musique haïtienne pour s'expatrier, doit être une musique équitable par opposition à la musique manufacturée telle qu'elle est conçue actuellement dans le monde.

2006, c'est aussi un regain de popularité du Konpa, surtout dans la diaspora, même si les projets majeurs ne sont sortis que vers la fin de l'année. Je pense aux albums de Djakout, de T-Vice, Krezi, Richie/Gracia et j'en passe. On dénote une certaine discipline de la part des groupes et des producteurs qui pensent davantage stratégie, qui investissent davantage également au niveau de la promotion, ne serait-ce que par le biais de l'Internet (publicité gratuite des forums et des chroniqueurs aidant). Les collaborations entre artistes sont désormais chose acquise bien que ceux-ci rechignent encore à confier leurs textes aux paroliers aguerris et faire réviser leurs projets par des musiciens et producteurs dont le talent est confirmé. Cet effort mérite néanmoins d'être applaudi.
Mais, en dépit de tout, musicalement, on n'avance pas. D'un album à l'autre, les projets se ressemblent. Aucune véritable identité, aucune véritable innovation, un éclair de génie ça et là qui sauve un album, un hit comme on dit, allez savoir en quoi constitue ce hit, voilà à quoi nous sommes réduits. Et pourtant, jamais, les gens n'étaient aussi disposés à consommer haïtien. Dans la diaspora en particulier, le secteur du disque et des vidéos est en pleine expansion, bien que le piratage en occupe une large part, mais c'est en partie la faute des artisans de musique et de films haïtiens qui se refusent à adopter certaines stratégies de lutte contre ce fléau: reconstitution de l'ANACIM, enregistrements légaux de leurs projets (afin de se soustraire aux taxes, on le devine), revalorisation de la qualité des projets...

Parallèlement, se précise une mouvance de jazz haïtien. Thurgot Theodat, Lakansyel de Mushi Widmaier, Réginald Policard, pour ne citer que ceux-là en avaient donné le ton voilà quelques années. Récemment dans la diaspora, des jazzmen comme Harold Faustin, Bémol Telfort ont donné davantage de substance au mouvement. Mais depuis les années 2000, celui-ci s’est davantage précisé avec les travaux de vétérans tels Réginald Policard (Tradition, Sérénité et maintenant Détour), Mushi Widmaier (My world), Turgot Theodat (Badji), Eddy Prophète (katso) et l’inoubliable album éponyme de Culture choc (2000), mais aussi de nouveaux venus comme Mozayik (1er album en 2000), Buyu Ambroise (premier album en 2004) et maintenant Jowee Omicil et Jean Caze. Trois éditions du Festival annuel de jazz haïtien plus tard, New York et Miami confondues, le jazz haïtien semble prendre pour de bon son envol, la qualité, l’arrivée sur la scène de jeunes talents haïtiens – Jowee Omicil, Jean Caze, Dener Céide…- la fréquence des projets publiés récemment nous autorisent à nous exprimer en ce sens.

Le cinéma populaire se confirme
medium_pluie_despoir.jpg2006, c'est également la confirmation que le cinéma populaire haïtien est là pour durer. Les coups d'éclat cohabitent avec la complaisance des pseudo-cinéphiles face à un cinéma-poubelle qui est le fait d'une majorité de faiseurs de films. Eux ont compris que les consommateurs ont soif de productions locales. En face, les cinéastes qui ne peuvent offrir que quelques bonnes productions par année dans tout l'espace haïtien, ne peuvent que s'incliner devant l'audace de leurs concurrents. Ils cèdent le marché à ces vautours qui l'envahissent de leurs produits innommables et polluent toute une génération de gens honnêtes qui acceptent tels des zombis qu'on leur donne zanana pou sizan.
Mais heureusement, il y a Fabienne Colas, sa fondation et le festival du film haïtien de Montréal, le festival du film de Jacmel, Bruxelles, nous avons eu Cousines honoré au Festival international du film Brooklyn – encore Bravo Jessica - et sélectionné au Festival des films du monde de Montréal, La Rebelle primé au Festival du film international de Boston, La couleur de la croix de Jean-Claude Lamarre, présenté à Cannes, Pluie d'espoir – belle qualité de la photographie et grande leçon de courage - qui nous rappelle que nous avons eu dans le temps un cinéma de combat que perpétue heureusement Raoul Peck dans Sometimes in April, même si l'histoire ne porte pas sur Haiti, mais sur le Rwanda…En somme, des hommes et des femmes qui essaient le mieux dans un contexte où le pire aurait été mieux accueilli.

Le combat pour la vie
2006, c'est aussi le refus des port-au-princiens de se terrer dans une ville-prison. Si les deux premiers tiers de l'année – à quelques exceptions près - doivent être relégués aux quartiers des oubliettes de nos mémoires, le dernier tiers a regorgé d'événements culturels notables qui dénotent un regain de vie dans cette ville-fantôme délaissée par tout germe de vie.
Il y a eu d'abord la 7ème édition de musique en folie dans le cadre enchanteur du Musée historique de la canne-à-sucre à Tabarre (banlieue Nord de Port-au-Prince), succès immense, grosse couverture médiatique, l'événement que les gens attendaient pour se libérer, se défouler et dire tout haut qu'en dépit de tout, la vie doit continuer.
Le parc historique de la canne-à-sucre a également accueilli Mozayik pour la première fois en Haiti. 1500 personnes exaltées, venues écouter et surtout vivre ce délicieux mélange de rythmes africains, cubains, brésiliens et bien sûr haïtiens qui donne à Mozayik son unicité. Ayisyen konn gou bouch yo toujou. Belle soirée de musique retransmise en partie par la télévision nationale. (Lire un récit dans Le Nouvelliste sur ce sujet et voir les photos dans le Centre culturel de la photo de Nation soleil).
Le spectacle des 20 ans de Radio Super Star fut également un autre grand événement hébergé par le musée de la Canne-à-Sucre qui à l'instar de la Henfrasa dans les années 90, est en train d'écrire une intéressante page d'histoire culturelle. Tabou Combo qui célèbre l'année prochaine quatre décennies de Konpa était de service ce soir-là. Les promoteurs de cette soirée ont eu la brillante idée de réunir sur une même scène toutes les générations de Tabou Combo. Imaginez Albert Chancy, Sergo Guerrier, le premier chanteur du groupe, Adolphe Chancy, Herman Nau, Dadou Pasquet, Ralph Condé…partageant un podium avec les actuels musiciens de Tabou. Juste, imaginez…
20 semble être un chiffre magique cette année car c'est aussi le nombre d'années depuis que notre Emeline nationale, celle que l'on considère comme la reine de chanson créole, la plus belle voix depuis Lumane Casimir (dixit Fanfan Ti Bòt) abreuve de son talent, de sa grâce et de son énergie des foules assoiffées de bonne musique, de sons nouveaux et réinventés à travers le monde. A l'exception de l'Océanie, tous les continents du monde y ont goûté, mais c'est au pays qu'elle a choisi de ramener sa cour pour célébrer, même dans la tourmente, deux décennies de musique ininterrompue. Qui dit mieux!
Emeline, ta passion de la musique et ta foi dans l'héritage culturel haïtien, ta capacité de faire du neuf d'une œuvre à l'autre, de te réinventer, ton refus de baisser les bras malgré la tourmente et les grosses barres de nuages noirs qui s'accumulent sur nos têtes, nous inspirent une fierté indicible qui nous incite à afficher nos couleurs, à prendre position pour demain et à le dire tout haut, nous sommes HAITIENS et nous le resterons.

Et pour couronner l'année, le troubadour international Beethova Obas a dompté le parc historique le 29 décembre dernier. Après avoir tourné pour la paix en 2006 à travers les différentes villes d'Haiti, accompagné notamment de Joël Widmaier et de l'infatigable Fabrice Rouzier, le public port-au-princien
Mais, 2006 ne serait pas ce qu'il fut sans Bélo – Lauréat de découvertes RFI 2006, juste récompense pour un artiste flamboyant et deux années de dur labeur -, Jean Métellus - Grand Prix International de Poésie Léopold Sédar Senghor (France, mars 2006) -, Dany Laferrière – Prix du gouverneur général (Canada) pour Je suis fou de Vava -, Frankétienne, - lauréat du Prix Prince Claus (Hollande) -, Georges Castera - Prix Carbet 2006 (Antilles françaises) pour son recueil de poésies Le trou du souffleur -, Emeline Michel – Lauréate du Chorus Award (France) et célébrant 20 ans de chansons -…et d'autres encore. Grâce à eux, nos échecs, que nous traînons comme des boulets, nous paraissent plus supportables. Grâce à eux, l'Haïtien où qu'il soit, retrouve une partie de sa fierté perdue. C'est à force d'efforts soutenus, d'un labeur constant qu'ils sont parvenus à captiver l'attention des «autres». A nous, on n'a jamais fait de cadeaux, aussi sommes-nous d'autant plus fier de célébrer cette génération Nation soleil qui présente une Haiti différente où le rêve reste encore possible.
Par ailleurs, 2006, ce fut aussi l'année de Tifane. Elle était de toutes les scènes, de tous les événements. On l'a retrouvé sur l'album du film La rebelle et également sur celui de Alo Haiti, son duo avec Bélo de la chanson Se kòm si a fait sensation jusqu'à faire courir toutes sortes de rumeurs et pour couronner le tout, elle a sorti son propre album appuyé d'un vidéoclip, juste avant les fêtes, un peu pour remercier ses fans de leur soutien tout au long de l'année. Tiendra-t-elle ses promesses? L'écoute de son album qui n'est toujours pas disponible à Montréal, devrait nous donner au moins une idée de ce à quoi on peut s'attendre de cette jeune femme, véritable accroc de la scène - un plus pour elle - qui nous laisse espérer qu'une seconde vie est encore possible pour la chanson haïtienne.

Pour 2007, Affichons nos couleurs

12.12.2006

Exil de talents: Pays faible, littérature forte

Minés par l’analphabétisme général et le faible pouvoir d’achat de leurs lecteurs, romanciers et essayistes doivent souvent s’expatrier.


Ils se nomment René Depestre, Dany Laferrière, Lyonel Trouillot, Frankétienne, Gary Victor, Edwidge Danticat… Tous récipiendaires de prix prestigieux qui font de la littérature haïtienne l’une des plus florissantes de la Francophonie. Un succès éclatant qui redonne un peu de lustre à la "perle ternie des Antilles", mais qui, s’il réjouit l’écrivain-éditeur Rodney Saint-Eloi, l’inquiète également : "Le chaos qui règne en Haïti a quelque chose à voir avec la vigueur de notre littérature", estime le gérant responsable de Mémoire d’encrier, une maison d’édition montréalaise qui publie, avec succès, des dizaines d’auteurs haïtiens et africains.
"Quel que soit l’auteur, il se nourrit de son milieu, analyse l’écrivain Gary Victor, agronome de formation et auteur de sept romans. Si son milieu est fait de chaos et de violence comme c’est le cas aujourd’hui en Haïti, cela se reflète forcément dans son œuvre."
Certains s’en félicitent. "Le chaos inspire et l’ordre établi rend l’écrivain pressé de faire le beau, philosophe Dominique Batraville, récipiendaire du prix littéraire cubain Sony Ripaire. Certains écrivains latino-américains ont même fait de l’exil un véritable mythe littéraire." L’expatriation, selon lui, ne permet pas seulement de devenir célèbre. Elle permet aussi de se débarrasser des vieux mythes, de plonger enfin dans la modernité : "L’éloignement précoce d’une Edwidge Danticat de sa terre natale montre que les territoires de la littérature haïtienne ne se limitent ni au chaos ni au vaudou sex shop", soutient l’auteur de La grammaire des Îles, qui a vécu en Belgique et en France. Encore moins au français et au créole. Considérée comme l'un des écrivains haïtiens les plus lus à travers le monde, Edwidge Danticat, justement, est "la première auteure d'origine haïtienne à écrire ses livres directement en anglais et à avoir une réputation internationale", se félicite, ravi, Rodney Saint-Eloi.
"Pas de frontières pour l'imaginaire"
Autour d’une dizaine de romans, dont plusieurs ont été traduits en anglais et en créole, Dany Laferrière ne regrette pas son exil forcé, suite à l’assassinat d’un ami par les sbires de Duvalier en 1976. Pour lui, la question de l’exil est secondaire. "On écrit partout, dit-il. Chez soi comme ailleurs. Il n'y a pas de frontières pour l'imaginaire. Peut-être que quand on vit dans un autre pays, on porte en soi son pays de manière plus tragique. Mais cela ne vous fait pas écrire mieux qu'un autre. De toute façon, il n'y a pas d'ici ni de là-bas, il n'y a que des écrivains haïtiens, si on veut mettre une couleur nationale sur un écrivain. Au fond, il n'y a que des écrivains, bons ou mauvais."
Les bons comme les mauvais ont aujourd’hui leur public en Haïti. Il y a dix ans, une trentaine de titres y étaient publiés annuellement. Aujourd’hui, malgré d’innombrables difficultés, plus d’une centaine de livres sortent chaque année ! Souvent comparé à James Joyce et à Rabelais, l’inclassable Frankétienne en sait quelque chose, lui qui n’avait signé en 1995 que deux exemplaires à la première édition de “ Livres en folie ”, la grande foire annuelle dédiée à la production littéraire haïtienne. Pas étonnant ! Dans un pays aussi miné par l’analphabétisme et la pauvreté qu’Haïti, un ouvrage vendu à deux mille exemplaires est considéré comme un best-seller ! "Haïti est un pays où seulement une partie d’un lectorat déjà restreint – 15 % de vrais lettrés sur 8 millions d’habitants – peut avoir accès aux supports de communication liés à l’écrit, dit Raoul Altidor, écrivain et ex-propriétaire d’une librairie… qu’il a dû fermer. Dans ce contexte, toute initiative visant l’édition, la promotion, la distribution ou la commercialisation du livre est classée dans la catégorie des causes perdues", juge le nouvelliste au crâne rasé, devenu syndicaliste à New York (…)

Par Claude GILLES (Syfia Haïti)
Le 06-12-2006

27.11.2006

Chapo ba pou konpè Frankétienne

Frankétienne, figure éminente de la littérature haïtienne, va recevoir le 13 décembre 2006 le prix Prince Claus qui lui a été décerné au cours de l'année.
Enseignant, chanteur, comédien, dramaturge, écrivain et peintre, Frankétienne, de son vrai nom Franck Étienne, a été sélectionné, en août 2006, comme le nouveau récipiendaire de ce prix pour la culture et le développement, d'une valeur de 25000 Euros.
« Joop van der Laar, Chargé d'Affaires pour l'Ambassade des Pays-Bas en République Dominicaine remettra le prix au Professeur Frankétienne », souligne un communiqué transmis à AlterPresse.
Cette distinction est, selon le Jury, un hommage à Frankétienne pour tout ce qu'il a accompli dans le domaine artistique, dans un contexte politique d'une grande complexité.
Il récompense aussi l'usage poétique que l'écrivain septuagénaire haïtien fait de la langue, son engagement en faveur des langues locales et l'importance de sa contribution à la littérature et à la culture régionales.
Né le 12 avril 1936 dans une section rurale de l'Artibonite, suite, dit-il, au « viol d'une paysanne haïtienne de treize ans par un vieil industriel américain », Frankétienne s'est taillé une place importante dans la littérature haïtienne.
Auteur de près d'une quarantaine d'ouvrages, Frankétienne publie en Créole et en Français. Frankétienne est l'auteur de Dezafi, premier roman haïtien publié en Créole. Ce roman a été par la suite traduit en Français sous le titre Les affres d'un défi.
Franckétienne est le principal forgeur de la Spirale, un courant de pensée qu'il considère comme une tentative de trouver le mouvement infini de la vie, une tentative de saisir ce mouvement à travers des structures chaotiques. Selon lui, c'est un approfondissement du matérialisme dialectique.
C'est le deuxième couronnement de Frankétienne durant l'année 2006. En avril dernier, l'auteur de « Miraculeuse » a reçu à Rome (Italie) le Prix international Union Latine de littératures romanes pour l'ensemble de son oeuvre.

En 2005, Frankétienne avait obtenu le "Grand Prix du Livre Insulaire de Ouessant" (France).
Source:Le Nouvelliste

Bravo à Dany Laferrière

L’auteur Dany Laferrière, résidant de Cartierville, est lauréat du Prix littéraire du gouverneur général dans la catégorie livre jeunesse pour son titre Je suis fou de Vava.
Le Conseil des arts a dévoilé mardi dernier les lauréats 2006 de langues française et anglaise. Les prix sont remis dans les catégories romans et nouvelles, études et essais, poésie, théâtre, littérature jeunesse (texte et illustrations) et traduction.


«Le Conseil a été créé pour appuyer et promouvoir ce que les artistes canadiens ont de mieux à offrir, et les œuvres des lauréats du gouverneur général de cette année en sont des exemples de premier choix», a déclaré Robert Sirman, directeur du Conseil.
Journaliste, chroniqueur télé et radio, scénariste, réalisateur et porte-parole de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, Dany Laferrière a amorcé sa carrière d’écrivain de façon phénoménale avec son roman Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, succès de librairie immédiat qui a été traduit en plusieurs langues et adapté au cinéma. Auteur de plus d’une dizaine de romans, Dany Laferrière a reçu plusieurs prix, dont le premier Prix Carbet des lycéens 2000, pour Le cri des oiseaux fous, et le Prix RFO du Livre 2002, pour la nouvelle édition de Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit? Avec Je suis fou de Vava, Dany Laferrière signe avec succès sa première œuvre jeunesse et remporte son premier prix du gouverneur général. Originaire de Petit-Goâve, en Haïti, Dany Laferrière vit à Cartierville.medium_Vava.jpg
Selon le jury, avec Je suis fou de Vava, Dany Laferrière plonge au cœur de son enfance et de la culture haïtienne par l’évocation naïve et sensible du sentiment amoureux. «Tout empreint de poésie, son texte a le grand mérite d’inciter au rapprochement des cultures. Le parfait équilibre entre le texte et l’illustration en fait un livre savoureux comme un plat de fruits frais.»
Parmi les lauréats on retrouve, entre autres, Andrée Laberge pour son roman La rivière du loup, Hélène Dorion pour son recueil de poésie Ravir: les lieux et Évelyne de la Chenelière pour sa pièce de théâtre Désordre public.
Les prix seront remis le 13 décembre par la gouverneure générale Michaëlle Jean. Il s’agit de la 70e édition des Prix littéraires du Gouverneur général, le plus ancien et prestigieux prix décerné au Canada pour récompenser la littérature canadienne de langue française et de langue anglaise. (Source: Conseil des Arts du Canada)