L'année konpa
Rétrospectives 2010
L'année konpa a été encore une fois marquée par l'instabilité du marché de la musique populaire haïtienne. Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 n'aura rien changé à la donne. Une fois la stupeur passée, les transactions sur le marché du konpa ont repris de plus belle. Naissance de nouveaux groupes, dissolution de groupes nouveau-nés, remaniement au sein des formations musicales...

Quelques faits marquants
Dissolution temporaire de Dola puis sa résurrection miraculeuse avec comme seul ténor Jean-Max Valcourt qui n’assume pourtant pas le blâme de la déconfiture du groupe qui n’a jamais su s’imposer réellement. Armstrong Jeune promet de rebondir en solo et en collaboration. Dola ne lui a pas vraiment réussi d'ailleurs.
Hang Out n'a jamais pu vraiment se faire au départ de Pipo pour former son propre groupe Beldjazz. Le passage de Frérot au micro du groupe et les jolies courbes de Saïda n’auront pas suffi pour drainer les foules.
La défection de Pipo de Beldjazz vers Nu Look pour combler le vide immense laissé par Gazman au micro de cette formation a été l’un des événements les plus médiatisés de cette année 2010. Gazman, lui aussi affecté par le syndrome du chef, constituera Disip en s'adjoignant un ancien Nu Look, le guitariste Laporte.
Krezi ne s'est pas relevé du départ de Mika qui en sa qualité de freelance multiplie les collaborations notamment une très réussie, semble-t-il avec Carimi, puisque la pièce est fort appréciée par les fans. Le groupe qui résidait encore en Haiti a été parmi ceux qui ont été les plus affectés par le seisme du fait du sauve-qui-peut général qui en a résulté.
Le départ de Dabenz de Zenglen est un gain plus qu'une perte à mon avis. Le groupe survivra sans problème même s’il ne retrouvra jamais son lustre d’antan. Les albums respectifs de Richie pour ses 10 ans et Brutus à nouveau en Extra n’auront pas eu les effets escomptés. La réalité reste invariable, Zenglen ne fait plus partie du peloton de tête du monde konpa.
Le re-baptême de Djakout pour Djakout #1 n'aura eu que peu d'effet sur le marché konpa et n'aura rien changé à la situation de ce groupe qui malgré la sortie d'un album se confirme dans sa baisse de régime. La formule up tempo lancée par Djakout a été reprise par l’ensemble des groupes konpa avec plus ou moins de bonheur et le groupe est sérieusement en panne d’inspiration, incapable de se réinventer. La réputation de bagarreur de son chanteur vedette Pouchon n’aide pas non plus l’image du groupe.
Carimi a raflé tous les honneurs cette année. Le groupe haitien qui s'est le plus illustré hors de l'espace haitien. Après avoir fait le Zénith à guichets fermés, ils se voient décernés par un panel d'artistes, de promoteurs et de chroniqueurs culturels les titres de Groupe de l'année Kompamagazine, CD de l'année (plus populaire, bonne promo, pas la qualité à laquelle on pourrait s'attendre), chanson de l'année et vidéoclip de l'année.
Harmonik - La force tranquille s'est imposée lentement mais sûrement. Nickenson a su bien s'entourer et le trio formé avec Mac D et Sanders est devenu en peu de temps une valeur sûre.
Zin, l'implosion suite au désengagement d'Alan Cavé qui s'en va voguer sur des eaux plus calmes où il pourra donner libre cours à ses émotions, dans l'indépendance la plus totale.
Fasil - le petit poussin qui s'est vu pousser des plumes. C'est la conviction d'un artiste qui n'a pas peur des défis et pour qui, la musique est plus qu'un gagne-gain, mais une passion. Réginald Cangé et son équipe devront néanmoins faire leurs preuves pour rester à flots.
Les sorties d'albums
Très peu de sorties d'albums. Les musiciens sont restés sonnés plusieurs semaines après le séisme. On notera cependant la publication des albums de Disip qui devait se présenter au public et se démarquer de l'image de bâtard de Nu Look qui leur collait à juste titre à la peau dans leurs premières prestations.
L'album de TVice qui a fait pas mal d'échos notamment avec la sortie de leur vidéoclip «Epi m pa bon» qui de l'avis de certains est une belle réplique à celui de Carimi qui plus tôt dans l’année avait sorti son «Buzz», l’album qui devait ouvrir toutes les portes au groupe. On attend encore que cela se concrétise sur une base continue.
Les albums de Brutus et Richie ont offert de multiples collaborations, mais peu de surprises. Celui de Richie est de loin plus réussi notamment avec les pièces Cap-Haitien, superbement arrangée et Gen moun li bay, très cocasse, très Zenglen. À l’opposé, Brutus a repris avec plus ou moins de réussite certaines pièces du Zenglen de 89, mais peu de nouveautés.
Enfin, de plus en plus dans la musique haïtienne, on parle de sorties stratégiques d'albums, mais l'aspect marketing est toujours aussi négligé, du moins celui qui pourrait faire vendre plus de disques ou de fichiers et qui pourrait propulser un groupe au-delà des frontières. Carimi et T-Vice semblent être les seuls groupes à nourrir sérieusement de telles prétentions, mais ils ne disposent pas des atouts nécessaires notamment une équipe de management qui aurait des tentacules dans les endroits convoités. C'est le pari qu'a réussi le Zouk. Curieusement, même si le Zouk d'aujourd'hui est une pâle copie de ce qu'il avait été dans l'ère glorieuse des Kassav', Zouk Machine, Kwak..., il ne cesse de gagner en popularité hors des frontières antillaises rejoignant des pays d'Amérique latine comme le Brésil où c'est la nouvelle mode. Même certains artistes des musiques du monde comme Angélique Kidjo, Lorraine Klassen ou même du Jazz comme Lizz Wright intègrent des sonorités de Zouk dans leur musique. Tandis que dans notre musique, la stratégie reste concentrée vers la fréquentation des soirées qui assurent à court terme la survie des groupes et des musiciens qui les composent. Autrement dit, courte vue, petits résultats.
En dépit de tout, nous souhaitons plus de succès au konpa et à la musique haitienne en 2011. Longue vie au rythme-roi.
Vallès Latry