27.10.2008

Mange, ceci est mon corps, ou un OVNI sensoriel

Nationsoleil vous propose un article sur le tout récent film du jeune réalisateur haitien Michelange Quay Mange, ceci est mon corps. Le film est controversé, les opinions vont dans tous les sens. Voici un début, pour vous donner le goût d'aller plus loin et aussi, qui sait... de chercher à voir le film.
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Christophe Hachez

À voir absolument, toute affaires cessantes.

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Premier long-métrage de Michelange Quay (après son court multi-récompensé, L'Evangile du cochon créole), Mange, ceci est mon corps fait de nouveau appel à une dimension christique, tout au moins dans son titre, qui à l'image du film revêt une dimension symbolique et spirituelle. Il n'est pourtant pas à proprement parler question du Christ ici. D'ailleurs le film laisse place à la compréhension intérieure du spectateur et c'est parfait comme cela. En l'état, Mange, ceci est mon corps est un film magnifique, une œuvre de visionnaire comme on en voit peu au cinéma.

Le film commence : une introduction de plus de dix minutes nous est immédiatement proposée. On survole Haïti, l'île noire. La mer d'abord, puis les bidonvilles et les terres arides du pays. Le trip sensitif est à peine commencé et nous voilà, spectateurs, déjà plongés dans une expérience planante et sensorielle dont on ne sortira qu'après la toute dernière image du film. Une fête vaudou, une demeure coloniale vers laquelle les enfants noirs s'avancent, lentement, en file indienne. Dans cette maison vivent Madame (Sylvie Testud d'une intériorité étonnante) et sa mère (Catherine Samie, immense comédienne de théâtre et ici véritablement impressionnante), sûrement deux faces d'un même personnage, en tout cas deux figures dissemblables d'un certain colonialisme ambiant. Le film parle probablement de cannibalisme et partant de pouvoir, de domination économique et politique ; mais pas d'inquiétude, son l'intérêt ne se situe pas dans son histoire, le nombre d'interprétations pouvant varier en fonction du nombre de spectateurs.

Ce qui est passionnant dans le film de Quay, ce n'est pas autant ce qu'il raconte que ce qu'il montre. Proposition visuelle à la beauté hallucinatoire et viscérale, Mange, ceci est mon corps agit comme un rêve éveillé pareil à une transe répétitive et obsessionnelle. On pense au Stanley Kubrick de 2001 : l'odyssée de l'espace, à l'étrangeté d'un David Lynch, au cinéma plasticien de Matthew Barney (le polyptyque Cremaster), autant de références qui nous ramènent à l'irréalisme voire au surréalisme des situations. La photo est splendide, mélangeant sans cesse noirceur des êtres et blancheur du lait ou de l'intérieur de la chambre de la mère. Frappant d'images hallucinogènes et quasiment sans paroles, Michelange Quay nous entraine dans un monde incroyable et symbolique dans lequel il fait bon se laisser bercer.

Coté mise en scène, la lenteur contribue à cette impression de douce rêverie mélangeant les plans-séquences aux durées indéterminables à une bande sonore d'une force et d'une diversité sans pareilles. Bien qu'il puisse paraître prétentieux aux yeux de certains qui auront tôt fait d'en emprisonner les limites dans un espace bien déterminé, Mange, ceci est mon corps reste l'œuvre d'un plasticien visionnaire à l'univers unique « faisant la nique » au cinéma balisé et consensuel dont nous sommes parfois les victimes. Peut-être trop intelligent sur le fond, le film de Quay se passe bien de toute logique et nous laisse quasiment enthousiaste devant cet objet conceptuel et expérimental, signe d'un auteur à l'univers passionnant dont on attend le prochain film avec une impatience non dissimulée.

Les qualificatifs manquent pour décrire Mange, ceci est mon corps : extatique, hypnotique, hallucinatoire, poétique, expérimental, lyrique … le film est surtout d’une beauté formelle foisonnante qui en fait une réussite incontestable.

Fiche technique du réalisateur:

Michelange Quay
Haïti


michelange_quay.jpgDe nationalité américaine et d’origine haïtienne, Michelange Quay est né en 1974 à New York. En 2002, il est lauréat de la Résidence Cinéfondation du Festival de Cannes. Son travail a été montré dans les plus grands festivals internationaux. Mange ceci est mon corps est son premier long métrage.

2008... Mange, ceci est mon corps (LM)
2004... L'Evangile du Cochon Créole (CM)
2002... Qu'on leur donne des yo-yo (CM
1998... Forty Days (CM)
1996... Myth of Seus (CM)

Voir la bande-annonce

01.10.2008

Minuit - un film efficace

Le film s'ouvre sur une annonce, enchaîne sur une supplique et débouche sur un marché.
L'annonce, c'est le médecin qui la fait. Sans faire de chichis ni dans la dentelle, il révèle à Charlotte (Yanick Dutelly), que son fils Patrick (Rony Bastien) atteint d'une maladie jamais identifiée dans le film, est voué à une mort certaine et imminente.
La supplique, c'est Patrick qui, dans une scène poignante où l'émotion est palpable, conjure sa maman de ne pas le laisser mourir.
Le marché, c'est la fille Shaïna (Fabienne Colas), pièce-maitresse s'il en est, qui l'arrache à une maman sensible au sort de son rejeton et finit par lui concéder de la laisser vivre un amour qui la révulse si elle consent à l'aider dans son projet pour le moins inusité.
Fabienne Colas parvient grâce à un judicieux montage à établir l'intrigue du film dès les dix premières minutes. C'est rare dans les productions haïtiennes qui se perdent dans de longues intros.
Sophia Désir, en tant que scénariste a sans doute aussi appris de l'aventure VIP, évitant de s'éparpiller en centrant son histoire sur une seule intrigue. Grâce à un scénario qui se tient et des dialogues bien ficelés, elle parvient à captiver l'attention des spectateurs qui très tôt, se noient littéralement dans l'histoire sans trop s'interroger sur sa vraisemblance ou sa véracité.

Les acteurs
Ralph_prophete.jpgPour une première apparition à l'écran, Ralph Prophète (Nick), l'agneau devant être sacrifié, s'en tire bien. Une entrée en matière pour le moins laborieuse, néanmoins il se ressaisit vite, se fondant dans le personnage bonhomme de Nick, plus passionné que séducteur, plus jeune collégien que jeune acteur populaire, tombeur de ces dames. Mais un Ralph Prophète crédible qui donne un cachet sympathique au personnage. Pas sûr que Réginald Lubin à qui on avait initialement confié le rôle dans le projet original, aurait su si aisément gagner les faveurs du public du fait de la belle assurance qu'il dégage généralement à l'écran.
Ralph Prophète est créateur, designer et président de Kofi collection, une compagnie montréalaise spécialisée dans les bijoux, les vêtements et la lingerie fine.

Fabienen Colas 1.jpgFabienne Colas est simplement épatante dans le rôle de la frangine indépendante, insouciante qui doit pourtant composer avec les désirs d'une mère envahissante et exigeante. Constante du début à la fin, Fabienne joue Shaïna, une fille enjouée tantôt séductrice un peu fofolle, tantôt rationnelle qui poursuit son but avec une témérité jamais mise en doute. De Barikad à Convoitises en dépit d'un scénario incertain, Fabienne Colas a souvent montré un rare talent dans les rôles qu'on lui a confiés, celui de Shaïna a été taillé sur mesure, de belles répliques, une bonne diction et une belle complicité avec la caméra.

Sophia Désir se défend d’être une actrice, pourtant on peut dénoter une forte progression depuis VIP enSophia_desir.jpg dépit de sa longue absence des écrans. Un début un peu incertain, un premier contact qui manque de fluidité, mais son personnage intraitable, incisive et l’importance de cette scène introductive dans la suite de l’histoire compensent largement cette faiblesse.
Sophia Désir qui personnifie Hélène, l’agent de Nick, s’installe rapidement et aisément dans son rôle de trouble-fête, d’empêcheuse de tourner en rond. Pourtant, Hélène est sympathique, avenante et drôle et les spectateurs ne demandent qu’à l’aimer.

Natacha Noël ne pouvait pas être mieux choisie pour jouer la partenaire de Shaïna. Elle est l’objet du chantage qui donnenatacha.jpg lieu au marché entre la mère et la fille. Un argument fort si l’on en croit les prouesses réalisées par cette mambo-mère qui a su par ses pouvoirs placer sa fille sous les feux de la rampe.
Arrivée un peu tard dans la trame du film après une brève apparition, on ne l’attendait plus, mais qui verra le Minuit découvrira que cette fille n’est pas là par hasard. Son personnage est déterminant dans la résolution de l’intrigue. Elle joue avec beaucoup de naturel cette femme tantôt sensuelle, tantôt jalouse qui doit résoudre différents dilemmes pour se frayer un chemin vers le bonheur.
Natacha Noël est connue dans la communauté haïtienne du Québec pour avoir tenu différents rôles dans diverses séries et productions télés canadiennes, mais surtout pour son émission radio sur la sexualité, Taboo sur CPAM, une station communautaire haïtienne à Montréal.

dutelly4.jpgYanick Dutelly est la révélation du film, elle crève simplement l'écran cette femme. La tigresse qui défend son petit, c'est Charlotte. Tout ce qui compte, c'est le résultat. Comment on s'y prend pour y parvenir, les vies brisées ou volées, les marchés abracadabrants, ça n'a aucune importance. Douée d'une énorme capacité de jongler avec diverses émotions, tantôt miel, drôle et généreuse, tantôt arrogante et menaçante, Yanick Dutelly excelle à tous les coups. L'équipe du film a réalisé un coup de maître en l'engageant.
En 2007, les chanceux ont pu voir Yanick Dutelly dans Pataswèl (la baffe) de Fayolle Jean, - membre du jury de cette 4ème édition du festival – un film qui a bénéficié de très peu de promotion. Yanick est également animatrice de radio et chanteuse. Elle a publié voilà quelques années Reines soleil, surnom qui lui est resté depuis.

Techniquement
Minuit n’a pas seulement bénéficié d’un solide casting et d’un bon scénario, mais également d’une équipe technique qui de toute évidence avait une vision claire du résultat qu’elle voulait atteindre. L’éclairage est à point, les plans mettent en valeur le jeu des acteurs tant les répliques que les mimiques, le son est irréprochable et la musique originale de Toto Laraque, subtile, même si quelquefois totalement absente pendant de longues minutes. Le montage est rigoureux laissant peu de place aux longueurs et scènes inutiles.

Mais…
Dans la foulée de ce rigoureux montage, certains aspects sont traités superficiellement :
- La relation homosexuelle entre Shaïna et sa partenaire, bien que prenant une place cardinale dans l'histoire, n’est pas suffisamment exploitée dans le film qui est trop chaste par ailleurs, trop épuré bien que suggestif par moments.
- En dépit des efforts mis par la réalisatrice dans au moins deux scènes, l'idée que les personnages principaux sont des acteurs de métier, dotés de surcroit d'une immense popularité, a du mal à s'installer dans l'esprit du spectateur que j'étais.
- Aussi bien la frangine que la mère, bien que toutes deux très concernées par le sort de Patrick, aucune n'a su montrer un tant soit peu de compassion envers celui qui allait mourir, ceci même dans la scène où le médecin révèle la terrible nouvelle.

Cela dit, ces petits détails n’enlèvent rien à la pertinence du scénario qui se tient d’un bout à l’autre. Minuit demeure un film efficace, peut-être le plus efficace des films haïtiens qu’il m’a été donné de voir. Il se classe sans conteste dans le club très sélect des meilleurs films de ce nouveau cinéma, entre les Cousines et La rebelle et quelques autres.

Vallès Latry

Crédits photos:
Ralph & Fabienne, Ralph & Sophia - Page Facebook
Yanick Dutelly - SES Films
Natacha Noël - Page Myspace
Autres photos - Dossier de presse du FIFHM

04.09.2008

Cinéma Haïti - Montréal en mode vaudou

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C'était hier, 3 septembre 2008, à l'ONF que la Fondation Fabienne Colas et ses partenaires donnaient le coup d'envoi de la 4ème édition du Festival international du film haïtien de Montréal. À cette occasion, Fabienne Colas, présidente de la fondation qui porte son nom, Emile Castonguay, responsable de la programmation et Francine Grimaldi, chroniqueuse à Radio-Canada et porte-parole du festival ont dévoilé la programmation de cette édition en présence d'invités, d'artisans du festival et de journalistes de la presse locale. Le festival qui se déroule du 17 au 21 septembre a retenu cette année le thème du vaudou traité à travers de près de la moitié de la cinquantaine de films présentés à cette édition.
On se rappelle que dès la troisième édition, les organisateurs avaient décidé intelligemment de donner un ton plus sérieux au festival délaissant la sélection en vrac de films plus ou moins disparates d'inégale qualité pour se focaliser autour d'un thème mobilisateur. Le festival s'est ainsi intéressé avec un relatif succès au sort de nos Bracéros dans les bateys dominicains. Relatif parce qu'une frange du public haïtien n'a pas suivi mais le festival a pris des galons dans le public extra-communautaire.
Cette année, le thème sensible et tabou du vaudou est à l'honneur. Le vaudou a toujours passionné les cinéastes haïtiens et étrangers qui, à travers moult documentaires, ont cherché à démythifier cette «religion» aux buts et pratiques mal connus et souvent craints. Ce n'est que récemment pourtant que les réalisateurs d'œuvres de fiction ont commencé, de façon assez caricaturale la plupart du temps, à insérer des scènes vaudous dans leur scénario.

Lire le communiqué officiel.

La programmation

Composée pour la plupart de productions indépendantes, les documentaires, films de fiction, courts et longs métrages proviennent notamment d'Haïti, du Québec, des États-Unis, de la France, du Brésil, de l'Italie et de la République dominicaine.
Plusieurs points méritent d'être soulignés. Le festival confirme son ouverture sur l'étranger, entendez par là hors espace haïtien, à l'instar de son grand frère le Festival des vues d'Afrique qui en sera l'année prochaine à sa 25ème édition. L'an dernier, l'expo «Esclaves au paradis» de Céline Anaya Gauthier, photojournaliste de renommée mondiale, avait largement contribué au rayonnement du festival, il n'y a aucune raison de ne pas récidiver.
Une programmation équilibrée qui valse entre les nouveautés, des rétrospectives et quelques perles rares du passé. Les craintes qu'on a pu nourrir l'année précédente quant à la sélection des œuvres des fiction vis-à-vis du thème retenu, sont moins aigues cette année.
Il demeure qu'encore une fois, le festival doit composer avec le manque de productions haïtiennes de qualité, ce qui donne lieu à de trop nombreuses rétrospectives. Il y a cependant un avantage à cela dans la mesure où plusieurs de ces films sont demeurés inaccessibles jusqu'ici et qu'il faut profiter de l'intérêt croissant du public pour leur offrir la meilleure diffusion qui soit.

Cependant, l'essentiel des œuvres touchant à la thématique principale sont des documentaires. On relèvera notamment le très instructif et distrayant Des hommes et des dieux (2002, Laurence Magloire et Anne Lescot) qui traite des rapports entre vaudou et homosexualité, un film qui n'est plus tout jeune, mais qui sied bien au contexte.
On notera aussi une présence marquée de Karen Kramer, devenue une habituée du festival, avec ses quatre films, tous des années 80, To serv the gods (1981), Haitian songs (1982), Legacy of the spirit (1985) et Breaking leaves (1988).
On surveillera également Les illuminations de madame Nerval (1999), portrait d'une mambo haïtienne de Charles Najman qui nous a donné Royal Bonbon (2003) campé avec brio par Dominique Batraville. Dans la même veine, une incursion dans le monde des vaudouisants avec Buying the spirits (2003), un film de Saskia Rietmeijer & Bart Drolenga.
Et aussi, Zombi (2005), un titre qui dit tout, du réalisateur anglais Thanassis Papacostas, qui sera certainement fort apprécié du public d'autant plus que récemment circulait sur Internet un article qui prévenait les gens de la réalité et du sérieux de ce phénomène.

Du côté des fictions liées au thème, on surveillera Chimen pasyon du réalisateur Moïse Kharméliaud (11ème commandement) qui amène du sang neuf au festival avec cette intrigue amoureuse, sur fond de jalousie et de vengeance, qui se déroule dans la campagne st-marcoise. En revanche, ce n'est pas tout à fait le cas pour l'Obsession de Jean-Alix Holmand (Convoitises) qui revient au grand écran après être sorti en dvd plus tôt cette année. L'obsession raconte maladroitement, sur fond de drame policier, l'histoire d'un homme qui a recours à des pratiques maléfiques douteuses pour enfin conquérir l'amour de sa vie.
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Enfin, le très attendu Minuit, premier effort de Fabienne Colas qui tient également le rôle principal, aux côtés de Ralph Prophète, Yannick Dutelly et Sophia Désir qui signe ici son premier scénario depuis V.I.P. (2004) Le film qui sera projeté en première mondiale à la soirée d'ouverture le 17 septembre éprouve les limites des pouvoirs vaudous alors qu'une prêtresse vaudoue, impuissante, défaite, doit user de ses dons pour sauver à tout prix l'âme de son fils moribond atteint d'une maladie incurable.
Mais, il y a plus, d'autres films retiendront également l'attention notamment Haiti chérie (2008) sur la réalité des bateys, première fiction du réalisateur italien Claudio Del Punta, qui a obtenu la faveur des critiques lors de sa sortie récente ainsi que La couleur de la croix (2006), présenté à Cannes en 2006, du réalisateur haïtien d'Hollywood, Jean-Claude Lamarre qui relate les 48 dernières heures de la vie de Jésus-Christ noir campé par le réalisateur lui-même.
On mentionnera aussi la participation d'Arnold Antonin à ce festival. Le prolifique réalisateur présente ses deux dernières œuvres, l'une, Jacques Roumain, la passion d'un pays (2008) portant sur la vie et l'œuvre de cet écrivain connu surtout pour l'ouvrage Gouverneurs de la rosée (1944) et l'autre, Aubelin Jolicoeur, Mister Haiti (2007) qui présente un portrait du célèbre journaliste mondain décédé en 2005.
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Et enfin, Ghosts of Cité Soleil, film choc de Asger Leth, en clôture du festival. «C'est un témoignage de rêves désespérés dans un monde de ghetto où l'on pratique la règle du «Chacun pour soi, Dieu pour tous».

Pour la programmation complète, les lieux de projection et l'horaire des films ainsi que les détails relatifs à l'exposition tridimensionnelle Vaudou : Art, Mystère et Religion! et la conférence « Le vaudou, d’Haïti à Montréal » cliquer ici.

Souhaitons bon succès à cette édition du festival.

P.S. Chapeau aux organisateurs pour le dossier de presse.

Toutes les photos sont issues du dossier de presse

Vallès Latry

28.05.2008

Du sucre dont on fait le fiel

Publié dans Libération

Enfer. Premier film de l’Italien Claudio Del Punta, «Haïti chérie» s’attache à la vie d’un couple d’immigrés dans une plantation de cannes à sucre en République dominicaine. Sans compassion.

GÉRARD LEFORT

Mercredi 28 mai 2008
Haïti chérie de Claudio Del Punta Avec Yeraini Cuevas, Valentin Valdez, Jean-Marie Guerin, Juan Carlos Campos… 1 h 39.
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C’est un film qui écrit son histoire dans la marge du spectaculaire. Un film inactuel au sens où il s’intéresse à ce que généralement l’actualité délaisse. En l’espèce : la vie d’un jeune couple, Magdaleine et Jean-Baptiste, ouvriers haïtiens immigrés dans une plantation de cannes à sucre de la République dominicaine. Ils n’ont pas vingt ans, ils survivent dans une misère de tous les instants. C’est le genre de situation que l’on connaît (il suffit de lire les bons journaux, de regarder les bons reportages) mais qu’on n’imagine pas. La fiction en entrant dans ces territoires littéralement hors champ et quasiment privés d’images (1), elle a intérêt à marcher sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller les monstres : d’une part, très réels, les surveillants du village (b atey en créole) où fut tourné le film sans l’autorisation du propriétaire de la plantation. D’autre part, plus impalpables mais tout aussi chiens de garde, les démons de la compassion, kleenex aussi vite trempé de larmes que jeté à la poubelle, ou, pire encore, la misère comme esthétique.

Promiscuité. Le réalisateur, formé à l'école du documentaire, a esquivé tous ces dangers. Ce qui n’empêche pas son image d’être belle car on ne voit pas au nom de quelle étrange loi du pléonasme, les misérables sont forcément abonnés à l’image pauvre. De même pour le choix des acteurs amateurs, recrutés sur place, Yeraini Cuevas et Valentin Valdez, créoles d’une splendeur immémoriale. Ce qui fait qu’on s’intéresse, puisque le récit démarre «en beauté» par la veillée funèbre du bébé de Magdaleine et Jean-Baptiste, mort de malnutrition. Ni larmes ni cris, c’est un portrait de la résignation, avec le seul bourdonnement des mouches en bande-son. Le cadre est physique, il rend tangible la promiscuité dans le baraquement où vivent Magdaleine et Jean-Baptiste : une poignée de mètre carré où coexistent le foyer sans cheminée, le bat-flanc servant de lit et quelques vagues guenilles pour cloisonner l’espace. De sanitaires, aucun. Et par l’embrasure de la porte, le plan est juste qui montre, avec la distance pudique nécessaire, que c’est dans le champ de cannes à sucre jouxtant la masure que l’on va faire ses besoins.

Damnés. Cette façon de regarder les choses en face se retrouve dans l’évocation de la sexualité, heureusement pas du tout éludée. Magdaleine et Jean-Baptiste sont jeunes et beaux. Lorsqu’ils baisent sur leur grabat, l’érotisme de l’image est telle que l’on comprend que la sexualité n’est pas seulement une belle jouissance, mais une conjuration de leur misère. Dans ce même registre, l’audace est encore plus secouante quand le jeune Pierre, qui partage la vie du couple, réclame à la jeune femme sa part de plaisir. Elle lui fait la morale et quasiment du même geste, elle le branle. Sans fausse impudeur puisque c’est seulement sur le visage du garçon que le bonheur cède à la stupéfaction. C’est toujours sur ce terrain de la sexualité moite que le film va bouger et basculer, déterminant le départ du jeune couple et leur retour au pays natal haïtien. Tandis qu’elle se lave dans un marouillot dégueulasse, Magdaleine manque d’être violée par un gardien de la plantation. La scène dure, pénible vraiment, mais nécessaire pour que s’imprime la violence du harcèlement, l’ignominie du salopard, la dignité de Magdaleine repoussant de plus en plus difficilement ses assauts, l’exercice en plein XXIe siècle d’un droit de cuissage des maîtres sur leurs esclaves.

Le défi de ce genre de film planté in situ la misère du monde, c’est de trouver la martingale qui sait doser la part d’information nécessaire et la part de romanesque suffisant. Dans Haïti chérie, le juste équilibre est constant. Pour preuve, une scène de corruption ordinaire. Jean-Baptiste, Magdaleine et Pierre ont fui la plantation, aidés par Ernesto, un toubib militant. La camionnette qui transporte les fuyards doit sans cesse franchir les barrages militaires qui longent la frontière entre Saint-Domingue et Haïti. Le suspens est là quand le jeune troufion en faction, son arme en évidence, abuse de la situation, fait durer son plaisir de matamore, pose à Ernesto des questions dont il connaît la réponse (vous allez où ? Qui sont ces gens ?) La scène est sans avenir, tout pourrait arriver, y compris que le troufion dégaine son arme. Et la tension se dissout du moment où Ernesto glisse dans la main du soldat quelques billets de banque. Voilà. On a compris un peu de la mortification que ces damnés doivent subir, leur fatalisme aussi. Et en même temps le cinéma est là, tout puissant, qui fait vibrer la scène comme dans le meilleur des thrillers. Haïti chérie est tout simplement un bon film bon.

(1) À signaler, rare exception de qualité, Esclaves au paradis, livre-enquête en photos de Céline Anaya Gautier (Ed. Vents d’ailleurs, 2007). Présenté dans le cadre de la troisième édition du Festival international du film haïtien de Montréal (septembre 2007).

Pour aller plus loin:
Lire aussi une entrevue accordée au journal par le réalisateur: Ce sont des zombis sociaux

23.10.2007

Sacha Parisot: Première manche pour le rebelle contre les pirates

4440c02da55feedeedf9cd36dba4ccd5.jpgSuite à la plainte déposée devant un tribunal floridien en septembre dernier contre Cinevision Production of Miami, inc., Carine Delerme, Lionel Productions, inc., Caminito Fond-Rose alias Lionel Beeper, Mizik Depot, Bazile Berthole, Wilton Narcisse de Kompa City, le coproducteur et réalisateur du film La Rebelle Sacha Parisot, a obtenu une injonction contre les pirates qui ont été sommés de rendre les copies illégales à son avocat au plus tard le 26 septembre 2007.
Le juge a par ailleurs ordonné une saisie de toutes les copies actuellement disponibles et des mesures pour protéger la preuve de l'infraction contre toute destruction de la part des défendeurs. Ce qui inclut notamment le rappel de toutes les copies déjà distribuées à des revendeurs ainsi que l'annulation des commandes actuellement en cours.
Dans une entrevue accordée à Levypiano et publiée sur le forum de Opamizik, Sacha Parisot qui présente ce procès comme un avertissement, annonce son intention de demander que des dommages-intérêts lui soient payés pour le préjudice subi dans cette affaire:
- Nous sommes en train d'évaluer l'étendue des dommages causés afin de réclamer le montant correspondant.

C'est un dossier à suivre.

30.09.2007

FIFHM:Bilan d'un festival qui s'impose

21c1fb56e402dea43840bc313be334a7.jpgLa 3ème édition du Festival international du film haïtien de Montréal (FIFHM) s'est achevée dimanche soir sur une note très positive. Ce jeune festival qui se cherche encore, tels que le préjugent les différents formats testés depuis son début, a réussi un coup de maitre cette année en abordant notamment le thème majeur du néoesclavagisme. Là où certains y voient une faiblesse, nous y voyons plutôt un trait d'intelligence. Le festival, de par son caractère thématique, subversif, si vous voulez, a pu non seulement se démarquer des autres événements du genre en Haïti, notamment celui de Jacmel auquel je n'ai rien à reprocher soit dit en passant, mais encore il a su captiver, pour la première fois et de façon marquée, l'attention d'autres communautés culturelles de Montréal, aussi bien les autochtones que les immigrants.
Une programmation très relevée avec des cinéastes de renom dont Antonin, Magloire, Peck, Kramer, Serrano, McKenna, un colloque qui a fait intervenir des personnalités de poids qui travaillent avec les Braceros dont Pierre Ruquoy, prêtre belge expulsé en 2005 de la République Dominicaine après 30 ans de militance dans les bateys, actuellement affecté en Zambie, Sonia Pierre, militante dominico-haïtienne, récipiendaire des prix Amnesty5f59bc264ba6c2debf6d3df90b1283b5.jpg International 2003 et Fondation Robert F. Kennedy 2006, la sociologue et militante féministe haïtienne Danielle Magloire, représentante de Droits et Démocratie en Haïti, une exposition de photos qui dérange et conscientise, tout cela a donné au festival un cachet sérieux qui n'est pas sans rappeler le cinéma militant des années 70/80.
Maintenant, le véritable défi, ce n'est pas juste de l'avoir fait, mais de récidiver dans les éditions à venir, d'innover, de conscientiser, de forcer le changement. La barre a été placée haute et peu importe ce qu'il adviendra de ce festival, cette édition aura marqué les esprits par son concept novateur, intégrateur, pour avoir agité des questions intéressant l’Haïtien que je suis certes, mais aussi l’humanité entière, du moins je l’espère. Et plus encore, pour nous avoir interpellé sur le sens de notre cinéma, parce qu’en fait, quel est le cinéma qui nous siérait le mieux ?
Faut-il revenir à nos débuts, autrement dit à un cinéma d'art et d'essai qui ferait dans le documentaire ou dans la fiction politique et militante ou simplement qui puiserait dans l’imaginaire collectif de certains créateurs haïtiens tels Peck, Antonin, Lemoine, Labuchin… ? Ou doit-on persister dans cette voie qui nous mène directement à un cinéma populaire de masse qui renvoie à ce cinéma primitif, ingénu et kitch, inspiré souvent de stéréotypes et d’historiettes sans envergure?
Avons-nous réellement les moyens de choisir entre un cinéma réducteur, non exportable, qui met l’emphase sur nos laideurs, qui caricature nos pires travers et met ainsi à mal le peu de dignité qu’il nous reste en tant que peuple et un cinéma culturel, intellectuel à vocation éducative qui mettrait en exergue nos spécificités haïtiennes dans un monde de plus en plus globalisé, en excluant une grosse frange de la population haïtienne, la plus grosse part du marché ? Difficile de faire la part des choses. Alors, peut-on se payer le luxe de ne produire que pour nous et de condamner notre cinéma déjà famélique à une mort certaine et imminente ou oser s’ouvrir, explorer l’univers des festivals et faire connaitre nos richesses insoupçonnables.
En tout cas, un débat nous semble important à ce niveau afin d’endiguer la dérive actuelle et intéresser l’Haïtien aux choses haïtiennes. Notre enthousiasme communicatif et notre savoir-faire sauront certainement créer une brèche. Cousines, La rebelle, Le président a-t-il le sida ? en dépit de leurs limites, sont des exemples patents du potentiel d’un cinéma haïtien tourné vers l’extérieur.
D’ailleurs, l’intérêt que nous porte actuellement certains festivals ne durera pas toujours. Voyez comment le Festival international du film haïtien de Montréal a été mal servi cette année par la qualité de notre production. Y a-t-il eu au cours des derniers mois des films dignes de ce nom à prendre l’affiche ? Et côté fiction, le FIFHM n’a pas été super brillant de ne nous servir que du réchauffé. Sans trop savoir comment s’opèrent les sélections, il nous semble que ce ne serait pas de trop d’inviter Bob Lemoine et son film Echec au Silence, Jean-Gardy Bien-Aimé et Green Card, Fayolle Jean et Pataswèl ou la jeune équipe de Journée d’ cooleurs dirigée par Bertony Volmar. Nous ne savons pas ce que valent ces films, mais il nous semble qu’ajoutés à le Chauffeur (Jean-Claude Bourjolly), ils susciteraient davantage d’engouement de la part du public qui avait déjà vu la plupart des productions affichées.
Tout compte fait, en dehors de ce bémol, le festival a réussi le pari de s’imposer non seulement dans l’espace haïtien, mais également dans le pays d’accueil. Les organisateurs, sauront-ils mieux faire l’année prochaine ? Il n’est que d’attendre.
113292305254dbc49211eedd8e604e3e.jpgNotons en attendant que l’exposition photographique Esclaves au paradis de la franco-péruvienne Céline Anaya Gautier se poursuit à MozaikArt jusqu’au 2 octobre 2007.

Vallès Latry
Photos: Smith Latry pour NS
Liliane Pierre-Paul Radiokiskeya
FIFHM

Pour aller plus loin: Palmarès de la 3ème édition
Bilan de Fabienne Colas sur mediamosaique
Lire aussi l'excellent article de Wikipedia sur le cinéma haitien

14.09.2007

Festival film haitien de Montréal - un virage à 90º

a0203739d471e4b6e3aeb330b45099c6.jpgAprès les critiques essuyées pour sa deuxième édition notamment en rapport avec la qualité douteuse de sa programmation, le Festival international du film haïtien de Montréal s'ajuste. Pour cette troisième édition qui a lieu du 19 au 23, plusieurs points sont à mettre en évidence.

Une édition écourtée
Après avoir offert pour l'édition 2005 un week-end du cinéma haïtien auquel le public avait répondu avec énormément d'enthousiasme, les organisateurs avaient opté pour la deuxième édition pour une programmation étalée sur une semaine. Mais cette fois, la participation du public était plutôt timide en dépit de la présence de grosses pointures du cinéma haïtien, Sacha Parisot, Smoye Noisy … et de la diversité des activités proposées: des ateliers de cinéma à l'intention de jeunes cinéastes ainsi que des journalistes.
Cette année, le comité organisateur rejoint par la célèbre journaliste Nancy Roc (coordonatrice de l'exposition Esclaves au paradis et du colloque Sang, sucre et sueur) a décidé de revenir à une formule écourtée. Cinq jours pour apprécier un cinéma haïtien qui cette année, n'a pas connu de productions notables comme ce fut le cas l'année dernière avec notamment La Rebelle de Sacha Parisot, Cousines de Richard Sénécal (non programmé au Festival), Pluie d'espoir de Jacques Roc (également non programmé) et le Président a-t-il le sida? (en lice cette année).

La programmation, un virage à 90º
Contrairement à la précédente édition qui était en majeure partie consacrée à des œuvres de fiction, pour la plupart, de piètre qualité, cette année, le festival fait une part belle aux documentaires et aux courts-métrage. Un bel hommage à ce cinéma parallèle, peu popularisé, qui s'inscrit dans la lignée du cinéma de combat, de dénonciation qui consiste la genèse même de cet art en Haiti.
Au rang des grands noms dont les œuvres seront présentées à ce festival, notons ceux de Mario Délatour (Un certain bord de mer / Haiti aujourd'hui: violence ou la paix), Arnold Antonin (Enfants en danger), Frantz Voltaire (Pèlerinage à Thomassin) ainsi qu'une kyrielle de réalisateurs étrangers intéressés par le thème d'Haiti et les enjeux haïtiens et du sud. Aussi, seront à l'affiche de ce festival Le Prix du Sucre, du réalisateur américain Bill Haney, Les Enfants du Sucre, de la réalisatrice cubano-américaine Amy Serrano, L’Empire du Sucre, du réalisateur canadien Brian McKenna, Batey Zero, du réalisateur français Gérard Maximin et Sucre Noir, du réalisateur canadien Michel Régnier.
Cependant, la grande nouveauté à ce festival reste la présentation en première nord-américaine de l'exposition724e6838c8cc08ca86fb0c51dd628f2e.jpg Esclaves au paradis de la photographe franco-péruvienne Céline Anaya Gauthier ainsi que l'organisation du colloque Sang, sucre et sueur (Droits et démocratie) sur la problématique de l'esclavage contemporain. Un dossier de presse complet est disponible en cliquant sur ce lien.
Au total, 35 films dont 14 en compétition seront présentés cette année pour le grand bonheur des cinéphiles toutes communautés confondues. Faire connaître Haiti à travers son peuple, ses œuvres, tel est depuis le début l'un des objectifs de ce festival. Mais, jamais avant cette édition, il ne s'y était autant rapproché.

Du côté des fictions
Les programmateurs du festival ont agi avec prudence pour cette édition, au risque de perdre les faveurs d'un certain public, une majorité, partisan d’un cinéma léger, creux, qui n’a rien à dire, tout en gageant sur un autre public, celui-là, moins nombreux, adepte d’un cinéma sinon plus proche de l’art, du moins qui porte un message enrobé d’un certain sens de l’esthétisme. C'est le pari d'un festival jeune, qui se cherche et finira par trouver ses marques, à condition d'obtenir le soutien et l'indulgence nécessaires.
bc0ffcf051b40261c2b7a4d70ed6c76e.jpgLa plupart des films de fiction à l’affiche ne sont donc pas des nouveautés, beaucoup d’entre eux ont déjà eu une carrière dans l’espace haïtien (Haïti et diaspora). C’est le cas de Kidnapping (Mireille et Telio Deetjen, en compétition), un film sans intérêt que je n’ai jamais réussi à le visionner en trois tentatives. Il y aura également, Amour, mensonges et conséquences (Jean-Alix Holmand, en compétition) avec Fabienne Colas, Jean-Alix Holmand, Stéphanie Casimir et qui a déjà été présenté au festival vues d’Afrique 2007. Après un deuxièmee8d5cc747943bea5b55e812f9e3606c3.jpg visionnement, j’ai pu mieux apprécier ce film qui raconte la vie quotidienne de plusieurs membres de la communauté haïtienne à Montréal dont les destins se croisent à la faveur d'une suite de situations fortuites. Un peu à la manière de Crash ou plus récemment de Babel.
f4d3bbca8ba28856ce9096e0981f8786.jpgIl y aura également Vers le sud (2006, hors concours), de Laurent Cantet avec Charlotte Rampling, Karen Young, Louise Portal, Lys Ambroise, Ménothy Cesar, d'après le roman du même nom de Dany Laferrière. Ce film qui traite du tourisme sexuel a déjà eu une intéressante carrière au grand écran et dans les festivals, notamment à Vues d'Afrique la saison dernière. Désormais, il roule fréquemment sur le réseau Super écran à Montréal. Bien que ce soit une œuvre intéressante, je ne vois pas trop l'intérêt de l'afficher à ce festival.
a074428b098b93a1b83a46cf81f45e73.jpgIl en va de même pour le Président a t-il le sida (Arnold Antonin, en compétition) avec Jessica Généus (cousines) et Jimmy Jean-Louis. Ce film qui traite de la problématique du sida en Haiti a déjà eu tous les honneurs et le dvd est sorti depuis des lustres maintenant.
On pourrait en dire autant de l'homme sur les quais (Raoul Peck) sauf que dans cas-ci il s'agit de rendre926c5439843501b24f297d51b07db7f8.jpg hommage à un grand publicitaire décédé récemment dans des circonstances tragiques, François Latour qui y a tenu un rôle et que toute une génération n'a pas vu ce film qui est sorti en Haiti à une époque où le cinéma local ne drainait pas un public aussi important dans les salles et que les dvd/cassettes vidéo n'étaient pas aussi accessibles qu'ils le sont aujourd'hui.
Le chauffeur (Jean-Claude Bourjolly, en compétition), - aussi réalisateur de Sonson pour mieux le situer - avec a1ad825a618316e0cbf35e55deaba7d9.jpgen vedette Joseph Jameson, Ginette Jean-Louis qui en sera à sa première mondiale, est sans doute l'un des rares films de fiction digne d'intérêt à cette édition du festival, du moins pour une frange du public, ne serait-ce que par sa nouveauté. Je ne préjuge pas ici de sa qualité – je ne l'ai pas encore vu. Toujours est-il que l'histoire nous est familière, une histoire d'amour impossible, de grande passion, de disparition mystérieuse comme on en a vu des centaines au cinéma. Il reste à voir comment le réalisateur saura traiter ce thème pour le rendre rafraichissant et original.

Le jury et les films en compétition
Il est composé cette année de Sacha Parisot, réalisateur très connu, de Ralph Boncy, directeur musical à Couleur Jazz (Montréal) qui effectue un come back dans le milieu culturel haïtien depuis peu, il a également parrainé le 1er festival de la musique haïtienne en juillet dernier et de Claude Lévesque (communicateur). Trois prix seront décernés à cette édition, celui du meilleur long métrage de fiction parrainé par Radio-Canada comme l'an passé, celui du meilleur court-métrage offert par Réseau Liberté et celui du meilleur long métrage documentaire.

Toutes les infos du festival sur ici
Vallès Latry (NS)

13.09.2007

Sacha Parisot: Rebelle contre pirates

fa3e8e6999d648fed37e314732420fc5.jpgUn tribunal fédéral américain, celui de North Miami, entendra le 19 septembre 2007 l'affaire qui oppose, en qualité de demandeur, Sacha Parisot, co-producteur et réalisateur de La Rebelle et les défendeurs Carine Delerme, Caminito Fondrose, Bazile Jean Berthol et Witon Narcisse respectivement des Compagnies Cinevision, Lionel Production et Mizik Depot.
C'est une première dans le cinéma haïtien, rongé comme le secteur de la musique par la gangrène appelée le piratage. Il a souvent été question de poursuite de la part des producteurs, mais rarement ceux-ci sont réellement passés à l'acte.
Récemment encore sur Flatbush Avenue à New York, la Police a arrêté un pirate africain qui vend ses produits contrefaits, essentiellement haïtiens. Différents producteurs dont Alex Abellard, se sont présentés sur les lieux pour reconnaître leurs œuvres et le notifier aux autorités. Mais plus tard , à l'instruction de l'affaire, aucun d'eux n'était en mesure de présenter les pièces qui justifient leurs droits sur les produits. Ils sont notoirement connus comme les proprio des produits, mais ceux-ci n'étant pas enregistrés, ils n'ont pas à payer d'impôts. Comme quoi, qui sème le vent… vous connaissez le reste. Alors, pour finir, le pirate a été relâché sans avoir été réellement inquiété et il a repris son affaire comme s'il était dans son bon droit.
Mais depuis peu, quelques producteurs apprennent timidement à se protéger en se procurant une marque9b2e6eb35c76029d33e325a158026e87.jpg déposée (MD ou TM) pour leur compagnie. Aussi, même lorsque le produit n'est pas enregistré légalement, le nom de la compagnie est lui-même protégé. Une belle façon de tirer quand même la couverture de son côté.
Pour revenir à l'affaire Parisot, ce qui est triste là-dedans, c'est que les défendeurs ne sont pas de simples quidam, mais des figures connues dans les secteurs de la production et de la distribution dans l'espace haïtien. S'ils se la jouent comme ça entre eux, quel message envoient-ils au petit bwasè qui étale ses produits poussiéreux sur les trottoirs de la rue Pavé ou de Flatbush Ave?
Nation Soleil suit de près cette histoire et vous tiendra au courant.

Sources combinées
NS

27.08.2007

Décès du cinéaste haïtien Raphaël Stines

Une courte maladie a emporté l’un des pionniers du cinéma de fiction en Haïti

lundi 27 août 2007

95046ed49bf85e3cb782ccc107f5538a.jpgLe cinéaste et acteur haïtien Raphaël Stines est décédé dans la nuit de samedi à dimanche à l’hôpital du Canapé-Vert, à Port-au-Prince, des suites d’une maladie, a appris Radio Kiskeya de sources proches du disparu.
Considéré comme l’un des pionniers du septième art en Haïti, Stines était hospitalisé depuis plusieurs jours. En 1976, il avait réalisé le premier film de fiction haïtien, "M ap Pale Nèt" ; un moyen métrage mélodramatique dans lequel il avait dirigé l’immense acteur François Latour, kidnappé et assassiné le 22 mai dernier à Port-au-Prince, et la jeune Jessie Alphonse. Il s’agissait d’une adaptation en créole de la célébre pièce de Jean Cocteau intitulée "Le bel indifférent".
Dans sa filmographie, il compte également "Kraze Lanfè" avec le très populaire Fernel Valcourt dit Jesifra et le journaliste Anthony Pascal alias Konpè Filo, une réalisation burlesque retraçant la nuit noire de la dictature des Duvalier et "Bouki Nan Paradi (2001)", une adaptation de l’œuvre dramatique éponyme de Franck Fouché interprétée par Roland Dorfeuille plus connu sous son nom d’artiste Pyram. Avaient également partagé l’affiche de ce film, la jeune comédienne Fabienne Colas et Sydney Louis, scénariste du feuilleton télévisé "Pè Toma" dont Raphaël Stines a été le réalisateur.
D’une expressivité naturelle, le cinéaste était aussi un acteur de talent. Il a remarquablement tenu le rôle d’un Tonton Macoute féroce dans "L’homme sur les quais (1993)" du réalisateur haïtien internationalement connu Raoul Peck.
Le disparu a, par ailleurs, eu une longue carrière de technicien à la Télévision Nationale d’Haïti (TNH). Jusqu’à sa mort, il occupait le poste de directeur de la programmation.
Face à l’exécution cruelle de son ami François Latour, très affecté, Raphaël Stines avait été parmi les premiers artistes à exprimer leur indignation et à souligner la perte énorme que cette disparition brutale représentait pour Haïti.

Source: Kiskeya

25.04.2007

Cinéma haitien à Montréal: un état des lieux

Nation Soleil a retrouvé pour vous un article publié dans le journal La Presse qui dresse un portrait assez fidèle de l'état du cinéma haitien à Montréal. Nous le publions dans son intégralité. Entretemps, quelques autres films se sont ajoutés à la liste publiée ci-dessous dont Amour, mensonges et conséquences avec Fabienne Colas et Jean-Alix Holmand, L'innocence avec Bénita Jacques et Myriame Jean (voir la bande-annonce) et Pataswèl (bande-annonce) de Fayolle Jean avec Numa Innocent, Maguy Volant, Yannick Dutelly.

Jean-Christophe Laurence, La Presse
Publié en avril 2006

medium_wilbrodestimable.jpgSamedi après-midi dans le quartier Saint-Léonard. Au deuxième étage de l'immense complexe Leonardo Da Vinci, la petite salle de cinéma est bondée. Et il y a de l'ambiance. Ça rigole, ça réagit, ça va et vient dans les allées. Raison de tout ce brouhaha: on est venu voir la première de Gason Makoklen, un film en créole entièrement tourné à Montréal par le réalisateur d'origine haïtienne Wilfort Estimable. En complément: Le cinéma haïtien: actif et dispersé >> Dossier: À la découverte des clubs vidéo ethniques de la métropole Son nom ne vous dit peut-être rien, mais Wilfort Estimable est un des réalisateurs les plus productifs du cinéma québécois! Gason Makoklen est son troisième film, mais il compte en réaliser une dizaine d'autres, rien qu'en 2006! Enfin... film est un bien grand mot. Le cinéaste préfère humblement parler de «feuilletons». La facture vidéo -plus télé que cinéma- en témoigne. Ces «feuilletons», explique-t-il, seront projetés en salle une fois par mois pendant toute l'année, pour combler l'absence d'une chaîne de télé spécialisée pour la communauté haïtienne de Montréal. N'empêche. Vidéo ou pas, il existe bel et bien une petite industrie du cinéma haïtien à Montréal. Et selon ceux qui en font partie, elle serait en pleine explosion. En 2006, on prévoit qu'une dizaine de films haïtiens seront tournés dans la métropole. C'est déjà cinq fois plus qu'en 2005. Un festival de cinéma haïtien doit par ailleurs être organisé du 15 au 24 septembre prochain, à l'initiative de Fabienne Colas, star du cinéma haïtien établie à Montréal. «Quand je suis arrivé à Montréal en 1990, il n'y avait rien en cinéma au niveau de la communauté haïtienne, dit Rony Siméon, cameraman pour les Productions S.E.S. Mais là, on dirait que les gens se réveillent. Tout le monde essaie de faire quelque chose.» Attention, on ne parle pas ici de Dany Laferrière, qui évolue dans un circuit plus institutionnel. À Montréal, l'industrie du cinéma haïtien est un monde parallèle, pour ne pas dire underground. Les films de fiction se font sans subvention, avec des budgets dérisoires et du matériel de deuxième ordre. Faute de moyens, on use de débrouillardise. Les acteurs sont souvent des amis d'amis, un cousin ou une belle-soeur trouvés, bien sûr, en dehors de l'UDA (Union des artistes). Les films sont tournés dans l'appartement du réalisateur ou de ses parents.
Forcément, les résultats ont un gros côté amateur. Mais tous les éléments sont réunis pour que la machine se développe. Le milieu peut compter sur des réalisateurs, des scénaristes, des producteurs, des distributeurs, des points de vente et même un petit «star-system», dont Fabienne Colas est la figure de proue. Va sans dire, tout ce beau monde ne gagne pas sa vie avec le cinéma. De jour, ils travaillent dans la construction ou comme agents de sécurité. Il faut bien (sur)vivre. Mais les soirs et les fins de semaine, ils tournent.
medium_makoklen.jpgAvec tout ça, il ne faut pas oublier le public d'origine haïtienne, qui consomme ces films en masse, sans se formaliser du jeu approximatif des comédiens ou de la facture technique. Certains se déplacent en salle, mais la grosse majorité, plus axée sur le cinéma maison, se rabat sur le DVD.
Les films tournés à Haïti restent les plus appréciés. «Question de nostalgie», dit Wilfort Estimable. Mais l'intérêt grandit progressivement pour les productions locales.
La qualité des films s'améliore. Les acteurs sont issus de la communauté. Les histoires traduisent une réalité montréalaise. «Brusquement, les gens pensent que ça vaut le coup», résume Clovis Cadet, coporpriétaire de Divertimax, entreprise spécialisée dans la distribution de films haïtiens.

Un problème...
Malgré tout, la vie n'est pas rose dans le monde du cinéma montréalo-haïtien... Le problème du piratage et les budgets de crève-faim restent des freins majeurs à son développement.
Il faut savoir que dans le milieu, tout le monde essaie de «faire la piastre». Si certains jouent selon les règles, plusieurs petits détaillants se font une spécialité de vendre des DVD copiés en douce, à prix nettement inférieur. Selon Wilfort Estimable, qui lutte ouvertement contre ce fléau, 95 % des recettes d'un film haïtien iraient directement dans les poches des bootleggers. Rien pour donner confiance aux producteurs, qui appréhendent les pertes financières.
En 2004, Wilfort Estimable et la maison Divertimax ont lancé la campagne «DVD mauve» pour sensibiliser la communauté. Des petits films d'information ont été tournés avec Réginald Lubin, une grosse star du cinéma haïtien. La Régie du cinéma est même venue mettre un peu d'ordre dans ce bordel, normalisant par-ci, estampillant par-là.
Résultat: le piratage a diminué... mais pas disparu. Pour Wilfort Estimable, la bataille ne fait que commencer. Le cinéaste de 29 ans compte prendre les grands moyens pour enrayer le problème. «On n'a pas le choix de légaliser tout ça», lance-t-il, en évoquant d'éventuelles poursuites en justice.

Et un autre...
Mais il en faudra plus pour que le cinéma haïtien sorte de son sous-sol. Le budget moyen d'une production haïtienne tourne autour de 30 000 $. Difficile, dans ces conditions, de rivaliser avec les grosses productions «québécoises» comme C.R.A.Z.Y. ou Maurice Richard, qui ont coûté autour de huit millions.
Demander des subventions? Pas vraiment. Conscients de leur profil «hors norme», mal à l'aise avec la bureaucratie, et, surtout, très impatients de tourner, les cinéastes haïtiens préfèrent trouver leur financement ailleurs: banques, économies personnelles, avances des distributeurs ou commanditaires de maisons de transfert d'argent.
C'est le cas de Jean-Alix Holmand, réalisateur du film Convoitises, lancé l'automne dernier. Tourné en HD, avecmedium_Fabiennec.jpg un «gros» 100 000 $, Convoitises est le film le plus coûteux de la jeune histoire du cinéma haïtien à Montréal. Ancien champion de judo reconverti dans le cinéma, Holmand a tiré un maximum de ficelles pour boucler son budget. «J'ai eu l'aide de quelques commerçants, mon ex-blonde a investi des sous, les acteurs ont travaillé pour un cachet minimum et... j'ai dû faire beaucoup de choses moi-même, comme le montage, dit-il, impassible. Les subventions? Il y a trop de compétition. Et moi, je voulais vraiment faire du cinéma. Je ne voulais pas attendre, je n'aime pas l'incertitude.»
Son audace a fini par payer puisque Convoitises sera présenté la semaine prochaine au Festival Vues d'Afrique. Pour un film haïtien fait ici, ce sera une première incursion dans un circuit plus «mainstream».
Cela dit, on est encore loin d'une projection au Paramount. Tant que certains standards techniques et professionnels ne seront pas respectés, le cinéma haïtien de Montréal ne dépassera pas les frontières de sa communauté.
Heureusement, cette petite industrie peut se rabattre sur un autre marché, beaucoup plus vaste: celui de la diaspora (voir autre texte). D'ici quelques mois, Convoitises et Gason Makoklen seront vus par des Haïtiens de Miami, New York et Port-au-Prince. Ce n'est pas Maurice Richard qui pourrait se payer ça!

FILMOGRAPHIE
Six films de fiction réalisés à Montréal
CONVOITISES (Jean-Alix Holmand), TOUCHE PAS À MON HOMME (Jean-Rony Lubin), LA PESTE DE L'AMOURmedium_touche_pas.jpg (Jephté Bastien), QUARTIER SANS ISSUE (Gervais Germain), JEUNESSE DANS L'OMBRE (Wilfort Estimable, Frantz St-Louis, Rony Siméon), CONTROVERSES (Wilfort Estimable).

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