13.05.2009

Quand le voile se lève sur Gary Victor

Collaboration spéciale

Je dois le confesser. Je suis de ceux qui ont commencé très tard à lire les auteurs haitiens, du moins ceux qu'on n'était pas obligé de lire à l'école. Je suis un lecteur boulimique, je l'ai toujours été.  Et aussi curieux que cela puisse paraitre, j'ai lu mon premier roman de Gary Victor grâce à un Québécois voilà à peu près cinq ans. La piste des sortilèges reste depuis lors l'un de mes romans préférés, toutes catégories confondues. Le diable dans un thé à la citronnelle est aussi l'un de ces romans dont la lecture m'a laissé une sensation de plénitude. Mais mieux encore, une étrange curiosité m'a fébrilement poussé vers les auteurs haitiens et aussi vers une forme de littérature que j'ai longtemps négligée, celle des auteurs noirs de ce monde, les Maryse Condé, Toni Morrisson, Edwidge Danticat,  Ousmane Sembène, Dany Laferrière et tant d'autres.

La Grande Bibliothèque de Montréal regorge de cette littérature qui fait mes délices depuis quelques années et me renseigne sur une autre facette de ce pays qui est le mien et de cette race à laquelle j'appartiens.

J'éprouve un immense plaisir à publier avec l'autorisation du staff de Roroli, cette entrevue de Gary Victor.

Vallès

 

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Romancier et auteur prolifique de plus d'une douzaine de romans et recueils de nouvelles, Gary Victor se démarque de la plupart des auteurs de sa génération en embrassant un style d'écriture tourné vers les jeunes et les enfants, un lectorat souvent négligé en Haïti. Nombreux des personnages qu'il a créés font maintenant partie de notre folklore national. En effet, qui ne connait pas Albert Buron, ce politicien exotique qui ressemble comme deux gouttes d'eau à plusieurs de nos dirigeants actuels et passés? Qui n'a pas entendu parler de Piwouli, cet élément de la classe moyenne dont les agissements constituent un reflet fidèle des mœurs et tares de notre société machiste? Et que dire de Sonson Pipirit, ce délinquant dont la ruse et la débrouillardise n'ont d'égale que la misère crasseuse dans laquelle il évolue. Sa série de contes pour enfants ''Djamina'' a également connu un succès incontestable. En Haïti où il représente un véritable phénomène éditorial, ses livres s'écoulent comme des petits pains et certaines de ses œuvres ont fait l'objet d'adaptation pour la télévision, le cinéma et le théâtre.

Gary Victor a accepté de nous rencontrer pour une entrevue-fleuve dans laquelle il nous raconte son cheminement. De sa plus tendre enfance à l'écriture de son dernier roman. Il nous raconte tout, sans rien omettre. C'est à la découverte de cet auteur extraordinaire que nous vous invitons à partir aujourd'hui...

Jean-Robert Duprat


Roroli - Monsieur Victor, pouvez-vous vous présenter et nous parler un peu de l’homme que vous êtes?

Gary Victor:
Eh bien, avant tout je suis écrivain, mais j'aime plutôt me dire artiste. Je suis né et j'ai grandi à Port-au-Prince, tout ce que j'aime se trouve ici dans cette ville. J'ai fait des études classiques au Collège Canado Haïtien et après le secondaire, j'ai entrepris des études en agronomie ici en Haïti. Pendant un certain temps, j'ai travaillé comme fonctionnaire au Ministère de la Planification, mais je dois mentionner que j'étais encore étudiant en agronomie quand j'ai publié mes premiers textes dans un journal de l'époque qui s'appelait "Le Nouveau Monde''. Au fil du temps le métier d'écrivain a pris le dessus sur celui d'agronome et depuis quelques temps je ne suis qu'écrivain.

Il faut dire que je suis journaliste aussi. J'ai publié pas mal de chroniques dans les colonnes de journaux et aussi sur les ondes de radios de la place. "La politique de Buron", une de mes chroniques, a eu beaucoup de succès à Radio Métropole, tout comme ''Piwouli'', un feuilleton télévisé que j'ai eu en ondes, sans parler des romans, textes, contes et nouvelles que j'ai publiés. Donc avant tout, je suis un créateur.


Roroli – Quel type d’enfance avez-vous eue? Dans quel environnement avez-vous grandi?

G.V:
J'ai grandi à la frontière, dans un quartier qui était entre le bidonville et la classe moyenne. Je jouais même au foot avec les jeunes du bidonville et je peux dire que cet environnement dans lequel j'ai grandi m'a beaucoup marqué.


Roroli – Comment s’est effectuée votre entrée dans le monde littéraire? Avez-vous eu des membres de votre famille à avoir exercé le métier d’écrivain?

G.V:
Pour ça oui! Mon père était instituteur et sociologue et il a publié pas mal de Journaux de sociologie et ma mère elle, était une lectrice extraordinaire. En fait j'ai grandi dans un environnement où le livre était très présent. Il y avait une bibliothèque chez moi, je me suis donc familiarisé très tôt avec les livres. A force d'être dans l'univers des autres, j'ai eu envie d'écrire mes propres histoires. La suite a donc été naturelle.


Roroli – Quels sont les auteurs qui vous ont influencé dans votre jeunesse?

G.V:
Ici, il est important que je mentionne que dans ma famille, il y avait toujours un conflit de lecture. Mon père était le type même de l'haïtien traditionnel qui ne lisait que les romans très sérieux, tandis que ma mère lisait de tout, même si elle avait une préférence pour les romans populaires. Ceci dit, je crois qu'à ce niveau ma mère m'a beaucoup influencé. Très tôt j'ai commencé à lire les romans populaires français. J'ai lu Paul Féval, Notre Dame de Paris de Victor Hugo, j'ai lu Alexandre Dumas, les grands romanciers anglo-saxons, pour ne citer que ceux-là. Ce sont donc ces auteurs qui, tout jeune, m'ont influencé et les types de lecture de mon père un peu plus tard ont amélioré ma production.


Roroli – Vous n’avez cité aucun auteur haïtien ? Pourquoi?

G.V:
C'est tout simplement parce que pour moi il n'y a pas d'auteurs haïtiens à lire quand on est jeune. C'est seulement maintenant qu'on constate un certain progrès dans le sens de la littérature de jeunesse. Un jeune de 13 ou 14 ans ne trouve aucun plaisir à lire Jacques Stephen Alexis ou Jacques Roumain puisqu'à cet âge on ne lit que pour en tirer du plaisir. Il y a une littérature pour chaque âge, mais en Haïti il fut un temps où un écrivain qui se risquait à écrire pour les jeunes voyait son œuvre disqualifiée. Heureusement que ça tend à changer aujourd'hui, et qu'il y a des auteurs comme Danny Laferrière qui prennent cette voie. Les jeunes de mon temps n'ont pas eu cette chance et malgré l'insistance de mon père, je n'ai commencé à lire Jacques Stephen Alexis qu'en Rhéto, vers l'âge de 17 ans.

Roroli – Quel texte considérez-vous comme votre première œuvre? A quel âge l’avez-vous publié?

G.V: A mon avis, mes premiers textes sérieux sont ceux que j'ai publiés dans Le Nouvelliste et que je considère jusqu'à présent comme extraordinaires. Parmi eux, il y a cette nouvelle que j'ai écrite dans les années 1979-1980 et que j'aime particulièrement : "Quand la planète t'appartiendra''. Je compte d'ailleurs publier un recueil où je reprends tous mes premiers textes, les meilleurs et mes préférés jusqu'à présent.


Roroli – Vous avez créé beaucoup de personnages qui font maintenant partie du folklore haïtien : Albert Buron, Sonson Pipirit, Piwouli, pour ne citer que ceux-là. Parlez-nous un peu de ces personnages?

G.V:
Le premier texte d'Albert Buron que j'ai publié, c'était au ''Nouveau Monde'', bien avant Le Nouvelliste. Ce personnage est tiré du texte ''l'Art d'être intellectuel'' et c'est le portrait d'un intellectuel qui se dit communiste mais n'accepte pas d'écouter de la musique haïtienne sur le F.M. Stéréo. Il débitait des absurdités du genre : ''La musique de Coupé Cloué est trop populaire pour qu'il l'écoute'' etc.

La fréquentation de ce type d'intellectuel et celle de hauts fonctionnaires de l'administration publique où je travaillais sous la présidence de Duvalier m'a fourni des pistes pour camper ce personnage avec plus de réalisme encore.
Pour Piwouli, ça a été un petit peu plus compliqué car il s'agissait en fait de créer un couple, un homme et une femme de la classe moyenne avec toutes leurs lubies, la folie de pouvoir, la folie de réussite, les problèmes de couleur etc. L'idée en somme était de parler des problèmes de la société haïtienne à travers leurs éternelles discussions.


Roroli – Dans vos textes sur Albert Buron, vous présentez beaucoup de satire sociale. Les tares de nos hommes politiques et de nos aspirants dirigeants y sont décrites avec beaucoup de verve et de réalisme. Cette description sans fard d’une certaine classe politique de notre pays ne vous a jamais causé d’ennuis avec des hommes au pouvoir ou aux abords du pouvoir qui se sentaient visés par vos flèches?

G.V:
A franchement parler, je me suis souvent posé des questions à ce sujet car si l'on considère ce que j'ai fait avec Albert Buron dans ce texte que j'ai écrit sous Duvalier et qui s'intitulait ''Une bibliothèque pour Albert Buron'', c'était assez pour me causer de gros ennuis et peut-être même m'envoyer en prison. Ce texte qui parle d'un fonctionnaire de l'État, un ministre nommé à l'Éducation Nationale, qui détruisit une bibliothèque pour en faire son bureau, a provoqué d'énormes scandales. Et je dois avouer que quelque part ça m'a desservi puisque dans le milieu professionnel on ne voulait pas de mes services par crainte d'avoir des ennuis politiques à cause de moi, et ceci quand bien même je fus compétent. Je me rappelle m'être fait refuser un emploi trois jours après l'avoir obtenu, tout simplement parce que les supérieurs ne voulaient pas avoir à faire à moi. C'est les retombées du métier quoi! Y'a des gens qui vous aiment et d'autres qui ne vous aiment pas.

Il me reste tout de même une satisfaction de taille, c'est que mon travail a été jugé par tout le monde comme un travail indépendant puisque n'ayant été basé sur aucune ambition politique et ne défendant aucun parti. Pour un écrivain, je vous assure que ce n'est pas peu.


Roroli – Vous avez à une certaine époque intégré le gouvernement du Président Jean-Bertrand Aristide. N’avez-vous pas craint, à cette époque, d’être étiqueté et de ressembler aux personnages que vous dénonciez?

G.V:
Pour moi, ce fut une expérience enrichissante, j'ai appris beaucoup de choses, même si ce fut par moments un peu difficile. Je m'en rappelle encore, c'était en 1991, sous le premier mandat du président Aristide. J'étais nommé directeur général du Ministère de la Culture et tout le monde s'attendait à ce qu'on réalise de grandes choses, à ce que le pays change, c'était l'euphorie totale en fait. Mais j'ai su pendant les 5 ou 6 mois que j'ai passés au poste, garder mon indépendance, sachant que le poste était technique et non politique, même si dans la pratique, les deux avaient tendance à se confondre. Donc tout ceci c'est pour dire que je l'ai bien vécu.


Roroli – Le métier d’écrivain est-il rentable en Haïti?

G.V:
Rentable en Haïti, non. Mais il y a tout de même un grand intérêt pour la lecture. De part mon expérience avec les clubs littéraires, j'ai pu constater que le problème réside dans le fait que les jeunes ne disposent pas d'argent pour se procurer des livres de lecture, même si l'engouement est là. De plus, dans un pays comme le nôtre, le maximum d'exemplaires que l'on peut vendre est de mille (1000), et là encore, c'est dans des conditions difficiles. Donc si l'on se borne à n'écrire que des romans, ce sera un peu compliqué car le métier ne devient rentable qu'à condition de connaitre sa diversité et d'en profiter. Un écrivain par exemple peut travailler à la télé, à la radio ou au cinéma. Tous les grands scénarios de films ont été rédigés par des écrivains et en ce qui me concerne, j'écris des feuilletons d'éducation civique pour des ONG, entr'autres choses. Notre métier est de concevoir, d'inventer, donc à nous de chercher les moyens de le rentabiliser, ce, malgré les difficultés du pays.


Roroli – Vous animez actuellement une chronique dans les colonnes du Nouvelliste, parlez-nous-en un peu.

G. V:
En effet, sur demande de Max Chauvet, le directeur du journal Le Nouvelliste, j'ai une rubrique (''Sur la corde raide'') dans ce même journal, et je dois dire que ce qui me plait dans cette chronique, c'est la liberté d'expression qui s'en dégage et les discussions diverses qu'elle soulève. Cela prouve que la chronique est intéressante. Toutefois, j'essaie toujours de garder cette indépendance qui me caractérise, quoique je sois quelque part engagé aussi. A mon avis, à la minute où l'on énonce clairement son opinion, on s'engage. Je me considère donc comme engagé, même si je ne le suis que par rapport aux choses courantes et non à la politique.


Roroli – De toutes les œuvres que vous avez écrites, laquelle vous a le plus marqué? Laquelle avez-vous pris le plus plaisir à écrire? Et combien d'ouvrages avez-vous jusque-là publié?

G.V:
Wow! Là c'est difficile de répondre! Je suis à une centaine de nouvelles déjà et une huitaine de romans, donc vraiment ça va dépendre de ce qui est dégagé dans le texte.

Le roman auquel j'ai pris délibérément du plaisir à l'écriture, c'est ''La piste des sortilèges''. Au niveau des difficultés créatrices, je citerais ''Banal Oubli''. L'autre texte qui m'a marqué pour m'avoir donné des sueurs froides en ce qui a trait à ma sécurité, vu la conjoncture du pays à l'époque de sa sortie, c'est ''A l'angle des rues parallèles''. Au niveau personnel maintenant, c'est ''Le cercle des époux fidèles'', qui traite de ma vie privée et est un texte rempli d'émotions. Le tout dernier sur lequel je travaille, ''Saison de porcs'', mon 9e roman, me marque particulièrement pour la difficulté que je rencontre dans son écriture et sa conception. Donc d'une certaine manière, chacun de mes textes m'a marqué.


Roroli – Dans la plupart de vos romans, vous accordez une part importante au vodou? Quelle est la raison de ce choix ?

G.V:
Moi je ne parlerais pas de Vodou en soi parce que dans mes écrits il n'est en aucun cas question de rituel. D'ailleurs je suis anti-religieux. Je travaille plutôt avec l'imaginaire vodou pour nous rappeler notre réalité et notre mentalité afin que nous ne nous en éloignions pas. Certaines personnes se disent protestantes ou catholiques, mais vivent avec cette mentalité Vodou que nous avons en Haïti. Elles sont interpellées sans s'en rendre compte et moi je veux juste chercher un moyen à travers mes textes de nous enlever cette mauvaise habitude de nier quelque chose à laquelle nous appartenons. Je n'ai pas d'autres prétentions.

Roroli – Quelle est la recette, le cheminement à suivre pour l’écriture d’un roman à succès?

G.V: L'artiste dans l'âme que je suis, quand il écrit, il ne pense pas au succès, ni même au public. Pour reprendre la première personne, je pense qu'en tant que grand lecteur moi-même, pour que mes histoires plaisent, il faut d'abord que moi j'y prenne plaisir. Donc à mon avis, la clé du succès pour l'écriture, c'est de prendre plaisir dans ce que j'écris, tout en étant vrai. Toute imposture se remarque et l'écrivain en ce sens se doit de faire ressortir le vrai afin de plaire. La force d'un romancier se trouve dans sa capacité à traiter de ce qui est vraisemblable.


Roroli - Quand et comment trouvez-vous votre inspiration?

G.V:
Je n'écris pas la nuit, c'est là ma grande difficulté. Il y a des fois où je m'enferme toute une journée pour écrire et si je suis en milieu urbain, il est une condition sine qua non que je m'enferme quelque part. Quant à ma source d'inspiration, elle découle de ce que je vois, ce que j'entends, ce qui me fait mal, n'importe quoi qui me capte, mais tout dépend aussi des moments et de leur intensité.


Roroli - Êtes-vous proche d'un mouvement littéraire ou d'un écrivain haïtien en particulier?

G.V:
Je ne suis proche d'aucun mouvement de la littérature haïtienne et je dois avouer que je n'ai aucun modèle non plus, quoique Jacques Stephen Alexis et Justin Lhérisson furent deux auteurs que j'ai beaucoup aimés. Je suis plutôt penché vers les textes pourvus de fantaisies, or, dans notre littérature il y en a très peu. Il n'y a que dans les textes de Dany Laferrière que cette touche de fantaisie est présente. Il y en a même beaucoup et je crois que c'est la raison pour laquelle très peu de gens le lisent. Mais moi c'est exactement pour ça que ses écrits ne me laissent pas indifférent.


Roroli- Avez-vous des textes, des projets d'écriture en cours ? (à part ''Saison de Porcs'' bien sûr).

G.V:
J'ai beaucoup de textes que j'aimerais terminer. Par exemple un roman d'anticipation traitant d’une crise entre Haïti et la République Dominicaine dans une trentaine d'années. Ma foi, cela fait au moins 4 ans que j'essaie, mais ce que je projette est tellement cauchemardesque que je ne me résigne pas encore à finir le roman en question. Je n'ai jamais écrit de roman qui décrive une Haïti meilleure parce que je préfère rester dans la réalité et faire comprendre aux haïtiens que si rien n'est fait, nous nous enfoncerons davantage.


Roroli- Et vous diriez que l'écriture prend du temps?

G.V:
Pour ça, oui. Concevoir l'idée dans sa tête, ensuite transcrire cette idée première, sans correction et même sans aucune structure, pour finalement tout reprendre, cela prend énormément de temps. Comme a dit l'autre, vingt fois sur le métier, il faut remettre et remettre encore son ouvrage, le polir et le repolir sans cesse.


Roroli- Bien! Mais que faites-vous en dehors de l'écriture? Parlez-nous un peu de l'homme qui se cache derrière les œuvres que nous connaissons.

G.V:
Quand je n'écris pas, je m'adonne à la lecture, évidemment. Mais à part ça, je m'entretiens avec des amis. Je me sens quand même un peu vide car en Haïti, il n'y a pas grand-chose à faire. En matière de nourriture, je suis très éclectique et je n'aime que ce qui est bon, les pâtes par exemple. Je viens d'avoir un 5e enfant et je me suis remarié il y a tout juste un an. Je suis à mon 3e mariage.


Roroli - Roroli vous remercie Mr.Victor.

G.V :
Merci à vous également, ce fut un plaisir.


Le voilà, notre Gary Victor, l'illustre écrivain contemporain dont l'œuvre abondante et diversifiée nourrit et amuse tant d'esprits amants des belles lettres.  En 19 questions, il nous a fait le bilan de son œuvre, de sa philosophie, bref, de sa vie en vrac.

"Action devra être prise", avance cet homme dont le talent n'a d'égal que la gentillesse, pour pouvoir palier l'inactivité de toute une association d'écrivains actuellement existante.

Vous n'avez pas encore lu Gary Victor? Il est encore temps de vous rattraper!


Propos recueillis par Jean-Robert Duprat et Yves-Marie Duprat le 7 mars 2009

 

02.05.2009

Interview Dener Ceïde

Collaboration spéciale

Version originale publiée sur Panibri

Dener.jpgPORTRAIT

Quelle autre casquette portes-tu, hormis celle de guitariste ?
Je chante, compose, arrange, produis, je joue de divers instruments. Je touche à tout ce qui concerne la musique.

Joues-tu d’un autre instrument que la guitare ?
Je peux jouer de la basse, des congas, de la batterie, des percussions, du piano. Je ne suis pas pianiste, mais j’en joue, je me débrouille. C’est pas comme la guitare. Quand je compose j’utilise le piano.

As-tu une marque favorite, un modèle fétiche de guitare ?
Cela dépend du style. Pour du compas, du blues, du rock j’aime la fender stratocaster ; pour du jazz je prends une Ibanez (que j’adore) de signature Georges Benson. Je suis à l’aise en concert avec la Fender ; chez moi c’est l’acoustique.

Tu joues dans quasiment tous les styles (jazz…), y en a-t-il un que tu affectionnes plus qu’un autre ?
Yeah. J’aime le World Beat Music (compas, rythmes africains..). It’s like mixtures. J’aime les mélanges, mwen annuyé fasil. J’aime la créativité. J’adore le compas mais je pense que j’ai beaucoup d’avenir, je peux mieux m’exprimer dans le World Beat. J’aime m’adapter à des choses nouvelles. Je sais m’adapter.

Aimes-tu autant interpréter que jouer ou la guitare à ta préférence et de loin ?
Yeah. Le chant pour moi, des fois, a une signification profonde. Je peux pénétrer le cœur des gens avec ma guitare mais quand on dit les choses avec une mélodie c’est quelque chose que tu ressens au plus fort.

Pourquoi ne chantes-tu pas plus souvent ?
Je chante, je chante (rires). Je chante dans Tabou Combo (Chelbè).

Personnalité : quelles qualités te caractérisent ?
(Longue pause réflexive) J’ai beaucoup de tics. Quand j’aime quelque chose je voudrais que ça soit parfait. Je suis perfectionniste dans un sens et c’est un peu la raison pour laquelle mon album n’est pas encore sorti. J’aime être satisfait des choses. Je suis difficile à plaire et à me plaire. Je connais plus mes défauts que mes qualités.

Quels sont tes défauts alors ?
« Piki ». J’ai tellement de défauts que je ne sais par où commencer. Je suis toujours en attente de la suite.

Que considères-tu chez toi comme un talon d’Achille, une faiblesse (dans le domaine de la musique) ?
Oh je suis trop sentimental. Je suis fragile de cœur. Par exemple, hier Shoubou a fait une fête pour l’anniversaire de Kapi pour lui montrer comment il l’apprécie et ce geste m’a touché, m’a fait monter les larmes aux yeux. J’aime les choses profondes, qui ont une signification qui viennent du cœur. Certaines fois, je devrais être plus ferme, plus fort, car cela m’affecte, affecte ma vie. Pourtant, c’est aussi un cadeau, quand je compose, quand je joue. Je suis un peu catégorique des fois.


DU CÔTE INTERNATIONAL

Comment et depuis quand en es-tu arrivé à tourner avec le groupe jamaicain de reggae Inner Circle ?
Cela a été une bonne expérience, mais j’ai arrêté de tourner avec eux il y a longtemps. Je travaille avec des artistes américains. Je viens de finir de jouer sur l’album d’une artiste que produit Missy Elliot, qui va faire du bruit. 

Dener_shoubou.jpgPourquoi es-tu avec Tabou Combo ?
Pour plusieurs raisons. J’aime Tabou Combo et j’aime mon pays. Quand Ralph a laissé le groupe pour rejoindre New Look, je me suis dit pourquoi pas. Tabou Combo c’est comme un patrimoine national. On doit protéger ce patrimoine. J’y suis à l’aise ; ils ne jouent pas le Compas comme les autres. Ils sont créatifs et me laisse m’exprimer. Je m’adapte à leur style que je respecte. La musique c’est la musique.


DES COLLABORATIONS

« Première danse » de Nickenson Prud’homme : une collaboration issue d’une amitié ou est-ce simplement un travail à la demande ?
Nicky c’est un ami de longue date. Nous sommes deux innovateurs. On a voulu créer quelque chose, on voulait essayer quelque chose. Nous avons une très bonne harmonie. Pour moi c’était vraiment le plaisir de jouer de la musique et de composer des belles chansons.

« Déception » : une histoire vraie ?
(rires) ouais. C’est un ami à moi qui a vécu quelque chose. J’en parle dans cette chanson.

« Déception » : Cette chanson t’a-t-elle fait connaître un peu plus au niveau du public selon toi ?
Je ne sais pas, je ne pense pas. Quand on ne chante pas, on ne sait pas que l’on est l’auteur-compositeur de la chanson. Sauf quand Nicky le mentionne. Je pense que le public reconnaît le chanteur : N. Prud’homme. On me reconnaît quand je joue, quand je chante moi-même.

Je pense que certaines personnes m’apprécient, apprécient mon style. Je ne pense pas qu’ils ont une raison particulière de le faire. C’est ma « vibe ». Certains me suivent parce qu’ils pensent que j’ai du talent. Selon moi, je n’ai rien fait de « wow » ; je ne me vois pas comme quelqu’un qui a fait « quelque chose ».

« Fété » : l’inspiration est-elle due en rapport avec un souvenir d’enfance ? avec un lieu particulier ?
C’est comme un rêve de ce que je voulais vivre et que j’ai décris. C’est personnel. Je suis vraiment personnel avec ma musique. Il est très rare que j’écrive quelque chose qui n’est pas en relation avec ma vie. Dans « Fété », il y a un peu de vérité, de réalité car j’ai vécu en Haïti où j’ai passé de très bons moments pendant les vacances. J’ai voulu mettre en mots ce que je voulais vivre en Haïti.

Une chanson favorite sur « Première danse » ?
« Mélodie », car dedans j’y ai fait un skat, un moment sacré pour moi parce que j’ai trouvé quelque chose qui m’a touché, dans le solo. Elle me fascine.

« Ur secret » (2007 en collaboration avec N. Prud’homme) : paraitra sur ton album ?
C’est sur l’album de Harmonick ! Harmonick c’est comme mon bébé. Si il y a 14 titres sur le cd, il y en a 10 sur lesquels je suis auteur, compositeur, arrangeur. Harmonick, c’est vraiment le bisness de Nickenson mais le concept on l’a travaillé ensemble car Nicky c’est mon ami. Je voulais qu’il soit « bien emballé », satisfait. Je suis très souvent auteur ou co-auteur de Nicky.

Coûtes-tu cher ?
Je suis un artiste avant tout. Bien sûr l’argent importe : si j’aime quelque chose je peux le faire gratuitement ; de même que je peux demander beaucoup d’argent. Cela dépend aussi de la personne avec qui je travaille. Ce qui est primordial c’est que je dois aimer.

J’avais l’habitude de travailler avec des gens juste pour faire de l’argent mais ça n’a pas marché. Il faut ressentir et aimer ce que l’on fait.


PLANS DE CARRIERE

Toi et le Compas : si cela va bien sur la scène internationale, est-ce utile de faire du Compas ?
Je ne sais pas. Mon rêve est d’emmener le Compas plus haut, plus loin. Je suis sûr qu’un jour je vais être reconnu internationalement. Je suis sûr qu’un jour je vais jouer dans des milieux différents ; j’irai loin je le sais, mais je continuerai à jouer du Compas, c’est la musique du terroir.

Album solo : est-ce un projet pour bientôt ? des influences multiples ?
Je suis très pris. Mes musiques sont là, il faut simplement finaliser les choses. Je ne veux pas que mon album soit distribué avec une bonne promotion. Je vise aussi la pénétration de d’autres marchés (anglais, africains…). Je cherche toujours à faire des contacts avec des gens qui peuvent m’aider. Mon album ne sera pas uniquement compas car j’ai subi diverses influences. J’aime les défis, j’ai un rêve, c’est pour cela que j’ai refusé bien des offres qui m’ont été faites (y compris Harmonick). Je n’aime pas être restreint, enfermé. J’aime être moi-même à 100%.

Un « Compas-reggae » te tenterait ?
Non. J’ai essayé au début de « Jéré’m ». Je voulais essayer d’intégrer le concept reggae.

Et si au cours des mois à venir c’était ta voix, au détriment de ton talent de guitariste, qui était mise en avant, cela serait-il une déception pour toi ?
Non. Je me sens à l’aise en chantant comme un joueur (rires). J’aime chanter, j’aime jouer, j’aime la musique.

Quels seront les prochains faits marquants pour toi ?
Je travaille sur la production de l’album de Tabou Combo. Ils m’ont appelé pour y toucher une touche nouvelle.

Un grand merci à Dener Ceide pour cet échange convivial.

Propos recueillis par Lana

Photos: Vallès Latry (Nationsoleil)

23.04.2009

Dadi Beaubrun, l'interview

Collaboration spéciale

J'aimerais partager avec vous cette entrevue réalisée pour le compte de Roroli par Richarson Dorvil avec le génial Dadi Beaubrun. Réalisée en créole, les gars de Roroli ont gentiment accepté que je la traduise en français afin d'en faire profiter un plus grand nombre de lecteurs de l'espace francophone. Dadi se livre librement, sans ambages, sans fioritures. Découvrez l'univers de ce magicien de la musique.

Lire la version originale créole sur Roroli.

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Peux-tu te présenter à ceux qui ont l’habitude de te voir, de t’écouter, mais qui ne te connaissent pas vraiment?
Je suis Daniel Beaubrun, « Dadi », fils de Théodore Beaubrun, alias « Languichatte »*, petit frère de Marjorie et de Théodore Beaubrun Jr « Lòlò ». Je suis né un 14 octobre et j’ai grandi dans une famille d’artistes. À l’instar de mon père, ma mère, Luce Améris Beaubrun, fut aussi actrice, danseuse et chanteuse. Elle fut la première partenaire de Languichatte et son personnage s’appelait Lina. Plusieurs de mes oncles et tantes se sont également essayés à la chanson et au théâtre.
Et d’aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu de la musique et du théâtre à la maison, c’était aussi le lieu de répétition de mon père. L’une des choses dont je me souviens et qui a marqué mon enfance est la fierté qu’éprouvait mon père vis-à-vis de la culture haïtienne et de la langue créole. Mon père fut le premier à animer une émission en créole à la radio, parmi les plus prestigieuses stations de l’époque. Ce qui en soi était un exploit. La jeune génération doit comprendre que dans les 40-50, la discrimination faisait rage au pays. Sans mon père, Boukman Eksperyans n’aurait jamais existé.
J’ai fait mes études primaires au Petit séminaire Collège St-Martial et mes études secondaires au Prospect Heights High School de New York. Puis je fus parmi les étudiants qui inaugurèrent la première promotion de musique électronique au Queensborough Community College à New York. Actuellement, je suis inscrit au Certified teacher program au St. Francis College où je compléterai dans deux mois un programme d’études professionnelles en éducation dans l’État de New York.

Tu chantes, tu joues à la basse et à la guitare, dans lequel de ces rôles tu te sens le plus confortable?
J’ai une connexion particulière avec la basse, car la basse est la colonne vertébrale de la musique. C’est à travers cet instrument que je développe le son de la musique Rasin, le son qui a fait la marque de Boukman Eksperyans. Sur certaines pièces, je préfère jouer à la guitare dépendamment de la façon dont elle est écrite. Mais dans les pièces style Rara, je préfère jouer à la basse. Cependant, je suis aussi confortable dans les deux rôles.

Parles-nous un peu de l’expérience Boukman
Je suis membre fondateur du groupe. Dans le temps, j’ai été arrangeur/producteur et compositeur/maestro du groupe. L’aventure a commencé par la création du groupe en 1978, j’étais encore un gamin.. lol. Peu de gens saisissaient le sens du mouvement qu’on avait initié. Beaucoup d’obstacles se sont dressés sur notre chemin à cause du style de musique qu’on tentait de développer. Il faut comprendre qu’à l’époque, la musique vaudou était mal vue et beaucoup cherchaient à la dévaloriser, à la diaboliser même. Cela dit, lorsqu’un groupe se présente sur scène avec trois tambours vaudou, imaginez le choc. Nous avions délibérément écarté la batterie car non seulement il était difficile de trouver un batteur capable de s’adapter à notre style musical, mais je voulais aussi changer le format. Au lieu d’un tambour qui accompagne la batterie, j’ai opté pour l’inverse parce que le tambour est au cœur de la musique rasin et donc des rythmes traditionnels.
Ça m’a pris du temps avant de trouver un compromis entre une musique qui serait suffisamment commerciale sans jamais perdre de sa qualité et de son authenticité. Pour réconcilier les gens avec notre musique, il a fallu que je développe un son qui fusionne le Rock moderne et traditionnel. À la maison, on écoutait différents styles de musique. Lorsque mon père rentrait de tournée, il ramenait toujours de la musique des pays qu’il visitait. Donc, intégrer le son Rock dans notre musique était un jeu d’enfant.
Ça m’a quand même pris à peu près douze ans pour développer le « son Boukman ». Contrairement à ce qu’on aurait pensé, ce son original n’est pas du tout un hasard, c’est le fruit d’un travail acharné. Une bonne partie de l’histoire de Boukman reste méconnue, mais un jour, le public découvrira les détails quant à la façon dont on s’est démenés pour porter le flambeau de la culture haïtienne partout dans le monde.
En 1996, après mon troisième album avec Boukman produit par Mango/Island Records, j’ai rompu avec le groupe. Le public doit savoir que Boukman Eksperyans est le premier groupe haïtien à avoir obtenu une nomination pour un Grammy Award grâce à son premier album Vodou Adjae.**

Qu’est-ce qui explique ton départ du groupe?
Je crois que nous avons évolué musicalement dans des directions opposées et notre vision de la musique s’en est ressentie.

À ton retour à New York, tu as réalisé un projet avec ta sœur Marjorie et un autre avec Eddy François***, comment ça s’est passé? Quels ont été tes autres projets depuis?Quand peut-on s’attendre à un CD et à une visite en Haïti?
dadi_Eddy_Markus.jpgÀ mon retour à New York, j’ai d’abord collaboré avec Wyclef Jean sur son premier album solo « Ecleftic ». J’ai écrit deux chansons avec Clef Thug Angel et Diallo à laquelle Youssou N’Dour a également contribué. Puis, j’ai écrit deux autres musiques sur le premier effort d’Eddy François, le carnaval Mizè Pèp sa a et Rale kò w . C’est aussi vers cette époque que j’ai commencé à travailler sur mon projet personnel Lataye avec Marjorie (Beaubrun) ainsi que Alex**** et Sheila Tanisma. Le CD dont le titre est Tou manbre est sorti voilà deux ans maintenant et la vente signature a eu lieu au Brooklyn Academy of Music (BMA). L’album a été bien reçu par le public, mais il n’est jamais sorti en Haïti à cause des négociations qui n’ont jamais abouti quant à la possibilité de faire rentrer le groupe en Haïti. Ce qui fait que le CD est en vente exclusivement sur Internet.
Actuellement, nous multiplions les démarches afin de sortir le CD en Haïti et de réaliser des spectacles au pays, car jusque-là, toutes nos tournées se sont passées à l’étranger.
J’ai encore collaboré avec Wyclef sur son projet Kreyòl 101 et la pièce Marasa et aussi sur les deux derniers albums d’Emeline Michel : les pièces nomn sa et bò kote w sur Rasin kreyòl et Yon ti mo sur Reine de cœur. J’ai aussi réalisé quelques projets pour des films et des documentaires, mais en même temps, je produis quelques artistes et collabore sur scène avec quelques autres.*****

À quoi t’occupes ton temps lorsque tu ne joues pas de la musique?
Du temps libre! Wow… ça ne fait pas vraiment partie de mon existence… lol. La musique n’a pas d’heure. L’inspiration surgit à tout moment et tu ne peux rien faire que de la laisser suivre son cours. Sinon, je suis prof dans une école bilingue de New York.
Quelles sont les probabilités que tu renoues avec Boukman?
On nous a appris qu’il ne faut jamais dire jamais. Mais Boukman, c’est mon sang et donc Dieu seul sait!

Emeline&Dadi.jpgRaconte-nous un peu ta collaboration avec Emeline Michel sur la chanson «Yon ti mo» que tu interprètes en duo avec elle sur son dernier album (Reine de cœur)
Tu ne me croirais pas si je te racontais l’histoire derrière cette musique. C’est au moment où je travaillais avec Emeline sur le CD Rasin kreyòl. C’était un dimanche, Emeline et moi avions rendez-vous au studio afin de mettre des voix sur la chanson «Nonm sa». Je suis arrivé plus tôt et en attendant, j’ajoutais quelques claviers sur le morceau. À ce moment-là, il m’est venu à l’esprit une programmation que j’avais réalisée sur le Akai MPC, je l’ai lancée et j’ai attrapé ma guitare et la musique a coulé naturellement. Ensuite, j’y ai ajouté la basse. À l’arrivée d’Emeline, je lui ai fait écouter ma récente trouvaille, elle a été émerveillée et s’est exclamée “Kote w bare ak bagay sa a!!!” et on s’est mis à discuter fébrilement d’un possible duo… Là, elle a commencé à me raconter une histoire… lol. Les premières paroles qui en sont sorties étaient “Gen yon bagay m sere pou ou, m pa bay pèsònn li…” (Une partie du refrain – NDT). De fil en aiguille, les autres paroles arrivèrent, on a décidé de surseoir un moment sur Nonm sa et on a enregistré du même coup la chanson Yon ti mo.

Un mot pour les lecteurs…
Continuez à supporter la production locale. Ne sous-estimez pas votre pouvoir en tant que consommateurs, exigez la qualité et bannissez la médiocrité parce qu’on est un peuple qui a du goût. Aux parents haïtiens, je leur dirai de ne jamais négliger de transmettre l’histoire de nos ancêtres à leurs enfants. Faites-leur savoir qu’ils sont fils et filles de reines et de rois afin qu’ils marchent toujours droit, sans jamais fléchir devant quiconque. Enfin, restez unis.

Propos recueillis par Richarson Dorvil
Roroli

Traduction française - Vallès Latry
Nationsoleil

Crédit photos: Page Myspace de Lataye

___________________________
* Languichatte est un comique et chansonnier haïtien qui réalisa dès les années 40 des sketchs humoristiques à la radio.
** L’album « Vodou Adjae » fut classé au Billboard , nominé au Grammy Awards en 1991 et reçut quatre étoiles du célèbre magazine Rolling Stone. L'album suivant, « Kalfou Danjere » reçut le titre de ‘Meilleur Album Kreyòl’ et celui de ‘Meilleur Album Rara’ par le Caribbean Music Awards en 1993. L’album « Révolution » reçut pour sa part en 1998 le prix de meilleur Album par Afro American Music Awards.
*** Eddy François a publié deux albums solo, Zinga en 2001 et récemment Djohu produit par Eddy Barrow
****(Alex Tanisma) décédé récemment (autres musiciens ayant collaboré à l’album)
*****Entre autres collaborations, Dadi a réalisé vers 1999 avec ses compères Jimmy Jean-Félix, Bonga, Sergo Décius et une pianiste japonaise Michiko Tatsuno, le superbe album Kilti Chòk qui était aussi le nom du projet.

16.09.2008

Entrevue avec Sophia Désir, la polyvalente

À la veille du lancement de la 4ème édition du Festival international du film haitien de Montréal, Nationsoleil rencontre une forte tête du showbiz haitien, Sophia Désir. Femme de radio, femme des écrans, femme de plume, Sophia Désir est en somme une femme polyvalente. Dernière initiative culturelle en date, Minuit, son premier scénario après VIP est porté à l'écran par l'actrice et femme d'affaires Fabienne Colas.
Des coulisses des stations de radio de la ville des Cayes jusqu'aux écrans de Montréal, retour sur un riche parcours, des détails sur ses motivations, ses opinions sur le cinéma haitien et tout ce qu'il faut savoir sur Minuit.

Reproduction intégrale de cette entrevue exclusive avec Nationsoleil.

cb64a00ab62caf391120038c558b5b2c.jpgVeux-tu nous parler un peu de ton parcours Sophia?
Je te dirai que depuis l’enfance, j’ai manifesté un certain intérêt pour la communication. J’adorais écouter la radio, et il semble que je piquais des crises quand je ratais l’occasion de réciter des poèmes aux émissions pour enfants. A l’adolescence, j’étais déjà dans les coulisses des stations de radio des Cayes. Je ne sais pas comment j’ai fait, mais j’ai réussi à mettre un premier feuilleton « Pile ou Face » sur les ondes. Ma matière préférée à l’école était la rédaction. Mes textes d’imagination étaient toujours un peu longs…Et quand, en classe, il y avait des lectures à faire à haute voix, j’étais la première à me proposer. Personne ne s’est donc étonné quand j’ai opté pour la communication à la Faculté des Sciences Humaines. Dès la deuxième année, une porte s’est ouverte pour moi à la radio : Tropic FM, une jeune station qui avait su se distinguer au début des années 90. Je présentais les nouvelles et je co-animais une émission de variétés « La jungle tropicale ». Travailler aux cotés de feu Master G était à la fois un véritable honneur et un pur bonheur. En 94, la grande aventure commence avec Radio Métropole. Je me retrouve au journal du matin entre Clarens Renois et Rotchild Francois Junior, deux journalistes qui se passent de présentation au niveau de la presse haïtienne. Dans l’équipe du matin, on compte aussi Gilbert Fombrun, Kesner Pharel et à ce moment là, Bob Lemoine. C’était quelque chose de faire partie de cette équipe! A Métropole, je côtoie des artistes qui avaient été mes idoles : Joël Widmaier, Smoye Noisy…pour ne citer que ceux-là. Et un beau matin, en 2001, j’ose parler de mon projet de faire un feuilleton. Et devinez quoi! Tout le monde décide de me faire confiance et d’embarquer avec moi dans VIP : Vanité, Intrigues, Passions. Lancé le 8 Octobre 2001, le feuilleton allait durer pas moins de quatre ans. Ca c’est pour la radio.

Maintenant pour ce qu’il s’agit du cinéma, tout d’abord sache que je ne me considère absolument pas comme une femme des écrans. De la première saison de VIP, Réginald Lubin, acteur du feuilleton et réalisateur, a voulu tirer un film. J’ai fait le projet avec lui et comme c’était une adaptation de mon feuilleton, que les mêmes acteurs étaient retenus…bon, j’y étais, j’y restais. Auparavant, j’avais fait une apparition dans le film « Millionnaire par erreur » écrit par Smoye Noisy également acteur de VIP. Mais c’était juste une petite participation amicale…

Enfin, coté publication, en 2004, j’ai signé un recueil de nouvelles « Une voix dans la nuit » suivi d’un roman « Le meilleur vient parfois du pire » en 2007.

Comme la plupart de tes pairs qui débarquent ici, on s'attendrait à te retrouver à la radio, as-tu perdu de l'intérêt pour ce médium?
C’est drôle, moi, je ne m’y attendais pas.(Rire) En fait, la radio a toujours été une activité secondaire pour moi. En Haïti, j’avais toujours un travail à temps plein entre 9 et 17 heures et la radio, c’était tôt le matin et/ou le soir et les fins de semaine. Pendant des années, j’ai eu des rubriques historiques diffusées quotidiennement, Le passé au présent et Les célébrités de l’histoire mais je préparais tout, le soir (je devrais dire la nuit) et le samedi, j’enregistrais pour toute la semaine.

Comment définis-tu ton travail en tant qu'actrice et scénariste?
Un passe-temps. Mon passe-temps favori.

On a la vague impression que tu exerces tes nombreux talents en dilettante, est-ce parce que tu ne crois pas que l'on puisse vivre de son art dans l'espace haïtien(j'utilise ce terme pour qualifier Haïti et sa diaspora)?
Je suppose que oui, on peut vivre de son art. Il y a bien des gens qui y arrivent. Mais moi, je n’ai pas encore trouvé la formule pour le faire. Pourtant, j’aimerais bien. Alors, si par hasard, tu tombes sur la recette, je te prie de partager avec moi.(rire)

En deux occasions, tu as été à la fois scénariste et actrice sur un plateau que tu ne dirigeais pas, comment gères-tu la collaboration avec le réalisateur/la réalisatrice?
Les scénaristes ont la mauvaise réputation d’être casse-pied sur un plateau de tournage. Je devine aisément pourquoi…On aimerait que les réalisateurs concrétisent exactement ce qu’on avait en tête en créant les personnages. Mais les réalisateurs ont parfois – souvent même – des idées différentes. J’ai appris à l’accepter et les deux fois, j’ai laissé aux réalisateurs le privilège de trancher. (Entre nous, c’est pas toujours évident).

Est-il important que tu joues dans les histoires que tu écris?
Important, je ne dirais pas. Mais c’est un plaisir.

Est-ce qu'un jour, on verra Sophia Désir en réalisatrice?
Très peu pour moi. Ce que j’aime, c’est inventer des histoires et écrire des dialogues…

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VIP
Parles-nous un peu de l'écriture de VIP, le feuilleton, est-ce que tout était défini dans ta tête et tu savais exactement où tu t'en allais, ou tu as adopté une démarche plus classique (à la Mona Guérin)?
Même si j’étais une fan inconditionnelle de Roye les voilà, je n’ai aucune idée de la façon dont procédait Mona Guérin. Moi, j’écrivais au jour le jour. Mais j’essayais de me donner une certaine avance. Par exemple avant de lancer une saison, je voulais avoir au moins une vingtaine d’épisodes écrits et au moins douze, enregistrés et montés. Mais douze épisodes, c’est seulement un mois de diffusion à raison de trois par semaine. Je partais pour deux semaines et je perdais mon avance…Pour ce qu’il s’agit de l’évolution de l’histoire en elle-même, non, tout n’était pas défini dans ma tête. Évidemment, j’avais des idées, j’avais des plans pour les personnages mais parfois, tout changeait en cours de route. Tu sais, parfois un acteur n’était pas disponible à un moment ou j’en avais le plus besoin. Alors, il fallait (c’est une des rares choses que je détestais vraiment) revoir les épisodes de la période. Avancer telle intrigue, reculer ou annuler telle autre.

Comment es-tu parvenue à réunir toutes ces grandes figures autour d'un projet comme VIP? Quel a été l'élément motivateur?
J’ai eu la chance de me retrouver dans un milieu avec plein de gens bourrés de talents et qui avaient envie de s’amuser. Car avant tout, le feuilleton VIP était une détente, pour moi, pour les acteurs et pour ceux qui nous écoutaient. Honnêtement, je n’ai pas eu beaucoup d’efforts à consentir pour monter cette formidable équipe. J’ai abordé timidement les acteurs et ils m’on tous offert un accueil sans réserve. Tout le monde a décidé – Dieu seul sait pourquoi – de me faire confiance. Je m’en étonne aujourd’hui encore. Ils me connaissaient comme présentatrice de nouvelles pas comme auteur. Je m’attendais donc à ce qu’ils soient réticents, qu’ils me posent plein de questions sur les personnages qu’ils devaient incarner, ou qu’ils exigent un cachet. Mais rien de tout ça. Ils ont en majorité accepté avant même d’avoir lu un seul épisode du feuilleton. Et personne n’avait la garantie de recevoir ne serait-ce qu’un sou. Notre seule motivation a été de se mettre ensemble pour s’amuser et amuser le public. Évidemment, parfois, il y avait des moments dramatiques, on faisait pleurer des auditeurs. Dans certaines scènes, parfois les acteurs eux-mêmes étaient réellement touchés par le drame de tel personnage. J’ai même un acteur avec une sensiblerie incroyable – je lui fais grâce de ne pas citer son nom – qui pleurait pour de vrai. Mais en général, on rigolait. Et c’est surtout cet aspect amusant qui nous motivait

VIP, le film est considéré par plus d'un comme une œuvre plutôt élitiste où la part de fiction dépasse largement la part de réalité, est-ce une image juste du film que tu as écrit?
Pour sûr, c’est une fiction. Je n’ai jamais ressenti la nécessité de reproduire la réalité bien que mes personnages n’avaient rien d’extra-terrestre. Je n’y peux rien si certains s’amusent à croire qu’en Haïti, il n’y a pas de femmes ambitieuses comme Martine Delarue, de patrons qui abusent de leur autorité comme Grégory Blaise, de jeunes filles qui se retrouvent maîtresse d’un homme sans le savoir comme Laura Bertrand, d’homme déchiré entre une femme et une maitresse comme Didier Delarue…Moi, je peux vous garantir que je n’ai pas été chercher mon inspiration sur la lune mais bien en Haïti. Quant à l’adjectif « élitiste » que tu as utilisé…Je te dirai simplement que la misère ne m’interpelle pas. L’écriture pour moi est avant tout, une détente. Et la détente, c’est ce que je veux offrir au public. C’est mon choix et je trouve désolant d’avoir souvent à le justifier. A l’époque de VIP, je travaillais comme journaliste et je devais rapporter quotidiennement des drames : violence, misère, famine, catastrophes naturelles et tout le reste. Je souffrais, je souffre encore suffisamment de cette dure réalité pour ne pas éprouver le besoin de la reproduire dans ce que j’écris.

Suite aux critiques faites autour du film, qu'est-ce que tu changerais aujourd'hui si tu pouvais recommencer?
Je sacrifierais certains personnages pour ne développer qu’une seule intrigue. Mais, vous savez, VIP, c’était comme une grande famille dont la cellule principale était composée de neuf acteurs (Ceux qui ont traversé les quatre saisons) Même si certains d’entre eux étaient plus populaires que d’autres, moi, je les ai traités à égalité. Il n’y avait pas une super vedette dans l’équipe. Telle semaine, un acteur était en vedette. Telle autre semaine, on ne l’entendait même pas. Ça roulait entre eux. Alors, quand il a fallu passer des ondes à l’écran, j’ai voulu embarquer tout le monde…
Mais puisqu’on parle de critiques, la chose la plus stupide que j’ai entendu à propos de VIP c’est que des gens trouvaient irréaliste que le film soit en grande partie en Français. Jusqu’à preuve du contraire, Haïti a deux langues officielles qui sont le créole et le Français, alors de quoi parlons-nous exactement? Je ne trouve rien d’anormal au fait que les films Haïtiens produits aux Etats-Unis se déroulent en partie en Anglais. Ca me parait très logique puisqu’aux États-Unis on parle Anglais. Pourquoi est-ce si difficile de concevoir qu’en Haïti on s’exprime en Français et/ou en Créole?

Est-ce qu'une suite de VIP te tente des fois?
Tu veux dire une suite du film? Ça non. Mais des fois, oui, j’aimerais continuer le feuilleton. Ou, pour être plus réaliste, créer un autre feuilleton…

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Minuit
Comment est né le projet?
Une idée comme une autre qui m’est passée par la tête.

Qu'est-ce que tu veux montrer avec Minuit? Dans quelle catégorie le classerais-tu? Drame sentimental, drame social, comédie…
Comme toujours, quand j’écris, mon objectif est de détendre. Je ne cherche pas à prouver quoi que ce soit. Le scénario était une comédie dramatique mais une grosse part du coté comédie est partie au montage…

Qu'est-ce qu'on apprend du vaudou à travers ce film?
Écoute, le film est une FICTION et une pure. Je n’ai absolument pas la prétention d’éduquer qui que ce soit dans un domaine dont je ne sais pas grand-chose. Je sais comme tout le monde qu’il y a des loas, et que ces loas auraient certains pouvoirs. J’ai entendu mille histoires ou des gens étaient possédés par ces loas. Je sais que quand certaines personnes tombent malades et que les médecins les condamnent, elles se tournent vers le vodou. Comme tout enfant, j’ai dû me faire dire une ou deux fois qu’il fallait respecter telle femme ou tel homme qui était un « loup garou ». J’ai entendu dire comme tout le monde que l’on peut jeter un mauvais sort à quelqu’un à travers le vodou. J’ai ouïe dire que l’on peut zombifier un être humain, le transformer en animal, ou mettre son âme dans une bouteille. Si ma mémoire est bonne, il y avait même dans la ville des Cayes où j’ai grandi, un célèbre sans-abri qu’on disait être un zombi qu’on appelait Emmanuel. Il y a eu tout un scandale dans la ville au sujet d’un jeune homme dénommé Mario qui aurait ressuscité après avoir passé je ne sais plus combien de jours sous terre. Qu’est-ce qui est vrai? Qu’est-ce qui est faux? J’en sais quasiment rien. Mais je trouve que ca donne des frissons. Alors, je me suis inspirée un peu de tout ce que j’ai entendu pour inventer une histoire.

Était-il nécessaire que tu fasses des recherches particulières sur le vaudou pour écrire cette histoire?
Non. MINUIT n’est pas un documentaire. Et je voudrais vraiment insister la dessus, c’est une FICTION. Tout est sorti de mon imagination. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou des histoires réelles ne serait que pure coïncidence. (rire)

Minuit, est-ce un film identitaire qui dit à l'Haïtien qui il est ou un film qui questionne sur la réalité du vaudou?
Y-a-t-il une seule identité haïtienne? Personnellement, je crois qu’il y en a plusieurs. Certains Haïtiens s’y retrouveront. D’autres pas.

Est-ce le genre de film qui montre un portrait caricatural du vaudou ou étais-tu animée d'un souci d'authenticité dans ton histoire.
L’image qu’on aura du vodou en voyant Minuit est certainement plus caricaturale que toute autre chose. Mais j’ai quand même essayé d’avoir une histoire qui, dans l’ensemble, tienne la route. Une femme qui a un fils condamné par la médecine et qui s’en remet au vodou…Sa démarche de vouloir mettre l’âme de son fils dans un autre corps est-elle possible dans la vraie vie? La réponse n’est pas vraiment importante pour moi. Quand je regarde deux hommes en équilibre sur les ailes d’un avion en plein vol, je ne me demande pas si c’est possible. Quand une seule personne désarmée arrive à dérouter une dizaine d’autres armées de mitraillettes, je ne me dis pas que ce n’est pas crédible. Je sais que je suis au cinéma et je savoure mon film. Quand je passe deux heures dans une salle de cinéma, j’accepte d’entrer dans un monde. C’est tout ce que j’attends de ceux qui verront ce film.

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Comme définis-tu Fabienne Colas comme réalisatrice, exigeante, permissive…? Était-ce à ton avis la mieux qualifiée pour diriger ce projet?
Je la définis comme une réalisatrice ouverte et patiente. En fait, il s’agit de sa première réalisation. Donc, je devinais ses qualités mais je ne connaissais pas vraiment ses qualifications avant d’avoir travaillé avec elle. Par contre, je peux te dire sans aucune hésitation qu’elle était la mieux placée pour diriger ce projet. D’ailleurs, elle s’y est investie corps et âme. Son travail ne se limitait pas à la réalisation. Il lui a fallu coordonner plein de choses en même temps. Je salue ici son dévouement.

Est-ce que vous êtes restés collés au scénario original ou vous vous êtes donnés quelques libertés au fil du tournage?
Il y a eu de grands changements.

Le rôle que tu joues dans Minuit, te l'as-tu attribué toi-même ou était-ce une décision de la réalisatrice?
Fabienne et moi, on s’est entendu là-dessus.

Opinions
Cinéma d'auteur, cinéma militant, cinéma populaire… ce sont des termes souvent utilisés dans le jugement porté sur le cinéma du sud. Si tu devais définir notre cinéma, quelle serait sa position parmi tous ces termes?
Je dirais d’auteur.

Les problèmes ne manquent pas dans le cinéma haïtien: irresponsabilités des artisans, amateurisme, défaut de financement… tout le monde s'entend sur le fait qu'il faut mettre de l'ordre dans tout ça. Par quoi tu commencerais si tu avais le pouvoir de réguler les choses?
Le cinéma haïtien est à l’image du pays. Tout est prioritaire. Il faudrait aborder tous les problèmes tout de suite.

Est-il important qu'un film haïtien traite d'une thématique haïtienne?
Absolument pas. Mais comme Hollywood se charge de produire tant de films sur tous les sujets universels et que l’haïtien aimerait bien se voir à l’écran, il me semble judicieux que le cinéma haïtien s’intéresse autant que possible à Haïti.

Merci Sophia

Entrevue réalisée par Vallès Latry

Note: Sophia pense actuellement à publier son deuxième roman. Nationsoleil reviendra avec des détails.

Minuit sera projetté en première mondiale le 17 septembre au Centre Leonardo Da Vinci de St-Léonard à l'occasion du lancement de la 4ème édition du FIFHM.
Le film met en vedette Fabienne Colas aux côtés de Ralph Prophète, Yanick Dutelly, Sophia Désir, Natacha Noël, Rony Bastien, Emile Castonguay et Sara Rénélik.

Photos: Site Alessandra Lemoine, FIFHM,Nationsoleil.



11.09.2008

Jean-Claude Hyppolite - le conte ressuscité

Note: Mettre le jukebox sur pause pour écouter l'entrevue ou basculez sur la page Youtube de Nationsoleil

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Curieux comme un pays à tradition orale tel qu'Haiti produit si peu de conteurs. Des conteurs connus, s'entend. Sinon les campagnes haïtiennes regorgent de ces «artistes» sachant conter de façon pittoresque ces belles histoires des pays d'en haut ou d'en bas, c'est selon. En revanche, ceux dont les voix voyagent par la magie des ondes touchant des milliers de cœurs et d'âmes se comptent sur les doigts de la main. Les plus célèbres étant Maurice Sixto, Jean-Claude Koralen Martineau, Syto Cavé et moins populaire, Mimi Barthélemy et aussi ma toute récente découverte, la pétillante et joviale
Joujou Turenne.
Un nom vient pourtant de s'ajouter à ce club restreint, celui de Jean-Claude - un autre - Hyppolite.
Jeune, on était tous fascinés par les histoires littéralement captivantes de Sixto. On a tous à un moment ou à un autre fait usage de l’une de ses expressions ou imité ce timbre de voix particulier qui s’invitait dans nos foyers le dimanche après-midi. Mais Ti Popo en fera une passion. De rencontres de clubs socio-culturels en scènes de théâtre, il n’aura de cesse de s’exercer, étonnant son entourage par sa surprenante capacité d’inventer des histoires, de les habiller de mille couleurs.
Puis, encouragés par des amis qui lui reconnaissent divers talents, cet agronome de formation, se mettra dès 2002 à composer des textes qui aujourd’hui sont gravés sur son premier album, Contes et faits vécus publié en 2007.
Jean-Claude Hyppolite ressuscite à travers des textes comme Arila, Orami, Manzè Iramèn…. un genre moribond qui peine à susciter l’intérêt des jeunes en quête d’un moyen d’expression.
Tous les ingrédients sont là, la voix, la plume, le sens social, l’humour et le savoir théorique nécessaire pour faire de lui une relève valable de la génération non renouvelée évoquée plus haut.
Disponible, sympathique, détendu, Nationsoleil a rencontré ce passionné de l’art qui complète actuellement une maitrise en Environnement à l’université de Montréal. Il nous parle de son parcours, de son album, de ses projets et de ses rêves.
Voici l’entrevue vidéo.


Pour contacter Jean-Claude : jeaclhyp@netscape.net

Vallès Latry

02.06.2008

En tête à tête avec Emeline Michel

EXCLUSIVITÉ

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Nous avons eu le plaisir de rencontrer cette semaine la reine de la chanson créole, Emeline Michel, à la vielle du lancement officiel de son nouvel album dont la sortie internationale s’est effectuée entre novembre et décembre 2007 entre Haïti (Musique en folie) et les États-Unis (New York, Miami). La présentation de Montréal, on se le rappelle, initialement prévue en décembre dernier, a dû être reportée à cause des mauvaises conditions météorologiques.
Dans cette entrevue exclusive, Emeline nous parle amplement de ses débuts depuis les jams improvisés avec les Beetov et Loulou sous le manguier de chez Manmie Miche , à la rencontre avec Ralph Boncy et de la façon dont s’est décidée la collaboration avec celui qui allait s’occuper de sa carrière sur une décennie ou presque.
Elle nous donne avec moult détails sa définition de la musique, du choix de ses musiciens et du traitement qu'elle leur réserve, du choix de ses titres sur scène et aussi de sa fierté de pouvoir vivre de son art.
Elle nous parle de création musicale, de production et de contrats de disques et aussi de ses futurs vingt cinq ans de scène.
Une entrevue exclusive où on découvre peu à peu une dame, oui c'est le mot, d'une grande générosité, toute simple, qui ne se prend pas au sérieux, qui s’ouvre tranquillement comme seuls savent le faire les gens doués d’une grande humilité.

VL

Première partie


Deuxième partie


Troisième partie




16.10.2007

CPAM a interviewé Vallès Latry (NS)

92fd6821f2e9825fa86cec5f079454f4.jpgA l'issue de 5 journées d'activités, Garoute Blanc, animateur de l'émission Magazine d'aujourd'hui sur CPAM, la station communautaire haitienne à de la métropole québécoise, a demandé à Nation soleil de donner son impression sur la troisième édition du Festival international du film haitien de Montréal tenue du 19 au 23 septembre dernier. Vallès Latry a également parlé de son blog, de ses motivations, de ses espoirs et du combat qu'il mène pour retrouver un standard de qualité dans la culture haitienne.

Ecouter cette entrevue en deux parties réalisée le lundi 24 septembre 2007.

Mettre le Jukebox sur pause pour pouvoir démarrer l'entrevue.




28.09.2007

Une heure avec Tifane

89cb4d2f1647f0ab559e61facc0506e7.jpg«Mon plus beau défi c'est non seulement chanter, mais également chanter un style différent avec une voix inattendue»

De retour de son périple serbe qui l'a amené à représenter Haiti au Festival traditionnel de Nisville (Europe de l'Est) les 18 et 19 août 2007 , Tifane qui a chanté pour la première fois de sa carrière chanté en sol européen nous a courtoisement accordé une heure de son temps. Elle nous a raconté, avec une pointe de fierté, son séjour en Serbie, elle nous a parlé de ses goûts, ses préférences, ses projets…

La tournée en Serbie
Une belle réussite. Elle est fière et comblée d'avoir représenté aussi dignement Haiti à ce festival. Son bonheur est d'autant plus grand qu'elle a dû surmonter pas mal de difficultés pour accomplir ce haut fait, notamment l'absence de Fabrice Rouzier, remplacé au deuxième show par un jeune keyboardiste russe qui a vite apprivoisé la musique haïtienne, qu'il entendait d'ailleurs pour la première fois et de Kéké Bélizaire, remplacé haut la main par Feliz De La Cruz, talentueux guitariste qui joue généralement avec Bélo.
Déjà, les fans de Tifane peuvent visualiser un diaporama de cette tournée sur différents sites Internet haïtiens, mais également sur Tifaneonline.
L'artiste nous annonce également qu'elle prépare un dvd de sa tournée, le montage est en cours et le dvd sera diffusé dans les médias ainsi que sur son site personnel qui est d'ailleurs de bonne facture avec de belles photos de Tifane dans différentes poses. Les costumes de comtesse lui vont à merveille en passant.

Anprent
Lorsque j'ai voulu savoir comment se passait la vente de son album, elle m'a répondu:
- Entre le label et moi, les ventes se passent bien, mais je ne peux donner de précisions quant aux chiffres. Solèy sound System serait mieux placé pour te donner des détails. Bientôt les fans pourront commander leur cd directement sur le site, la mise en place du système est en cours.
Et les titres qui marchent maintenant sur les stations haïtiennes:
- W enève m passe à la radio quasiment tous les soirs (…)
(Dans cette pièce exécutée sur un rabòday avec Fabrice Rouzier au tombour, Tifane traduit la souffrance, l'état de dénuement et le mépris auxquels font face les enfants des rues qui, l'espace d'une chanson, crient leur colère face à l'attitude hautaine des mieux nantis. On y trouve une analogie avec une chanson de Beethova sur le même thème, Ti madichon)
- Il y a surtout avè w qui est devenu le nouveau Se kòm si en Haiti. C'était la chanson la plus difficile à chanter avant d'entrer en studio.

Les projets
Tifane sera à Montréal prochainement, mais pas pour des concerts: «Une association montréalaise travaillant dans le milieu haïtien m'a invité en tant qu'artiste confirmée à animer un atelier à l'intention de jeunes artistes en herbe. C'est un programme d'échange entre Haiti et le Canada.». La date du voyage de Tifane sera annoncée ultérieurement.
Elle nous explique par ailleurs qu'un concert en Martinique était également programmé pour début octobre, mais a dû être différé à cause du passage de la tempête tropicale Dean. Elle ajoute qu'Anprent marche très bien aux Antilles notamment grâce aux efforts d'Eric Virgal qui collabore à la promo de l'album.

Son prochain album
«Beethova dont je suis un grand fan m'a offert une chanson et je bénéficierai de la participation de Hans Peters (ex-Piwòg) sur cette pièce.»
Les fans pourront s'attendre «à plus de percussions sur cet album et aussi à plus de cordes. J'y introduirai davantage de rythmes traditionnels (…) Plus tard, j'ai en tête de travailler sur un projet entièrement acoustique/unplugged suite à mon prochain album, car je veux mettre l'accent sur les textes plutôt que sur la musique. J'aimerais aussi pouvoir mettre en valeur ma voix qui est un peu atypique dans le milieu haïtien. Les gens adoptent plus aisément les voix plus aigues comme celles de Mariah Carey ou de Céline Dion. Aussi, mon plus beau défi, c'est non seulement de chanter, mais également de chanter un style différent avec une voix inattendue.»

Son approche sur la conception d'un album
«Je ne conçois un album sans une variété de rythmes et de mélodies, pas nécessairement sur un thème précis, mais sans qu'il y ait de contradictions également entre les textes. Je pense à une liaison entre la voix, le style, les idées, à une connexion et dans cet état esprit que je veux aborder la préparation de mon prochain album.»

Merci Tifane!
Pour lui envoyer un commentaire tifane_s@yahoo.fr
Photo: Lenouvelliste

Propos recueillis par Vallès (NS) en août 2007