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 Zekle - Si ou vleZèklè | Se ou menm

À montréal | septembre 2009

Musique | Anniversaire - 25 mars 2010

 

Emeline Michel sur tous les fronts

Emeline Michel est à un an d’un quart de siècle de carrière musicale. 25 ans et 9 albums plus tard, elle bénéficie d’une notoriété fort enviable si l’on se réfère aux standards de réussite de la musique haïtienne, voire même caribéenne. Membre d’un cercle très restreint d’artistes solo haïtiens vivant de leur art et en dépit d’une carrière bien remplie qui l’a vue fouler les scènes les plus prestigieuses du monde, Emeline n’est pourtant pas une star mondiale. À ce stade de sa carrière, peut-on considérer que tout est joué quant à son devenir?

Artiste au style unique, polyvalente, entertainer hors-pair sachant s’adapter à des publics divers, captiver l’intérêt dès les premières notes, la musique d’Emeline égale aisément celle d’une Angélique Kidjo (Bénin), d’un Youssou N’Dour (Sénégal) ou même, osons-le, d’une Myriam Makeba (Afrique du Sud). Sa musique est plus riche, mille fois plus profonde et colorée que celle de Zouk machine (Antilles) et n’a certainement pas à rougir de la musique de Kassav’ (Martinique). Et pourtant, pas de disque d’or pour Emeline, aucune représentation dans ces salles prestigieuses, scènes rêvées de tous les artistes, Centre Bell à Montréal, l’Olympia de Paris ou même le Zénith à défaut.

Entre parenthèses

Pourquoi les artistes antillais réussissent mieux que nos nationaux dans les ventes de disques? C’est la question que j’ai déjà posée à Ralph Boncy, grand manitou des musiques haïtiennes et du monde. Il m’a répondu que c’est parce que les artistes antillais – la liste est trop longue pour les nommer, j’en ai littéralement le vertige, - sont produits et supportés par des multinationales du disque. Celles-ci s’appellent Warner, Sony-BMG qui nous a offert plusieurs albums de Kassav’, CBS, Phonogram qui a fait le bonheur de Tanya St-Val à qui Emeline a d’ailleurs offert la chanson Universelle (Ansanm), Columbia, WEA qui a notamment produit Malavoi…

Alors pourquoi aucun de nos artistes n’est signé par une de ces grandes maisons? Vous me direz qu’Emeline a déjà signé avec Déclic et aussi plus récemment avec Times Square, un label américain, vous ne manquerez certainement pas de me rappeler le contrat avorté avec Sony, mais il demeure que ces épisodes sont tellement rares et brefs qu’aucune comparaison n’est envisageable avec la musique antillaise où le moindre artiste – je ne veux insulter personne – fait facilement 50 000 exemplaires ou plus d’un album voire d’un single.

Quelques exemples pour enfoncer le clou, Thierry Cham a fait 200 000 avec le single Océan; Jocelyne Labylle et Cheela, 500 000 avec Laisse parler les gens; Sonia Dersion, 80 000 avec Tout va bien. En voulez-vous plus, c’est à nous faire pâlir d’envie. (Ces chiffres sont fournis par le syndicat national de l’édition phonographie, SNEP France). On ne parlera pas des Kassav’, Zouk Machine, Ralph Thamar, Malavoi et j’en passe. De quoi donner le tournis. Rappelons qu’un disque d’or en France équivalait avant 2009 à 75 000 / 100 000 copies vendues, 50 000 aujourd’hui. On sait tous que l’industrie du disque est en déclin.
 
Et, on parle ici d’un marché représentant environ 1.5 million de consommateurs. Combien sommes-nous? Je n’en ai pas la moindre idée, personne n’a pensé que c’était important d’évaluer notre marché. A-t-on jamais su combien de copies ont été vendues d’un album haïtien à part quelques évaluations fantaisistes? Sûrement pas de quoi se péter les bretelles!  Plusieurs artistes haïtiens  sinon une majorité vivent dans la dèche et décèdent dans la gêne. D’où la forte instabilité constatée et la grande mobilité des musiciens du milieu konpa. Mais bref, c’est une autre histoire.
Je veux croire pour revenir à notre propos, que nous sommes trois fois plus nombreux que les antillais (ajoutez-y Guyane / Réunion / métropole) même si on excluait les pirates tous poils tout acabit. Alors, dites-moi pourquoi Emeline Michel ne vend-t-elle pas un million de disques? Sont-ce ses choix de carrière? Elle a décidé entre autres que sa carrière se portait mieux sans Times Square. C’est ce qu’elle nous a confié dans une entrevue. Times Square qui n’est pas, précisons-le, de la taille de Warner ou de Sony. C’est peut-être vrai en terme de revenus, mais est-ce le cas en terme de promotion? Rasin kreyòl était bien mieux promu que Reine de cœur. C’est une évidence.
 
Par ailleurs, les francophones sont-ils plus réceptifs aux musiques dites du monde que les Américains? A-t-on nous Haïtiens trop négligé les marchés qui nous ressemblent, les Africains, les latino-américains et les Antillais plus près de nous? Emeline devra répondre à toutes ces questions avant son prochain album et au moment d’entamer les prochains 25 ans de sa carrière.


La grâce d’une reine

Après des débuts controversés où le public était partagé entre un amour-haine-jalousie et le coup de cœur pour cette jeune fille de 17 ans issue des quartiers populaires de Port-au-Prince, Emeline est aujourd’hui adulée par les Haïtiens qui lui reconnaissent plus qu’un talent, plus qu’une auteure-compositrice-interprète, mais un entêtement, une grâce de reine et surtout un porte-étendard. La petite fille de Bolosse a cédé la place à une grande dame qui n’a de cesse de faire notre fierté. J’en ai encore vu la preuve à Montréal en février dernier où les gens se jetaient dans ses bras, faisaient la file à l’Église St-Irénée pour se prosterner ou presque devant cette femme tellement proche et dont la vie se fond quasiment avec la nôtre.

Les festivités de ses noces d’argent avec le public débutent déjà tant cette année est riche en activités et en émotions.

Emeline sur tous les fronts

Hier, seule voix féminine haïtienne à la soirée américaine Hope for Haïti, Emeline Michel a récemment donné au moins deux représentations dans des prisons pour hommes et femmes à New York. Puis, après un petit détour sur Montréal au Festival Gospel avec la Chorale Renaissance avec à la clef un moment mémorable chez Chirstiane Charrette à Radio-Canada (disponible sur le net), elle a chanté aux Nations Unies à la mémoire des victimes du séisme de cette organisation qui dispose encore d’une forte présence en Haïti. Elle a enchainé avec ce concert des six mousquetaires où elle a partagé la scène avec Yannick Noah, Angélique Kidjo, Mino Cinelu et ses compatriotes Bélo et Mika Benjamin sur la scène de l’Alliance française à New York.
Récemment, pour son anniversaire le 21 mars, Emeline s’offrait en cadeau à ses fans de New York, encore New York lors d’une soirée intimiste pour soutenir les artistes haïtiens affectés par le séisme. Elle nous confiait au téléphone que plusieurs  de ses danseurs ont été gravement affectés par le séisme.

Et on la verra sur diverses scènes du monde dans les semaines à venir. Fin avril / début mai, elle sera en même temps que Salif Keita au Harare International Festival Africa au Zimbabwe, quatre ans après avoir été artiste en résidence au Burkina Faso où elle a créé la pièce Awa publié sur Reine de cœur avec une brochette de collaborations.
Fin mai, l’artiste donnera un concert à Genève en Suisse avant de s’envoler pour la Guadeloupe où elle participera au Festival des voix d’ici et d’ailleurs en juin prochain.

Bonne fête Emeline et bon succès pour la suite.

Vallès Latry

Photo: nasyonsoley


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Six mousquetaires pour Haiti

 

Carole & Koralen à Montréal | 12 déc. 09

Mizik Mizik & Zèklè | sept. 09 à Montréal

Manno Charlemagne | Juillet 09 | Montréal 

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