Cinéma Haiti | Richesse & pauvrete cinéma amateur

Haïti, richesse et pauvreté du cinéma amateur

Robenson Bernard

12 septembre 2006 
www.lenouvelliste.com

Disons-le d'emblée : le temps n'est plus où le cinéma était le fait de spécialistes bricoleurs, détenteurs de secrets et de techniques de trucage bien somptueux jalousement gardés. Chez nous, comme ailleurs dans une certaine mesure, le cinéma est devenu un passe-temps à la portée de tous. Une passion à part entière.

Ingénieuse, la caméra commande à souhait la plupart des opérations essentielles de la prise de vue. Elle reste un outil important entre les mains du cinéaste. Même s'il est donné à tout un chacun la possibilité de pouvoir enregistrer des images animées, celles-ci, à elles seules, ne forment pas un film. C'est peut-être là que le cinéaste attend l'amateur. Entre zoom et fondu enchaîné. Mieux : au coin d'un close up.

Un film est une oeuvre complexe, exigeante. Il doit obéir à une démarche, à un rythme, à une nécessité, à une esthétique. Bref, à une vision de l'art et de la création. On y met d'abord soi-même. La construction est plus une affaire de passion que de technique. A ce titre, le cinéaste amateur se sent libre. Il n'est pas en même temps producteur, scénariste, opérateur, ingénieur de son, monteur. Mais en Haïti, c'est malheureusement le cas. Orages. Ordres et désordres cinématographiques. Nos cinéastes, sauf exception, abordent tous les sujets. Ils les réalisent à leur guise. Et disposent de tous les droits, y compris celui de se tromper et avec eux les cinéphiles du milieu.

Port-au-Prince est en plein dans l'âge du cinéma d'amateur. Film souvenir, film de voyage, film d'aventure, film
documentaire, film romancé, film à scénario, film d'ethnographie forment un lot indivisible. Regards croisés, passions emboîtées, tout y est. Clic, clac... la caméra roronne. La mise au point se met au pas. Les réalisations cinématographiques de proximité- véritable théâtre filmé ou ses avatars- sont légion. Autrement dit, le cinéma d'amateur est entré dans nos moeurs. Rien n'est plus facile que ce genre. Mais réussir un film c'est une autre chose. De bonnes images ne font pas forcément un film si elles n'obéissent pas à une pensée, à une rigueur, à une passion de bien faire, à une pédagogie et à une capacité de synthèse.

Si le cinéma d'amateur ne s'apprend pas, la construction d'un film comme la création de toute oeuvre artistique s'apprend bel et bien. C'est l'esprit d'invention du cinéaste, celui qu'il communique à la caméra qui fait tout. Et l'avenir du cinéma haïtien passe nécessairement par là.