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Juin 2006
« La rebelle », c'est l'histoire d'une fille à papa qui mêle intrigue, deuil, mal-être, description de la vie d'une famille monoparentale. La rebelle, autrement dit, Lorraine (Nathalie Ambroise), est carencée de (sa) mère (Sandra Lobir) avec laquelle elle entretient un rapport imaginaire, parapsychologique. Elle traîne avec ses copains dans les endroits branchés de Port-au-Prince, fume de l'herbe, se fait déflorer (par défi), ne passe pas ses examens d'entrée à l'université... à l'insu de son père Carl (Réginald Lubin) qui, lui, est un veuf replié sur lui-même et son travail d'ingénieur et qui, aux confins de son désert affectif, va conquérir le coeur d'Elisabeth (Nadine Stephenson). Mais, Lorraine n'aime pas cette « ravèt blanch » qui vole la vedette à sa défunte mère.
« La rebelle » de Sacha Parisot, réalisateur haïtiano-américain du long-métrage à succès « Skin Deep » et de Dominique Jean, consiste en une réflexion sur la famille, bien qu'elle soit limitée à des recettes dans le sens de la forme narrative, à un certain manque de remise en question pour présenter le propos. Dans la dénonciation. En 93 minutes, cette fiction témoigne, avec des ressources autoconclusives, de cette capacité de jumeler leur quête de vérité sur une minorité « friquée » de la société haïtienne avec leur conception de l'adolescence, la confrontation père/fille/belle-mère ou celle du couple père/fille. Et non dans un univers en dents de scie, hérissé de surprises et de folies. Un drame social schématiquement bien troussé, taillé dans un beau langage cinématographique.
Un film techniquement réussi
Techniquement, « La rebelle » est un film réussi, bourré de significations. Sens aiguisé du rythme. Cadrage rigoureux, subtil. La mise en scène, merveilleusement ciselée, n'a pas une ride, reste égale, même si le scénario tangue de temps à autre. La beauté des images est intacte. Chaque plan a un sens et c'est ce qui solidifie la précarité de l'ensemble du récit filmique, de la trame qui tarde à se faire sentir.
La distribution des rôles de « La rebelle », la meilleure jusqu'ici, est tout ce qui pourrait arriver, de mieux, à ce long-métrage. Les acteurs, comme des araignées, essayent de (re) tisser la toile de fond de l'histoire de cette rébellion qui ne consiste en rien. Sinon en quelques bavures de jeunesse, quelques erreurs de parcours d'une jeune fille un peu niaise, sur les bords, et capricieuse qui, en dessous de son coup de gueule juvénile, se révèle un personnage féminin à la fois attachant et fragile. Le jeu de Nadine Stephenson (Elisabeth) est persuasif et juste. A tous les coups. Par ailleurs, le souci de souligner, de mettre en scène cette mère un peu fantôme (Sandra Lobir) dans des plans évasifs (une alternance de plans rapprochés et d'ensemble) tient d'un exercice fabuleux et passe très bien à l'écran. Comme une bouffée d'air frais traversant un désert. C'est là que la rebelle, ironie du sort, Lorraine, retrouve son domaine de définition, toute la subtilité de son personnage, sa force de caractère. Les dialogues du film sont crédibles, même quand il s'agit, à certains endroits, de quelques répliques franchouillardes face au père qui, Carl (Réginald Lubin), en ce qui le concerne, prend de force son spectateur à son jeu, sous son charme d'acteur de « telenovelas » doté d'un grand sens de l'humour et du rythme dans la durée.
« La rebelle », film cocasse, émaillé de rigolades à quatre sous par le tandem Ashley Laraque et Nadège Telfort, ne laisse pas un public indifférent. Une histoire mouvementée, tour à tour houleuse et exaspérante au fil de laquelle Lorraine, Carl, Elisabeth, bref, tout le monde se découvre une communauté d'esprit. Les acteurs donc se fondent dans la peau de leurs personnages tous en diapason avec leurs états d'âme. Reste à traiter, (comme il faut?), avec sa véritable charge subversive, le côté rebelle du film sans adopter les pièges du mélo dégoulinant de bons sentiments !
Fiche technique
« La rebelle », un film de Sacha Parisot et de Dominique Jean, avec Nathalie Ambroise, Réginald Lubin, Nadine Stephenson, Sandra Lobir, Ashley Laraque, Nadège Telfort, production de Communication Plus, USA-Haïti, 93 mn
