Choucoune ou le vol qualifié d'un joyau national
1er août 2006
Titre original: THE STORY OF CHOUCOUNE STOLEN LEGACY: THE ORDEAL PF CHOUCOUNE
Par Louis J. Auguste, MD

Chers amis, je suis tombé sur un délicieux article qui illustre bien l'état de torpeur dans lequel nous sommes plongés depuis un certain temps, depuis trop longtemps. Sous notre nez, notre richesse culturelle, pour ne parler que de celle-ci, est en train d'être spoliée, mais peu, trop peu de gens s'en formalisent. De toute façon, c'est pas comme si c'était vraiment à nous. Notre sentiment d'appartenance a foutu le camp depuis longtemps et tant pis si Juan Luis Guerra nous vole Mal d'amour de Nemours Jean-Baptiste pour faire mal de amor en revendiquant sans pudeur paroles et musique, tant pis si les Dominicains s'approprient la Citadelle et tant pis si Labadie devient Labadee et n'est plus située en Haïti. Tant pis, tant pis, tant pis, se pa mwen k pou ranje peyi a.
Louis J. Auguste sur www.pikliz.com nous raconte sa frustration face au vol d'un de nos plus beaux joyaux, la chanson Choucoune et tout ce qu'elle charrie. Imaginez, Choucoune, manquait plus que ça.
Je me fais le plaisir de vous présenter l'article légèrement modifié et mis à jour. J'ai pris la liberté de le traduire car la version originale est en anglais.
Régalez-vous.
Voici le lien pour consulter la version anglaise originale de l'article:
http://www.pikliz.com/absolutenm/templates/testtemplate.asp?articleid=732&zoneid=8
Vallès Latry
Traduction
Les 500 dernières années, Haïti a largement contribué à l'histoire du monde. En tant que membre de la grande communauté des nations, Haïti et les Haïtiens ont réalisé des choses extraordinaires qui mériteraient d'être rapportées, mais qui le sont rarement. Pour ceux qui connaissent un peu leur histoire, Savannah – guerre de l'indépendance américaine - est un exemple patent. On peut également mentionner la fondation de la ville de Chicago par Jean-Baptiste Point-du-Sable, un vendeur de fourrures. Et également l'aide inestimable de Pétion à Simon Bolivar pour la libération de l'Amérique latine. Mais encore, la contribution de professeurs haïtiens à l'éducation de centaines de milliers d'africains fraîchement affranchis du joug colonial français dans les années 60/70 ou encore à l'instruction de milliers de canadiens qui faisaient face à un manque flagrant de ressources. (ndt). La liste est longue.
Dans la communauté francophone, il ne fait aucun doute dans les esprits qu'Haïti est l'une des nations les plus productives et créatives en matière de littérature. Un écrivain tel que Dany Laferrière représente souvent le Canada dans les salons internationaux du livre dont celui de Paris et ses romans sont lus et étudiés par des milliers de jeunes québécois tant au secondaire qu'au cégep (niveau collégial)(ndt). Un nouvelliste comme Jacques Roumain a été traduit dans plus de 20 langues et lu dans le monde entier.
Quant au domaine de la musique, la contribution et l'influence des rythmes haïtiens sont incommensurables. A travers l'histoire du nouveau monde, les rythmes et créations haïtiens ont eu un impact plus ou moins égal autant dans l'Amérique latine que dans les Caraïbes, en particulier à Cuba, les Antilles francophones, la République dominicaine pour ne citer que quelques pays. Mais la contribution d'Haiti a rarement été reconnue.
La pièce Ma brune de Guy Durosier et Raoul Guillaume en est une belle illustration. Elle a été traduite en espagnol pour devenir Morena et est interprétée par de nombreux artistes latino-américains. Ce qui dénote la qualité de nos musiciens qui nous rendent une fierté qu'on a souvent tendance à occulter.
Cependant, il est tout aussi douloureux de constater le vol de notre héritage sans qu'aucun credit ne soit donné aux compositeurs originels.
Enfant, je me faisais bercer par ma mère sous la délicieuse mélodie de Choucoune. Cette douce meringue, peut-être plus qu'aucun autre, a été interprétée par de nombreux orchestres, choeurs, ensembles et groupes. Je ne croirais pas qu'aucun haïtien douterait jamais que cette pièce fut la nôtre. Cependant, cette chanson est aujourd'hui mieux connue sous le titre de 'yellow bird' que sous celui de Choucoune. Si vous demandez à un Jamaïcain, il vous dira sans hésiter que Choucoune est une chanson jamaïcaine.
De jeunes haïtiens-américains sondés dernièrement n'étaient pas certains s'il s'agissait d'une chanson jamaïcaine traduite en créole ou une chanson haïtienne traduite en anglais. Même la troubadour haïtiano-allemande Cornelia Schutt, mieux connue sous le nom de Ti Corn, sur son CD «Caribbean Ballads» (1991-Gema) chante Yellow Bird et la crédite comme une chanson 'traditionnelle'.
QUELLE EST LA VRAIE HISTOIRE DE CHOUCOUNE?
Croyez-le ou non, Choucoune a vraiment existé. Son vrai nom était Marie-Noël Bélizaire. Elle est née à la Plaine-du-Nord en 1853. Bien que ses parents ne soient pas connus, on rapporte qu'elle avait deux sœurs. Contrairement à ses soeurs, elle était d,Une beauté éclatante et ainsi, elle a été surnommée Choucoune. Elle avait la peau noire avec de longs cheuveux, ce qui définit le type marabou, communément utilisé dans le langage vernaculaire haitien.
Avant de completer ses etudes primaires, elle tomba amoureuse d'un jeune home du nom de Pierre Théodore. Ils se sont mis en ménage. Afin de subvenir aux besoins de sa famille, elle démarra un petit commerce de détails. Mais vite, elle se rendit compte que son compagnon est infidèle. Elle laissa alors le village et s'installa au Cap-Haitien, la capitale du département du Nord. Elle habitatit au 14, rue Simon dans la zone de Petite-Guinée. Elle ouvrit un petit restaurant près de la chapelle St-Joseph situé à la rue 19. L'un de ses clients était Oswald Durand, le célèbre poète dans sa période capoise. Il était de 13 ans l'ainé de Choucoune, mais une relation romantique ne tarda pas à s'installer entre eux. Bien qu'ils s'aimeaient énormément, il semble que cette relation fût de courte durée, la réputation de coureur de jupes de Durant l'ayant précédé. Lui-même disait qu'il était le jardinière qui arrose toutes les fleurs.
Quelques temps après, Durand fut jeté en prison à cause de ses opinions politiques. Alors qu'il était assis dans sa cellule, un oiseau se posa à sa fenêtre et inspira à Durand l'un de ses plus beaux poèmes, écrits en créole, titré Choucoune. On était en 1883. (ndt, certains diront 1884)
Dans ce poème, le poète parle de la beauté de Choucoune, des beaux moments passes en sa compagnie et de leur douloureuse rupture quand Choucune confia son coeur à un jeune français.
Choucune ne renoua jamais avec Durand en dépit du fait qu'il l'a immortalise à travers ce poème. Elle continua d'espérer l'asmour parfait qui ne vint jamais. Elle connut des moments très durs dans cette phase de sa vie et un jour, décida de retourner dans son patelin natal.
On rapporte qu'elle devint folle et dut mendier pour suirvivre.
Ma mère qui, enfant, participait souvent aux célébrations de la Saint-Paul à la Plaine-du-Nord, me raconta que les gens la désignaient du doit et murmuraient: «voici Choucoune».
Choucoune mourrut en 1924.
Le poème de Durand fut considéré comme le meilleur poème écrit en créole et 10 ans plus tard, il attire l'attention d'un jeune musicien nommé Michel Mauleart Monton. Celui-ci naquit en Nouvelle-Orléans, Louisianne d'un père Haitien et d'une mère américaine. Son père s'appelait Milien Monton et était tailleur. Pour des raisons inconnues, Mauléart grandit en Haiti avec sa grande sœur, Odila Monron qui était propriétaire d'une boutique à la rue du Magasin de l'État, à Port-au-Prince. Toureau Lechaud lui enseigna la musique et il choisit le piano.
Sous le charme d'une riche nature tropicale, du monde magique et surréaliste des religions haitiennes et de la tradition musicale des classiques européens, Mauléart combina ses influences pour composer de nombreuses pièces qui connurent un grand succès à l'époque de même qu'aujourd'hui. On peut citer: la polka des tailleurs, l'amour et l'argent, P'tit Pierre, les p'tits siye pye du jeudi et tant d'autres.
Cependant, son plus grand success reste Choucoune, l'adaptation musicale du poème d'Oswald Durand. Il l'a joué pour la première fois devant public le 14 mai 1893. Ce fut un success instantané en Haiti comme à l'étranger.
Plus tard, Durant les celebrations ayant marqué le bicentenaire de Port-au-Prince en 1949, la pièce fut remise au goût du jour. A cette époque, Haiti était l'attraction touristique des Caraibes. Les prestigieux visiteurs de l'île incluaient Marian Anderson, Harry Belafonte, Elizabeth Taylor et beaucoup d'autres. Qui a eu le coup de foudre pour cette chanson? On ne le saura peut-être jamais. Tout compte fait, dans les années 50, le compositeur Norman Luboff a entendu la chanson et a adapté la mélodie aux nouvelles paroles des deux auteurs, Alan et Marilyn Keith Bergman.
Les paroles elles-mêmes sont inspirées du poème de Durand. Ti Zwezo devint Yellow Bird. La chanson parut sur l'album de Luboff – Choir's calypso Holiday - sorti en 1957 et est décrit sur la pochette comme «une serenade d'un amoureux solitaire à un oiseau solitaire».
La nouvelle version de la chanson acquit une immense popularité à travers les Etats-Unis. Beaucoup d'artistes l'ont repris et les Mills Brothers, Roger Williams et Lawrence Welf en firentl la chanson titre de leurs albums. Aujourd'hui, elle est de toutes les croisières dans les Caraibes et même dans les films américains à gros budget. Les touristes qui le réclament sans arrêt ne savent même pas que tout a démarré dans une prison haitienne en 1883. la prochaine fois que vous écouterez Yellow Bird, ayez une petite pensée pour Choucoune et pour Oswald Durand et dites fièrement à tout le monde qu'il s'agit d'une chanson haïtienne.
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- Commentaires
De plus en plus frustré, j'ai été sur l'Internet afin de vérifier le nom du compositeur de Choucoune, mais ni Google ni AskJeeves.com n'avait de réponse. J'ai contacté de nombreux disquaires dans l'espoir de trouver une copie de Choucoune, mais peine perdue. A ce moment là, j'ai décidé de faire une recherche sur Yellow bird et devinez, au premier essai, j'ai eu la réponse suivante: Yellow bird a été compose en 1960 par Norman Luboff sur les paroles de Alan et Marilyn Keith Bergman.
Il ne fait aucun doute dans mon esprit qu'il s'agisse d'un vol d'héritage, pour utilise rune exception rendue populaire par James Richardson qui a décrit la façon dont la glorieuse tradition égyptienne a été faussement attribuée aux Grecs par les écoles eurocentiques. Est-ce arrive parce que nous Haïtiens ne connaissons pas notre histoire ou ont «oublié» de la transmettre à nos enfants?
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Très contente d'avoir eu cette précision à propos de la chanson Choucoune.
Je suis en train de la travailler avec des personnes qui ont une déficience intellectuelle et ils voulaient savoir ce que ces mots signifiaient. J'ai fait appel à une voisine d'origine haïtienne ; elle m'a donné un bon coup de main pour la traduction du créole au français, histoire de comprendre ce que nous chantons. Il m'asemblé que le nom du poète ait remplacé celui de la belle dans la mémoire de cette jeune haïtienne!
Nous l'apprenons en créole : si vous connaissez un site où on peut l'entendre clairement j'apprécierais beaucoup !
Et aussi votre version en français m'intéresse!
merci de votre aide
Huguette Voyer hildegarde.v@tlb.sympatico.ca
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Salut Huguette,
Vous donnez là une preuve vivante que la musique est bien un langage universel.
J'en profite pour vous féliciter de vouer votre vie à une si noble cause. Malheureusement, je n'ai aucun indice sur une possible version française de Choucoune, c'est peut-être ce qui lui donne (au poème s'entend) tout son charme et son caractère mystérieux. Savez-vous que le poème a été classé parmi les 100 plus beaux du monde selon un professeur de littérature de nationalité belge?
Bref, pour l'écouter, il y a plusieurs options: l'acheter sur http://www.sakapfetstore.com/do/search;jsessionid=awledjNM8OL-?dispatch=search&item=choucoune (le nom de l'interprète est Ti Corn, c'est une compilation sur laquelle vous allez retrouver d'autres chansons traditionnelles haïtiennes), sinon, ce serait de le télécharger sur www.haitiforever.com en cliquant sur le disque de Ti Corn dans la section musique du site.
Faites-moi savoir si cela a marché sinon on s'organisera autrement!
Vallès Latry, Nation soleil
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J'ignorais l'histoire autour de Choucoune,votre article m'apprend bien de choses!
Cela m'est arrivé une ou deux fois d'écouter une version allemande (d'après mon père) de cette composition, j'ai jugée la musique belle, mais j'aime beaucoup plus la version haïtienne.Ayant étudié Oswald Durand et ses oeuvres en classe de 3ème, je n'ai jamais douté que Choucoune soit une oeuvre du terroir,mais j'ignorais que tant d'artistes l'ait interprété!
C'est dommage ce laisser-aller à tous les niveaux dans le pays et je bous carrément de frustration en songeant que nous nous laissons prendre le meilleur de nous sans bouger le petit doigt! Mais cet article en soi, c'est déjà une réaction. Piti piti zwazo fè nich, continuez le travail!
jocamelulu@yahoo.fr Johanne
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...Et votre mot Johanne est la preuve que le message n'est pas tombé dans des oreilles de sourds. J'espère que d'autres personnes entendantes seront aussi réceptives que vous et passeront le mot.
A bientôt Johanne
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bonjour, je vis en France, je suis comédienne, j'aimerais avoir les paroles de choucoune se yon marabou c'est tres urgent merci
michelinep45@hotmail.com
Pierre Micheline
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Je suis musicien, je connais cette chanson depuis longtemps et j'ai toujours su qu'elle était haïtienne. Je crois que je l'ai entendue pour la première fois il y a plus de 20 ans par Claudette et Ti Pierre. Pour qui a une certaine habitude des musiques caraïbes il ne fait aucun doute que ça ne marche pas très bien lorsqu'on la joue en calypso comme les anglo-saxons interprètent Yellow Bird. De fait, dans Yellow Bird la mélodie du couplet a été modifiée et on a conservé telle quelle que celle du refrain, sans doute pour essayer de transformer en calypso-lent : la méringue ne se laisse pas faire ! :-) À noter qu'Harry Belafonte en interprète une version qui respecte l'originale pour ce qui est de la musique.
La bibliothèque nationale de France en offre en ligne une bonne version au format mp3, télécharchable, interprétée par Andrée Lescot, c'est la première des chansons créoles de cette page :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1273041
De mon côté, je viens de terminer d'éditer la partition que j'ai laissée à la disposition des musiciens sur le site Wikifonia, avec l'intégralité des paroles dans un commentaire à la suite de la page de musique. Je l'ai illustrée par la version de Moune de Rivel qui la joue un peu calypso quand même. Voici l'adresse :
http://fr.wikifonia.org/node/1895
Agathe de Blouse jean.lespinasse@cafougnette.com
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Vous êtes génial Agathe! Très édifiant comme point de vue. C'est un beau complément à l'article et Nationsoleil vous remercie de ces précisions. Elles contribuent à restituer la vérité sur les véritables origines de Choucoune.
Merci encore.
Vallès (Nasyonsoley)