27.10.2008

Mange, ceci est mon corps, ou un OVNI sensoriel

Nationsoleil vous propose un article sur le tout récent film du jeune réalisateur haitien Michelange Quay Mange, ceci est mon corps. Le film est controversé, les opinions vont dans tous les sens. Voici un début, pour vous donner le goût d'aller plus loin et aussi, qui sait... de chercher à voir le film.
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Christophe Hachez

À voir absolument, toute affaires cessantes.

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Premier long-métrage de Michelange Quay (après son court multi-récompensé, L'Evangile du cochon créole), Mange, ceci est mon corps fait de nouveau appel à une dimension christique, tout au moins dans son titre, qui à l'image du film revêt une dimension symbolique et spirituelle. Il n'est pourtant pas à proprement parler question du Christ ici. D'ailleurs le film laisse place à la compréhension intérieure du spectateur et c'est parfait comme cela. En l'état, Mange, ceci est mon corps est un film magnifique, une œuvre de visionnaire comme on en voit peu au cinéma.

Le film commence : une introduction de plus de dix minutes nous est immédiatement proposée. On survole Haïti, l'île noire. La mer d'abord, puis les bidonvilles et les terres arides du pays. Le trip sensitif est à peine commencé et nous voilà, spectateurs, déjà plongés dans une expérience planante et sensorielle dont on ne sortira qu'après la toute dernière image du film. Une fête vaudou, une demeure coloniale vers laquelle les enfants noirs s'avancent, lentement, en file indienne. Dans cette maison vivent Madame (Sylvie Testud d'une intériorité étonnante) et sa mère (Catherine Samie, immense comédienne de théâtre et ici véritablement impressionnante), sûrement deux faces d'un même personnage, en tout cas deux figures dissemblables d'un certain colonialisme ambiant. Le film parle probablement de cannibalisme et partant de pouvoir, de domination économique et politique ; mais pas d'inquiétude, son l'intérêt ne se situe pas dans son histoire, le nombre d'interprétations pouvant varier en fonction du nombre de spectateurs.

Ce qui est passionnant dans le film de Quay, ce n'est pas autant ce qu'il raconte que ce qu'il montre. Proposition visuelle à la beauté hallucinatoire et viscérale, Mange, ceci est mon corps agit comme un rêve éveillé pareil à une transe répétitive et obsessionnelle. On pense au Stanley Kubrick de 2001 : l'odyssée de l'espace, à l'étrangeté d'un David Lynch, au cinéma plasticien de Matthew Barney (le polyptyque Cremaster), autant de références qui nous ramènent à l'irréalisme voire au surréalisme des situations. La photo est splendide, mélangeant sans cesse noirceur des êtres et blancheur du lait ou de l'intérieur de la chambre de la mère. Frappant d'images hallucinogènes et quasiment sans paroles, Michelange Quay nous entraine dans un monde incroyable et symbolique dans lequel il fait bon se laisser bercer.

Coté mise en scène, la lenteur contribue à cette impression de douce rêverie mélangeant les plans-séquences aux durées indéterminables à une bande sonore d'une force et d'une diversité sans pareilles. Bien qu'il puisse paraître prétentieux aux yeux de certains qui auront tôt fait d'en emprisonner les limites dans un espace bien déterminé, Mange, ceci est mon corps reste l'œuvre d'un plasticien visionnaire à l'univers unique « faisant la nique » au cinéma balisé et consensuel dont nous sommes parfois les victimes. Peut-être trop intelligent sur le fond, le film de Quay se passe bien de toute logique et nous laisse quasiment enthousiaste devant cet objet conceptuel et expérimental, signe d'un auteur à l'univers passionnant dont on attend le prochain film avec une impatience non dissimulée.

Les qualificatifs manquent pour décrire Mange, ceci est mon corps : extatique, hypnotique, hallucinatoire, poétique, expérimental, lyrique … le film est surtout d’une beauté formelle foisonnante qui en fait une réussite incontestable.

Fiche technique du réalisateur:

Michelange Quay
Haïti


michelange_quay.jpgDe nationalité américaine et d’origine haïtienne, Michelange Quay est né en 1974 à New York. En 2002, il est lauréat de la Résidence Cinéfondation du Festival de Cannes. Son travail a été montré dans les plus grands festivals internationaux. Mange ceci est mon corps est son premier long métrage.

2008... Mange, ceci est mon corps (LM)
2004... L'Evangile du Cochon Créole (CM)
2002... Qu'on leur donne des yo-yo (CM
1998... Forty Days (CM)
1996... Myth of Seus (CM)

Voir la bande-annonce

28.05.2008

Du sucre dont on fait le fiel

Publié dans Libération

Enfer. Premier film de l’Italien Claudio Del Punta, «Haïti chérie» s’attache à la vie d’un couple d’immigrés dans une plantation de cannes à sucre en République dominicaine. Sans compassion.

GÉRARD LEFORT

Mercredi 28 mai 2008
Haïti chérie de Claudio Del Punta Avec Yeraini Cuevas, Valentin Valdez, Jean-Marie Guerin, Juan Carlos Campos… 1 h 39.
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C’est un film qui écrit son histoire dans la marge du spectaculaire. Un film inactuel au sens où il s’intéresse à ce que généralement l’actualité délaisse. En l’espèce : la vie d’un jeune couple, Magdaleine et Jean-Baptiste, ouvriers haïtiens immigrés dans une plantation de cannes à sucre de la République dominicaine. Ils n’ont pas vingt ans, ils survivent dans une misère de tous les instants. C’est le genre de situation que l’on connaît (il suffit de lire les bons journaux, de regarder les bons reportages) mais qu’on n’imagine pas. La fiction en entrant dans ces territoires littéralement hors champ et quasiment privés d’images (1), elle a intérêt à marcher sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller les monstres : d’une part, très réels, les surveillants du village (b atey en créole) où fut tourné le film sans l’autorisation du propriétaire de la plantation. D’autre part, plus impalpables mais tout aussi chiens de garde, les démons de la compassion, kleenex aussi vite trempé de larmes que jeté à la poubelle, ou, pire encore, la misère comme esthétique.

Promiscuité. Le réalisateur, formé à l'école du documentaire, a esquivé tous ces dangers. Ce qui n’empêche pas son image d’être belle car on ne voit pas au nom de quelle étrange loi du pléonasme, les misérables sont forcément abonnés à l’image pauvre. De même pour le choix des acteurs amateurs, recrutés sur place, Yeraini Cuevas et Valentin Valdez, créoles d’une splendeur immémoriale. Ce qui fait qu’on s’intéresse, puisque le récit démarre «en beauté» par la veillée funèbre du bébé de Magdaleine et Jean-Baptiste, mort de malnutrition. Ni larmes ni cris, c’est un portrait de la résignation, avec le seul bourdonnement des mouches en bande-son. Le cadre est physique, il rend tangible la promiscuité dans le baraquement où vivent Magdaleine et Jean-Baptiste : une poignée de mètre carré où coexistent le foyer sans cheminée, le bat-flanc servant de lit et quelques vagues guenilles pour cloisonner l’espace. De sanitaires, aucun. Et par l’embrasure de la porte, le plan est juste qui montre, avec la distance pudique nécessaire, que c’est dans le champ de cannes à sucre jouxtant la masure que l’on va faire ses besoins.

Damnés. Cette façon de regarder les choses en face se retrouve dans l’évocation de la sexualité, heureusement pas du tout éludée. Magdaleine et Jean-Baptiste sont jeunes et beaux. Lorsqu’ils baisent sur leur grabat, l’érotisme de l’image est telle que l’on comprend que la sexualité n’est pas seulement une belle jouissance, mais une conjuration de leur misère. Dans ce même registre, l’audace est encore plus secouante quand le jeune Pierre, qui partage la vie du couple, réclame à la jeune femme sa part de plaisir. Elle lui fait la morale et quasiment du même geste, elle le branle. Sans fausse impudeur puisque c’est seulement sur le visage du garçon que le bonheur cède à la stupéfaction. C’est toujours sur ce terrain de la sexualité moite que le film va bouger et basculer, déterminant le départ du jeune couple et leur retour au pays natal haïtien. Tandis qu’elle se lave dans un marouillot dégueulasse, Magdaleine manque d’être violée par un gardien de la plantation. La scène dure, pénible vraiment, mais nécessaire pour que s’imprime la violence du harcèlement, l’ignominie du salopard, la dignité de Magdaleine repoussant de plus en plus difficilement ses assauts, l’exercice en plein XXIe siècle d’un droit de cuissage des maîtres sur leurs esclaves.

Le défi de ce genre de film planté in situ la misère du monde, c’est de trouver la martingale qui sait doser la part d’information nécessaire et la part de romanesque suffisant. Dans Haïti chérie, le juste équilibre est constant. Pour preuve, une scène de corruption ordinaire. Jean-Baptiste, Magdaleine et Pierre ont fui la plantation, aidés par Ernesto, un toubib militant. La camionnette qui transporte les fuyards doit sans cesse franchir les barrages militaires qui longent la frontière entre Saint-Domingue et Haïti. Le suspens est là quand le jeune troufion en faction, son arme en évidence, abuse de la situation, fait durer son plaisir de matamore, pose à Ernesto des questions dont il connaît la réponse (vous allez où ? Qui sont ces gens ?) La scène est sans avenir, tout pourrait arriver, y compris que le troufion dégaine son arme. Et la tension se dissout du moment où Ernesto glisse dans la main du soldat quelques billets de banque. Voilà. On a compris un peu de la mortification que ces damnés doivent subir, leur fatalisme aussi. Et en même temps le cinéma est là, tout puissant, qui fait vibrer la scène comme dans le meilleur des thrillers. Haïti chérie est tout simplement un bon film bon.

(1) À signaler, rare exception de qualité, Esclaves au paradis, livre-enquête en photos de Céline Anaya Gautier (Ed. Vents d’ailleurs, 2007). Présenté dans le cadre de la troisième édition du Festival international du film haïtien de Montréal (septembre 2007).

Pour aller plus loin:
Lire aussi une entrevue accordée au journal par le réalisateur: Ce sont des zombis sociaux

22.01.2008

Haïti : Il y a dix ans mourait Ansy Dérose

Publication autorisée

Mercredi 16 janvier 2008, AlterPresse

Par Magloire Demesmin

39b418aeae03f2a850354f870d70ea9f.jpgPort-au-Prince, Janvier 1998 : quel est donc le mort illustre que l’on accompagne ainsi ? Sommes-nous bien certains, comme le dit la chronique officielle, qu’il s’agit d’Ansy Dérose ?
L’homme à la voix de baryton est passé à l’orient éternel le 17 Janvier 1998, non sans avoir livré un dernier et un ultime farouche combat contre ce mal de notre siècle qu’est le cancer.
Ansy Dérose est un de ces poètes qui croient qu’il n’est de bonne écriture qu’exacte. Faite d’observation de paysages, tandis qu’il mène plusieurs vies à la fois, une autre observe le vent, la mer, le soleil, grande rumeur dans le ciel immobile d’Haïti. [1]
Ses chansons gardent le rythme des saisons, des jours, avec l’odeur du petit mil, l’odeur de l’encens nacré dans les limbes, l’odeur du café moulu, le chant des coqs au petit matin à des heures régulières, les beautés de nos cimes, des champs.
D’un couplet à l’autre, il laisse place à la rêverie aux sensations, aux émotions. D’un trait de plume, il campe des paysages sublimes en métaphores.
Chez lui, le terroir est un théâtre d’où ressort toujours un monde de gaieté, de beauté, de joie etc. En Créole, comme en Français, le poète Ansy Dérose est toujours en majesté avec la magie.
Ses vers, ciselés dans les hauts fourneaux des précisions métaphoriques, suffisent d’ailleurs à le situer dans la grande tradition française des poètes de l’observation, chez qui se mêlent, à la vitesse de la vie, dans une fête du style, paysages, portraits, souvenirs autres maximes.
Aligner soleil, la lune, la mer, dans une demi-phrase, c’est faire preuve d’un talent sûr. Dans cette chanson, où chaque strophe évoque des paysages fameux, les mots claquent comme les vers de Verlaine ou de Rimbaud :

« Mwen wè solèy san fwa
mil fwa nan vi m
Mwen wè lalin k ap benyen nan lanmè
Poutan « Thérèse »
se de zye ou ki limyè m
Lontan, lontan m ap chèche ou

Oui, le poète s’en est allé, par un beau matin tropical, sous un ciel bleu d’azur, d’un soleil étincelant.
Celui, qui a chanté plus que tout autre les problèmes qui tracassent notre malheureux pays, en trouvant les mots justes pour dénoncer ce qui tourmentent notre multitude, était, à lui seul, une conscience nationale.
Ce trésor national avait toutes les qualités qui font de lui, à coup sûr, un immense patriote, un de ceux que l’on doit, à tout prix, ériger en modèle à la jeunesse de ce pays qui en a tant besoin.
C’est sous un soleil radieux que le prince de l’amour a définitivement laissé la scène.
L’infatigable défenseur de la culture haïtienne s’en est allé en laissant plus de 200 chansons, en forme de testament à une société dont il n’a jamais cessé de dénoncer sa cruauté, l’aliénation d’une partie de ses membres, qui préfèrent adorer tout ce qui vient d’ailleurs tout en méprisant ce qui se fait localement.
Jamais, dans l’histoire de la chanson haïtienne, un homme a autant marqué son époque.
Mais, d’Ansy Dérose, il faut dire que chacun de ses albums, depuis les années 1970, est un petit bijou, non seulement d’un point de vue musical, mais aussi sociologique, tant les mots ici claquent dans le vent et trouvent un ton juste dans une société en proie aux démons de toutes sortes.
Parfois, au détour d’une chanson, on s’arrête, le message est limpide, les mots s’envolent et les refrains sont de véritables coups de poing. Le soleil, la lune, la mer reviennent le plus souvent, le tout est mélangé dans une symphonie musicale grandiose, ce qui donne cette musique envoûtante pleine de sensualité.
Le mot engagé est trop faible pour qualifier ses textes.
Dans ces derniers, abondent un patriotisme farouche et un appel permanent à la conscientisation de la société haïtienne, son œil de sociologue aiguisé nous laisse des morceaux tout à fait sublimes.
Mais, en artiste averti, monsieur Ansy Dérose savait qu’il n’avait rien à attendre de la société haïtienne, du moins son testament vaut condamnation du peu de considération que l’on a pour l’artiste en général.
Ce cri de douleur résonne encore comme un tonnerre dans cette chanson où l’artiste parle de ses ressentiments, son désappointement devant la déchéance de son pays et de la société en général.
Le reste, une critique en règle contre cette pseudo élite qui préfère « décorer son salon avec des roses blanches qu’elle importe à prix exorbitant ».

Et l’artiste, de lancer une condamnation sans appel :

« Je dis que c’est cruel
car, il y a des roses noires
en Afrique, au Brésil
et dans notre pays,
ce pays a besoin de ses fleurs »

Monsieur Ansy Dérose n’est jamais en retard d’un combat, surtout la défense de ses collègues artistes qu’il considère comme injustement traités dans un pays où (le moins que l’on puisse dire) l’artiste est méprisé voire inconsidéré.
Une fois de plus, il est prophétique : « Je vis dans un pays où l’artiste n’est rien ».
Tout est dit, joignant le geste à la parole, lorsque, ce 14 septembre 1986, Roger Colas, autre grand disparu à 49 ans, dont le corps gisait dans un « trou égout » aux environs de Delmas, banlieue de Port-au-Prince, pendant plus d’une dizaine d’heures sans la moindre compassion.
Il a fallu un coup de gueule de l’auteur d’ « Anacaona », plein de fiels sur les antennes de Radio Soleil, pour qu’enfin les autorités se dépêchent de faire lever le corps.
Sa prophétie vient de s’accomplir dans une scène horrible, macabre.
Qu’importe ! les artistes ne sont plus les propriétaires de leurs chansons. Ces dernières parlent pour eux, après leurs morts.
En 1997, un an avant sa mort, l’artiste, qui savait qu’il n’avait plus pour très longtemps, nous a laissé un album en forme de testament, dans lequel il crie sa douleur devant les déchéances de son pays, surtout la disparition des valeurs, des êtres, de tout ce qui faisait autrefois l’originalité de ce pays.
Toujours partagé entre un amour obsessionnel pour son pays et le constat de l’échec, il voit, il regarde, il écrit.
Dans son dernier album, justement baptisé « Haïti Mélodie d’amour », l’artiste est désemparé devant la descente aux enfers de notre pays. Mais son amour est intact.
Haïti, que l’on a connue, est définitivement morte, pour donner naissance à quelque chose que l’on a du mal à accepter.
Dans un pays autrefois, où l’on chantait les beautés des femmes, elles sont désormais victimes de viols en série en tout impunité, les femmes haïtiennes payent un lourd tribut.
Evidemment, celui qui chantait plus que tout autre les beautés et bontés des femmes haïtiennes, fut inconsolable devant tant de cruautés et d’humiliations qu’on les inflige.
Dans « Haïti Mélodie d’amour », monsieur Ansy Dérose est inconsolable, nous aussi. Mais, l’œil est toujours percutant, et l’amour de son pays toujours au diapason :

Ou se solèy
Ou se limyè
Ou se tanbou nan kè mwen
Ou se mapou
Ou se lanmou
Ou se vodou zantray mwen
Ou se badji ’
Ou se maji m’
Ou se zanmi m’, peyi mwen
Ayiti se yon melodi damou

Dans cette même mélodie, le deuxième couplet se fait tout à coup nostalgique devant tant de calamités et la disparition des êtres, des rues, de tout ce qui faisait autrefois Haïti.
Sous sa plume, le constat est plus qu’amer, l’artiste est révolté. Comme toujours, en une phrase, il résume ce qui tourmente notre multitude devant tant de catastrophes qui nous assaillent. Son cri, sa détresse, son désespoir, son lancinant message d’amour, ne trouvent ici aucun écho, le poète se fait imprécateur devant tant de calamités :

Ayiti w fin dezakòde
W ap jwe yon Do ki domaje
W ap jwe yon Re defigire
W ap jwe yon Mi an mizerab
W ap jwe yon Fa, yon Fa fatal
W ap jwe yon La an delala
W ap jwe yon Si si kou sitwon".

Les époques changent, mais l’artiste s’adapte : chaque temps apporte son témoignage, l’œil aiguisé d’Ansy est toujours percutant et sonne juste ce chef d’œuvre des années 1970 :
« Anacaona », un hymne à lui tout seul.
On ne dira jamais assez d’Ansy Dérose qu’il fut un artiste complet : poète, peintre, compositeur, professeur de mécanique, plasticien , etc.

contact : magloiredemesmin@live.fr

[1] Ndlr : Ansy Dérose a interprété, pour la première fois en Créole, l’hymne d’Haïti « La Dessalinienne » de Justin Lhérisson, version musicale créole généralement adoptée à partir de 1986.


29.11.2007

Zèklè : les airs prophétiques

Par Pierre Raymond Dumas

8fccfda1a2b67d04c43168687525cc81.jpgAu moment où le groupe haïtien mythique - en tout cas le groupe haïtien phare de ma jeunesse - s'apprête à refaire surface au Parc Historique Canne à Sucre le 1er décembre 2007, je m'empresse de reproduire un article que j'ai publié le 21 janvier 1983. Ce fut ma première publication dans les colonnes du doyen de la presse nationale, Le Nouvelliste. Quelles retrouvailles ! Vingt-quatre ans déjà ! Que le temps semble à la fois court et long !...
En le relisant, j'ai pensé à cette époque. Et ce n'est pas souvent que j'y pense. On parle souvent des années 80 un peu à tort et à travers. Mais là, dans ce retour en arrière, il me semble que c'est un tourbillon de fraîcheur et d'excitation.
Soyez patient. Avec ce petit texte, vous risquez de vous amuser, de sourire. Comme je savais bien ce qu'il fallait dire. Etre en phase avec son temps. Et même quand on croit détenir la vérité. Ce qui compte, c'est de faire partager ses idées, ses émotions, ses goûts. N'est-ce pas excitant ? Qui pourrait tenir ce discours aujourd'hui ? Je ne vois pas d'hommes politiques. Mais je vois bien quelques journalistes et artistes.


«En résonances lyriques et passions étouffées, la musique haïtienne d'avant-garde - revendiquant un rythme élaboré et fortement métissé, amplifié au maximum de recherche boulimique - commence à détrôner les lieux communs pour offrir ces nouvelles références, apporter des nouveautés exemplaires telles que Cole-Cole Band, Mini All Stars, Gérald Merceron, Quidor, Ça, Carole Demesmin, Lionel Benjamin et Zèklè.
«Il va être question ici précisément de Zèklè. Et ceci pour une seule raison : Zèklè associe deux styles, deux approches, deux mondes, avant-garde (si l'on peut dire et on verra plus loin pourquoi) et enfin deux rythmes différents qui bien que complémentaires de nature, n'ont guère de thèmes propres. Les apports de la technologie musicale moderne et les fortes traditions nationales offrent dans maints morceaux de Zèklè une saveur imagéef7ca1e1385aab0fb62beb5cdf74fe70e.jpg où cependant recherche musicale et authenticité gardent un dynamisme fascinant. Signalons tout de suite pour clientèle strictement occidentalisée - que le slow ''Mizik Sa'' demeure un standard au sens pleinier du terme.
«Contre toute évidence, Zèklè ne verse pas dans l'excès en se lançant aux trousses d'un public uniforme. Un superbe apport, tout à fait à la hauteur d'une jeunesse pensante : du compas, du rythme élaboré, du slow s'imposant intégralement comme un produit authentique. De la pop music adaptée aux traditions locales, bref, un album sensuel, lumineux et surtout à conserver ! Une authentique alternative à l'amateurisme incertain et décevant. De cet album ressortent avec beaucoup d'originalité les apports de l'avant-garde et de la musique populaire.
«Tendresse, amour, autocritique: regards singuliers sur l'air du temps et autres thèmes connexes prédominent dans tous les textes. Ici, tendresse et amour n'offrent rien à redire. C'est plus qu'un fugitif éclair : les répercussions immédiates de l'album ''Ce Ou Minn'' en disent long.
«Zèklè : un grand bond en avant vers une musique haïtienne élaborée et authentique !»

Publié le 28 novembre dans le Nouvelliste

18.07.2007

Le plus tropical des week-ends montréalais

Article 2 - Le lundi 16 juillet 2007

Compte-rendu Alain Brunet
La Presse
Ce week-end fut assurément le plus tropical des week-ends montréalais, et il a culminé hier au son de musique haïtienne.
Hormis les Nuits d'Afrique au Kola Note et au Balattou (Ricardo Lemvo, Ousmane Touré, etc.), le Festival international reggae de Montréal au Vieux-Port (Black Uhuru, Third World, Gyptian, etc.) et autres manifestations plus modestes (Traditions du monde au Théâtre de verdure, notamment), la «créolophonie» s'est rassemblée en grand nombre au parc Jean-Drapeau pour le Festival international de musique haïtienne de Montréal.

Du jamais vu en un seul week-end!

I am 509 pouvait-on lire hier sur de nombreux t-shirts qu'arboraient les festivaliers.
- Excusez-moi Madame, que signifie ce 509?
- C'est le code régional d'Haïti.
- Mmm... d'accord!

77b9289e36ecb89258d95aec2edb69a0.jpgDans cette foule de plus de 15 000 personnes, les 514 et les 450 n'avaient qu'à bien se tenir! Dans une ambiance on ne peut plus conviviale assurée par un impeccable service d'ordre, les Haïtiens de Montréal et leurs amis au visage pâle (en minorité visible, vous vous en doutez bien) ont célébré la culture de cette grande île qu'on aimerait encore nommer Perle des Antilles. Lorsque Haïti exhale tant de beauté, tant de ferveur positive, tant de sensualité, bref tant de profondeur culturelle, on n'hésite pas à la nommer ainsi.

Griot et poulet créole...
Pour cet événement dominical et non moins pacifique, beaucoup moins désordonné qu'on aurait pu l'imaginer (bien sûr, il y avait quelques courtes séquences erratiques ou baroques), la température clémente a ainsi permis l'affluence massive d'un public familial. Nombre d'enfants y ont accompagné leurs parents, la génération montante a pu se familiariser au folklore de ses ancêtres avec les bandes de rara, les rythmes sacrés et profanes ont rejailli dans la musique du groupe montréalais Bamboche Rasin. De nombreux kiosques de nourriture haïtienne ajoutaient à l'exotique; au lieu d'une poutine ou d'une pointe de pizza, on pouvait se procurer griot de porc, poulet créole, riz aux fèves noires et plus encore.
La musique était évidemment la carte maîtresse de l'événement. Les organisateurs des Productions Sakpasé Montréal avaient prévu sélection des meilleurs groupes konpa de la mouvance haïtienne, qu'elle fut à Port-au-Prince, New York, Miami ou Montréal. Les fans ont vibré particulièrement sur les fréquences de Djakout Mizik, Nu Look, Carimi, System Band, Creyol La, Back Up, Black Parents.
Vu leur nombre important (plus d'une douzaine), chacun des groupes a donné des performances relativement brèves, entre lesquelles des animateurs chauffaient les spectateurs. On retiendra les envolées oratoires de l'ineffable animateur montréalais Ronnie Dee, vraisemblablement ému par un tel succès populaire qui sort enfin la musique haïtienne de son cadre communautaire. L'acteur Tonton Bicha a aussi grandement contribué à catalyser l'auditoire.
Descendant du merengue dominicain (qu'on a ralenti chez les Haïtiens), ancêtre du zouk de Kassav, le konpa semble ainsi retrouver une nouvelle jeunesse avec cette génération de musiciens qui lui greffent divers genres, du ragga à la soul en passant par le hip hop. Lorsque le rythme konpa chauffait sous les cris des chanteurs, le battement des tambours et les riffs si typiques des claviers, la foule se mettait à sauter avec une ferveur peu commune, agitant le drapeau haïtien et pointant l'index vers le ciel. La veille au Complexe Cristina, situé au nord-est de la ville, on a pu danser collé-serré avec les vétérans de System Band et les jeunes stars de Djakout Mizik, que les connaisseurs estiment le plus influent des groupes konpa.
Étions-nous vraiment chez nous? Absolument. Le Festival international de musique haïtienne de Montréal n'est-il pas une des expressions essentielles à une vraie capitale culturelle?

Dans l'oeil du kompa

Question de présenter le regard d'un «étranger» - il est quand même dans son pays - sur le Festival de la musique haitienne, je vous propose deux articles sortis cette fin semaine et lundi dans l'un des plus grands quotidien du Québec.. J'ai quelques réserves sur les déclarations de Mikael Guirand, mais bon...

Article I - Avant le festival - Le samedi 14 juillet 2007

Alain Brunet
La Presse

a2687263a47e1f26b0d5fba732788c64.jpgDérivé haïtien du merengue dominicain, le kompa est le coeur de la pop urbaine d'Haïti. Depuis l'invention du kompa direk (compas direct si vous préférez le français au créole) par le saxophoniste Nemours Jean-Baptiste au milieu des années 50, plusieurs générations de musiciens haïtiens en ont perfectionné l'approche. Aperçu de cette nouvelle vague qui déferlera demain au parc Jean-Drapeau.


Les années 70 et 80 ont mis en relief des formations de notoriété internationale telles Tabou Combo, Skah-Shah, Magnum Band, Koupé Kloué, Sweet Micky ou System Band. Les nouveaux groupes de kompa se nomment Carimi, Djakout Mizik, T-Vice, Nu Look, Kreyol La, Steeve K, Back Up, Black Parents. Ils galvanisent d'ores et déjà la jeunesse haïtienne, qu'elle réside dans l'île magique ou partout dans la diaspora.
«Le nouveau kompa est un mélange de l'ancienne génération et de la génération actuelle. Nous avons conservé le rythme originel, mais nous utilisons une nouvelle instrumentation mêlant les instruments traditionnels aux technologies numériques. Il y a plus de mélanges de styles, les harmonies y sont plus complexes, les arrangements plus sophistiqués», explique le chanteur et guitariste Roberto Martino, leader de T-Vice qui se produisait la semaine dernière au Festival international de musique haïtienne de Montréal.
Demain au parc Jean-Drapeau, les têtes d'affiche de la nouvelle génération kompa seront Djakout Mizik, Nu Look et Carimi.
«On a grandi en Haïti, on a laissé Haïti pour nos études universitaires. Arrivés à New York, on a subi l'influence du hip-hop et du R&B. Ça a plutôt influencé notre manière de composer», explique Michael Guirand, chanteur de Carimi joint chez lui à New York.
Tous trois natifs de Port-au-Prince, Carlo Vieux, Richard Cave et Michael Guirand, sont potes depuis l'adolescence. Avez-vous saisi que les premières syllabes de leurs prénoms sont à l'origine de Carimi. Lorsqu'ils furent définitivement aspirés par la musique, Michael vivait à Delmas, Richard était à Paco, Carlos à Bourdon, trois quartiers de la capitale pas très loin du centre-ville. Pour leurs études universitaires, ces garçons de bonne famille se sont installés à New York où vit la plus importante communauté haïtienne hors du pays. C'est à New York que fut fondé Carimi, une des plus solides formations de la nouvelle génération kompa.

«Lorsqu'on a commencé en 2001, relate Michael Guirand, il y avait un vide dans la musique haïtienne. Le mouvement rasin (racine), dont l'objet est de reprendre les rythmes ancestraux de l'Afrique, ne pouvait combler ce vide. La pop urbaine se limitait à un kompa direk vieillissant. Nous avons alors entrepris nos réformes musicales; soul, hip hop, danses synchronisés, mouvement de hanches, interaction avec le public»
Haïtian Troubadours, un album-compilation de jeunes artistes haïtiens, avait dressé la table. «On y fondait le rythme kompa dans une approche un peu plus acoustique avec guitares, basse, caisse, très roots, mais en y intégrant de la soul, du hip-hop et du reggae. Le mouvement Haïtian Troubadour a super bien marché dans les Antilles, c'est à ce moment que Carimi a percé.»
La nouvelle génération kompa, d'ailleurs, n'est pas sans intéresser le célébrissime Wyclef Jean. Des membres de T-Vice, Djakout Mizik et Carimi ont été mis à contribution dans les projets de l'artiste hip hop, notamment sur l'album en chantier de Black Alex.
Même s'ils sont établis à New York, les musiciens de Carimi retournent régulièrement en Haïti, ils consentent à s'y produire à prix modique vu la condition économique de leurs fans dans l'île. Résidant à Miami, les musiciens de T-Vice tiennent aussi à jouer dans leur pays natal lorsqu'ils ne se produisent pas en Europe, en Amérique ou en Océanie. «En Haïti, soulève Roberto Martino, il faut profiter des périodes fortes, c'est-à-dire des grandes vacances d'été ou de Noël, ou encore la période du carnaval. On profite de ces moments-là mais on sent quand même une frustration chez nos fans. Car nous sommes très en demande là-bas. Mais puisque nous devons gagner notre vie ailleurs, nous devons trancher... Le groupe Djakout Mizik, par exemple, vit en Haïti mais doit toujours être en déplacement.»
Et voilà donc cette vague qui déferle dans l'île... de Montréal. «Nous voulons catalyser la communauté haïtienne, de conclure le chanteur de Carimi, mais nous voulons aussi faire découvrir le kompa aux non Haïtiens du Québec.»

25.04.2007

Cinéma haitien à Montréal: un état des lieux

Nation Soleil a retrouvé pour vous un article publié dans le journal La Presse qui dresse un portrait assez fidèle de l'état du cinéma haitien à Montréal. Nous le publions dans son intégralité. Entretemps, quelques autres films se sont ajoutés à la liste publiée ci-dessous dont Amour, mensonges et conséquences avec Fabienne Colas et Jean-Alix Holmand, L'innocence avec Bénita Jacques et Myriame Jean (voir la bande-annonce) et Pataswèl (bande-annonce) de Fayolle Jean avec Numa Innocent, Maguy Volant, Yannick Dutelly.

Jean-Christophe Laurence, La Presse
Publié en avril 2006

medium_wilbrodestimable.jpgSamedi après-midi dans le quartier Saint-Léonard. Au deuxième étage de l'immense complexe Leonardo Da Vinci, la petite salle de cinéma est bondée. Et il y a de l'ambiance. Ça rigole, ça réagit, ça va et vient dans les allées. Raison de tout ce brouhaha: on est venu voir la première de Gason Makoklen, un film en créole entièrement tourné à Montréal par le réalisateur d'origine haïtienne Wilfort Estimable. En complément: Le cinéma haïtien: actif et dispersé >> Dossier: À la découverte des clubs vidéo ethniques de la métropole Son nom ne vous dit peut-être rien, mais Wilfort Estimable est un des réalisateurs les plus productifs du cinéma québécois! Gason Makoklen est son troisième film, mais il compte en réaliser une dizaine d'autres, rien qu'en 2006! Enfin... film est un bien grand mot. Le cinéaste préfère humblement parler de «feuilletons». La facture vidéo -plus télé que cinéma- en témoigne. Ces «feuilletons», explique-t-il, seront projetés en salle une fois par mois pendant toute l'année, pour combler l'absence d'une chaîne de télé spécialisée pour la communauté haïtienne de Montréal. N'empêche. Vidéo ou pas, il existe bel et bien une petite industrie du cinéma haïtien à Montréal. Et selon ceux qui en font partie, elle serait en pleine explosion. En 2006, on prévoit qu'une dizaine de films haïtiens seront tournés dans la métropole. C'est déjà cinq fois plus qu'en 2005. Un festival de cinéma haïtien doit par ailleurs être organisé du 15 au 24 septembre prochain, à l'initiative de Fabienne Colas, star du cinéma haïtien établie à Montréal. «Quand je suis arrivé à Montréal en 1990, il n'y avait rien en cinéma au niveau de la communauté haïtienne, dit Rony Siméon, cameraman pour les Productions S.E.S. Mais là, on dirait que les gens se réveillent. Tout le monde essaie de faire quelque chose.» Attention, on ne parle pas ici de Dany Laferrière, qui évolue dans un circuit plus institutionnel. À Montréal, l'industrie du cinéma haïtien est un monde parallèle, pour ne pas dire underground. Les films de fiction se font sans subvention, avec des budgets dérisoires et du matériel de deuxième ordre. Faute de moyens, on use de débrouillardise. Les acteurs sont souvent des amis d'amis, un cousin ou une belle-soeur trouvés, bien sûr, en dehors de l'UDA (Union des artistes). Les films sont tournés dans l'appartement du réalisateur ou de ses parents.
Forcément, les résultats ont un gros côté amateur. Mais tous les éléments sont réunis pour que la machine se développe. Le milieu peut compter sur des réalisateurs, des scénaristes, des producteurs, des distributeurs, des points de vente et même un petit «star-system», dont Fabienne Colas est la figure de proue. Va sans dire, tout ce beau monde ne gagne pas sa vie avec le cinéma. De jour, ils travaillent dans la construction ou comme agents de sécurité. Il faut bien (sur)vivre. Mais les soirs et les fins de semaine, ils tournent.
medium_makoklen.jpgAvec tout ça, il ne faut pas oublier le public d'origine haïtienne, qui consomme ces films en masse, sans se formaliser du jeu approximatif des comédiens ou de la facture technique. Certains se déplacent en salle, mais la grosse majorité, plus axée sur le cinéma maison, se rabat sur le DVD.
Les films tournés à Haïti restent les plus appréciés. «Question de nostalgie», dit Wilfort Estimable. Mais l'intérêt grandit progressivement pour les productions locales.
La qualité des films s'améliore. Les acteurs sont issus de la communauté. Les histoires traduisent une réalité montréalaise. «Brusquement, les gens pensent que ça vaut le coup», résume Clovis Cadet, coporpriétaire de Divertimax, entreprise spécialisée dans la distribution de films haïtiens.

Un problème...
Malgré tout, la vie n'est pas rose dans le monde du cinéma montréalo-haïtien... Le problème du piratage et les budgets de crève-faim restent des freins majeurs à son développement.
Il faut savoir que dans le milieu, tout le monde essaie de «faire la piastre». Si certains jouent selon les règles, plusieurs petits détaillants se font une spécialité de vendre des DVD copiés en douce, à prix nettement inférieur. Selon Wilfort Estimable, qui lutte ouvertement contre ce fléau, 95 % des recettes d'un film haïtien iraient directement dans les poches des bootleggers. Rien pour donner confiance aux producteurs, qui appréhendent les pertes financières.
En 2004, Wilfort Estimable et la maison Divertimax ont lancé la campagne «DVD mauve» pour sensibiliser la communauté. Des petits films d'information ont été tournés avec Réginald Lubin, une grosse star du cinéma haïtien. La Régie du cinéma est même venue mettre un peu d'ordre dans ce bordel, normalisant par-ci, estampillant par-là.
Résultat: le piratage a diminué... mais pas disparu. Pour Wilfort Estimable, la bataille ne fait que commencer. Le cinéaste de 29 ans compte prendre les grands moyens pour enrayer le problème. «On n'a pas le choix de légaliser tout ça», lance-t-il, en évoquant d'éventuelles poursuites en justice.

Et un autre...
Mais il en faudra plus pour que le cinéma haïtien sorte de son sous-sol. Le budget moyen d'une production haïtienne tourne autour de 30 000 $. Difficile, dans ces conditions, de rivaliser avec les grosses productions «québécoises» comme C.R.A.Z.Y. ou Maurice Richard, qui ont coûté autour de huit millions.
Demander des subventions? Pas vraiment. Conscients de leur profil «hors norme», mal à l'aise avec la bureaucratie, et, surtout, très impatients de tourner, les cinéastes haïtiens préfèrent trouver leur financement ailleurs: banques, économies personnelles, avances des distributeurs ou commanditaires de maisons de transfert d'argent.
C'est le cas de Jean-Alix Holmand, réalisateur du film Convoitises, lancé l'automne dernier. Tourné en HD, avecmedium_Fabiennec.jpg un «gros» 100 000 $, Convoitises est le film le plus coûteux de la jeune histoire du cinéma haïtien à Montréal. Ancien champion de judo reconverti dans le cinéma, Holmand a tiré un maximum de ficelles pour boucler son budget. «J'ai eu l'aide de quelques commerçants, mon ex-blonde a investi des sous, les acteurs ont travaillé pour un cachet minimum et... j'ai dû faire beaucoup de choses moi-même, comme le montage, dit-il, impassible. Les subventions? Il y a trop de compétition. Et moi, je voulais vraiment faire du cinéma. Je ne voulais pas attendre, je n'aime pas l'incertitude.»
Son audace a fini par payer puisque Convoitises sera présenté la semaine prochaine au Festival Vues d'Afrique. Pour un film haïtien fait ici, ce sera une première incursion dans un circuit plus «mainstream».
Cela dit, on est encore loin d'une projection au Paramount. Tant que certains standards techniques et professionnels ne seront pas respectés, le cinéma haïtien de Montréal ne dépassera pas les frontières de sa communauté.
Heureusement, cette petite industrie peut se rabattre sur un autre marché, beaucoup plus vaste: celui de la diaspora (voir autre texte). D'ici quelques mois, Convoitises et Gason Makoklen seront vus par des Haïtiens de Miami, New York et Port-au-Prince. Ce n'est pas Maurice Richard qui pourrait se payer ça!

FILMOGRAPHIE
Six films de fiction réalisés à Montréal
CONVOITISES (Jean-Alix Holmand), TOUCHE PAS À MON HOMME (Jean-Rony Lubin), LA PESTE DE L'AMOURmedium_touche_pas.jpg (Jephté Bastien), QUARTIER SANS ISSUE (Gervais Germain), JEUNESSE DANS L'OMBRE (Wilfort Estimable, Frantz St-Louis, Rony Siméon), CONTROVERSES (Wilfort Estimable).

24.04.2007

Bélo tient ses promesses

Nation Soleil suit pour vous ce que pense la presse étrangère de la tournée de Bélo en terre africaine
L'Essor n°15938 du 23 avril 2007
Par Nianian Aliou TRAORÉ sous le titre Belo séduit le CCF

Le Haïtien, lauréat de la 6è édition du prix Découverte RFI, a entamé sa tournée ouest-africaine par notre pays.

medium_belo1.2.jpgLe lauréat de la 6è édition du prix Découverte RFI a entamé sa tournée ouest-africaine par notre pays. Bélo, le Haïtien, était en concert mardi dernier au Centre culturel français (CCF). Timide et réservé, Bélo a des qualités vocales exceptionnelles.
Guitare à la main, le jeune chanteur de 28 ans, accompagné par son orchestre, a très vite conquis le public. Dans un style original, le chanteur mélange avec art reggae et ragga sur fond de musiques des Caraïbes avec une petite touche de soul. Sa musique, explique-t-il, combine l'ensemble des sons qui ont bercé son enfance. Né à Croix des Bouquets à Haïti, tout comme Wyclef Jean (membre fondateur du célèbre groupe les Fugees), Bélo est un jeune auteur, compositeur et interprète. Son premier album sorti en août 2005 -"lakou trankil" (cour tranquille, cour en paix)- est une oeuvre personnelle et engagée. Dans cet album, l'artiste use de mélodies douces et profondes pour dépeindre les affres que traverse son pays.
En effet, il parle d'amour, de fraternité et met un accent particulier sur le sens de l'unité et de la paix. "Le monde a besoin de repos, dit-il. Mon pays Haïti vit des périodes difficiles. Il se reconstruit tout doucement au gré des tempêtes".
Bélo ajoute que son but n'est pas de vendre cette image de son pays. "Haïti c'est aussi une île de gaieté où la joie de vivre se fait sentir à chaque occasion. Ma musique se veut éveilleuse et conscientisatrice des esprits. Mon souhait est que les messages que je véhicule dans mes textes ne soient pas seulement entendus, mais écoutés. Et s'ils peuvent améliorer le quotidien des gens ou encore apporter un changement j'en serais le plus fier. Je crois que mon pays a besoin d'aller de l'avant, il faut y cultiver la culture de paix". Car, ajoute-t-il, aucune vie n'est meilleure sans harmonie entre les hommes.
Le public a ainsi savouré des chansons toutes plus enflammées les unes que les autres. La plupart étaient interprétées en créole, la langue maternelle du chanteur. Il a aussi chanté quelques standards tels "Redemption song" de feu Bob Marley. "Match", un des morceaux de son album interprété ce soir là, évoque le fair play entre les artistes. "La concurrence qui existe entre les artistes est déloyale et ne peut avoir droit de cité, explique Bélo. Ce titre doit inciter les artistes à travailler ensemble.
Notons que le prix Découverte RFI est composé d'un cachet de 5000 euros (3,3 millions de Fcfa), d'une tournée dans les pays francophones de la zone Afrique, de deux ans de promotion pour l'artiste et d'une bourse de 12.500 euros (8,2 millions de Fcfa) dans le cadre du développement de la carrière du lauréat.
Les nombreux spectateurs venus applaudir Bélo étaient enchantés à la fin du concert. Notamment le reggaeman Aziz Wonder et la jeune chanteuse Déné Issabré. Après Bamako, Bélo poursuit sa tournée dans sept autres pays de la sous-région. Le Togo est sa prochaine destination.

06.03.2007

Le président a-t-il le sida récompensé au Burkina Faso

medium_president.jpgLe cinéaste haïtien Arnold Antonin décroche deux Prix au FESPACO 2007, au Burkina Faso. Le président a-t-il le Sida ? obtient notamment le Prix du meilleur long métrage de la diaspora africaine au plus grand festival de cinéma d’Afrique.
Le film haïtien "Le président a-t-il le Sida ?" du réalisateur Arnold Antonin a raflé deux Prix lors de la 20e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) qui s’est achevé samedi soir dans la capitale du Burkina Faso, a annoncé le site officiel de la plus grande manifestation cinématographique du continent noir.
Dans la catégorie intitulée Compétition long métrage de la diaspora africaine, le cinéaste haïtien a remporté le Prix Paul Robeson qui comporte une bourse de 2.000.000 de francs CFA et un trophée monument. Le Prix lui a été remis par le ministre togolais de la culture, Gabriel M. Dosseh-Anyron.
Arnold Antonin est également le lauréat du Prix spécial du comité national burkinabè de lutte contre le Sida et les IST, d’une valeur de 2.000.000 de francs CFA plus un trophée. Une récompense pour l’actualité et le caractère dramatique du sujet.
Le président a-t-il le Sida ?, dont les premiers rôles masculin et féminin sont interprétés respectivement par medium_jessica.jpgl’acteur haïtien évoluant à Hollywood, Jimmy Jean-Louis et la jeune Gessica Généus, est sorti en salle à Port-au-Prince en 2006. Il jette un regard inquisiteur sur la culture dominante des villes haïtiennes à travers l’histoire d’un macho, superstar du Compas, la musique populaire, qui a contracté le virus du Sida en multipliant les conquêtes féminines.
Interrogé dans le cadre de l’émission Cinéma d’aujourd’hui/cinéma sans frontières de Radio France Internationale (RFI), peu avant l’attribution des Prix, Arnold Antonin avait regretté avoir parcouru sur deux jours des milliers de kilomètres pour une seule projection de son œuvre dans le cadre du festival. Il avait aussi modestement reconnu que le cinéma haïtien en est encore à ses débuts.
"Je suis content mais, je ne suis pas trop fier. Car, ce que nous faisons en Haïti est encore dérisoire par rapport aux films que réalisent les africains", a déclaré le cinéaste qui en a profité pour faire un diagnostic de l’évolution des pratiques et de l’environnement cinématographiques du pays. Il a mis en garde contre des dangers qui menacent l’avenir du 7e art, l’insécurité sociopolitique qui pousse le public à déserter les salles, le piratage sauvage qui ne laisse aucune place à l’exercice des droits d’auteur dans le processus d’exploitation commerciale des films, la diffusion de films sans autorisation par les télévisions locales et la médiocrité qui caractérise beaucoup de productions cinématographiques.
A contrario, M. Antonin a mis en relief deux facteurs pouvant contribuer à l’émergence d’un cinéma haïtien, l’enthousiasme des cinéphiles et le talent naturel d’une masse critique d’acteurs amateurs.
Membre du jury de l’une des dernières éditions du FESPACO, le créateur haïtien relève dans les films sélectionnés cette année des progrès notables sur le plan technique et artistique tout en exprimant de sérieuses réserves sur le champ thématique exploré.
medium_cousines.2.jpgDans la catégorie Films du monde, Cousines, un long métrage d’un autre cinéaste haïtien, Richard Sénécal, était également en compétition au Fespaco 2007 qui avait été lancé le 24 février sous la présidence d’honneur du célèbre saxophoniste camerounais Manu Dibango.
Vers le Sud, un film du français Laurent Cantet qui dépeint l’univers du tourisme sexuel et l’insouciance des années 70 en Haïti se trouvait dans la même catégorie que Cousines. Le casting réunissait la célèbre comédienne medium_verslesud.jpgbritannique Charlotte Rampling, l’américaine Karen Young et un jeune acteur haïtien, Ménothy César, dont le talent a déjà été salué à la Mostra de Venise.
medium_lumumba.jpgEnfin, un rappel qui n’est pas de trop. Le plus connu des cinéastes haïtiens, Raoul Peck, avait déjà reçu une distinction il y a quelques années à Ouagadougou pour "Lumumba ou la mort du prophète", un film documentaire qui retraçait la fulgurante carrière politique et le destin tragique de Patrice Lumumba, le père de l’indépendance du Congo-Kinshasa, assassiné en 1961, sept mois seulement après la naissance de la nation. spp/RK

Source: Radio Kiskeya

02.02.2007

«Un-deux», l'âme du compas

A la pêche comme d'habitude et je suis tombé sur un texte éclairant, un vrai abécédaire du compas. Pour ceux-là qui aspirent à comprendre les fondements de ce rythme qui nous distingue, cet article consiste en un nécessaire de départ.

Par Byrnès (YouYou) BESSON Ex-guitariste des Fantaisistes de Carrefour
Publié dans Le Nouvelliste

Le compas, à travers ses étapes évolutives, s'exprime très souvent à partir de variantes accidentellement transformées en tendances dominantes.
Konpa Mélasse, konpa manba, konpa roussi.. Konpa love. Passant par l'analyse, on les différencie au style ou dans leurs spécificités harmoniques. Mais qu'ils soient Manba, Roussi, Mélasse, tous s'appliquent sur un dénominateur commun: Le principe « UN- DEUX ».
Pour définir « UN-DEUX » il faut écarter les données relatives aux temps et mesures conventionnels, au rythme ou à la mélodie, pour ne considérer que celles ayant trait à l'harmonie.
En termes de compas, « UN-DEUX » signifie construction harmonique sur deux accords parfaits: la tonique et la dominante.
Alors pourquoi principe au lieu de formule? Parce que tout simplement au culte compas direct «Un -Deux» prend valeur de dogme qu'attestent d'ailleurs plus de cent créations au répertoire de Nemours JEAN BAPTISTE et autres arrangées, orchestrées au champ des relations tonique-dominante.
En réalité, le fait même par le créateur su compas direct, d'asseoir la plus grande partie de son oeuvre sur une base harmonique aussi réduite est,
d'après nous, la preuve d'une profonde expérience en matière de musique populaire haïtienne.
L'Haïtien de culture afro-créole, la majorité, perçoit mieux le rythme que l'harmonie. Or si le compas est avant tout un genre rythmique identifiable à partir du tambour comme les rythmes IBO-PETRO-KONGO, la symbiose peut donc aisément s'opérer entre Compas et peuple haïtien.
Pour preuve, la passion des millions de fans du compas lors de la polémique opposant le Jazz des jeunes et l'ensemble de Nemours JEAN BAPTISTE à la fin des années cinquante. Continuer >
Après une première période de succès sans conteste allant de 1955 à 1965, le compas tel que conçu par son créateur allait, faute de créativité et d'imagination, connaître une baisse d'autant plus remarquable que la musique populaire haïtienne subissait déjà l'influence des musiques françaises (Yéyé) américaines (Rock) et antillaises (Zouk, Calypso). Alors en plein dans la problématique, les mini-jazz contemporains, notamment les Shleu-Shleu, Les Ambassadeurs, Les Fantaisistes de Carrefour, Les Difficiles et Tabou-Combo de Pétion-Ville, durent innover pour éviter une chute définitive du compas direct. Introduisant des éléments rythmo-harmoniques tels: progression, modulation, transposition, break, bridge, des accords de seconde, de tierce, de sixte, de septième majeur, de neuvième...
Et voilà le compas rhabillé, retravaillé, restructuré, rénové...un compas qui en terme de musicalité n'aura plus rien à envier au zouk, à la meringue etc. ..

« Et Quid de Un-Deux? »
Son application stricte à la manière de Nemours Jean Baptiste étant aujourd'hui dépassée, arrangeurs et compositeurs s'entendent pour qu'ils performent aux parties médianes (chorus, riff, solo) en support au «groove»
Konpa ! Konpa ! Konpa ! Konpa ! Kite Konpa-a mache ! Fait le chanteur dans la chaleur du groove;c' est la partie chaude, bouillonnante, exaltante d'où vient le« feeling» .

L'âme du Compas
Naturellement, circonscrit dans un espace harmonique aussi réduit « Un- Deux», le compas serait dans l'impossibilité de répondre à tout caprice et exigence mélodique à l'instar d'autres formes harmoniques faites de suites d'accords et de progressions. Mais une fois appliqué au sein du compas, il n'apporte que chaleur, vigueur, énergie et amplifie le groove.
Si pour des raisons de style et de conception, il est systématiquement rejeté par des formations comme Caribean Sextet, Magnum Band, Carimi et autres. Des formations telles que Tabou Combo, Ska-Shah, Système Band, Zenglen, Nu-Look, Djakout en ont fait, par contre, un élément de style fondamental.
Concurrence donc entre deux tendances suprêmes du compas direct : Konpa traditionnel avec « Un-deux » et konpa love s'exprimant dans un espace harmonique plus large.
Laquelle fait vibrer plus de fanatiques? Nous sommes loin, n'est-ce-pas, du temps où Nemours Jean Baptiste eut à déclarer que: Compas sans « un- Deux» n'est pas compas.

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