La rebelle, un bon film
La rebelle, le dernier film de Sacha Parisot, réalisateur de Skin Deep est de retour à Montréal le temps de quatre projections après un passage réussi en décembre 2005 lors du week-end du cinéma haïtien. C'est dans une salle à moitié pleine du Centre Leonardo Da Vinci de la Mairie de Saint-Léonard que se déroule la première séance de ce dimanche 18 juin 2006 à 18 heures.
L’histoire
La rebelle est l'histoire d'une famille monoparentale qui, trois ans après la disparition de la mère (Sandra Lobir, La peur d'aimer, V.I.P.), tente de se relever de son deuil. Lorraine est la rebelle (Nathalie Ambroise), 18 ans, petite fille choyée, devenue une adolescente têtue et insolente. Sa quête d'identité la mènera littéralement sans transition sur des terrains fort glissants – drogue, alcool, sexe – d'où elle devra revenir grandie ou détruite. Celle qui ne croit rien devoir à la vie doit pour la première fois faire face à un certain nombre d'oppositions. La première lui viendra de son père Carl Dubois (Réginald Lubin, La peur d'aimer, V.I.P., millionnaire par erreur, le miracle de la foi…), jeune ingénieur, chef d'entreprise, qui redécouvre l'amour après trois ans de diète. Il est fatigué des caprices de sa fille qui saute de défis en défis – elle ne prend pas ses examens d'admission en fac de médecine – et doit prendre des mesures afin de garder le contrôle et lui assurer un avenir. La deuxième, de sa future belle-mère, Elizabeth (Nadine Stephenson, V.I.P), jeune cadre qui mène une vie simple et bien rangée et qui entend bien dompter cette petite peste qui bouscule les conventions et n’en fait qu’à sa tête.
L'action se déroule dans le Port-au-Prince de 2005, la Rebelle dont le scénario est signé Dominique A. Jean
s'inscrit dans ce nouveau cinéma de rêves – ce qui en soi n'est pas toujours mauvais - où l'on fait volontairement abstraction de la réalité locale. Il présente une catégorie sociale à laquelle très peu de gens vont s'identifier et risque de créer, s'il n'est bien contenu, un réel problème d'identité dans une société où les repères se font de plus en plus rares. Mais ce cinéma fait recette auprès des jeunes, ne serait-ce que par son accessibilité – celui ou celle qui est à l'écran fréquente la même école ou le même club de danse, habite le même quartier qu'eux.
La rebelle se veut une réflexion sur une certaine famille haïtienne où le complexe oedipien binaire (relations père/fille) semble être vécu, ne serait-ce que tardivement, dans sa pleine puissance. Le deuil et une fin d'adolescence mal vécue semblent à ce propos créer les conditions idéales pour la survenance de cet état régressif assez superficiellement décrit dans le film.
Tout compte fait, c'est un film sur la vanité, l'argent et les dangers qui guettent une jeunesse esseulée qui se cherche et qui s’éduque par le biais d’une télévision et d’un cinéma à contenu essentiellement occidental ou américain pour être plus juste.
Les acteurs
Pour ce qui est du jeu des acteurs, c’est assez réussi dans l’ensemble. On sent la poigne de Sacha Parisot, habitué à diriger des acteurs de bon calibre. Cela dit, certaines performances demeurent un peu forcées.
Réginald Lubin est bon dans son rôle, pas plus, il ne crève pas l’écran comme on serait en droit de l’espérer. C’est un bon acteur et il l’a encore prouvé, mais au début du film, son jeu était un peu emprunté, gestuelles justes, mais voix mal modulée, en revanche, il s’est vite rattrapé et a finalement livré un bon boulot.
Nathalie Ambroise est très bonne pour un premier rôle au cinéma. Elle est plusieurs coches au-dessus de Stéphanie Saint-Louis (La peur d’aimer) et une coche en dessous de Jessica Généus (Barikad, Le président a-t-il le sida?). Son jeu est juste, elle a le regard, l’audace et la malice qu’il faut dans les scènes d’amour, mais les rires manquent de naturel.
Nadine Stephenson a livré la performance du film. Elle est d’un naturel égal du début à la fin. Vraiment, bravo! J’espère la revoir plus souvent dans les distributions haïtiennes.
Pour le reste du casting, je donnerais une bonne note : Fresnel Larosilière (La peur d’aimer, I love you Anne) est super, Ashley Laraque (Kako & Ashley) reste égal à lui même, cocasse comme jamais, le jeu de Sandra Lobir est approximatif comme celui des jeunes amis de Lorraine.
La technique
Techniquement, Sacha Parisot a réussi son pari. C’est le premier film haïtien de ces dernières années qui soit d’aussi bonne qualité. On ne pouvait s’attendre à moins de la part de Sacha Parisot. Les scènes d’amour sont superbement filmées, subtiles, érotiques, mais jamais indécentes. La musique est appropriée, avec la bonne tonalité sans jamais nuire aux dialogues, le bruitage et l’éclairage sont parfaitement adaptés aux différentes séquences et la nature haïtienne nous est présentée dans toute sa splendeur.
Conclusion
Avec 195 000 dollars américains et en 93 minutes, Dominique A. Jean et Sacha Parisot ont offert un bon film, peut-être le meilleur qu’il nous a été donné de voir dans le nouveau cinéma haïtien, ne serait-ce que dans sa structure. Mais, seule l’absence de complaisance forcera nos cinéastes à mieux faire à chaque fois. Si techniquement, un bel effort d’amélioration est noté, les scénarios en revanche demandent un réel ajustement, manque de rigueur, fantaisie inutile, manque de fluidité d’une séquence à l’autre, telles sont les caractéristiques principales de la plupart des films de chez nous.
Pour sa part, la Rebelle a péché par son manque de lucidité. Les messages ne sont pas suffisamment forts et le film jure par son manque d’identité. Il aurait pu s’agir de n’importe quel film canadien, français ou américain. Des références claires à la situation d’Haïti à l’époque – insécurité, vie nocturne quasi-nulle, misère du plus grand nombre face à l’insouciance d’une jeunesse gâtée, le risque couru par celle-ci pour arpenter les rues en quête du plaisir - aurait pu donner des points d’ancrage au scénario qui somme toute, est bien ficelé, mais trop superficiel. Finalement, aucun des aspects abordés n’a été approfondi. Et même s’il n’est pas absolument essentiel de catégoriser un film, il est évident que dans l’idée des scénariste et réalisateur, ce film s’apparente à un drame psychosocial. Mais, en fait de drame, les scènes supposées dramatiques ne sont pas suffisamment mises en exergue, l’overdose de Sandra, l’amie de Lorraine en est un exemple patent.
Pour l’effort créatif, un solide 7.5 sur 10.
Vallès Latry
Fabienne Colas, celle qui dynamise le cinéma haitien à Montréal, a gentiment posé pour notre caméra.
Fiche technique : « La rebelle », réalisateur et producteur Sacha Parisot, producteur, Réginald Chevalier, scénario, Dominique Jean, avec Nathalie Ambroise, Réginald Lubin, Nadine Stephenson, Sandra Lobir, Ashley Laraque, Nadège Telfort, production de Communication Plus, USA-Haïti, 93 mn.
La Rebelle est sélectionné au Festival International du Film de Boston (BIFF), Édition juin 2006.
In : Cinéma
null