« Diffusion de la musique haitienne | Page d'accueil | Miriam Makeba - La voix de l’Afrique, s’est éteinte »

10.11.2008

Miriam Makeba - La voix de l’Afrique, s’est éteinte

La légende de la chanson sud-africaine Miriam Makeba, décédée à l’âge de 76 ans après une ultime apparition sur scène en Italie, a été l’une des grandes voix de la lutte contre l’apartheid, engagement qu’elle a payé de plus de trente ans d’exil.

miriam makeba..jpg

Celle qui n’a "jamais chanté la politique, seulement la vérité" avait été bannie de son pays pour n’y revenir que trente ans plus tard, après la libération de Nelson Mandela qui allait devenir le premier président noir d’Afrique du Sud.

Née le 4 mars 1932 à Johannesburg d’une mère swazi et d’un père xhosa, Zenzi --diminutif de son vrai prénom zoulou Uzenzile qui signifie "Tu ne dois t’en prendre qu’à toi-même"-- chante très tôt dans les mariages et autres cérémonies.

Sa carrière professionnelle s’envole lorsqu’à 20 ans elle intègre les Manhattan Brothers, qui lui donneront son nom de scène, Miriam, puis les Skylarks, groupe exclusivement féminin.

Partie en tournée en 1959, elle apprend au festival de Venise qu’elle est indésirable dans son pays en raison de sa participation à un documentaire anti-apartheid, "Come Back Africa".

Réfugiée à Londres, elle gagne les Etats-Unis où elle devient célèbre grâce à son tube "Pata, pata", écrit dès 1956, qui fera vibrer plusieurs générations. Mêlant blues, gospels, jazz et rythmes traditionnels africains, elle enchaîne les succès avec en particulier "The Click Song" et "Malaïka", publiant au total plus d’une trentaine d’albums.

Mais elle a payé de 31 ans d’exil son combat contre le régime raciste qu’elle dénonce jusque devant l’Onu en 1963, ce qui lui vaut le retrait de sa nationalité et l’interdiction de ses chansons en Afrique du Sud.
Lorsque, persuadée par Mandela, elle reviendra en 1990 pour la première fois sur sa terre natale, quatre ans avant la fin de l’apartheid, ce sera avec un court visa de six jours sur son passeport français, l’un parmi tant d’autres accordés par ses pays d’accueil ou de coeur.

La voix de Makeba a célébré toutes les indépendances du continent, d’où son surnom affectueux de "Mama Afrika". Elle a aussi chanté, avec son mentor des débuts Harry Belafonte, pour l’anniversaire de John F. Kennedy en 1962, salué aussi par le "Happy Birthday Mr President" de Marilyn Monroe.

En 1966, elle reçoit un Grammy Award pour son disque "An evening with Harry Belafonte and Miriam Makeba".
Aux Etats-Unis, elle est proche de Nina Simone, Dizzy Gillepsie, vit avec le trompettiste de jazz sud-africain Hugh Masekela, puis avec Stokely Carmichael, leader du mouvement Black Power. Jugé indésirable par Washington, le couple se réfugie en Guinée, mais s’y sépare en 1973.

La fille unique de Makeba, Bongi, qu’elle a eu à 17 ans d’une première union, mourra dans ce pays des suites d’une fausse couche en 1985. Makeba part alors s’installer à Bruxelles.

Durant les années 70 et 80, elle chante aux quatre coins de la planète, participant à de prestigieux festivals de jazz. En 1987, elle se joint à la tournée Graceland du chanteur Paul Simon. Peu après, elle publie son autobiographie "Makeba: My Story".

Enfin rentrée au pays en 1992, elle s’installe dans la banlieue nord de Johannesburg où, dans la rue, les gens la saluent en zoulou d’un "Umama wethu, kunjani, Umama wethu?" (Mère, comment allez-vous?).
Là, cette combattante de toutes les injustices fonde un centre de réhabilitation d’adolescentes sauvées de la rue.

En 2005, fatiguée de voyager, Makeba entame sa dernière tournée. "Je dois aller autour du monde dire merci et adieu", explique-t-elle lors d’un entretien avec l’AFP.

"Après je resterai chez moi comme l’arrière-grand-mère que je suis (...) Puis je veux que mes cendres soient dispersées dans l’océan Indien. Ainsi je pourrai naviguer à nouveau vers tous ces pays."

Source AFP

Ecrire un commentaire