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27.10.2008

Mange, ceci est mon corps, ou un OVNI sensoriel

Nationsoleil vous propose un article sur le tout récent film du jeune réalisateur haitien Michelange Quay Mange, ceci est mon corps. Le film est controversé, les opinions vont dans tous les sens. Voici un début, pour vous donner le goût d'aller plus loin et aussi, qui sait... de chercher à voir le film.
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Christophe Hachez

À voir absolument, toute affaires cessantes.

mange ceci.jpg
Premier long-métrage de Michelange Quay (après son court multi-récompensé, L'Evangile du cochon créole), Mange, ceci est mon corps fait de nouveau appel à une dimension christique, tout au moins dans son titre, qui à l'image du film revêt une dimension symbolique et spirituelle. Il n'est pourtant pas à proprement parler question du Christ ici. D'ailleurs le film laisse place à la compréhension intérieure du spectateur et c'est parfait comme cela. En l'état, Mange, ceci est mon corps est un film magnifique, une œuvre de visionnaire comme on en voit peu au cinéma.

Le film commence : une introduction de plus de dix minutes nous est immédiatement proposée. On survole Haïti, l'île noire. La mer d'abord, puis les bidonvilles et les terres arides du pays. Le trip sensitif est à peine commencé et nous voilà, spectateurs, déjà plongés dans une expérience planante et sensorielle dont on ne sortira qu'après la toute dernière image du film. Une fête vaudou, une demeure coloniale vers laquelle les enfants noirs s'avancent, lentement, en file indienne. Dans cette maison vivent Madame (Sylvie Testud d'une intériorité étonnante) et sa mère (Catherine Samie, immense comédienne de théâtre et ici véritablement impressionnante), sûrement deux faces d'un même personnage, en tout cas deux figures dissemblables d'un certain colonialisme ambiant. Le film parle probablement de cannibalisme et partant de pouvoir, de domination économique et politique ; mais pas d'inquiétude, son l'intérêt ne se situe pas dans son histoire, le nombre d'interprétations pouvant varier en fonction du nombre de spectateurs.

Ce qui est passionnant dans le film de Quay, ce n'est pas autant ce qu'il raconte que ce qu'il montre. Proposition visuelle à la beauté hallucinatoire et viscérale, Mange, ceci est mon corps agit comme un rêve éveillé pareil à une transe répétitive et obsessionnelle. On pense au Stanley Kubrick de 2001 : l'odyssée de l'espace, à l'étrangeté d'un David Lynch, au cinéma plasticien de Matthew Barney (le polyptyque Cremaster), autant de références qui nous ramènent à l'irréalisme voire au surréalisme des situations. La photo est splendide, mélangeant sans cesse noirceur des êtres et blancheur du lait ou de l'intérieur de la chambre de la mère. Frappant d'images hallucinogènes et quasiment sans paroles, Michelange Quay nous entraine dans un monde incroyable et symbolique dans lequel il fait bon se laisser bercer.

Coté mise en scène, la lenteur contribue à cette impression de douce rêverie mélangeant les plans-séquences aux durées indéterminables à une bande sonore d'une force et d'une diversité sans pareilles. Bien qu'il puisse paraître prétentieux aux yeux de certains qui auront tôt fait d'en emprisonner les limites dans un espace bien déterminé, Mange, ceci est mon corps reste l'œuvre d'un plasticien visionnaire à l'univers unique « faisant la nique » au cinéma balisé et consensuel dont nous sommes parfois les victimes. Peut-être trop intelligent sur le fond, le film de Quay se passe bien de toute logique et nous laisse quasiment enthousiaste devant cet objet conceptuel et expérimental, signe d'un auteur à l'univers passionnant dont on attend le prochain film avec une impatience non dissimulée.

Les qualificatifs manquent pour décrire Mange, ceci est mon corps : extatique, hypnotique, hallucinatoire, poétique, expérimental, lyrique … le film est surtout d’une beauté formelle foisonnante qui en fait une réussite incontestable.

Fiche technique du réalisateur:

Michelange Quay
Haïti


michelange_quay.jpgDe nationalité américaine et d’origine haïtienne, Michelange Quay est né en 1974 à New York. En 2002, il est lauréat de la Résidence Cinéfondation du Festival de Cannes. Son travail a été montré dans les plus grands festivals internationaux. Mange ceci est mon corps est son premier long métrage.

2008... Mange, ceci est mon corps (LM)
2004... L'Evangile du Cochon Créole (CM)
2002... Qu'on leur donne des yo-yo (CM
1998... Forty Days (CM)
1996... Myth of Seus (CM)

Voir la bande-annonce

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