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30.06.2008

Réginald Policard - jazz pluriel à Montréal

Avec une semaine de retard


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caf4cac6239c33c0adcf3863d7513e77.jpgCe samedi 21 juin, alors que de l'autre côté de l'Atlantique, la fête de la musique battait son plein, Montréal accueillait pour la première fois en solo le mythique Réginald Policard. Dans le cadre convivial du Kola Note, les amateurs de jazz et de musique haïtienne ont assisté à un spectacle empli d'humour, d'esprit, de joie de vivre et de mélancolie tandis que Réginald accompagné de son groupe passait en revue plus d'une vingtaine de titres de son vaste répertoire dont plusieurs de son Détour (2006) précédant le virage amorcé avec Changing Moods, fraîchement sorti.
Bossa Nova, Swing, Smooth jazz, Blues… le tout mariné dans une bonne sauce latine, tout un cocktail rythmique que le maître de la mélodie a concocté pour ces fans montréalais et servi sur un plateau d'argent par les Productions Quat'Chimen qui amènent enfin un événement majeur de jazz créole de ce côté-ci du sous-continent.
Pour l'occasion, Réginald s'était bien entouré. En plus de son groupe habituel, le ô versatile Joël Widmaïer au chant et aux percussions, le génial Richard Barbot à la basse, Réginald s'est adjoint les services du jeune virtuose de la trompette, nouvelle sensation du jazz, Jean Caze, finaliste de l'édition 2007 du prestigieux Thelonious Monk International Jazz Trumpet Competition.
Chaque titre était une occasion de magnifier cette musique colorée, tellement passionnante et diverse qu'est le jazz. Les spectateurs ont ainsi surfé sur des vagues d'émotions tantôt festives, tantôt mélancoliques surpris par la dextérité, l'élégance, la classe et le professionnalisme de ces messieurs pétris de talents.
Festives étaient par exemple les émotions dans Yanvalou blue, ce titre contesté par la communauté jazz créole (voir le forum de Karijazz) que Réginald présente, sans doute en réponse à la controverse soulevée par sa publication, comme un cocktail de rythmes. Et aussi en trio dans Rivière froide de son précédent album (Détour) où les trois musiciens ont eu tout le loisir de s'illustrer dans des solos mémorables et aussi dans Let's have fun (Changing moods), une pièce très smooth jazz, un peu funk, très propice au jam. C'est d'ailleurs dans cet esprit que Réginald l'a composée.
Mais aussi mélancoliques dans la pièce traditionnelle Fèy et dans Deside w, toutes deux en version chantée par Joël, des interprétations toujours chargées d'intensité. Un Joël Widmaïer majestueux, soliste hors pair en chant, scat ou percussions, doué d'une grande capacité de coordination, jouissant de la musique comme en état de transe.
Pareil également dans Fantasme, qui évoque la nature et les piaillements d'oiseaux en liberté un après-midi d'été ou Minis Azaka, encore une version chantée ou Joël fait étalage de sa grande versatilité tant en tant que chanteur que de percussionniste.
Servi d'une sonorité impeccable, Réginald Policard, au fil des morceaux a montré une extraordinaire symbiose avec son instrument, égrenant les notes telles des gouttelettes de pluie tropicale rythmée par les Alizés. Toujours l'air grave à l'action, concentré, doué d'une grande générosité envers ses musiciens, son seul point faible réside dans la piètre qualité de sa communication avec le public compensée toutefois par son immense talent.
Jean Caze, que je voyais jouer live pour la première fois, m'a fortement impressionné. Sa discipline, sa présence décontractée sur scène et la justesse de son souffle sont autant de qualités qui lui garantiront à n'en point douter une florissante carrière dans le jazz mondial. Impeccable le Jean.
Sans avoir jamais touché à une basse de ma vie, j'ai toujours eu un faible pour cet instrument. Dans l'espace haïtien, on est quand même pourvu de quelques bons bassistes dont Joe et Philippe Charles, Fritz Pageot du groupe de Eddy Prophète, Adrien Legagneur ou Yves Albert Abel (Riyèl Jazz/Tabou Combo), tous très polyvalents qui valent bien les Richard Bona, Michel Alibo ou Thierry Fanfant de monde, question de rester dans les tropiques. Je peux dire sans craindre d'être démenti que Richard Barbot mérite aussi une place dans cette liste très restreinte mais pas limitative. Son toucher, son élégance, la force rythmique qui l'habite aussi bien que la finesse de son phrasé font de lui un bassiste aguerri.
Pour inaugurer cet été, le moment ne pouvait pas être mieux choisi pour apprécier, le temps d'une soirée, cette cohabitation parfaite, naturelle, de structures polyrythmiques complexes mais toujours accessibles, arrangées par l'un des plus prolifiques musiciens haïtiens, neuf albums en 20 ans de carrière en solo.

Réginald a conclu le spectacle avec sa version du fameux titre de Miles Davis, All Blues.

Sara Rénélik a assuré la première partie. Apprenez plus sur elle en consultant son Myspace

Bravo Réginald, bravo Quat'chimen.

Vallès Latry
Montréal


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