« FANMI SE FANMI | Page d'accueil | Mizik Mizik - Paradi nan lanfè »
23.06.2008
Mizik Mizik - Paradi nan lanfè
Huit ans après la sortie de leur très populaire album Blackawout, les joyeux drilles de Mizik Mizik, selon l'expression de Joe Dams, réinvestit la scène musicale avec un nouvel opus de 9 titres, Paradi nan lanfè à la pochette graphiquement bien réussie, mais minimaliste, aucune photo du groupe à l'intérieur, pas de textes des chansons et sur le dessus, rien que le visage de cette fille au sourire de Tanya St-Val.

Bref, Mizik Mizik à l'instar de Zenglen n'y échappe pas. En tout cinq titres sur huit, si on exclut la meringue carnavalesque, sont à saveur romantique. Le konpa livre en ce sens une furieuse compétition au Zouk.
Deuxième remarque, Paradi nan lanfè est un album collaboratif qui combine les talents de parolier et de compositeur des trois ténors du groupe et de Bellande Jacquet (Choupite), dynamique percussionniste (cloche), détenteur de la marque déposée de Mizik Mizik avec ses breaks percutants et une présence unique sur scène. Deux titres donc coécrits par Choupite et cinq par Kéké Bélizaire. Pour le reste, Fabrice Rouzier et Eric Charles cosignent à un titre ou à un autre toutes les pièces de l'album.
Les textes sont d'inégale qualité et comme on pouvait s'y attendre, ceux qui parlent d'amour sont les moins intéressants. Il me semble que dans le konpa, tout a été dit sur ce sujet et les auteurs éprouvent de plus en plus de mal à faire preuve d'originalité. Pour les jeunes auteurs, c'est devenu une périlleuse épreuve. Gilbert Ravix s'est essayé et a piteusement échoué. D'ailleurs, si ce jeune recru du groupe a un quelconque talent, j'attends encore de le découvrir.
Chavire, le premier titre qu'il chante sur l'album, un zouk qui tournait sur les ondes depuis plusieurs mois, n'a strictement aucun intérêt. Je m'étonne même que le groupe l'ait offert en l'état. Ah oui, je crois savoir pourquoi, sur le Net, c'était quand même bien reçu. L'autre performance de Ravix, Pa gen rezon, un twoubakonpa, a été dépouillée de sa saveur du fait de cette voix disgracieuse qui lasse et gâche au final la belle orchestration de la pièce. Skip. Double Skip en fait car ce carnaval me fâche, il m'a tout l'air d'être du remplissage sur un cd somme toute de 9 titres seulement.
Bref, après ces coups de gueule, les coups de cœur, trois en particulier. D'abord, la pièce d'ouverture de l'album, Mal qui fustige les fauteurs de troubles, ceux qui tiennent ce pays en otage. Eric Charles les exhorte à baisser les armes et à faire la paix les prévenant au passage de l'effet boomerang de leurs méfaits. Un konpa solide qui débute tout en douceur telle une marche et prend peu à peu de la vigueur. Rien de superflu dans cette chanson fortement ancrée dans la tradition Mizik Mizik et qui donne le ton à cet album qu'on voudrait plus revendicatif.
Puis, La vi ka bèl, cosigné par Eric et Fabrice. Ce titre s'inscrit dans la même veine que le précédent. Un appel à l'unité afin de redonner à Haiti son lustre perdu. L'orchestration est excellente, l'ajout de la guitare acoustique de Mika Benjamin est simplement rafraichissant et donne une saveur particulièrement agréable à cette pièce agrémentée de beaux chœurs par ailleurs.
Enfin, Nou la, une autre collaboration Fabrice/Eric. Le Mizik Mizik de l'album De Ger revit l'espace de quelques minutes. Du panache et beaucoup de punch dans cette chanson dont le texte est somme toute banal, un Choupite des grands jours rythmant la chanson avec adresse sans jamais verser dans la démesure et un beau dialogue Fabrice/Kéké qui trouve là une rare occasion de montrer sa versatilité coutumière. Mention spéciale pour l'arrangement des cuivres qui sont introduits en douceur après le solo de Kéké. Et même un clin d'œil à la cadance Rampa de Wébert Sicot. Très bien inspiré.
Moins spectaculaires, mais tout aussi appréciables, Paradi nan lanfè et Ranmase konpa. Deux titres de factures différentes qui définissent d'ailleurs l'unicité de cet album.
Le premier qui donne aussi son titre à l'abum, une belle intro, un konpa love dans la lignée des Webè et Lè n ap fè lanmou où Eric Charles donne toute la mesure de son talent. Et le second, un konpa up-tempo, style danse ploge (De ger) qui rend un hommage bien mérité aux artisans du konpa. Ce titre fera sans aucun les délices des festivaliers déchainés. Attendons voir.
En guise de conclusion
En écoutant l'album la première fois, on est surpris des variétés de tons et d'approches que le groupe nous sert. D'une pièce à l'autre, la tonalité est diverse et variée, un konpa multicolore, multiforme qui préjuge de la maitrise des musiciens de leur élément. D'ailleurs, Mizik Mizik a pu compter sur de grosses pointures du konpa notamment au niveau de la section rythmique, Yves Albert Abel (Tabou Combo/Riyèl) à la basse sur plusieurs pièces et Shedly Abraham (Djazz la) à la batterie. Il en est de même pour la section cuivre soutenue par l'expérimentée équipe de Magnum Band, on nomme ici le fabuleux trompettiste André Déjean, le saxophoniste Paul Hennegan et le tromboniste John Normandin.
Un bémol cependant, le concept de l'album, riche d'un point de vue rythmique et même harmonique, limite les ardeurs individuelles. Personne n'a voulu prendre de risque sur cet opus, le mouvement d'ensemble et la mesure étant les consignes clé. Ce qui est dommage lorsqu'on considère le talent de la plupart de ceux qui en sont les artisans. Les solos de Fabrice sont plutôt ordinaires, peu accrocheurs même en ayant eu recours à profusion à la polyphonie. Kéké a pris peu de place sur l'album, délaissant les solos et les effets pour privilégier un travail de base style guitare rythmique, utile cependant.
De ce point de vue, dans un konpa plutôt neutre où les véritables talents sont plutôt rares, Mizik Mizik s'est privé d'une belle occasion de s'affirmer davantage. Il demeure somme toute que cet album est l'un des meilleurs cd konpa produits ces dernières années.
Vallès Latry
juin 2008
10:55 Publié dans Revues de disques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Mizik Mizik, paradi nan lanfè, farbrice rouzier, Clément keke bélizaire, Marc Choupite bellande, gilbert ravix, mika



























Ecrire un commentaire