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16.12.2007
Emeline à SOB'S - Reine de coeur & Reine des scènes
Voyage, voyage… S’il y a une musique qui voyage ces temps-ci c’est bien la musique haïtienne. Voyage dans le temps avec Zèklè samedi 1er décembre au soir au Parc historique de la canne-à-sucre, fusion des générations, la musique à son paroxysme. Pour une fois, l’unanimité; la musique à rabais est démasquée, un défi est lancé, qui saura le relever?
Puis, autre voyage, sous d’autres cieux, ceux de Manhattan, New York, Afrique-Haïti à la croisée des chemins. Ils sont tous là, les duchesses, vicomtes, princes et princesses de New York, et les autres, ils se reconnaîtront, tous de la cour de la reine de la chanson créole qui lançait ce soir-là en première mondiale son dernier opus intitulé comme par hasard Reine de cœur.
«Ce soir, en lieu et place d’un «release party», vous aurez droit à un «relief party»», annonce-t-elle après avoir fendu la foule au son de l’accordéon de Lelo Niko. Carpe diem, a-t-on envie de dire, tant pour l’instant que pour la chanson. Jodia, mélancolique à souhait. Les tambours d’ouverture de la tournée Rasin kreyòl ont fait place au son mélodieux de l’accordéon. Bientôt la guitare de Dominique Kanza fait monter d’un cran le degré de fébrilité. Les flashs crépitent et la voix de la femme en jaune, dans toute sa splendeur s’élève dans la salle, une voix puissante, surprenante qui charrie toute l’émotion contenue dans cette chanson dédiée à son fils Julian, mais aussi à tous ceux qui chérissent quelqu’un,
« Ou se yon koub ki chanje wout lavi m
M pa pè di m konn sa k pi fò ke renmen
tout moun ka fè move zafè,
ou rete pi bèl bagay mwen fè ».
Pour un relief party, c’en était tout un, elle nous en a mis plein la vue. Emeline nous a fait six autres titres sur quatorze de son nouvel album : voyage vers le terroir dans M pa ka lage w, deuxième
sélection de la soirée, un hymne à Haïti trempé à la sauce twoubadou que l’artiste avait offert à ses fans d’Haïti lors de sa prestation à la dernière édition de Musique en Folie. Myriam Barthélus et Madafi supportées par Sergo (percussions) et Frédéric Las Fargas (claviers) livrent des chœurs sublimes sur cette pièce.
Voyage vers l’alma mater dans Gade papi, quatrième sélection, le single de présentation de Reine de cœur, a définitivement électrisé le public du SOB’S. Le tempo dynamique de cette pièce a été l’occasion pour les percussionnistes Sergo Décius (Meyè ve) & Jean-Marie (congas) ainsi que Carol Hodge (batterie) de laisser libre cours à leur talent tandis qu’Emeline y allait de ses danses endiablées dans un foisonnement de tissu jaune qui virevolte sur la petite scène telles des flammèches qui évoquent la danse du soleil.
Voyage dans les bateys dominicains avec Maricela, l’histoire poignante de cette petite fille orpheline, séropositive qui dans la chanson d’Emeline prend des allures de petite ange dont le malheur donne un sens à notre propre existence.
« Li twò bonè e li twò ta
Querida si ou la
Gen yon bon rezon pou sa »
L’émotion est à son comble. Personne n’a envie de danser sur ce twoubadou entrainant. La voix de la chanteuse envoûte et submerge d’émotions l’assistance qui se retient pour ne pas pousser des plaintes de douleurs tels les esclaves dans les plantations de coton du sud des États-Unis. Et comme si ce n’était pas suffisant, Frédéric Las Fargas y va d’un solo qui fait monter d’un cran le drame de l’instant...
Un temps de pause pour reprendre son souffle et le spectacle redémarre cette fois-ci avec AKIKO réclamé à cor et à cri par le public. Chanson d’espoir qui raconte encore une fois, s’il en est besoin, qu’en dépit de tout, le rêve doit rester intact. Une chanson intemporelle, un petit tour au pays de
l’espérance au son de l’accordéon de Lelo Niko et du violon de Daniel Bernard Roumain, un entertainer hors-pair, qui à eux deux recréent l’ambiance festive des campagnes françaises sur la scène du SOB’S.
Sur la même thématique, Chans, une autre pièce du nouvel album, un beau yanvalou qui rappelle le groupe de jazz afro-haïtien Mozayik. Des chœurs tout à fait splendides qui résonnent en écho dans la petite salle. Kanpe trase chimen w énoncé avec force et conviction à travers les voix de Myriam et Madafi. Dommage qu’Emeline ne joue pas plus souvent avec des choristes.
Banda est un autre morceau de Reine de cœur présenté au public avant la pause d’une demi-heure. Makarios (guitare) fait son petit numéro sur celle-là comme sur bien d’autres pièces du spectacle. Il plane littéralement. Et on voit clair dans le jeu d’Emeline, un beau petit prétexte pour se déhancher au son des tambours désormais incontournables dans ses spectacles. Haïti et l’Afrique entrent à nouveau en fusion, la salle est en délire, certains entrent littéralement en transe tandis que la reine quitte tranquillement la scène sous les ovations d’un public définitivement conquis.
2ème partie
Retour sur scène avec Beni yo, succulent reggae assaisonné de rythmes africains. Dominique Kanza prend un plaisir évident à l'exécution de cette pièce qui est un prélude à une plage de konpa en rafales.
Bientôt la salle est transformée en piste de danse où toutes les nationalités se côtoient à l'image de la Big apple. Certains y vont de pas excentriques, d'autres se font plus discrets et profitent de l'occasion pour serrer un peu plus près leur bouboute. Dòmi kole, flanm et la karidad, un petit voyage aussi à travers deux décennies de carrière pour cette machine à tubes qu'est Emeline Michel.
Puis deux autres pièces en rappel, Pè letènel, magique, une pièce d’anthologie, il n'y a pas d'autres mots et enfin un twa fèy (chanson traditionnelle figurant sur Reine de cœur) endiablé qui claque comme un coup de tonnerre, les tambours résonnent pour une dernière fois sous le ciel pluvieux de la cité de Manhattan. Une soirée remplie de souvenirs et d'émotions dont seul un petit cercle d'artistes haïtiens dont Emeline a le secret.
Nos observations
Emeline a révélé une autre facette de sa personnalité, peut-être devrait-on mettre ça sur le compte de l'ambiance intimiste du SOB'S. Elle avait tout bonnement le contrôle de la scène, jouant tour à tour le rôle d'artiste et d'entertainer en usant de sa voix, de ses déhanchements et voltiges acrobatiques, mais encore le rôle de maestro, de chef d'orchestre qui dicte le tempo, qui distribue les solos, une véritable régisseuse qui crée l'ambiance et la change, la module à sa guise.
On notera également une parfaite symbiose non seulement avec son public qu'elle soigne comme un invité de marque, elle prend le temps de lui parler, de lui transmettre ses émotions, mais aussi d'être à l'écoute de ses désirs. Symbiose aussi avec ses musiciens qui suivent à la lettre ses consignes, sauf Carol Hodge, le batteur, qui à au moins deux occasions, s'est laissé emporté par la musique et n'a pas compris qu'il fallait laisser la vedette aux tambourineurs.
Emeline est aussi un message ambulant pour les jeunes artistes ou les autres, ceux qui ont laissé filé leur chance pour n'avoir pas compris: la musique, c'est la scène. Tifane l'a compris elle, c'est pourquoi elle ira loin.
Vallès Latry
15:25 Publié dans Événements, Section Emeline Michel | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Emeline michel, daniel bernard roumain, myriam Barthelus, Frederic Las Fargas, Makarios, adrien legagneur, dominique kanza


























Commentaires
Salut notre Diva nationale
Ecrit par : jeanpeterson | 25.07.2008
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