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06.12.2007
Zèklè, un flashback historique
Reportage de Port-au-Prince
Guy Roméro Latry (Nationsoleil)
On l’attendait depuis 23 ans. 23 ans, entrecoupés de quelques rares apparitions notamment au spectacle historique des Fugees à Port-au-Prince en 1998, où nous avons ressassé ces vieilles images du dernier concert au Rex Théâtre. 23 ans où nous avons rêvé un jour de notre vie de voir évoluer sur scène ce groupe mythique. 23 ans où nous, les aficionados n’ont eu pour nous consoler que le best of et le dernier Cd San mele vieux déjà de 11 ans, un véritable chef d’œuvre qu’on ne se lasse pas d’écouter. Zèklè a débarqué au Parc historique de la Canne-à-sucre comme s’il n’avait jamais quitté la scène musicale, comme si la bonne musique ne prenait jamais de rides, comme si le moment était enfin arrivé de dire : STOP!
Si l’Amérique peut se targuer d’avoir Elvis Presley , Michael Jackson, etc… Si l’Europe peut s’enorgueillir d’avoir donné au monde les Beatles… Nous pouvons, au vu de ce que j’ai constaté au Parc historique de la canne-à-sucre dire haut et fort que nous avons Zèklè.
La plus grande appréhension d’un fan comme moi qui va à la rencontre de son groupe favori comme ce fut le cas pour le Magnum Band à Montréal, c’est que le public ne soit au rendez-vous, mais je me suis vite détrompé, car une impressionnante file de voitures faisait penser à un cortège de mariage ou tout le monde brulait d’envie d’atteindre le lieu de réception pour goûter au merveilleux buffet préparé pour la circonstance.
DÉCOR
Le Parc historique de la Canne-à-sucre s’était paré de ses plus beaux habits pour recevoir ce spectacle; il ne lui manquait que le chapeau et les bretelles.
Le chapeau était superbe. Un décor d’une simplicité, d’une douceur et d’un professionnalisme à vous couper le souffle. Outre l’éclairage qu’on peut trouver dans n’importe quel concert de Britney Spears ou de Johnny Halliday, deux grands écrans en fond de scène diffusaient des images de synthèse conçues par ordinateur et qui variaient au gré des chansons et de l’intensité de la musique, mais qui parfois changeaient pour des fonds vert fluo, rose fluo, etc. Deux autres écrans aux deux extrémités de la scène retransmettaient les images du concert. Et pour couronner le tout, accrochées aux pylônes deux rangées de lumières qui passent du vert clair au bleu selon les circonstances.
LES MUSICIENS
Ne dit-on pas que pour vivre en santé, il faut une bonne dose de rire tous les jours. Ils ont dû appliquer cet adage à la lettre, car ils n’avaient pas encore besoin de bretelles pour retenir leurs pantalons ( en Haïti, les bretelles sont généralement portées par des vieux). Certains musiciens du groupe ont pris quelques cheveux blancs, pas d’embonpoint à part Raoul Denis Jr., mais ils conservent la même fougue, la même touche (ils se sont même aguerris), la même envie de plaire au public. Habillés tout de noir, ils ont offert un spectacle à la mesure de leur talent et de l’attente du public. Le groupe original était bien représenté, Mushy (Keyboards), Joël (batterie, guitare, tambourine), Raoul Denis Jr. (Keyboards), William Jean (gong), Claude Marcellin (guitare), Jacqueline Denis (chœurs et lead), Arus Joseph (congas) et Richard Barbot (basse) qui s’est joint à Zèklè du temps de San mele, mais quelques-uns manquaient à l’appel : DT Richard (guitare), Edy Brisseaux (trompette), Joe Charles (basse), parmi les plus connus. A l’équipe originale s’est greffé un groupe de chevronnés musiciens dont Fabrice Rouzier (claviers), Kéké Bélizaire (guitare parfois en alternance avec Claude Marcelin), Azor (congas), James Germain & Béatrice Kébreau (chœurs), Tom Mitchel (Saxophone), Jean Caze (trompette)…
LA MUSIQUE
Introduit par un Joe Damas en grande forme, l’apparition du groupe s’est fait sur un coup de tonnerre qui a fait trembler la scène et tenu en haleine les spectateurs. Débutant tambour battant avec justement la chanson du même titre dédiée aux animateurs radio de musique haïtienne des années 70 dont Ricot Jean-Baptiste, ils ont fait profiter de tous les grands succès : de Stop à Amélie en passant par Pito n pat zanmi, Pil ou fas (des choeurs d'enfer!) entrecoupés de deux duos avec Jacqueline Denis, toujours en verve et de Tifane , la star du moment pour culminer avec Adje. Quand, nous mélomanes avons vu défiler ces chansons : mélange de compas, de jazz, de funk, de rock et de rythmes du terroir, les plus vieux se demandaient si vraiment 23 ans ont passé depuis la dernière prestation de Zèklè au Rex théâtre et les plus jeunes avaient du mal à se croire dans un spectacle tant la qualité sonore sous la houlette de Boby Denis (Audiotek, Canal Bleu) était impeccable.
Sans aucune variation dans les textes et les mélodies originaux, c’est comme si les musiciens voulaient dire au public : faites comme si vous étiez dans votre salon à bouger au son de votre chaine Hi-Fi ou dans la rue avec votre baladeur vissé aux oreilles chantant à tue-tête comme si vous étiez seul au monde. Cette fidélité a séduit plus d’un qui en ont marre des groupes qui font prolonger leurs chansons à succès en spectacle tant leur répertoire est pauvre. Zèklè n’a pas eu besoin de cette astuce, car chacun des morceaux joués est un tube, comme l’auraient fait les deux autres membres de la sainte Trinité : Le Magnum Band et le Caribbean Sextet ( je n’ai pas oublié le Tabou Combo qui se passe de commentaires, mais dans un autre registre, car sa musique est plus accessible, donc moins ostracisée par les stations de radio et une partie du public).
D’autre part, Jacqueline Denis, avec sa voix chatoyante nous a gratifié de Mizik sa a, en duo avec Joël. Mais dans Ou te di m, Tifane avec tout le talent qu’on lui connaît a fait fondre le cœur des milliers de spectateurs du Parc de la Canne-à-sucre et de Joël qu’on ne connaissait aussi timide, mais il faut croire que Tifane dégage un magnétisme qui a su le faire tressaillir, car il a du s’arrêter à deux reprises pour se reprendre tant leurs corps étaient proches et les gestes suggestifs. Ce fut l’un des moments forts de la soirée à côté des larmes versées par Joël en interprétant Site katon. Enfin, Mika Benjamin est venu mettre une ambiance très jeune et joyeuse en faisant un « JAM » tonitruant sur la chanson Stop. Le public a apprécié même les plus vieux.
PUBLIC
Le tout Port-au-Prince s’était donné rendez-vous au parc historique de la Canne-à-sucre. Comme s’il n’y avait rien d’autre à faire ce samedi 1er décembre. Comme si le retour de la nouvelle version de KDans au Djoumbala, le choc Micky-Mass Konpas à cabane Choucoune et les autres programmes de la soirée ne comptaient pas. Une file impressionnante de voitures, une queue qui n’avait d’égale que la dernière version de Musique en folie et encore là, les observateurs étaient généreux.
Ceux qui ont vu Zèklè pour la dernière fois au Rex Théâtre, donc des cinquantenaires, des sexagénaires, ceux qui ont rêvé toute leur jeunesse de ce groupe et qui ont emmené leurs enfants, ceux qui voulaient vérifier si leurs idoles avaient encore la rage au cœur ou si le poids de l’âge les rendait lents, blafards etc.
Si on voulait parodier la chanson de Charles Aznavour, on dirait qu’ils sont venus, ils étaient tous là, même ceux du sud de l’Italie. En effet, si la faim fait sortir le loup du bois, Zèklè a fait sortir des gens que la conjoncture politique depuis 20 ans rendait frileux. Des gens qui ne négocieraient pour rien au monde une soirée bien tranquille à l’abri des soubresauts de la ville. Mais, il fallait les voir, ces mères qui expliquaient à leurs enfants de vingt ans ébahis par leur allégresse qu’après Zèklè, elles ont supporté tant bien que mal les autres groupes, mais que le cœur n’y était plus. Il fallait voir ce public de connaisseurs reprendre tout le répertoire du groupe avec une fidélité désarmante. Il fallait voir ces 3000 personnes vibrer à chacune des chansons du groupe en criant leur amour éternel et jurant respect pour toujours à ce monument de la musique haïtienne. Il fallait voir ce public rester assis à la fin du spectacle à 0h15 en vue d’une éventuelle dernière chanson. Comme quoi, même si toute bonne chose a une fin, ce spectacle restera dans les mémoires comme l’un des plus complets et des plus achevés qu’ait réalisé un groupe haïtien. Il peut être exporté sans rougir dans n’importe quelle partie du monde et on dira toujours : CHAPEAU ZÈKLÈ.
P.S : L’affluence du public a dépassé les attentes des organisateurs au point que les cartes au guichet étaient épuisées (les cartes reçues à l’entrée ont été déposées dans une urne cadenassée). Les gens ont dû payer en cash à l’entrée tant ils voulaient faire partie de cet événement dont toute la ville n’arrête pas de parler. (Prix des billets : 1250 Gdes à l’avance et 1500 Gdes au guichet).
20:20 Publié dans Événements, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Zèklè flashback, ralph boncy, mushy widmaier, joel widmaier, fabrice rouzier, keke belizaire, claude marcellin


























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