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18.07.2007

Le plus tropical des week-ends montréalais

Article 2 - Le lundi 16 juillet 2007

Compte-rendu Alain Brunet
La Presse
Ce week-end fut assurément le plus tropical des week-ends montréalais, et il a culminé hier au son de musique haïtienne.
Hormis les Nuits d'Afrique au Kola Note et au Balattou (Ricardo Lemvo, Ousmane Touré, etc.), le Festival international reggae de Montréal au Vieux-Port (Black Uhuru, Third World, Gyptian, etc.) et autres manifestations plus modestes (Traditions du monde au Théâtre de verdure, notamment), la «créolophonie» s'est rassemblée en grand nombre au parc Jean-Drapeau pour le Festival international de musique haïtienne de Montréal.

Du jamais vu en un seul week-end!

I am 509 pouvait-on lire hier sur de nombreux t-shirts qu'arboraient les festivaliers.
- Excusez-moi Madame, que signifie ce 509?
- C'est le code régional d'Haïti.
- Mmm... d'accord!

77b9289e36ecb89258d95aec2edb69a0.jpgDans cette foule de plus de 15 000 personnes, les 514 et les 450 n'avaient qu'à bien se tenir! Dans une ambiance on ne peut plus conviviale assurée par un impeccable service d'ordre, les Haïtiens de Montréal et leurs amis au visage pâle (en minorité visible, vous vous en doutez bien) ont célébré la culture de cette grande île qu'on aimerait encore nommer Perle des Antilles. Lorsque Haïti exhale tant de beauté, tant de ferveur positive, tant de sensualité, bref tant de profondeur culturelle, on n'hésite pas à la nommer ainsi.

Griot et poulet créole...
Pour cet événement dominical et non moins pacifique, beaucoup moins désordonné qu'on aurait pu l'imaginer (bien sûr, il y avait quelques courtes séquences erratiques ou baroques), la température clémente a ainsi permis l'affluence massive d'un public familial. Nombre d'enfants y ont accompagné leurs parents, la génération montante a pu se familiariser au folklore de ses ancêtres avec les bandes de rara, les rythmes sacrés et profanes ont rejailli dans la musique du groupe montréalais Bamboche Rasin. De nombreux kiosques de nourriture haïtienne ajoutaient à l'exotique; au lieu d'une poutine ou d'une pointe de pizza, on pouvait se procurer griot de porc, poulet créole, riz aux fèves noires et plus encore.
La musique était évidemment la carte maîtresse de l'événement. Les organisateurs des Productions Sakpasé Montréal avaient prévu sélection des meilleurs groupes konpa de la mouvance haïtienne, qu'elle fut à Port-au-Prince, New York, Miami ou Montréal. Les fans ont vibré particulièrement sur les fréquences de Djakout Mizik, Nu Look, Carimi, System Band, Creyol La, Back Up, Black Parents.
Vu leur nombre important (plus d'une douzaine), chacun des groupes a donné des performances relativement brèves, entre lesquelles des animateurs chauffaient les spectateurs. On retiendra les envolées oratoires de l'ineffable animateur montréalais Ronnie Dee, vraisemblablement ému par un tel succès populaire qui sort enfin la musique haïtienne de son cadre communautaire. L'acteur Tonton Bicha a aussi grandement contribué à catalyser l'auditoire.
Descendant du merengue dominicain (qu'on a ralenti chez les Haïtiens), ancêtre du zouk de Kassav, le konpa semble ainsi retrouver une nouvelle jeunesse avec cette génération de musiciens qui lui greffent divers genres, du ragga à la soul en passant par le hip hop. Lorsque le rythme konpa chauffait sous les cris des chanteurs, le battement des tambours et les riffs si typiques des claviers, la foule se mettait à sauter avec une ferveur peu commune, agitant le drapeau haïtien et pointant l'index vers le ciel. La veille au Complexe Cristina, situé au nord-est de la ville, on a pu danser collé-serré avec les vétérans de System Band et les jeunes stars de Djakout Mizik, que les connaisseurs estiment le plus influent des groupes konpa.
Étions-nous vraiment chez nous? Absolument. Le Festival international de musique haïtienne de Montréal n'est-il pas une des expressions essentielles à une vraie capitale culturelle?

Dans l'oeil du kompa

Question de présenter le regard d'un «étranger» - il est quand même dans son pays - sur le Festival de la musique haitienne, je vous propose deux articles sortis cette fin semaine et lundi dans l'un des plus grands quotidien du Québec.. J'ai quelques réserves sur les déclarations de Mikael Guirand, mais bon...

Article I - Avant le festival - Le samedi 14 juillet 2007

Alain Brunet
La Presse

a2687263a47e1f26b0d5fba732788c64.jpgDérivé haïtien du merengue dominicain, le kompa est le coeur de la pop urbaine d'Haïti. Depuis l'invention du kompa direk (compas direct si vous préférez le français au créole) par le saxophoniste Nemours Jean-Baptiste au milieu des années 50, plusieurs générations de musiciens haïtiens en ont perfectionné l'approche. Aperçu de cette nouvelle vague qui déferlera demain au parc Jean-Drapeau.


Les années 70 et 80 ont mis en relief des formations de notoriété internationale telles Tabou Combo, Skah-Shah, Magnum Band, Koupé Kloué, Sweet Micky ou System Band. Les nouveaux groupes de kompa se nomment Carimi, Djakout Mizik, T-Vice, Nu Look, Kreyol La, Steeve K, Back Up, Black Parents. Ils galvanisent d'ores et déjà la jeunesse haïtienne, qu'elle réside dans l'île magique ou partout dans la diaspora.
«Le nouveau kompa est un mélange de l'ancienne génération et de la génération actuelle. Nous avons conservé le rythme originel, mais nous utilisons une nouvelle instrumentation mêlant les instruments traditionnels aux technologies numériques. Il y a plus de mélanges de styles, les harmonies y sont plus complexes, les arrangements plus sophistiqués», explique le chanteur et guitariste Roberto Martino, leader de T-Vice qui se produisait la semaine dernière au Festival international de musique haïtienne de Montréal.
Demain au parc Jean-Drapeau, les têtes d'affiche de la nouvelle génération kompa seront Djakout Mizik, Nu Look et Carimi.
«On a grandi en Haïti, on a laissé Haïti pour nos études universitaires. Arrivés à New York, on a subi l'influence du hip-hop et du R&B. Ça a plutôt influencé notre manière de composer», explique Michael Guirand, chanteur de Carimi joint chez lui à New York.
Tous trois natifs de Port-au-Prince, Carlo Vieux, Richard Cave et Michael Guirand, sont potes depuis l'adolescence. Avez-vous saisi que les premières syllabes de leurs prénoms sont à l'origine de Carimi. Lorsqu'ils furent définitivement aspirés par la musique, Michael vivait à Delmas, Richard était à Paco, Carlos à Bourdon, trois quartiers de la capitale pas très loin du centre-ville. Pour leurs études universitaires, ces garçons de bonne famille se sont installés à New York où vit la plus importante communauté haïtienne hors du pays. C'est à New York que fut fondé Carimi, une des plus solides formations de la nouvelle génération kompa.

«Lorsqu'on a commencé en 2001, relate Michael Guirand, il y avait un vide dans la musique haïtienne. Le mouvement rasin (racine), dont l'objet est de reprendre les rythmes ancestraux de l'Afrique, ne pouvait combler ce vide. La pop urbaine se limitait à un kompa direk vieillissant. Nous avons alors entrepris nos réformes musicales; soul, hip hop, danses synchronisés, mouvement de hanches, interaction avec le public»
Haïtian Troubadours, un album-compilation de jeunes artistes haïtiens, avait dressé la table. «On y fondait le rythme kompa dans une approche un peu plus acoustique avec guitares, basse, caisse, très roots, mais en y intégrant de la soul, du hip-hop et du reggae. Le mouvement Haïtian Troubadour a super bien marché dans les Antilles, c'est à ce moment que Carimi a percé.»
La nouvelle génération kompa, d'ailleurs, n'est pas sans intéresser le célébrissime Wyclef Jean. Des membres de T-Vice, Djakout Mizik et Carimi ont été mis à contribution dans les projets de l'artiste hip hop, notamment sur l'album en chantier de Black Alex.
Même s'ils sont établis à New York, les musiciens de Carimi retournent régulièrement en Haïti, ils consentent à s'y produire à prix modique vu la condition économique de leurs fans dans l'île. Résidant à Miami, les musiciens de T-Vice tiennent aussi à jouer dans leur pays natal lorsqu'ils ne se produisent pas en Europe, en Amérique ou en Océanie. «En Haïti, soulève Roberto Martino, il faut profiter des périodes fortes, c'est-à-dire des grandes vacances d'été ou de Noël, ou encore la période du carnaval. On profite de ces moments-là mais on sent quand même une frustration chez nos fans. Car nous sommes très en demande là-bas. Mais puisque nous devons gagner notre vie ailleurs, nous devons trancher... Le groupe Djakout Mizik, par exemple, vit en Haïti mais doit toujours être en déplacement.»
Et voilà donc cette vague qui déferle dans l'île... de Montréal. «Nous voulons catalyser la communauté haïtienne, de conclure le chanteur de Carimi, mais nous voulons aussi faire découvrir le kompa aux non Haïtiens du Québec.»

13.07.2007

Alan Cavé - De la tête aux pieds

Voici enfin ma revue de l'album d'Alan Cavé De la tête aux pieds. Ce fut long, mais je suis convaincu que vous me pardonnerez ce retard et que vous nous ferez part de vos commentaires. Ne perdons pas de temps.

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Les flops
L'album, belle pochette en passant, est constitué de 17 pièces dont beaucoup sont à consommer avec énormément de modération à l'instar de Tchelele, pâle copie des succès d'Alan et proche de ce que Zin a fait de pire. Paroles insipides, rythme peu enlevant.
Tout comme Kèw ak kòw, texte en français, sans doute la pire performance vocale d'Alan sur cet album. Du vrai travail de débutant, mélodie simpliste, texte rédigé de toute évidence sur un coin de table ou dans l'ambiance hâtive d'un studio.
7ab6a02347a45f7dcb9317f3e2fe4d33.jpgBeaucoup d'autres titres répondent à cette même configuration avec ça et là un soupçon d'inspiration. C'est le cas de Je fèmen, de Can't do this to me, de Delala et de Amokilele.
podcast
Vous me pardonnerez, mais j'ai beau les réécouter, je ne comprends toujours pas comment le même esprit qui a généré Se pa pou dat, menm jan, Ou se et j'en passe, ait pu produire des navets de cette envergure.
L'impression de remplissage plane sur cet opus. Ce n'est pas nouveau de la part de gens envers lesquels les attentes sont grandes. Gracia/Richie nous a récemment fait le même coup. Cette impression est renforcée sur De la tête aux pieds lorsqu'on pense au grand nombre de remix qui le garnissent. Attendez voir, 1, 2, 3, 4. Quatre sur dix-sept. Etait-ce vraiment nécessaire? Bon, c'est vrai, Alan l'avait déjà fait sur Se pa pou dat avec plus ou moins de réussite. Mais ce coup-ci, Hum...
Prenons par exemple Yereswa (part 2), pour un artiste de la trempe d'Alan Cavé, on s'étonne de son manque de jugement. La version originale était rafraichissante, funny et bien rythmé, un beau mariage de konpa, zouk, RnB qui donne des fourmis dans les jambes. La version remix figurant sur l'album relève du pur cauchemar, bruyant à souhait, rythme chaotique, cacophonique avec l'addition d'une voix peu judicieuse, nasillarde, qui chante trop fort et qui en somme, fait très karaoke. Si Alan avait voulu lancer ce jeune et inconnu chanteur, c'est raté.
De même, pour les autres remix Tchelele, Men mwen et Can't do this to me, Alan pa ta fè n sa a.

Les flips
Heureusement, il n'y a pas que du mauvais sur l'album. Quelques titres ont un intérêt variable et disent encore le7eb5df5e1dc4820c6dc070b6faf85a0f.jpg grand talent de ce bonhomme. De la tête aux pieds, par exemple, le titre de l'album a quelque chose de créatif et de divertissant. Ce fut le premier extrait du cd, il a fait le bonheur des fans d'Alan et des internautes en particulier et a surclassé pendant des semaines tous les hit-parade du Net. C'est un beau mariage entre le Hip-Hop et le konpa. Cette chanson est également servie par un texte valable nourri de beaux jeux de mots. La seule faiblesse du titre est la basse, trop monotone et pas suffisamment fluide à mon sens, Joe Charles dans ses beaux jours, aurait fait des merveilles et que dire de Yves Abel? Tout de même, le produit demeure très appréciable.
Jwenn, la pièce d'ouverture s'inscrit dans la continuité du konpa lov' instauré depuis un certain temps par Alan Cavé et confirmé avec force dans l'album Se pa pou dat. Belle mélodie, meilleure à mon sens que De la tête aux pieds, mais moins groovy. Cependant, la chanson est desservie par un texte très ordinaire qui ne parvient pas à créer une connexion entre l'artiste et l'auditeur.
En revanche, dans Men Mwen, la version konpa, la connexion est instantanée. C'est un Alan vibrant d'émotion, qui se livre et se laisse aller en se faisant aider d'un bon beat. Ce n'est sûrement pas ma préférée sur l'album, mais j'adore la façon dont l'artiste fait corps avec la chanson et parvient à entraîner l'auditeur avec lui. Peu de chanteurs haitiens réussissent à le faire.

podcast
Malere est la seule pièce purement konpa de l'album. On sent ici la touche de Shedly Abraham qui a joué l'ensemble de l'album en tant que batteur et keyboardiste ainsi que celle du maestro Philippe Pierre qui a également accompagné Alan tout le long de cette aventure. C'est aussi le seul texte qui ne traite pas directement ou indirectement d'amour. Une pièce assez réussie avec de beaux choeurs et un Alan à l'accent léger comme on l'aime. C'est dommage qu'il n'y ait pas eu davantage de morceaux de cette trempe là.
Chik chèk chòk est pour sa part une de ces chansons qu'on ne peut classer ni dans les pertes ni dans les profits. Musicalement, c'est une chanson très ordinaire qui ne se distingue en rien de Tchelele par exemple, le beat est différent c'est vrai, les auteurs (Alan, Jude Sénatus et Réginald Adé) ont ajouté une petite touche africaine à la chanson mais pas suffisante pour rehausser le niveau musical. En revanche le texte qui a un côté subtil rétablit l'équilibre. Beaucoup de jeux de mots évidemment doublés de beaux choeurs. Les groupes haitiens d'une façon générale ont énormément progressé sur cet aspect, du moins dans les versions studio des chansons.
Happy Birthday est un clin d'œil à Zin dans toute son essence, dans tout ce que ce groupe a de bon et de moins bon, la fougue, la trivialité d'Alex, la légèreté du rythme, tout ce que vous voulez. Ça donne une musique festive qui ne se compare certes pas au Bòn fèt d'Accolade, mais c'est tout de même une pièce plaisante. Ne soyons pas trop exigeant et puis c'est rafraichissant sur cet album de retrouver l'ambiance à la bonne franquette de Zin.

podcast
Enfin, Tou kareman est LE morceau de l'album. Tous les ingrédients sont là pour faire de cette chanson une pièce d'anthologie, créativité, simplicité, un texte poignant, dépouillé de tout artifice avec des mots fragiles, faciles qui coulent naturellement. Alan épouse la chanson ou est-ce le contraire, les choeurs sont délicieux et la musique (Réginald Adé & Alan Cavé) succulente. De beaux arrangements dont le ton est donné par la batterie qui rappelle les marches militaires. La guitare espagnole effleure sans jamais s'imposer, l'effet violon du synthé est de toute beauté. Dommage que ce ne soit pas de vraies cordes.

Au final
d1a90c9cd71c20a95940715149d07cdb.jpgOn va se souvenir de cet album comme d'un produit approximatif, d'autant plus qu'Alan a fait longuement patienter ses fans. J'avoue qu'à la première écoute, je fus déçu. Il m'a fallu plusieurs écoutes pour trouver du bon dans certaines chansons. Bien entendu, la connexion s'est faite instantanément entre Tou kareman , Malere et quelques autres, mais pour la plupart, ce fut plus laborieux.
Mais en somme, ce n'est pas un album accroche-coeur, le genre truffé de refrains qui trottent dans la tête. Certains aimeront, beaucoup même parce qu'il s'agit d'Alan tout de même, les gens en général ne font pas de chichis. Ce n'est pas donné toutefois. Les commentaires sur les différents forums sont assez mitigés, le temps passant ne semble pas avoir arrangé les choses. D'autres n'aimeront pas. Un Alan qui s'enferme dans un cocon charmeur ne semble plus faire recette, encore mois du côté des hommes. Reste à voir ce que ce ça donnera dans les prestations Live. Il est bruit qu'Alan délaissera le micro de Zin pour un certain temps afin de se consacrer à une tournée promotionnelle de l'album en bonne et due forme. Ce ne serait pas une mauvaise chose en soi. Mais, déjà, Zin joue certaines de ces chansons, peut-être que c'est juste une rumeur finalement.
Bref, Alan obtient tout juste la note de passage pour ce projet du fait de sa répétitivité et de son manque de créativité. On attend mieux de la part d'un artiste de la trempe d'Alan qui aurait tout à gagner à verser dans un projet moins populaire où il privilégierait une musique plus recherchée, plus élitiste si on veut, pas exclusivement konpa, pas nécessairement zouk, genre musiques du monde. Voyez ses réalisations avec Malavoi (La pèsonn), Réginald Policard (Lò m di w mwen renmen w), Edy Brisseaux (Old folks), vous conviendrez alors avec moi que plus talentueux que ce mec, tu meurs. Mais...

Personnel (abrégé): Makarios Césaire (Guitare et keyboards), le staff de Zin (Alex, Eddy, Youyou, Patrick Appolon, Romeo Volcy...), Bobby Raymond (basse et keyboards), Thierry Delannay (Guitare et Keyboards), Richard Rouzeau, Armstrong Jeune, Nia, Daan Jr... (choeurs). En somme un beau parterre de musiciens qui auraient pu offrir un produit plus léché.

Vallès Latry
Nasyon soley

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