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01.06.2007
Anprent de Tifane, un album coloré
Tifane et la chanson créole
Tifane qui s'est révélée au public avec la chanson se kòm si a accouché en décembre 2006 de son premier album dont le titre anprent dit la volonté de la jeune artiste de marquer de son style la musique haitienne. En fait, j'aime mieux dire la chanson haitienne vu que c'est un genre qui a été très peu alimenté ces dernières décennies. En effet, depuis Emeline Michel et Beethova Obas, aucun prétendant sérieux n'a crée autant de remous que Tifane. Et comme chaque Emeline a son Beethova, Bélo, même si celui-ci a précédé Tifane sur la scène, demeure le pendant masculin de Tifane.
Bref, arrêtons là la digression. Anprent est un album de onze pièces produit par Fabrice Rouzier pour Solèy Sound qui décidément se refuse à faire de la figuration. Contrairement à d'autres labels qui ne s'aventurent guère à l'extérieur des limites du konpa, on doit reconnaitre à Soley Sound de faire le pari du renouveau. Certes, toutes ses productions ne se valent pas,mais tout de même.
Et voilà, encore une digression.
L'album
Sur cet album, Tifane joue les rôles principaux, auteure-compositrice-interprète. Elle laisse l'orchestration et la programmation à l'éternel Clément (Kéké) Bélizaire et à l'infatigable et créatif producteur Fabrice Rouzier. Cela dit, c'est un projet très personnel qui définit Tifane comme une personne qui a le goût du risque. Pour preuve, ses inflexions vocales dissonnantes qui créent chez l'auditeur un certain malaise et du fait que cet album soit une
revue de rythmes musicaux variés arrangés avec plus ou moins de succès. Et en fait, cet album ne ressemble à aucun autre déja produit dans la musique haitienne, mais il a un peu de Yannick Etienne dans les morceaux plus Soul, Bluesy, House comme Bèl moun, voix dissonante, mélodie approximative, seule la basse pourrait sauver la chanson.
On retrouve aussi un peu de Sade comme dans la pièce Pa prese, encore des notes dissonantes, la mélodie (humm...), pas sûr. Mais les choeurs sont superbes.
Le reste est essentiellement un mélange de RnB, de Pop comme avè m, une pièce rafraichissante qui montre toute la mesure du talent de cette jeune femme, la musique s'ajuste bien à la voix de Tifane, les choeurs sont de toute beauté.
C'est aussi le cas de ede m ede w leve, une chanson adressée au peuple haitien, l'invitant à l'introspection. Beau texte, assez imagé, bon beat et un beau solo de Fabrice. En revanche, la transposition vocale de Tifane est moins réussie, trop brusque...

Jodia est musicalement une jolie ballade, belle orchestration avec un beau solo de Kéké, mais la voix de Tifane et le texte peu ventilé gâchent tout.

Les pièces typiquement haitiennes ou tropicales sont la pièce d'ouverture Sekrè w , une Soukous qui manque de punch et qui noie la voix de Tifane, même Eric Charles ne parvient pas à faire lever la chanson. 
En revanche Mironda qui est un Twoubadou est LA pièce de l'album. On sait que Fabrice et Kéké sont passés maitres dans l'art de jouer du twoubadou, mais le charme et la beauté de la chanson résident dans le texte et la voix de Tifane. Une histoire poignante que l'artiste habite et transmet avec aisance à l'auditeur. Une chanson qui te prend par les tripes et qui bouleverse. On ne se lasse pas de l'écouter. Pur bijou.
W enève m (Rabòday) s'inscrit dans la même veine, musicalement, elle n'est pas aussi succulente que Mironda, mais la rage de l'artiste transparait dans la chanson qui est un plaidoyer en faveur des enfants de rue et de ceux qui souffrent, en somme l'immense majorité trop souvent silencieuse.
Se kòm si est la pièce la plus connue de l'album, celle qui a lancé Tifane, la version originale est plutôt bluesy, en version accoustique avec Boulo Valcourt à la guitare. Tifane en acoustique est simplement magique et le remix est une version ragga ou ragganga avec la participation très réussie de Bélo. Une belle chanson reste une belle chanson, kèlkeswa jan w manye l.
Tifane clôt l'album avec Mèsi, une prière pour remercier l'Être suprême des dons et des talents dont elle est bénie.
Tifane passe l'examen
En somme, c'est un album plaisant qui mérite d'être apprécié. C'est un beau premier effort. Tifane est une artiste qui se cherche, il lui faudra du temps pour se définir, trouver son style. Déjà, on relève que tout ce qui est
bruyant ne sied pas à la voix claire-ruisseau de Tifane. L'acoustique, les cordes et les percussions serviraient mieux les atouts de l'artiste. Et bien que la programmation soit assez réussie, on peut déplorer que l'album ne soit pas réalisé avec un orchestre complet. Je suis convaincu que la sonorité de vrais instruments aurait mis en valeur cette voix de la relève.
En général, les choeurs sont magnifiques, chapeau Tifane! Les mélodies sont tantôt chancelantes, tantôt bien charpentées comme d'ailleurs les inflexions vocales. Quant aux textes, ils passent l'examen sans plus, souvent ils ne collent pas à la musique, des rimes qui dépassent et se tordent pour arriver à s'ajuster... On doit néanmoins louer les efforts de Tifane pour les rendre poétiques, simples, à la portée de ses fans.
Par ailleurs, le fait de s'adonner à l'exercice de composition est à mon sens un atout pour un artiste, surtout lorsqu'il s'agit d'un artiste haitien, féminin de surcroît et en début de carrière. Mais il y a des dangers à vouloir «tout» faire soi-même. Tifane aurait certainement beaucoup à gagner à se laisser un peu guider dans cet exercice.
C'est somme toute un pari réussi et on a hâte de voir Tifane sur scène à Montréal.
Nasyon Solèy
08:15 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tifane, Fabrice Rouzier, keke belizaire, hans peters, boulo valcourt, bélo, musique monde

























